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57

rue

de

© L’Harmattan 2012
l’Ecole polytechnique 75005

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iffusion.hrmttnwnoo.fr
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EA 8796922805644

Paris

France

Bitume

Du

même

auteur

Etiennerre e anuscrit aris2007

oturne

éleste

e

anuscrit

aris

2009.

Benjamin

France

osenberg

Bitume

roman

’armattan

À

onique

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ntus

et

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ute

eanacques

l’intérieur

ousseau

es

et

sous

la

peau).

onfessions.

Fa–isaecqiusejejet’leia
unepute 
–Cesera àton père d’en juger.
a cave est sombre ethumide.ejeune homme allumeson
téléphoneportable et sembletaper un numéro.alumière du
cellulaire éclairelevisage delajeune fille elle estbelle c’est
inéluctable.es yeux sonthumides ellesuffoque et ses lèvres
tremblent.
–on T’asgagnés’exclametelle avec effroi en
attrapant les mainsdu jeune homme.
l sourit narquoisement puisfourreson téléphoneportable
dans sapoche déboutonneson pantalonetabaisse
brutalement levisage dela fillejusqu’àsavergetendue comme
lestipe d’un palmier.
lfait un signe delatête àunautrejeune assis surdes
cartonsempilés.Ce dernierenclenche aussitôt la commande
plydela caméravidéodesoncellulaire.
Elle fermeles yeuxet ses pleurs salés se confondentbientôt
avecle foutrelaiteux quis’étalesur son visage.
l reboutonneson pantalonet lesdeuxgarçons senfuient

dans l’obscurité aux odeursderemugle depisse etdemort
aux rats.Ellerestelà assise àterreles yeuxfixant lenéantla
bouche infestée d’uneodeurfétide et lesouffle courtlapeur
au ventre.

remièrepartie

isoudèrestonp.aruatpEismava’asjuisaps.nsuiesviistang
Au neuvième étage d’unimmeuble quineressemble
qu’àunassemblage d’une centaine de fenêtres prêtesà
s’étouffer mutuellement deux jeunesd’unevingtaine d’années
jouentàla console dejeu.l s’agit vraisemblablementd’un jeu
de football puisquele fond del’écrandelatélévision paraît
vert etdeminuscules pointsgesticulentdans tous les sens.
’undesdeuxbondit parfoisdesa chaisetouten pointantdu
doigt letéléviseurd’unair menaçant et l’autresouritencoin.
Auboutd’unevingtaine deminutes ils posent leur
manette et sortentdesous lelit ungenre de cigaretteroulée
mais quisembleplus longue et plusépaisse.’undesdeux
individus l’allume enaspirela fumée allongesatêtesur le
dossierdela chaiserecrachela fumée et tendlejointàson
ami.ls restentimmobiles assis sur leurchaisesilencieux et
le corpsentièrement tournévers la fenêtre dela chambre.
’und’euxécrasela findu jointdans un morceaude carton
auxextrémités relevéessaluesonami d’unepoignée demain
lymphatique et sortdelapièce.’autres’assoit sur le bord de
son lit courbele dospose chacundesescoudes sur ses
cuisses et laisseretomber satête entreses poingsfermés.l
attend.lattendqueletemps passequelajournées’achève
enfinpour qu’une autre désespérémentidentiqueviennela
remplacer.
evoilàqui bâille et quisaisit un objetdont la couleurest
difficilementdiscernable roseou peutêtreviolet.l le fait
passer nonchalammentd’unemainàl’autreune dizaineune
vingtainemêmeune cinquantaine de foispuis lejette àterre
saisit saveste et sortdesa chambre.
lentre dans lasalle de bainpressesonindexdroit sur
l’interrupteuret s’observe dans la glace unduvetchâtain qui
commencepeuàpeuàlaisser place àune fine barbe brune
descheveuxbrunscoupéscourtset une boucle d’oreille du
côté gauchequi donnentàpenseràsamèrequ’Azizest un
voyou ; un teintbasané etdes yeux noirs qui cataloguent
presque immédiatement lejeune homme dans la catégorie
iniviu en éhesolire ynt unsier juiiire
onsommnt et venntunnispossént unermee

12

sixièmetégorie et shnt se servir’unermeàfeu.êmesi
pour laplupartdes jeunesfrançaisau teintbasané etaux yeux
noirs cette généralité auraitétéréfutée dans le casd’Aziz elle
n’est quepartiellementincorrect ie l nepossèdepasd’arme
desixième catégorie.
l met sa capuchese dirigevers lapiècemitoyenne et
tournelatêtevers un sofa blanc cassésur lequelestassiseune
femme àlapeau ridée aux jouescreusesetaux yeux noirs.l
remueses mainsdans tous les senstape du piedsur lesol et
claquelaporte del’appartement.Azizdescendlesescaliers.l
passe àtravers lavitre inexistante delaporte d’entrée du
bâtimentet rejoint lazoneCunilun tabac et un vendeur
dekebabsenface desquels sontdisposésdeuxbancsde bois.
azoneCdésigneprincipalementcesdeuxbancsoùcertains
jeunesaiment seretrouver.Thomasetomain sontchacun
assis sur unbanc.Thomasestd’originemartiniquaisesamère
est technicienne desurface àl’hôpitalaintouiset son père
manutentionnaire dans unentrepôtàAubervilliers.Thomasa
obtenu sonbaccalauréaten section littéraire ilestinscrità
l’université en philosophie depuis le débutdel’année.
omainest né dans levingtième arrondissementde aris.
orsqueson père aperdu sonemploila famillen’a eud’autre
solution que d’aller vivre enoù leloyerétait moinscher.
l s’agitait toujoursenclasse etétait unélèvemédiocre.l
disait n’être intéresséparaucune des matières proposéesau
collège et se décritencore aujourd’hui comme autodidacte.
omaina doncmisfinàson parcours scolaire àl’âge de
quinze ans enfindetroisième.lalu quelquesbonnes
œuvresl’lie et l’ysséed’omèrejdeBreton
Antigonede ophocle ete pèreGoriotdeBalzac;et
feuilletterégulièrementdes manuelsd’histoire etde
géographiepour s’instruirepar luimême.
Depuis trois mois ilestbénévole dans une associationde
soutien scolaire il propose aux jeunescollégiensdela cité de
leurfaireréciter leurscoursoudelesaideràréviser tel ou tel
contrôle.omain leurest très utilepas tant par son savoir
mais par l’encouragementàpersévérer qu’ilinculque aux

13

élèves.lapoureux lerôle d’uncoach  il leurdonnel’envie
dese battrepour sortirde cette citéqui commetoute autre
destineses résidentsinfluençableset peuambitieuxàla
déchéance.Aziz s’assoit prèsde omain.
–Tufais tourner ?ditilàsonamiquitient un jointdela
maindroite entrelepouce et l’indexla fraise endirectionde
lapaume.
omain leluitend.

–Aziz egardequi arrivesécrie Thomas qui bonditdu
banc et s’esclaffe d’un rire forcé etbruyant.
–Arrête de crier ellevat’entendre.Vous pouvez quand
même avouer qu’elle estbelle s’exclameAzizen parlantde
plusen plusdiscrètement.
–C’est vraiqu’elle aunbon petitculquand estcequ’elle
y passe? reprend Thomasd’unair taquin.
–Ta gueule.Tu vasfinir pargrandir ?aëla est pas l une

de cesfilles quise font prendrepar une dizaine demecsdans
un parking aux odeursdepisse C’est pas unetraîn ée l
faudraitcommencer par larespecteravantd’espérer neserait
cequ unbaiser.

omain saute dubancsur lequelest toujoursassisAziz
rejointThomaset tape dans lamain que ce dernier luitendait.
esdeuxamis ricanentet setournent versAziz.
–orsdetonconte de féesAveclesfemmesilfautagir
ellesaiment pas qu’on réfléchissetrop.rends toncourage à
deux mainsetinvitela aucinéma au lieudela dévorer
bêtementdes yeuxà chaque fois qu’ellepasse devant toi Ah
non j’oubliais ceseraitirrespectueux ceserait mieux quetu
sonnesàsaporte avecun poème et unbouquetderoses.
–C’est vrai Agis mon vieuxrenchéritomain.i
t’attends tropunautremectenterale coup etil telapiquera.
–aissezmoi faire cequejeveux ’ai aucune envie
d’aller luiparler.
aëlasortenfinduillesbraschargés.Avecson teint
haléses yeux marronet sescheveuxbruns elle a au sens le
plusgénérallephysique classique d’unejeune femme
maghrébine.aisc’est son regard àla fois pudiquesensuelet

1

provotur t lronurss ptits fsss — mêmsins
un soui onn onsinil u mlàsl’mttr— qui
plisntàAziz.
–lui proposr toni oloss!Ell lsux mins
priss !C’st mintnnt ou jmis !ithoms.
–Allz oug-toi !itomin qui pousssonmins l
irtionljunfmm.
Aziz slnil s’pproh ’ll.
–lutël.Cs ss sont ps trop lours ?
–içl’st.D’illurs pourquoi ls rouluxsoplin
sont sinomrnts ?
–Euh…
–n in invnté s téléphons moils miniturs
ou mêm s orinturs miniturslors qulprmir
fisitux fois ltill mon frigo !Alors pourquoi pss
rouluxsoplin miniturs ?
–’n sis rinput-êtrqulprojtstnours…
Donn-mois ss it-il toutn ls prnnts mins
ël.Çspssllyé?
–C’st intérssnt.u sisjpnsqut’uris psû
t’rrêtrn troisièm.êmsi’st prfoisnnuyntt si on y
psslmjorité u tmps ’st grâ uxétus qu’on
pourrun jour s’éloignrl ité.
–’i unvnir moi t j’yrrivrilui rétorquAziz
onvinu qu’ilit.
–C’stqutousux quirrêtnt lsétusn
troisièm isntmis qu’spérz-vousvnirjouurs
footllrppurs lurs oïnou trfiqunts
’rms ?
Aziz nréponrin.l murt’nvi luinnonr qu’il
sr érivinoûtqu oût.u in qu’ilitéourtéson
prours soliril littérituoup t qu’il snt qus
plum stssz mûrpourérirson prmir romn.
–nstrrivésj’hitlà itëltoutn pointntu
oigt un immul u tint juni pr l rss.ri
m’voiriéAziz.
–Drinpssun onnsoiré.

15

Aziz rejoint lazoneCetaperçoit sesdeuxamis quilui font
des signesà caractères sexuels.
–AlorsDonuan ?Un numérodetéléphone?
–on.na discuté c est tout.

–ff.T es pas marrant.amaisde folies’indigne Thomas

.
–u’estcequetu voulais queje fasse?ueje
l’embrasse?
–arexempleoui 
–Tu l’auraisfait toi?
Thomashésite avantderépondre bafouillepuis en
baissant les yeux ’cle 
sexam
–Franchement non.
–Alorsarrête deme faire chieravec ça.
Aziz réclamelejointet leporte àses lèvres ilaspire
expirepuis sesent planer légèrement comme après un ou
deux verresdevin.l ouvre grandla bouche etaspire cette
foiscil’airfrais qui entre directementàl’intérieurdeses
jeunes poumons déjà envahis par lanoirceur qui annoncela
mort.
l jettelemégot sur lesolgoudronnésaluesesdeuxamis
et s’éloigne delazoneCendirectiondubâtiment.
l tournela clé dans laserrure delaporte d’entrée et
allumelalumière.Un sofa detissublanc casséunetable basse
de bois vernisur laquellereposeunancien poste deradio
poussiéreux.Unetable deplastiquejaunesafranet trois
chaisesdelamême couleur.Un parquet recouvertdelino
beige etdes mursblancs légèrement jaunis par l’humidité.
Unephotod’uncielétoilé accrochéesur lemuraudessusdu
divan.Un minuscule frigidairequelques tiroirset uneplaque
chauffante.Une corbeille à fruits videsur latable.Aziz rejoint
sa chambre.Un litde bois marronclair sur lequel reposeun
matelasblanc couvertd’undrapdelamême couleur.e
matelaset le drapentièrementenveloppésd’une couverture de
lainemarronclairet un oreillerblanc cassé.Un posterde
Zidane en préparationd’unereprise devolée enfinale dela
ligueeshmpionsdel’année2002avecleelriface
auByereverkusen et unetrentaine delivres rangés

16