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FLORA TRISTAN

De
74 pages
Pour Flora Tristan, tout le mal vient de la discrimination sociale que subissent les pauvres, les femmes, et surtout les étrangères qui se retrouvent esseulées, sans aide, complètement démunies. Il est sûr que Flora Tristan, en parlant de ce mal, parle d'abord de sa propre expérience, s'étant trouvée dans des situations similaires à celles qu'elle décrit dans ses récits de voyages (au Pérou de 1833 à 1834, et en Angleterre entre 1825 et 1839)
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FLORA TRISTAN: LA PARIA ET LA FEMME ÉTRANGÈRE DANS SON ŒUVRE

L'Harmattan

cg L'Hamlattan,

2003

5-7, rue de l'École-Polytechnique

75005 Paris - France
L'Hannattan, Italia s.r.1. Via Bava 37 10] 24 Torino L'Hammttan ] Hongrie

Hargita u. 3 026 Budapest 2-7475-4598-9 ISBN:

INTRODUCTION

C'est à partir de 1924 que la figure de Flora Tristan a commencé à sortir de l'oubli, grâce à l'historien Julien L. Puech dont la thèse de doctorat à la Sorbonne avait pour sujet: La vie et l'œuvrede Flora Tn:stan, thèse qui fut publiée l'année suivante. Il ne faut cependant pas omettre de mentionner que, dans la même université, Irena Feyde avait en 1913 soutenu sa thèse qui avait pour objet Flora Tn'stan, sa vie, son action sociale, travail que nous n'avons pas pu retrouver. Mais la grande redécouverte de la pensée de Flora Tristan se situe après le mouvement de mai 1968, date à partir de laquelle ses oeuvres commenceront véritablement à être rééditées. Sa pensée a été mise à jour par l'initiative de Stéphane Michaud, organisateur du premier « Colloque International Flora Tristan» réalisé à Dijon en 1984, à l'occasion du 140ème atmiversaire de sa mort. Notre étude se limite à traiter des problèmes de la paria et de la condition sociale de la femme étrat1gère dat1s l'œuvre de Flora Tristan, qui se situe dans la première moitié du XIXème siècle. Notre travail se concentre principalement sur les ouvrages suivants: Nécessité defaire bon accueilaux femmes étrangères(1835), Pérégn'nationsd'uneparia (1838) et L'émancipation de lafemme ou le testamentde lapan'a (1846). C'est principalement dat1s les deux premiers livres que nous venons de citer que Flora Tristan nous fait connaître ses idées sur la façon dont sont accueillies les femmes étrat1gères en France et au Pérou respectivement. En entreprenant son voyage au Pérou en 1833 pour réclamer l'héritage de son père, Flora Tristan ne savait pas que ce voyage allait se transformer pour elle en W1 formidable défi qui ne se terminera qu'au jour de sa mort le 14 novembre 1844. Il faut saluer dès le départ le courage de cette femme qui n'hésitera pas à entreprendre une traversée de cinq mois, tout en sachant qu'elle sera la seule femme à bord, On peut affirmer que ce voyage sera déterminant dans l'orientation de ses idées et de sa vie qu'elle va désormais dédier entièrement à la cause des exclus de la société. C'est dans Pérégn'nations

d'uneparia que nous est relaté le récit de ce voyage et les pensées qui lui sont chères. Ce livre, loin de lui porter bonheur, lui fera perdre la maigre pension que son oncle don Pia de Tristan avait bien voulu lui accorder à la place de son héritage, car ilIa considérait comme la ftlle illégitime de son frère. Afin de mieux comprendre la pensée de Flore Célestine Thérèse Henriette Tristan de Moscoso, il est indispensable de connaître le cours orageux de sa vie. Elle est née le 7 avril 1803, première née du péruvien Mariano Tristan de Moscoso et de la française Thérèse Laisnay. Après la mort prématurée de son père, alors qu'elle n'a que quatre ans, elle vit avec sa mère dans un faubourg de Paris. En 1820, à l'âge de dix huit ans, elle trouve un emploi comme ouvrière dans l'atelier de lithographie d'André Chazal, avec qui elle se mariera le 3 février 1821. C'est à partir de ce mariage malheureux que Flora Tristan commencera à ressentir ses premières souffra11ces en tant que femme, souffrances auxquelles elle ne se résignera jamais. Il faut dire qu'elle n'avait pas souhaité ce mariage, et que, par la suite, elle reprochera à sa mère de l'avoir poussée à partager la vie d'André Chazal dans le seul but d'échapper à la pauvreté et de sauver son honneur. Il faut préciser ici que le fait que le mariage de ses parents n'ait pas été reconnu par la loi française, et qu'elle était par c011séquent considérée comme fille illégitime, lui avait fait perdre déjà un bon parti, avant d'être dema11dée en mariage par son futur mari. Ce sera le premier coup que lui aura porté la société. Puis, la persécution de son mari lorsqu'elle se sépare de lui, le refus de sa famille péruvienne de la reconnaître comme fille légitime et de lui donner la part d'héritage auquel elle estimait avoir droit, la pousseront à se révolter et à se constituer paria, comme elle se définit elle-même. Elle se range alors du côté des exclus de la société. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes intéressé à étudier le sujet de l'exclusion et tout particulièrement l'exclusion de la femme dans l'œuvre de Flora Trista11. En partant de sa propre expérience, Flora Tristan ne tardera pas à se rendre compte combien l'accueil réservé aux étra11gers s'est détérioré dans cette société moderne en pleine ère d'industrialisation, qui entraîne l'homme vers un individualisme qu'elle n'hésite pas à appeler égoïsme. Son a11alysede la société ne veut pas être celle d'un sociologue, mais celle d'une simple observatrice qui témoigne des conséquences fâcheuses des développements auxquels elle assiste. Afin de combattre la montée de l'individualisme, elle proposera 8

plusieurs solutions telles que l'union des individus, l'union des femmes, ou l'union des ouvriers, mais aussi les échanges internationaux qui permettraient de faire avancer le progrès social. Pour les femmes étrangères, elle propose la création d'une Association qui aura pour but de les aider à s'intégrer dans la société selon leurs diverses compétences. De ce projet, qui malheureusement ne débouchera pas sur une réalisation concrète, il restera néanmoins les principes définis par Flora Tristan, qui seront repris par des associations qui plus tard entreprendront les mêmes démarches en faveur des étrangers. Pour les ouvriers, elle laisse un grand héritage, son Union ouvn'ère (1843), ouvrage dans lequel elle dénonce avec conviction et détermination les abus et les injustices que subissent les ouvrières et les ouvriers, pour qui elle se battra jusqu'à la mort qui interrompra son tour de France. Les femmes recevront aussi en héritage les idées de Flora Tristan en faveur de l'émancipation et du combat des préjugés de la société. C'est ainsi que Flora Tristan veut absolument permettre aux femmes de tout voir et tout savoir, unique moyen pour elles d'arriver à être égales aux hommes. Flora Tristan est persuadée que la femme, grâce aux qualités spécifiques qui lui sont propres, peut jouer un rôle important dans le progrès social en France comme à l'étranger. Elle est consciente que par l'éducation qui lui est prodiguée, la femme dans la première moitié du XIXème siècle, ne peut pas faire concurrence aux hommes dans le domaine de la science, mais elle peut en reva11che contribuer au progrès de la société pour ce qui est des mœurs. Elle cherche par tous les moyens à démontrer l'utilité de la femme da11s le développement positif de la société. Il faut prendre en considération qu'au XlXème siècle, la femme était non seulement considérée comme étrange, mais aussi comme étrangère dès lors qu'elle se mariait, du fait de la contrainte exogamique, car elle vient d'ailleurs, c'est-à-dire d'une autr~ famille. La femme apparaissait comme étant du côté de la nature, de la « sauvagerie », alors que la culture était placée sous le signe de la masculinité. La femme était donc considérée comme un être inférieur, comme nous l'explique Madame Nikitine dans son article La prétendue infén'on'téde laJemme, paru en 1888 da11sla revue Rfforme Economique. C'est inspirée par les idées du Comte Henri de Sau1t-Simon, Charles Fourier et Prosper Enfantin que Flora Tristan mettra tout en oeuvre pour faire sortir la femme de sa condition de paria et la faire participer à la vie active de l'évolution de la société. 9

I . LA CONDITION

DE LA FEMME PARIA

1.- La femme paria face à la société Pour mieux comprendre le concept de «paria» dans la pensée de Flora Tristan, retournons d'abord à l'origine de ce mot. Le mot « paria» vient du sanscrit « parayatta» qui signifie « soumis à la volonté d'un autre». Dans la culture indienne, il désigne une personne de caste inférieure. C'est aussi une personne qui est considérée comme vile et est exclue des avantages dont jouissent les autres. C'est dans ce dernier sens que Flora Tristan se compare ellemême à une paria. La femme paria qui émeut la pensée de Flora Tristan est à la fois une malheureuse rejetée par une société régie essentiellement par la loi des hommes, et une personne, qui n'a pas choisi son destin et qui doit accomplir, contre son gré, une énorme tâche qui vise à faire évoluer la société vers une relation plus équitable entre hommes et femmes. Le courage dont elle doit faire preuve est l'un de ses défis majeurs par rapport à des lois et des préjugés sociaux qu'elle va dénoncer. Flora Tristan, dès le début de son oeuvre et jusqu'à la fin de ses jours, ne cessera d'exprimer son désaccord sur l'état de la société dans laquelle elle vit, où la femme a toujours été le plus souvent considérée comme un être inférieur, comme nous le fait remarquer Jean Baelen en citant la pensée de Jean-Jacques Rousseau:
« Rousseau avait commis une erreur sans excuse en déduisant de l'infériorité physique de la femme son infériorité intellectuelle et morale. La femme est ce que l'a faite la !)1rannie masculine. Il suffit de l'en affranchir pour en faire un être nouveau. Pour commencer, elle doit partager avec l'homme les avantages de l'éducation et du
gouvernement. )) 1

1BAELEN Jean, La vie de Flora Tristan, Socialisme etféminisme au 1ge siècle. Paris. Editions Seuil. 1972. p 152