FISSURES DANS LES MURAILLES DE BAGDAD (TOME I)

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Nos hôtes étaient dans une situation analogue à celle d'un homme qui venait d'avoir une fille mais de la filiation de laquelle il doutait. Tout en la détestant, il se trouvait contraint de la reconnaître. Ils nous avaient reçus à contrecoeur, et réservé un camp où demeurer, mais ils suspectaient le moindre pas qu'on faisait, le moindre murmure.
Publié le : jeudi 1 septembre 2011
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EAN13 : 9782296463813
Nombre de pages : 178
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FISSURES DANS LES MURAILLES
DEBAGDA
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Lettres du monde arabe Collection dirigée par Maguy Albet et Emmanuelle MoysanFouzia OUKAZI,L'Âge de la Révélation,2011. Rachida NACIRI,Nanna ou les racines, 2011. Abdelaaziz BEHRI,Moha en couleurs, couscous light et autres récits, 2011. Myriam JEBBOR,Des histoires de grands, 2011. Moustapha BOUCHAREB,La troisième moitié de soi, 2011. Ahmed-Habib LARABA,LAnge de feu, 2011. Mohamed DIOURI,Chroniques du quartier, 2011. Nadia BEDOREH FAR,Les aléas de ma destinée, 2010. Sami Al Nasrawi,L'autre rive, 2010. Lahsen BOUGDAL,La petite bonne de Casablanca, 2010. El Hassane AÏT MOH,Le Captif de Mabrouka,2010. Wajih RAYYAN,De Jordanie en Flandre. Ombres et lumières d'une vie ailleurs, 2010. Mustapha KHARMOUDI,La Saison des Figues, 2010. Haytam ANDALOUSSY,Le pain de lamertume, 2010. Halima BEN HADDOU,LOrgueil du père, 2010. Amir TAGELSIR,Le Parfum français, 2010. Ahmed ISMAÏLI,Dialogue au bout de la nuit, 2010. Mohamed BOUKACI,Le Transfuge, 2009. Hocéïn FARAJ,Les dauphins jouent et gagnent, 2009. Mohammed TALBI,Rêves brûlés, 2009. Karim JAAFAR,Le calame et lesprit, 2009. Mustapha KHARMOUDI,Ô Besançon. Une jeunesse 70, 2009. Abubaker BAGADER,Par-delà les dunes, 2009. Mounir FERRAM,Les Racines de lespoir, 2009. Dernières parutions dans la collection Écritures arabes N° 233 Rachid OULESBIR,Le rêve des momies, 2011. N° 232 El Hassane AÏT MOH,Le thé na plus la même saveur, 2009.
Sami ALNASRAWIFISSURES DANS LES MURAILLES DE BAGDAD Roman Tome I
Traduit de larabe par Driss BaoucharEl i
Du même auteur Sadâ al-samt (LEcho du silence), Roman, 1988 et 1991 Al-s ûdu ila al-manfâ (Montée vers lexil),Roman, 1988 u Mâ warâa al-sûr (Au-delà du mur), 1989, traduit au Roman, russe en 1996 Al-Dawwâmah (le Cercle vicieux),Roman, 1990 Zakhkhâtu al-Tâûn (Averses de peste),Roman, 1991 Al Mukâfaah (la Récompense),Roman, 1995 Lawahât mina al- wâqi (Tableaux du réel),Recueil, 1996 alâ hâfati al âkhirah (Au seuil de lau-delà), Roman, 1996   Awrâq al Zaman al dâi (Feuillets du temps perdu), Recueil, 2006 Achchati Al Aâkhar (LAutre Rive), Roman, T1, 2006 Achchati Al Aâkhar (LAutre Rive), Roman, T2, 2007 Achchati Al Aâkhar (LAutre Rive), Roman, T3, 2008 Ahl al Kahf (Les Gens de la caverne), Recueil, 2009 Choroukh fi Asswâr Baghdad (Fissures dans les murailles de Bagdad), Roman, T1, 2009. Choroukh fi Asswâr Baghdad (Fissures dans les murailles de Bagdad), Roman, T2, 2011.
© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54631-8 EAN : 9782296546318
Avertissement
Je ne peux prétendre avoir exécuté son testament à la lettre. Cest quil mavait recommandé ce à quoi je mattendais le moins et chargé dune responsabilité au-dessus de mes moyens et hors de mes attributions. En tant quavocat chargé de défendre sa cause devant les tribunaux, je devais lui restituer sa personnalité juridique, celle de citoyen irakien, ainsi que les biens quon lui avait confisqués au profit des proches du Président. Je devais également apprendre le sort de son épouse, de sa fille Halima et de son fils Hamid, tous enlevés par les services de sécurité. Agonisant, les yeux en larmes, il mavait remis son dossier tout en sefforçant de me transmettre son message. Hélas, il a rendu son dernier souffle, emportant son secret avec lui. Le médecin a diagnostiqué son cas comme étant celui dun choc psychologique violent ayant paralysé son système nerveux dès quil avait appris que sa fille Nawal était tombée enceinte en prison sans savoir de quel gardien : nombreux étaient les geôliers à lavoir violée
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Je lus donc son testament en labsence de la première concernée dans laffaire, sa fille Nawal qui sétait suicidée en apprenant que le chagrin avait mis fin à la vie de son père. Lhomme avait légué les biens qui lui seraient éventuellement restitués à sa fille Nawal et mavait demandé de publier ses mémoires. « Je te recommande vivement, mavait-il dit, de publier ce témoignage que jai écrit à la hâte, sans retouches ni fioritures de style. Le désordre de ces feuillets comme leur manque de sérénité sautent aux yeux, mais il sagit de faits réellement vécus. En lisant ce témoignage, les gens sauront la vérité telle quelle est, non comme on lui voudrait quelle soit. »
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Le ronronnement des moteurs parvint à nos oreilles sans que nous sachions exactement qui venait vers nous, tellement lorage du désert était violent. Nous marchions à laveuglette, espérant atteindre un endroit qui nous sauve ou qui nous fasse périr. On marchait à limage dun peloton qui aurait subi une défaite cuisante dans une guerre. Chacun dentre nous saccrochait aux habits de son compagnon de crainte de se perdre. Le premier de la file, qui était le moins âgé de tous mais le plus costaud, avait prétendu connaître par cur la région pour y avoir vécu et travaillé avec ses habitants. On lavait cru et suivi avant de découvrir que ses propos nétaient que mensonges. En fait, il voulait nous encourager à continuer notre marche. Rester au même endroit signifiait notre perte : succomber à la faim et à la soif. Léger au tout début, lorage était un noyau de tourbillons semblable à un petit ouragan, tournant autour deux-mêmes à toute vitesse pour prendre de lampleur, arracher à la terre son sable et le jeter contre le soleil, peignant le ciel dune couleur terreuse, rougeâtre. Au début, nous en étions contents puisquil nous avait protégés des rayons du soleil brûlant. Mais à la longue, lorage avait obscurci le ciel. Avant que notre compagnon menteur ne nous eût incités de nouveau à lui emboîter le pas, nous nous étions déjà mis en rangs par terre, tournant le dos au vent et essayant
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de nous protéger les uns les autres. Les femmes tenaient les dernières rangées face à la tempête. Pour éviter le sable qui nous avait envahis, nous nous couvrions le nez et les yeux avec nos manches ; mais ce fut peine perdue car le sable nous aveuglait et agaçait nos narines. Les asthmatiques dentre nous toussaient sans arrêt car ils navaient pas eu le temps dapporter avec eux leur bronchodilatateurs : on les avait sortis de chez eux sans quils aient eu le temps de changer de vêtements. On sattendait à ce que certains succombent à leurs crises dasthme avant même que laurore ne pointe à lhorizon ou que ne sapaise la tempête. Daucuns saventurent et gagnent leur pari Ce fut le cas de notre compagnon ayant prétendu connaître la voie du salut et nous mener à bon port. Peut-être que Dieu avait pris pitié de nous en lui inspirant de nous conduire vers ce petit patelin-là, dont on pouvait compter les habitations sur les doigts. Là, on nous a donné de leau à boire et quelques morceaux de pain à manger. Cétaient peut-être les dernières denrées dont ils disposaient. Lorsque je mordis le morceau de pain, mes larmes jaillirent comme cela ne métait jamais arrivé auparavant Ma situation métonnait tellement, car un être qui échappe à une mort certaine et se retrouve sain et sauf doit, comme le bon sens le présuppose, éprouver une grande joie, non fondre en larmes. Serait-ce un sentiment de faiblesse, maintenant que lâme est la proie du désespoir ?On nous servit un thé léger de couleur pâle. Il semble quils nen possédaient quune petite quantité. Lusage est que le thé soit de couleur sombre et ait larôme de la cardamome. On donna à chacun un morceau de sucre quon lui demanda de mettre sous la langue pour siroter le thé, car cétait ainsi quils le buvaient par souci déconomiser le
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