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FLOCONS DE SOI

De
192 pages
C'est devenu un lieu commun de dire que notre monde est en quête de sens. Ce livre réfléchit sur l'effort de durer dans un être à accomplir chaque jour. L'écriture de ces nouvelles se veut le sismographe de cet effort. Ces textes cherchent un autre jour : celui d'une création reconstituant l'Homme à son désir purifié. Point de morale dans ces pages, hors une ascèse que chacun se forge " à vue " de sa propre découverte et de celle des autres.
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" FI ocons

d e SOI

."

Oeuvres publiées

Dans la revue "REMANENCES" n° 6, deux recueils poétiques: "AMORT" et "HARA" , suivi d'un texte sur LE DESERT. Le n° 7 est consacré à la publication de 7 Recueils: "CONSENTIR", "BRULIS VEILLES", L'ABORD", "LE LIVRE DES PRIERES", NUIT. LEVER DE JOUR" "FILS PORTE" et des "POEMES SUR DES PEINTURES DE MURIEL BOURGEOIS". Un numéro hors-série publiant le dernier recueil: "L'AN RETOUR".

Monique

DEMARY

. " FI ocons d e SOI"
Nouvelles

L' Harmattan

@

L'Harmattan,

2000

5-7, rœ de l'École-Polytechniqœ 75005 Paris - France L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacqœs, Montréal (Qc) Canada H2Y lK9 L'Harmattan, halia s.d. Via Bava 37 10124 Torim ISBN: 2-7384-9152-9

Cet écrit est le Journal d'une foule d'une génération traversant un étrange désert. Désigné, le poète est fait écrivain public, durant lejour il remonte lafoule, entend, colporte Durant la nuit, il écoute encore puis écrit. Ces mémoires minent lejeu luciférien de la Question. Le Journal n'est pas daté pour que celui ou celle qui cherche l'à venir de ses origines des origines sy ajoute et se retrouve. L'ECRIT bat comme un coeur n'ayant d'autre ORDRE que ce qu'il VIT quotidiennement.

Les jardins du Livre ou le Journal d'Egypte

Un songe m'écrit le début de ce journal. "Vomis. Vomis tout depuis l'origine", Un enfant se vide longuement et lorsqu'i! a rendu la dernière membrane i! s'endort épuisé. Je reste seul à regarder l'épouvantable glaire embuer le chaos. Ce songe abolit tout repère, hors l'éternité.

Nous piétinons depuis des jours. D'autres auraient écrit peut-être depuis des époques. Réverbérés, asséchés; contradictoires en nos tentations disparaître atomisés parmi l'étendue durer, sous l'ultime indéfiniment reconduit ou tricher. Qui tente encore de tricher s'accorde juste un brouillon d'agonie dérisoire car on ne peut plus ici se suicider pour mourir; mourir ne peut plus être accidentel. Jamais. Seul un ensevelissement déchiffré de longues dates délivre un permis de paix. Voilà ce que nous avons engrangé derrière les barbelés égyptiens.

Depuis notre fuite, aucune bataille. Rien que cette poursuite incompréhensible et tous ces mirages comme autant de trous de mémoire. Visions par nous portées en apparence et réduites à néant.

Notre foi n'a transporté aucune montagne et les sables méfiants grippent le moindre de nos stratagèmes. Le Poursuivant nous éprouve, plus fidèle que nos propres outils. L'oublier n'effacerait qu'un rien recommençable.

Lui, nous, graduons la même règle.

Il fait chaud à s'y sacrifier. Bonze aux millions de visages ravinés. Fonte des corps, nuages contaminés. Ceux qui assistent trouvent en leur nausée un passage secret.

Et si ce Journal traçait les hiéroglyphes d'une mutation...

Pleurer nous rassure, seule eau qui ne tarit pas. Dieux faites qu'à la lumière des Temps, il y ait des Judas justifiés, couronnés.

Nous n'entendons plus l'Armée. C'est alors qu'elle se révèle la plus dangereuse. Intégrée. Bol alimentaire de nos mémoires. Ressacs fracassants s'éteignant en coulures suintantes; cette illusion d'un assaut toujours imminent figure et favorise des éclatements de mines à l'intérieur de nos cauchemars. Nous n'avons pas trouvé d'autres moyens d'exorciser notre terreur. Créatures nous enflant dans l'ombre qui précède leur temps.

Mourir enfin. Creusée fraîche d'où prendre son élan. Ainsi l'enfant recommence un cahier toujours neuf. Seuls les rêves offrent des versants abordables. Traversée harassante. Usure urgence ,urgence usure, train-train. Train qui s'éternise ou brûle les étapes. Chacun, wagon surchargé.
8

L'obsession de l'assaut nous divise. Chacun le tait feignant d'être indemne. La plupart portent leur armure à l'intérieur respectueusement avide des cachettes d'autrui. Aux heures extrêmes, un doigt sur la bouche en signifie le verrouillage. Frères de béton, vigiles du dernier recours. Les périphéries ne menacent pourtant que l'Endurcissement. Condamnés pour omission. De quoi? Découvrir avant le Passage; prochain ou dernier.

L'Armée chatoie, lézarde hideuse sur le désert. La peur nous assourdit. Nous ne connaissons que trop ses éboulements immobiles. Possibles mirages qui transforment les conciliabules conciliants en autant d'alibis. Lequel d'entre nous osera rompre le devoir de prudence? Se retourner, faire face? Provoquer la délivrance? Mais quel orgasme nous retient en otages? A quelle fin, pour quelle justification? Hier, maintenant, demain, chaîne usée. Même désigné, et peut-être justement parce qu'il l'est, le Scribe peut-il lancer un cri singulier contre l'uniforme?

Journal obscur. Doigt impudique entre l'écorce et l'intime. l'écrivain public isole chaque décharge, le temps qu'une phrase appartienne à la tension commune. "Je n'ai rien à dire de moi que l'autre" Confidence alvéolée. Il n'y aura eu que le vocable é-p-o-q-u-e pour sembler nous départager. Mes mots cherchent leur vitrail.

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Là où le paysage dispose de nous, méditer, rassembler. Prier germe bleu nuit et jour. Tout ce jour, le vent a soufflé contre nous resserrant l'horizon entre ses rafales miellées aux cantines de l'Armée. Nous ne nous méfierons jamais assez de ces invitations à une trahison conviviale. Drogue douce. Si douce que l'un parmi nous se mit comme un chaman à imiter le chant du coq. Trois fois, douloureuses. A ceux de mon versant j'ai crié de fermer les yeux et d'évoquer les premières fleurs d'amandier. Car toutes mes dernières traversées m'ont rendu rebelle à la dureté. Rivaliser avec la beauté de la ruse, répondre goût pour goût plutôt que par revers claqués ou étirements précoces. Ensemencer l'épreuve.

Le fumet persiste depuis quatre jours, si maternel que beaucoup en gémissent dans leur sommeil. Les femmes ont collé le visage des plus petits contre leurs robes devenues barreaux; le Poursuivant ferait son miel de ces petites fourmis les effraie-t-on. Difficile de se construire des nids de terre parmi le sable.

Le vent est tombé comme un suaire. Le Poursuivant a repris toute sa laideur et nos pieds, leurs brasiers. Horizon muqueux.

Nos regards troublent le paysage. J'écris pour nous entendre ne pas nous perdre. Toute poésie antérieure devient page blanchie sous l'urgence. Criée, sans me vendre.

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Mémoires zébrées; j'écris fidèle à leur désordre. Un jour il n'y eut plus d'enfant5 dans les rames, hormis les tziganes de Sarajevo petites mécaniques orphelines. A deux stations du mirage, le métro ne parvient pas à déverser la tristesse de trop. La chaleur agace les âmes, des titres voyeurs défigurent les oaSIS. Conversations à rebours. A l'affiche, se fuir jusqu'au bout des pôles; tout compris. Somatiser tropicalement entre deux essais; nucléaires. Des lieux communs ces cellules plombées? Lucifer de nos misères, néon des souterrains, quelle fidélité! Au premier désespoir venu, âme sur âme. De quoi ne plus te sentir le dernier des derniers.

Et si fuir inventait une façon de veiller...

Dieu. Quelque Dieu. Prends notre place en nous.

Une voix raconte un songe. Nuit bercée, dureté s'effritant. Ma chair d'enfant se revêtait de moi, surimpression indémêlable. Peau d'existence plus rebelle que celles des contes. Plus tard, je suis une alvéole tombée d'un énorme rayon d'espace. Tout en bas l'alvéole a mes traits et pareille à une bulle de savon, elle essaie de se poser bien difficilement sur les barreaux d'une échelle remontant à plein ciel. Puis j'aperçois les mères; elles sont assises au bord d'un fleuve et le tapotent comme pour en appeler quelque mystérieux animal.

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Un serpent à moitié mort m'a réveillé, il s'achevait le long de ma jambe gauche; je l'aidai d'un coup de talon et comme il faisait encore nuit, je me mis à compter les étoiles. Vouloir n'est pas désirer.

J'écris ce qui vient des autres cernant le même en nous.

Le sable et la terreur nous ont buriné dans leur mascarade. Souvent à l'aube, dans ce qu'il nous reste de miroir, nous ne nous identifions plus, bizarrement asexués; double indécelable. Se découvrir deux à avoir peur en soi s'avère une protection. Ange ou androgyne.

Cette fois l'Armée ronge nos nuits. Elle joue à faire glisser son ombre sur les empreintes encore moites -ou déjà moitesde nos corps; le jeu consiste à ce que nous ne sachions absolument plus si nous avons fui ou dormi. Clartés ambiguës de l'espace. Verticales momies devant leurs chambres à gaz.

Quelqu'une m'a demandé d'écrire "poumons d'or les tables de la Loi".

Nous parlons dans les grottes fraîches de la nuit revenue. Le doute n'en épargne aucun dès que s'impose le départage entre cruauté et nécessité. Juste après la loi de la jungle vient l'espèce Humaine et sa Loi de la Souffrance; phénomène totalement particulier, unIque.

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De la souffrance avant toute connaissance. Oui mais à quelle aune? (Le sable bouffit mes ongles comme s'il voulait ralentir le tracé d'une transmission électrocutée de passion. Sable garant). Tous, avouons plus redouter notre passé proche que notre mort cent fois vécue; et ce passé, incompréhensiblement, lorsqu'il pèse sur l'intelligence de nos agonies

lorsqu'il semble les déjouer c'est alors qu'il se révèle l'épreuve fondatrice, le seuil de nonretour. En lui, nous devons trier les éclats qui résistent à la désignation de déchets. Dernière vie, héritage justicier, mesure d'être. L'Armée s'agite à nouveau. Autrement.

Deux géographies superposables, presque décalquées: chacun et la planète. Aucune déchirure qui ne soit jumelle. Et solidaire en quelque sorte. Contaminante, multiplicatrice. Une colère apaisée est un obus de moins entre frères ennemIS. Que de ressuçées effrayantes avant d'en arriver là.

Retourner à l'état d'animal et souffrir aveuglément. Puis, justement. Combien de songes encore pour vouloir dévoiler le visage unique du Poursuivant?

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Parfois pour ne pas s'ensabler, certains épellent les étoiles avec les lettres de leur nom. Tabernacles provisoires.

L'écrivain sait murmurer lorsque la génération perd sa voix. Ne plus laisser de jour tiré à blanc. Pourquoi moi?

Quel doigt a inscrit sur le sable que je serai l'écrivain du désert, une voix qui n'y crie pas mais l'atteste habitable, porté par une foule revenue s'y remémorer. Nervure de leurs ramifications. La désignation se révèle cruelle et providentielle puisqu'elle coïncide avec l'incertitude de mon périple scripturaire. Tant de fois j'ai connu l'obsession de la prison, une cellule me livrant au jet continu, à la marée fidèle. Ma solitude anonyme m'avait déjà condamné à une espèce de détention perpétuelle; dans l'écriture. Ici, en devenant le démouleur de toutes leurs paroles, je m'inscris autant que je m'efface. Bénie soit cette mise en millénaire. Ecrire à vie.

Mon encre dorera les plus giclés. Elle tracera les bords et les extrémités resserrant nos débordements vers le centre secret. J'écris pour que chacun ait le courage d'être entendu.

Clairvoyants de tous poils. Pas de monopole. Tenir le livre de leurs songes; de leurs paroles soufflées comme un verre réfléchissant le moindre indice.

14

Désert Clepsydre de nos réincarnations. A chaque naissance, aboutie, un peu de ce désert fond dans ses propres mirages. Equation à ne pas éteindre.

Qui voudra peindre ces beaux drapés sableux où nous quittons pour un jour de moins nos sommeils?

Toujours la peur. Qui finit par faire de nous ce que nous avons tant redouté chez les autres. Devenons-nous fous? Nous implorons une attaque. A notre insu.

Dieux au secret. Tous orphelins. Doucement, la révolte; nous avons peut-être gagné ce désert à la sueur de nos volontés les plus retorses. Le sable me fait des doigts de bêtes.

Chacun son scoop. Sa dépouille à ronger. L'ennui, l'attente et la terreur nous font perdre tout sens humain. Tableaux de chasses. Ecrans charognards. Jouir d'autres horreurs que la sienne. Catalogue de hyènes; vivisections frontalières, prostitutions conventionnées, mirages des banlieues. En gros ou en catimini, chacun sa dose. Pourvu que la Loi d'un plus faible renforce les injustices établies. L'oeil déglutit 15

bouchant tout horizon Et puis...

Et puis à chaque jour suffit son sursaut et nous glanons des ailes dans nos décharges gigantesques. N'importe lesquelles.

Mêler le cristal à l'uranium. Certains crient qu'on envoie des éclaireurs. Beaucoup en rient. Des éclaireurs... vers où ? ... vers qui ?... A la rencontre du Poursuivant? Mais puisque c'est lui qui nous trace la voie... En attendant.

D'amont en aval je colporte mon écritoire, échangeant des doutes, des méditations, des paroles, des songes, des mémoires, des silences. Trocs étranges et indispensables. Pierres d'angles et de noyés. Pierre de taille.

Qu'est-ce qui nous élance ainsi sans notre volonté de croire en nous? Ecrivain au fil de leurs temps. Plus tard après les grandes jachères, nous dénombrerons, tous ensemble, les oracles parmi les cris jetés.

L'Armée nous talonne de ses cliquetis. Menace à retardement. Sirène lacérant les capitales assoupies. Les grands néons soulignent nos fards et cement les pauvres 16

ressemblances si particulièrement fraternelles. Les gyrophares du Poursuivant rient entre chien et loup de ce que les caravanes tournent en rond. Un téléphone sonne inutilement dans une tour, armée. Désert pour désert; cage d'escaliers, cages d'espaces. Le temps se rebelle contre sa notion et nous ne l'avons plus de mourir pour le voir se dérouler à toute allure et nous attester depuis le début. Le début.

Peut-être un prophète s'est-il fait éclater la cervelle parmi les plus parqués et moi, pauvre devin à demi-conscient, je dois lire cette manne effrayante.

L'Invisible nous épie.

Des jours sans nuits, des nuits sans jour. Hiver fournaise. Epidémie de peur. Fin de nous et qu'on n'en parle plus. A la Question l'Ecrivain!

Etre ensevelis dans nos derniers mots.

Naître de l'émeute; indifférenciée. Quitter sa mère pour un plus fort. En attendant. Oui encore. Mariage forcé de la peur et de la liberté. Passer aux aveux comme des mains à travers des barreaux 17