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Fractales

De
168 pages
Comment écrire après la tuerie du Bataclan, alors que nous nous enfonçons chaque jour un peu plus dans un conflit archaïque qui oppose croyance et raison et qui ajoute au chaos contemporain sa dimension fractale ? Entre réel et imaginaire, l'auteur tisse ici une trame policière qui superpose des lieux : la France, la Roumanie, le Maroc, sans que l'on sache très bien qui est le narrateur, qui est l'enquêteur, qui est surtout cette femme, entrevue au bord d'une plage, d'où naît toute l'intrigue. À moins que ce « je » qui s'énonce au carrefour d'autres voix, soit lui-même en quête de son rôle...
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ĐoŶlit aƌĐhaïƋue Ƌui oppose ĐƌoLJaŶĐe et ƌaisoŶ et Ƌui
EŶtƌe ƌĠeL et iŵagiŶaiƌe, L’auteuƌ îsse iĐi uŶe tƌaŵe
RĠpuďLiƋueͿ, La RouŵaŶie ;IaşiͿ, Le MaƌoĐ ;MaƌƌakeĐhͿ,
L’eŶƋuġteuƌ, Ƌui est suƌtout ĐeTe feŵŵe, eŶtƌevue au
Đe « je » Ƌui s’ĠŶoŶĐe au Đaƌƌefouƌ d’autƌes voidž, soit Lui-ŵġŵe eŶ Ƌuġte de soŶ ƌôLe LoƌsƋu’iL iŶteƌƌoge Le veƌďe « Đƌoiƌe » daŶs diFĠƌeŶtes ŵises eŶ sĐğŶe de L’histoiƌe,
de reveŶIr à la icîoŶ pour exprIŵer les crIses du ŵoŶde coŶteŵporaIŶ, tout eŶ déjouaŶt les codes tradIîoŶŶels du roŵaŶ.
ILLustƌaîoŶ de Đouveƌtuƌe : BouĐhta EL HaLJaŶi
ISBN : ϵϳϴ-Ϯ-ϯϰϯ-ϭϭϭϵϬ-Ϯ ϭϳ
Marc Gontard
Fractales
Roman
Fractales
Écritures Collection fondée par Maguy Albet Pisetta (Jean-Pierre),Hostilités, 2016. Toubiana (Line) et Point (Marie-Christine),De porte en porte. Histoires parisiennes, 2016. Pain (Laurence),Selon Gabrielle, 2016. Seigneur (Pauline),Augusta mouille-cailloux, 2016. Berkani (Derri),Les couveuses, 2016. Gaspin (René),Froideterre. Le roman d’un poilu, 2016. Galluzzo (Rosine),Toutes les larmes de mon corps, 2016. Rouet (Alain),Les incivilités du trapèze volant, 2016. Tanguy Taddonio (Anne),Le mariage, 2016. Le Boiteux (François),Le rêve grec, 2016. Sabourin (Jean-François),Le long chemin de l’exode. L’histoire d’un homme libre, 2016. Payet (Sylvie),À fleur de peau, 2016. e Bensimon (Jean),Le Hors-venu. Contes brefsédition,, 2 2016. Aubert-Colombani (Éliane),La Guerre à six ans ou De la rue Béranger à la rue Danton, 2016. Dulot (Alain),Que s’est-il passé, madame ?, 2016. * ** Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Marc Gontard Fractales Roman
Du même auteur Essais Violence du texte. Littérature marocaine de langue française, Paris-Rabat, L’Harmattan/SMER, 1981.Nedjma de Kateb Yacine. Essai sur la structure formelle du roman, Paris, L’Harmattan, 1985. Victor Segalen : une esthétique de la différence, Paris, L’Harmattan, 1990.Le Moi étrange. Littérature marocaine de langue française, Paris, L’Harmattan, 1993. La Chine de Victor Segalen : Stèles, Equipée, Paris, Presses Universitaires de France, 2000. e Dictionnaire des écrivains bretons duXX siècle, Presses Universitaires de Rennes, 2002. La Langue muette. Littérature bretonne de langue française, Presses Universitaires de Rennes, 2008. Écrire la crise. L’esthétique postmoderne, Presses Universitaires de Rennes, 2013. Fictions De sable et de sang (roman), Paris, L’Harmattan, 1981.Territoires de l’obscur (nouvelle), Hôtel Continental, 1993.Ywona (poème), Hôtel Continental, 1996.© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11190-2 EAN : 9782343111902
I 1-Je n’écrirai jamais de roman. Il arrive quelque chose à quelqu’un. Voilà la formule. Simple et imparable ! Peut-être une rencontre, à travers laquelle va se jouer un « destin » … J’ai toujours eu un problème avec ce mot, avec le fatum latin ou la providence chrétienne. Comme si les choses étaient écrites à l’avance ! Par qui ? C’est parfois un événement extérieur, qui perturbe la vie ordinaire et bouleverse les habitudes. Déstabilise le quotidien. Mais il reste toujours explicable. Il a ses causes, ses effets, génère des réactions… On se débat, on résiste, on essaie de survivre ! Ou ça commence par une absence, un vide à combler, un désir à réaliser. Et nous voici à la recherche d’un objet : une valise de billets, un ami disparu, une femme ! Portés par des forces qui nous mènent : l’ambition, la vengeance, l’amour ! Il y a des obstacles, des épreuves, des morts… une intrigue, des péripéties ! L’absence engendre l’action. L’action engendre l’événement. L’événement engendre le récit. Qui nous sort de nous-mêmes. On veut du romanesque ! A consommer. A vivre… Mais vous voyez bien que derrière tout cela il y a quelqu’un qui tire les ficelles et qui les noue entre elles, deus ex machina d’un monde de papier. Comme si
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notre univers était totalement réductible aux algorithmes de la raison. Ou à un simple acte de foi. Credo: je crois… L’événement et sa causalité ! Laissons cela aux journaux avec leurs faits-divers. Aux scénarios de films à gros budgets. Encore que Tarantino… ! Passons. Je hais les romans, qui finissent tous par raconter la même histoire. Nous vivons dans un univers turbulent et j’ai toujours pensé que notre passage sur cette planète perdue dans un coin du cosmos reste soumis aux seuls effets de la contingence et de l’impermanence. Mais bon ! Ce n’est ni le moment, ni le lieu d’aborder ce sujet… Si j’écrivais un roman aujourd’hui, je voudrais que ce soit quelque chose commeLes Particules élémentaires ou Vernon Subutex. J’aimerais écrire comme Houellebecq ou Virginie Despentes. Mais c’est déjà fait ! Et les vitrines des libraires sont désespérantes, on n’y trouve plus que des essais politiques : Sarkozy, Juppé, Copé, Debré, Fillon, Taubira, tous, des best-sellers… Alors je ne me vois pas courant les éditeurs avec ma chemise cartonnée sous le bras, n’ayant pas de programme à offrir à d’éventuels électeurs, ni davantage de public attaché à mon nom ! Quel nom, d’ailleurs ?... Pourtant, il y a une image qui m’obsède. Je peux en parler ici, entre nous. Je ne sais pas encore jusqu’où ça nous mènera. Essayons.
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Tous les jours, à la même heure, une femme passe sur la falaise, accompagnée de son chien. C’est un molosse noir aux oreilles pointues qu’elle ne tient pas en laisse. Il la suit, pas à pas, sans jamais la dépasser. Jamais elle ne lui donne un ordre. Il trottine derrière elle, sans jamais s’arrêter pour lever la patte ou flairer une touffe d’oseille sauvage. C’est une belle femme, avec une chevelure légèrement ondulée qui lui tombe sur les reins. Elle porte toujours un jean et un chemisier de couleur claire, blanc le plus souvent. J’ai fini par guetter son passage, toujours à la même heure par le même chemin. Elle descend vers la petite plage, en face, puis remonte le sentier sur la falaise et disparaît derrière les dunes. Un quart d’heure après elle est de retour et j’aperçois sa silhouette lointaine, très droite. Elle marche d’un pas ample, le chien derrière elle. Et peu à peu je distingue à nouveau les traits de son visage. Son profil. Puis sa longue chevelure qui ondule en cadence avec le mouvement des hanches. Elle a fini par rythmer mes journées. Si je pars à la pêche, je rentre suffisamment tôt pour être là au moment de son passage. Si je suis dans mon bureau, je guette l’heure pour refermer mon écran et descendre l’escalier. Elle a fini par m’habiter, sans qu’il y ait pourtant d’autre désir, dans cette fascination, que celui de la voir marcher avec son chien. Du moins c’est ce que je crois. D’ailleurs l’heure arrive. Je descends. Je guette derrière la baie vitrée. Et je la vois entrer dans la lumière dorée de cette fin d’après-midi. Les baigneurs sont remontés de la plage. Il y a deux joggers transpirant qui troublent un instant la séquence. Mais c’est bien elle, le même
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