FOURBERIES D'ESSOMBA

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Ekoumba, village de la forêt équatioriale du Cameroun, sort difficilement de la colonisation. Les stigmates endurés tout au long de cette période se cicatrisent à peine pendant que la religion des dominants d'hier continue son travail de sape afin de détourner les convertis de plus en plus nombreux des pratiques jugées dangereuses de ce qu'étaient les acquis de leur tradition. Entre-temps, l'école des Blancs formalise de nouvelles mentalités qui entretiennent un lessivage systématique dans la mémoire encore malléable des jeunes premiers de la nouvelle République...Un homme se dresse contre cela.
Publié le : vendredi 1 avril 2011
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EAN13 : 9782296803565
Nombre de pages : 194
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LESFOURBERIESDESSOMBA
Jacques Aanana Aanana
LES FOURBERIES D’ESSOMBA
L’Harmattan
Écrîre l’Afrîque Collection dirigée par Denis Pryen
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« Nous sommes conscients que quelques scories subsistent dans cet ouvrage. Vu l’utilité de son contenu, nous prenons le risque de l’éditer ainsi et comptons sur votre compréhension. »
© L’HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.lîbraîrîeharmattan.com dîffuŝîon.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54409-3 EAN : 9782296544093
CHAPITRE 1
L’aube naissante dissipait progressivement l’épaisse couche d’encre d’une nuit arrivée en fin de parcours. La brume matinale qui entretenait encore une farouche résistance aux premiers rayons de l’astre du jour, enveloppait le village dans une sorte de bulle de fraîcheur qui dissuadait les matinaux les plus zélés de mettre le nez dehors. Le premier mois de l’année curieusement depuis un certain temps, avait cette particularité de produire des conditions climatiques d’une rudesse impitoyable aux habitants des zones forestières. Les changements que subissait la régularité du cycle des saisons au fil des années, compliquaient davantage la vie du paysan habitué depuis la nuit des temps à conjuguer avec son environnement qui lui dictait et définissait à l’avance dans une cadence immuable, ce qu’il avait à faire pour assurer dans les meilleures conditions les récoltes indispensables à sa propre subsistance. Il se soumettait ainsi aveuglément à la nature, convaincu qu’il était, de mieux la maîtriser ce faisant. Aux matinées brumeuses dont on se réveillait le corps endolori transi de froid, se succédaient des journées caniculaires où le soleil dans son éclat le plus brillant, s’employait consciencieusement à refréner les ardeurs des pauvres cultivateurs, victimes désignées de l’insolation due à l’exposition martyrisante des corps à cette brûlure accablante. Ainsi se réveillaitEKOUMBAle grand village du catéchiste Simon PierreEssomba Ossama en cette matinée falote de la première quinzaine du mois de janvier. EKOUMBA, un village d’où vivait une population 7
évaluée à près de 500 âmes dont la foi au christianisme constituait l’un des ferments qui régulaient l’existence quotidienne de cette communauté constamment en butte entre l’abandon de certaines pratiques ancestrales proscrites par l’Église et dont elle avait du mal à se défaire, et le besoin d’assumer pleinement sa foi chrétienne, gage d’une place assurée au paradis. Le conformisme étanche dans l’observance des lois d’une religion dogmatique qui ne vous laissait pas beaucoup d’alternatives engageait son adepte dans la voie sinueuse d’une vie consacrée exclusivement au respect des préceptes édictés par sonÉglise. Le catéchiste, dès lors, occupait une position privilégiée d’intermédiaire incontournable dans le fonctionnement de l'Église. Il veillait à l’encadrement spirituel des chrétiens à sa charge et assurait leur éducation chrétienne. Il administrait certains sacrements lorsque l’urgence l’exigeait, procédait aux enterrements lorsque l’empêchement du prêtre était constaté. Véritable courroie de transmission entre le prêtre et ses ouailles, il était la caution morale de l’interrelation du chef de la paroisse et des fidèles dans tout ce qui concernait l’administration des sacrements et la préservation aux yeux du prêtre de l’image d’un bon chrétien conformiste et pratiquant. Simun Petrus, comme il était communément appelé ici, s’acquittait de son devoir avec beaucoup de sérieux et un zèle quelquefois sadique selon les membres de sa communauté.Conscient du pouvoir qui lui donnait la latitude de compromettre à dessein l’effectivité d’une bonne relation entre le chrétien et l'Église, Simon Pierre Essomba Ossama s’était forgé l’image d’un personnage énigmatique, un tantinet débonnaire quelquefois, mais qui inspirait en même temps crainte et respect.
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Homme entre deux âges, trapu et bedonnant à la mine pas trop catholique, il exerçait par sa seule présence dans un lieu, une pression sournoise sur son petit monde sans que cela ne paraisse contrarier outre mesure. Pourtant, chacun en sa présence se gardait d’enfreindre, par son comportement, les règles de la loi biblique telle qu’enseignée par Simun Petrus lors des séances de catéchèse, quotidiennement dispensées les après-midi. Se voir suspendre de prendre part au repas eucharistique le dimanche, était perçu par le chrétien comme étant une punition avilissante et très lourde de conséquences, surtout celle qui remettait en cause le rayonnement affiché de sa condition de fervent chrétien pratiquant. Or, cette position préjudiciable était principalement redoutée. De sa démarche pataude aux espacements millimétrés, le « Maître de la doctrine » d’Ekoumba, bravant le froid matinal, avançait inexorablement vers l’austère case chapelle que l’on distinguait à peine quelques mètres plus loin. Noyée dans un épais brouillard qui lui donnait l’aspect d’une masure lugubre en cette matinée brumeuse, la « maison deDieu » ne payait pas de mine. Non pas que ceux des chrétiens du village qui l’avaient construite n’avaient pas vu grand, mais certainement, en ces temps-là, elle devait répondre au critère du nombre encore insignifiant des chrétiens où la foi se frayait un difficile chemin dans les consciences hermétiques encore embrumées par les croyances et les pratiques ancestrales solidement arrimées aux us et coutumes de toute la communauté villageoise d’Ekoumba et des peuples des contrées environnantes. La religion duChrist apportée par leBlanc n’avait pas trouvé facilement grâce dans les cœurs endurcis et moins réceptifs à cette croyance qui, curieusement, marchait de père en fils avec le colonialisme envahissant. 9
La demeure du Seigneur d’Ekoumba, léguée par les premiers chrétiens du village avec ses murs en banco lézardés et couverts par quelques vieilles tôles de récupération agencées tant bien que mal aux nattes de raphia, permettait tout juste de vous couvrir du soleil, mais ne vous prémunissait pas de la pluie en cas d’orage. L’exiguïté des lieux occasionnait régulièrement la manifestation de quelques petits conflits larvés tous les matins lors du culte très couru par les fidèles de Simon PierreEssomba Ossama.En effet, seuls les premiers arrivants avaient la chance de trouver place sur les billes des troncs d’arbustes rangés de part et d’autre de l’allée centrale traversant la nef jusqu’aux abords de l’autel d’où officiait majestueusement le maître des cérémonies, le vénérable Simun Petrus. Les retardataires aux regards hagards cherchaient désespérément à déceler la moindre petite espace entre deux personnes pour s’incruster de gré ou de force.Ce qui n’allait pas sans récriminations ou bousculades au grand dam des supposés agressés. Le catéchiste avait pourtant déjà, depuis fort longtemps, lancé une quête pour la construction d’une nouvelle case-chapelle spacieuse et décente.Ce qui permettrait ainsi à leur communauté de chrétiens de demander au prêtre de la paroisse de MBANG-AKOM, de laquelle dépendait Ekoumba, de venir dire au moins une messe dominicale sur deux au village. Les gens n’adhéraient que difficilement à cette requête en contribuant parcimonieusement au cours des rassemblements pourtant organisés régulièrement.Ce qui justifiait la maxime « tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir ». Simon PierreEssomba Ossama déplaça la barrière faite de quelques morceaux de planches entrecroisées qui interdisait l’accès dans l’enceinte de la case-chapelle aux 10
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