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La vie est belle vue d'en haut

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Etienne Bar

 

 

 

 

 

 

Friponnes

 

Nouvelles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© 2014, Etienne Bar & Éditions Libreterre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A la mémoire de Jean Bar (1930-1990),

qui aurait sans doute bien ri en lisant ce qui suit.

Tu me manques, vieux crabe…

 

A Halina Bar, née le 17 décembre 2013.

Faut-il espérer qu’elle prenne en

modèle les dames de ce livre ?

 

 

Le plus délicieux des pièges

 

Libreterre, été 36

À Igor Parfenoff, dégustateur avisé de soupes asiatiques et ami précieux et trop rare.

Shar-El-Oran

— Qu’est-ce que c’est vert !

— Libreterre, mon garçon. Leurs mages contrôlent le vent et les pluies mieux que toi cette barre. Bâbord, triple buse, je parle rahajidan, pourtant !

Exaspéré, le capitaine reprend le contrôle du navire dans le passage délicat à l’entrée de la baie. Bientôt, nous abaissons les voiles et jetons l’ancre à une centaine de brasses du village. La baie est à l’abri des tempêtes et forme un superbe port naturel. Il n’y a ni quai ni jetée : les Libreterrans n’utilisent que des barques de pêche et, pour de plus grandes traversées, des trimarans à faible tirant d’eau.

— On appareille demain avec la marée, en début d’après-midi. D’ici là, quartier libre. Comportez-vous en gentilshommes et non comme des rustres. Omer, tu resteras un peu avec Shar pour lui expliquer comment se tenir ici. Et prenez garde aux filles !

Une barque vient accoster notre bateau. Deux personnes montent à bord : un homme grand et large d’épaules, un bâton de combat à la main et une jeune dame aux très longs cheveux blonds attachés en queue de cheval.

— Capitaine Hossein, c’est toujours un plaisir de vous revoir.

— Maître Feärild, Dame Éline… Soyez assurés que ce plaisir est partagé.

— Je vois de nouvelles têtes dans votre équipage. Ce jeune homme et ce monsieur…

Elle parle rahajidan sans le moindre accent.

— Le jeune homme est un nouveau marin de mon équipage. Et le… monsieur est Alec de Halde, de Borêne. Nous l’avons pris à bord à Port-Franc et l’amenons sur Forlame.

— Vous leur avez expliqué ce que nous allons faire ?

— Heu… pas vraiment. Shar, mon garçon, viens ici.

J’obéis. La dame me regarde, souriante. Elle est vêtue d’une jupe légère et d’une chemise nouée au-dessus du nombril, laissant entrevoir ce dernier et ses hanches. J’essaie de garder mes yeux sur son charmant visage.

— Shar, pouvez-vous mettre vos mains dans les miennes, s’il vous plait ? Ne parlez pas et ne les retirez pas avant que je ne vous le demande.

Elle ferme les yeux et prend une longue inspiration. Elle me tient les mains durant un moment qui me semble interminable. La pression de ses doigts est douce et agréable. Puisqu’elle a les yeux fermés, je profite de la situation pour admirer son décolleté et ses jolis seins ronds. J’aimerais les caresser et les embrasser…

Quand elle ouvre les yeux, elle sourit avec malice.

— Soyez le bienvenu sur Libreterre, Shar El Oran.

Je la regarde s’approcher du Borênan, un homme désagréable et hautain qui, en six jours à bord, a réussi à se faire détester de tout l’équipage. Dans un Borênan qu’elle semble parler aussi bien que ma langue natale, elle demande :

— Bonjour. Pouvez-vous mettre vos mains dans les miennes, Alec ?

— Qui es-tu pour me parler de la sorte, impudique sorcière ? Me crois-tu assez fou pour me laisser prendre dans tes rets ?

— Je ne crois rien, Monsieur, sinon que votre absence de collaboration, votre irrespect de nos coutumes et votre mépris m’interdisent de…

Le Borênan lève la main pour frapper. La dame claque alors des doigts sous les yeux du rustre et le temps s’arrête : la main du crétin reste en l’air, les voiles ne faseyent plus, la coque n’émet plus ses craquements habituels et les oiseaux se taisent. Comme venue de nulle part et sur un ton impérieux, la voix de Dame Éline résonne :

— Capitaine Hossein, cet homme ne mettra pas pied à terre.

Le capitaine fait signe à deux hommes qui emmènent le crétin dans la cale, sans qu’il oppose la moindre résistance, comme si toute volonté en lui était annihilée. La dame le regarde, une expression d’infini mépris sur le visage.

— Je suis vraiment confus, Dame Éline.

— L’incident est clos, Hossein. La journée est belle, profitons-en tous. À plus tard, mon cher.

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Omer et moi gagnons la côte à bord de notre annexe.

— Omer ?

— Oui ?

— C’était qui, ces deux-là ?

— Des Edrulains. Des mages et des guerriers. Ils protègent Libreterre. Ici, on les désigne sous le terme de « Confrérie ».

— Pourquoi nous prend-elle les mains ?

— J’ai cru comprendre qu’elle s’assure ainsi que tu n’as pas d’intentions malveillantes.

— En te prenant les mains ?

— Certains disent qu’elle lit alors dans ton âme comme dans un livre ouvert.

Je réalise soudain qu’elle a prononcé mon nom sans que personne ne le lui ait dit avant. Qu’a-t-elle appris d’autre ? Omer poursuit :

— Il y a quelques années, un type que le patron avait embarqué s’est révélé être un espion verougue. À peine lui avait-elle touché les mains qu’elle a ouvert les yeux. Son regard était mauvais. Le guerrier qui l’accompagnait s’est approché, a posé sa main sur le bras du type. Ce dernier a voulu se dégager et la claque qu’il a reçue a suffi à le mettre à terre. En fouillant sa cabine, ils ont trouvé assez d’armes pour équiper une demi-douzaine de bonshommes. Et du poison pour en tuer dix fois plus. Je ne sais pas ce que ce fou est devenu et je n’ai pas trop envie de le savoir.

— Diantre !

— Mais toi, tu n’as rien à craindre. Bien au contraire. Ce sont les gens les plus charmants qui soient quand on vient en paix.

Il se penche vers moi et à voix basse :

— Attends de voir leurs femmes. Toutes plus craquantes les unes que les autres… Tu vas t’en mettre plein les mirettes, mon vieux.

— À ce point ?

— Pourquoi crois-tu que le capitaine fait un détour de plusieurs jours ? Certes, il y a parfois un peu de marchandises ou un voyageur à embarquer, c’est l’occasion de refaire les réserves d’eau et de vivres mais jamais il ne manquerait une occasion.

— Juste pour admirer quelques jolies dames ?

— Pas que pour les admirer ! Notre capitaine aime beaucoup une certaine Dame Lethilde.

— Et pourquoi ne la demande-t-il pas en mariage ?

— Parce qu’on n’épouse pas une Libreterranne.

La barque accoste sur la plage et quelques gentils gamins nous aident à la hisser sur le sable. Ils sont blonds comme les blés, leurs yeux sont clairs et rieurs. Beaucoup sont grands et musclés. Tous vont pieds nus et leurs habits se résument souvent à de simples pagnes de coton blanc, parfois usés mais toujours propres.

— Je suppose qu’ils ne parlent pas Rahajidan ?

— Rougeroc est un des rares endroits où les étrangers ont le droit d’accoster sur Libreterre. Les gens d’ici ont l’habitude de voir des voyageurs. Beaucoup parlent borênan et quelques-uns maîtrisent notre langue. Sans compter tous ces mages pour qui les langues ne sont plus un problème.

— Il y en a tant que ça ?

— Beaucoup plus que chez nous ! Certes, tous ne sont pas aussi doués que la belle Dame Éline…

Trois vieillards sur un banc, un grand chien dormant à leurs pieds, nous saluent de concert.

— Bienvenue sur Libreterre, jeunes gens.

Leur borênan est hésitant mais leur accent délicieux. Omer s’incline, la main sur le cœur.

— Merci de votre accueil, grands-pères.

Le village se compose de nombreuses petites tentes coniques groupées autour d’une grande bâtisse de bois, ouverte sur deux côtés, où s’affairent de nombreuses personnes.

— Ça, c’est ce qu’ils appellent « la grande maison ». C’est là qu’on dînera ce soir.

— Ils n’ont pas d’auberge ? Surprenant pour un port ! Que mange-t-on ?

— Des choses délicieuses. Tu vas te régaler.

— Et on paie avec quoi ?

— On ne paie pas. Ils ne connaissent que le troc. Le capitaine leur laisse des hameçons et des outils. Le fer est très rare sur Libreterre. Viens…

Nous traversons le village. Les mots d’accueil et les sourires chaleureux fusent. Nous débouchons rapidement sur une autre plage. De nombreux baigneurs jouent et rient dans la mer.

— Mais… Ils sont tous à poil !

— Bien sûr.

Omer se déshabille en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

— Fais comme moi, Shar. Viens, on va à l’eau !

— Mais c’est… très gênant !

— Ne sois pas stupide. Viens, te dis-je !

— Je préfère attendre un peu.

— Comme il te plaira, imbécile.

Omer se précipite dans l’eau bleue et, rapidement, se mêle aux jeux des Libreterrans. Il rit avec eux et je m’amuse de le voir si différent avec ses marques de hâle sur les avant-bras et les mollets, ses cheveux noirs et crépus, coupés courts, au milieu de toutes ces longues chevelures blondes.

Par mes ancêtres, le bougre n’a pas menti ! Les femmes rivalisent de beauté. Je ne me lasse pas de les admirer et, bientôt, me vois contraint de m’allonger sur le ventre pour ne pas révéler à tous le désir qui est le mien.

Omer me rejoint bientôt, accompagné d’une jeune dame. Il se sèche sommairement avec sa chemise et s’installe à côté de moi. La femme s’assied en tailleur devant moi, toujours nue et ruisselante d’eau.

— Gahenne est mon nom, me dit-elle en rahajidan en cherchant ses mots.

— Je suis Shar El-Oran. Bonjour, Gahenne.

Ses tétons se dressent d’arrogante façon, saisis par le froid. Sa peau est dorée et ses grands yeux gris sont si doux et aimables qu’il m’est difficile d’en détourner le regard.

— Shar, première fois sur Libreterre, dit Omer en posant sa main sur mon épaule.

— Oh ! Bravo… Bien… Bienvenue !

— Merci.

De par mon ignorance du libreterran et son vocabulaire fort limité, notre conversation se résume à un échange de banalités. Peu me chaut ! Son sourire, ses yeux, ses mains, son visage expressif disent aussi bien que les mots sa joie d’être là avec nous, joie que je partage dans une large mesure – et comment ! –. Omer a la délicatesse de me laisser seul et l’après-midi passe trop vite en la compagnie de la jolie donzelle.

Alors que le soleil descend à l’horizon et que la température commence à fraichir, elle se lève et me tend la main pour m’inviter à la suivre. Je réalise alors que mon érection est toujours présente et je sens la honte m’envahir.

— Toi, venir ! dit-elle, riant. Repas du soir, bientôt.

Je porte un pantalon de corsaire fin et peu ample et il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’elle se rendra compte de mon émoi. J’essaie d’éloigner mes pensées de façon à revenir à un état plus décent mais la voir debout devant moi, de la contempler sous un angle qui ne cache rien de son intimité, d’avoir son entrecuisse tout près de mon visage m’interdisent tout retour à un état normal.

La peste soit de notre animalité ! Cramoisi jusqu’aux oreilles, je me lève en me mordant la lèvre inférieure. Je lis l’étonnement sur ses traits devant ce brusque accès de timidité. Ses yeux se baissent et s’écarquillent lorsqu’elle réalise toute la joie et le désir que sa présence m’inspire. Elle ouvre la bouche, surprise. Loin de moi de me vanter (surtout en cet instant précis) mais la nature m’a bien doté et mon priape est de belle taille, surtout quand il est joyeux et prêt à l’action. Mais en ce moment, je maudis le sort de m’avoir ainsi pourvu. Que la mer m’engloutisse, que les djinns du désert m’emportent, que je sois plongé dans la neige !

Je ferme les yeux, attendant qu’elle me crache son mépris au visage, m’insulte, appelle ses frères ou son père pour qu’ils me rouent de coups ou, au mieux, qu’elle s’enfuit.

— C’est pour moi ?

Je la regarde à nouveau. Elle semble ravie et émue, comme si je venais de lui offrir un présent et de lui déclarer ma flamme de la manière la plus courtoise.

— Heu… Oui. Vous êtes très belle.

Sans rien ajouter, elle m’enlace, pose ses lèvres sur les miennes et m’embrasse avec passion. Puis, comme dans un rêve (mais, par pitié, que je ne me réveille pas ! pas maintenant !), elle me prend la main et m’entraîne, presque en courant, derrière quelques buissons proches. En un clin d’œil, j’ôte ma chemise, faisant fi du craquement de protestation qu’elle émet devant ma hâte à m’en débarrasser. Mais c’est Gahenne qui m’ôte mon pantalon d’un geste brusque.

Sa main se pose sur mon mat d’amour et le caresse doucement. Son autre main glisse sur ma nuque, mon épaule, ma poitrine, flatte mon ventre puis s’empare de mes bourses avec délicatesse. Ses doigts s’activent. Ses lèvres ne quittent plus les miennes, alternant de petits baisers tendres et de longues embrassades qui me mettent en pâmoison. Je ne reste pas passif et je caresse ses seins, ses hanches et ses fesses. Le goût du sel sur sa peau douce est délicieux.

Elle me fait comprendre qu’elle veut que je m’assoie et m’enfourche, ses jambes entourant ma taille. Sa bouche ne quitte plus la mienne et, rapidement, elle me mène au sommet du plaisir. Quand j’éjacule, elle ouvre les yeux, les referme, pousse un long cri de joie et jouit à son tour.

La tension retombe sans qu’elle se retire. Elle serre mon visage contre ses seins, me glissant à l’oreille, entre deux baisers, quelques mots que je ne comprends pas. Leur sonorité est si douce qu’ils ne peuvent qu’exprimer sa tendresse.

Quand elle se relève, sa main effleure ma joue.

— Shar El-Oran…

— Gahenne, je veux rester avec toi.

— Je suis là, Shar.

Elle me fait signe de l’attendre et court vers la plage pour récupérer ses habits, une courte robe sans manches, qu’elle enfile. La vue de son adorable postérieur, à la fois généreux et ferme, est tout à fait plaisante.

Je me vêts à mon tour. Les coutures de ma chemise ont souffert. Rien d’irréparable ! Elle serait en lambeaux que cela m’indifférerait tout autant. Ma jolie maîtresse me mène dans un des rares bâtiments de pierre du village, qui se révèle être un lieu de bains doté de plusieurs salles de sudation. Là, nous nous lavons tous deux en échangeant baisers, sourires et caresses.

La grande maison fourmille de gens quand nous la rejoignons. De grandes tables ont été dressées et je me joins à Gahenne pour mettre le couvert, de simples assiettes et gobelets de bois. Omer, occupé à vider des poissons, m’adresse un clin d’œil complice.

Le repas a lieu en présence de toute la population du village. Simple, mais goûteux et roboratif, il est joyeux par l’accueil spontané et chaleureux des Libreterrans. Gahenne reste près de moi durant tout le repas, m’adressant à plusieurs reprises d’aimables marques d’affection et même d’amour sans que personne ne s’en offusque. Au contraire, les convives semblent se réjouir de nos câlineries, là où des Borênans nous jetteraient des pierres et ceux de mon peuple nous encourageraient à faire preuve d’un peu plus de discrétion.

Dame Éline, à quelques pas de nous, nous adresse aussi de gentils sourires. À la façon dont elle pose sa tête sur l’épaule de Monsieur Feärild, je la devine lasse. L’Edrulain l’embrasse sur la tempe à deux reprises et tristesse et bonheur se disputent le visage de la magicienne, comme si cette douce marque de tendresse la comblait et la peinait à la fois.

Un homme entre deux âges m’interroge durant tout le repas, traduisant mes réponses au fur et à mesure. Comment se passe la vie sur Rahajida ? Quelles sont les structures familiales ? Que mangeons-nous ? Comment se déroulent nos journées ? Quels sont nos dieux ? Leur avouant que mon peuple a choisi depuis longtemps de se prendre en main sans solliciter l’aide d’aucune puissance céleste, je surprends mes interlocuteurs.

— Mais alors, d’où vient votre Magie ?

Je suis contraint de reconnaître qu’il n’y a que peu de mages là d’où je viens. Mon interlocuteur, ravi de sa démonstration, m’apprend que Lokar, en échange du respect de son seul enseignement (« Soyez libres et heureux sans jamais empêcher les autres de l’être ») leur apporte une Magie puissante et bienfaitrice et les entoure d’une nature aimable et généreuse. Si je voulais polémiquer, je lui répondrais que cela n’a pas empêché les Verougues de conquérir (au moins partiellement) Libreterre et de la piller pendant trente ans. Certes, les Libreterrans, et plus particulièrement les Edrulains, sont à ce jour les seuls dans toutes les Folandes à avoir vaincu Verrou. Éline me dira un jour, quelques années plus tard{1}, qu’il fallait être un (adorable) mécréant comme moi pour considérer que la puissance de leur divinité protectrice était infinie.

Leur ayant révélé mon très modeste talent pour le dessin et la peinture, je me vois contraint de leur ouvrir mes carnets de croquis et d’aquarelles et je rougis sous leurs exclamations admiratives. Dame Éline me souffle à l’oreille.

— Il est dommage et injuste qu’un tel talent reste presque en friche, Shar El-Oran.

— J’ai besoin d’inspiration et ne désire rien d’autre que voyager et découvrir d’autres paysages… et d’autres gens. Et des soirées comme celle-là m’invitent à penser que j’ai fait là un excellent choix.

À la nuit tombée, Gahenne m’entraîne sous sa tente. Cette dernière est minuscule et un grand lit confortable l’occupe presque en totalité. Le seul autre meuble est un petit coffre de bois et de cuir.

La nuit n’est qu’embrassades, rires, mots doux, caresses. Au petit matin, Gahenne m’éveille doucement et me désigne un gobelet qu’elle pose sur le sol près de la tête du lit.

— Premier thé…

Je l’avale tout en la regardant se coiffer et discipliner son ample chevelure d’or.

— Je vais à grande maison, dit-elle avec un sourire.

Il me faut une bonne demi-heure pour sortir de ce lit transformé en doux champ de bataille et contraindre mes yeux à rester ouverts de façon permanente.

Je peste intérieurement. Dans quelques heures, il nous faudra quitter ce paradis, supporter à nouveau les hurlements du capitaine, tenir les quarts interminables, trembler de froid et de peur dans les tempêtes, prier pour ne pas croiser pirates et sangrelins et ne compter que sur nos mains et nos souvenirs pour refroidir quelque peu nos juvéniles ardeurs.

Maugréant, je rejoins la grande maison. Une douzaine de pêcheurs, chargés de beaux poissons, se dirigent vers le même endroit. J’aperçois Gahenne qui nourrit un tout petit enfant (petit frère… ou fils ?) le comblant de sourires après chaque cuillérée engloutie.

Un des pêcheurs, un beau jeune homme, l’interpelle. Elle relève la tête, joyeuse, et court se jeter dans les bras du bellâtre. Sous mes yeux interloqués puis furieux, ils s’embrassent à pleine bouche. Puis elle fait de même avec un deuxième puis un troisième.

Je m’immobilise, refusant de croire ce que je viens de voir. Gahenne retourne s’asseoir près du marmot et les trois hommes la rejoignent. Quand le premier pose sa main sur sa main sur les cheveux de la belle alors que le deuxième lui caresse le dos, s’aventurant sans honte jusqu’aux fesses, je me dirige vers la forêt qui entoure le village car il n’est pas question pour moi d’en supporter d’avantage.

Sous le couvert des arbres, je m’assois dos à un chêne et laisse libre cours à mes larmes et à ma colère. Je n’entends ni ne vois Dame Éline venir s’asseoir de l’autre côté du tronc.

— Pourquoi tant de chagrin, Shar El-Oran ?

— Laissez-moi, Dame.

— Non, je ne crois pas que je vais te laisser ruminer ta rancœur sans t’avoir fourni quelques explications.

— …

— Sais-tu qu’en Libreterran, il n’existe pas de mot pour « jalousie » ? Et que les termes « possessivité », « pudeur » et « mariage » ne s’appliquent qu’aux cultures d’outre-océan ?

— Et que les femmes se partagent entre plusieurs amants ?

— Pardonne-moi d’être indiscrète mais n’as-tu pas passé quelques heures délicieuses auprès d’elle ?

— J’aurais mieux fait de me méfier de son empressement.

— Qu’y aurais-tu gagné, à part des regrets ?

— J’aurais évité la pire des humiliations.

— Je peux t’assurer qu’il n’a jamais été dans les intentions de Gahenne de vouloir te faire du mal. Elle est audacieuse, généreuse et adore faire l’amour. Tu es fort bel homme, Shar El-Oran. Tes cheveux, tes yeux sombres, ta stature fine, ta sveltesse de chat sont ici délicieusement exotiques. Tu ne devras donc pas t’étonner d’avoir beaucoup d’invitations de la part des Libreterrannes… et des Libreterrans, si tu en as envie.

— Pour me jeter après avoir usé de moi ?

— T’a-t-elle repoussé de façon explicite ?

— Son attitude est sans équivoque.

— Tu ne réponds pas à ma question.

— Que voulez-vous dire ?

— A-t-elle exprimé qu’elle ne voulait plus de ta présence à ses côtés ?

— Elle s’est jetée dans les bras de ces… ces pêcheurs.

— Mais ce n’est pas elle qui te rejette. C’est toi qui, en te basant sur les règles de vie de ta terre natale, décides que tu ne veux plus d’elle en considérant qu’elle te trahit.

— Ces règles sont partout présentes. Seule une…  ou une courtisane irait se pendre à d’autres cous après une nuit d’amour.

— Faux, Shar El-Oran.

— Vous ne vous êtes jamais rendue sur Borêne.

— Hélas, si. Mais Borêne n’est qu’une île parmi d’autres, ses habitants sont gens fort peu courtois et leurs règles de vie détestables{2}. Dans d’autres lieux, Gahenne ne se verrait pas reprocher son caractère passionné et son goût pour les hommes. J’ai voyagé, jeune homme, et écouté mes frères et sœurs Edrulains après leurs séjours lointains.

— Je ne peux accepter de partager ma maîtresse.

— Et en quoi cela diminue-t-il sa flamme pour toi ?

— Elle m’a déjà oublié.

— Va lui poser la question et tu te rendras compte qu’il n’en est rien.

— Que m’importe, après tout ? Je vais rembarquer dans quelques heures.

— Ce n’est pas sûr.

— Que voulez-vous dire ?

— Aimes-tu ton métier de marin ?

— À dire vrai, pas vraiment…

— Je trouve affligeant qu’un dessinateur et qu’un peintre aussi talentueux que toi use sa belle jeunesse sur un bateau de commerce.

— Je suis orphelin et pauvre, c’est le seul moyen pour moi de voir d’autres pays et de gagner un peu d’argent. À mon retour, j’espère pouvoir présenter mes travaux à un mécène qui m’accueillera en sa demeure.

— Quelques heures ne suffisent pas à découvrir un pays. Shar, pourquoi ne resterais-tu pas ici ?

— Je suis engagé auprès d’Hossein.

— Je lui en ai parlé. Il ne voit pas d’inconvénient à se séparer de toi.

— Que ferais-je ici ?

— Feärild et moi nous apprêtons à nous rendre dans les Monts Férals en suivant la côte. Un voyage de six à neuf mois car nous nous arrêterons souvent. Tu pourrais nous accompagner.

— Pour être votre serviteur ?

— En rien. Il n’y a ici ni maîtres, ni esclaves, ni valets. La guerre a décimé notre peuple. Libreterre a besoin de sang neuf et un artiste comme toi a toute sa place ici. Tu serais heureux parmi nous.

— Qui vous dit que vous allez me supporter pendant tout ce temps ?

— Appelle ça une intuition. De toute façon, nous allons passer à plusieurs reprises dans des ports ouverts aux navires étrangers. Tu pourras alors y attendre un bateau qui te ramènera chez toi…

— Tout ça parce que je sais dessiner et peindre ?

— D’abord parce que tu es un garçon ouvert, curieux, intelligent, beaucoup moins méchant que tu ne voudrais l’être. Hossein m’a longuement parlé de toi hier soir. Et ce qu’il m’a dit confirme que j’ai senti en toi en te prenant les mains. Il n’y a en toi ni agressivité, ni bassesse, ni la moindre aptitude au mal. De la curiosité, l’envie d’apprendre et de comprendre, de découvrir et d’aller vers les autres. De même qu’un goût certain pour les décolletés féminins. Sur ce dernier point, tu trouveras ton bonheur ici…

Je l’entends se relever.

— Tu es libre, Shar. Libre de rester ou de t’en aller. C’est ta vie, mon garçon. Hossein ne repart qu’avec la marée de l’après-midi, il te reste deux ou trois heures. Prends le temps de réfléchir et sache que Feärild et moi pouvons répondre à toutes tes questions.

img1.png

Je reste longtemps à ruminer mes pensées. De retour à la grande maison, je trouve Gahenne en train de pétrir du pain, les mains pleines de farine. Dame Éline, à quelques pas de nous, brode. Posant son ouvrage, elle se lève et s’approche. Elle pose sa main sur mon poignet et prononce quelques mots dans une langue qui m’est inconnue avant de retourner à ses travaux d’aiguille.

— Bonjour, Shar. Je suis heureuse de te voir.

Gahenne semble s’exprimer en rahajidan comme une native de mon pays. Devant mon incrédulité, elle désigne de la tête l’Edrulaine qui explique :

— J’ai fait le nécessaire pour que vous vous compreniez. On dit beaucoup avec les yeux et les sourires mais les mots sont parfois nécessaires.

Gahenne s’arrête et me regarde. Son visage est triste et je me force à lui sourire.

— Gahenne… Je suis désolé.

— Les excuses n’ont pas lieu d’être, Shar.

Elle reporte son attention sur sa pâte qu’elle travaille avec énergie, presque avec colère. Sans relever les yeux, elle dit :

— Pourquoi cherches-tu à être malheureux ?

— Je ne sais pas.

— Ici, on dit que plus il y a de gens dans ton cœur et plus il y a de la place pour d’autres.

— C’est joli.

— Oui, c’est joli, mais c’est aussi quelque chose qu’il te faut vivre et accepter. Je ne serai jamais tout à fait à toi mais je ne serais jamais complètement à un autre non plus. Et presque tous les gens de ce pays sont ainsi.

Elle se tait. Les commissures de ses lèvres se redressent légèrement, ses yeux se lèvent vers moi et s’éclairent.

— C’est si difficile d’essayer ?

— Ce n’est pas simple.

— Je voudrais que tu restes, Shar.

— Pourquoi ?

Elle hausse les épaules, lève les yeux au ciel, soupire.

— T’es vraiment trop craquant pour repartir sur ce foutu bateau. Quelqu’un t’attend, chez toi ?

— Personne. Mes parents ne sont plus de ce monde. Pas de frère. Une sœur qui ne me comprend pas.

— Tu as une amie ?

— Pas vraiment.

— Ce serait vraiment du gâchis, alors.

Nous restons silencieux. Elle se concentre sur sa tâche, soufflant et transpirant. Ses cheveux sont rassemblés sous un torchon et la sueur plaque sur sa peau le fin tissu de sa robe, soulignant courbes gracieuses et adorables tétons.

Elle s’arrête et essuie son front avec son avant-bras.

— Et si, plutôt que de reluquer mes seins, tu mettais la main à la pâte ? Plus tôt j’aurai terminé, plus tôt on pourra aller se baigner.

Je joins mes mains aux siennes. Nos fronts se touchent presque et une de ses mèches rebelles vient chatouiller mon nez et mes lèvres.

— Gahenne ?

— Oui ?

— Est-il d’usage, en ce pays, de remercier sa belle ?

— Il est d’usage, dans ce pays, d’exprimer et de dire ses pensées autant qu’on a en envie. Avec tous ces magiciens et magiciennes qui savent que tu vas mentir avant même que tu n’ouvres la bouche{3}, on ne les garde pas pour soi.

— Alors, permets-moi de te dire que j’ai beaucoup, beaucoup aimé ce qui s’est passé entre nous hier et cette nuit.

— Tout le plaisir est pour moi.

Je m’esclaffe, toute rancœur bannie de mon être.

— Oh, que non !

 

Je n’ai jamais pu quitter Libreterre…

Je suis tombé amoureux de cette terre si prodigue et si belle, de ces gens généreux et aimables. J’ai fait miennes leurs mœurs étonnantes. Gahenne m’a ouvert ses bras et son cœur à chaque fois que je revenais à Rougeroc. Nous eûmes un fils qui fit le choix de devenir voyageur et m’accompagna dans mes pérégrinations à travers l’île. Si mon accent et mes origines lointaines me valurent parfois quelques boutades affectueuses, personne ne me manifesta mépris ou rejet.

J’ai souffert des innombrables tentatives des Verougues pour accabler ce qui était devenu mon pays : attaque de légionnaires, raids de pirates, horreurs jaillies des cuves d’alchimistes… J’ai pleuré ces morts, Edrulains valeureux ou innocents sans défense.

Mais jamais, au grand jamais, je n’ai reproché à Gahenne et Éline de m’avoir attiré dans le plus délicieux des pièges.

Mères de mages

À Liane Silwen, ardente promotrice de l’auto-édition.

 

Néalanne

Libreterre, été 39

Je n’ai aucun mal à le trouver. Il est assis en tailleur sur un muret et ses longs cheveux noirs, un peu gras, masquent son visage. Je m’approche sans chercher à être silencieuse.

— Bonjour !

Il lève le nez du livre qu’il est en train de lire avec une concentration farouche. Son regard, surpris et un peu effrayé, croise le mien puis se porte derrière moi, comme s’il cherchait à s’assurer que je suis seule. Étonnée par sa réaction, un peu déçue aussi (les garçons et les hommes sont en général plutôt heureux que je les interpelle), je force mon sourire et il se détend un peu.

— Je m’appelle Néalanne. Tu es bien Pierron ?

— Ouais.

Il m’examine de la tête aux pieds. Je garde mon sourire.

— Qu’est-ce que tu veux ?

Il s’exprime avec un accent britanien à couper au couteau et bute sur certains mots. Au nord-est de Borêne, vaste province battue par les vents et les pluies, couverte de forêts sombres, la Britaine est occupée par les Verougues depuis plusieurs années. On dit poliment ses habitants un peu rustres…

Je lui réponds dans sa langue :

— Je peux te parler en borênan si c’est plus simple pour toi.

Un sourire qui ressemble plus à une grimace apparaît sur son visage. Ses lèvres s’entrouvrent. Trois dents manquent à gauche, en dessous d’une cicatrice laide…

— J’pense qu’on gagnerait du temps, comme ça. Qu’est-ce que tu me veux ?

— Je peux m’asseoir ?

— Ben ouais. T’as pas à demander…

Je m’assois en tailleur à côté de lui, innocemment penchée en avant, de façon à qu’il puisse lorgner tout à sa guise dans l’échancrure de ma robe dont j’ai omis de lacer le col. Ses yeux ne s’arrêtent même pas sur mes seins.

— Tu lis quoi ?

Il referme l’ouvrage, laissant un doigt à l’endroit où il a arrêté sa lecture et me montre la couverture. Il s’agit bien d’Éthique de la Magie.

—  J’aurais besoin de ce livre. Je travaille avec de petits apprentis sur les bases de la Magie, c’est la première fois que j’enseigne et l’avoir avec moi m’aiderait.

— C’est que… on m’a dit que j’avais toute la semaine pour le lire.

Soudain suspicieux, les sourcils froncés, il me demande à brûle-pourpoint.

— Et comment t’as su que c’est moi qui l’avais ?

— J’ai demandé au bibliothécaire quand j’ai vu qu’il n’était pas dans les rayonnages, tout simplement. Et rien ne presse. Mais si tu pouvais le rendre un tout petit peu plus vite, ça me rendrait vraiment service.

Mon explication semble le rassurer. Il continue à me regarder fixement dans les yeux et je perçois qu’il me sonde. Sans me toucher et sans préparation, il peut toujours s’échiner pour lire quoi que ce soit en moi !

— T’es magicienne ?

— Oui… Enfin, grande apprentie. J’espère recevoir mon manteau dans quelques semaines… C’est un peu surprenant que tu t’intéresses à l’éthique aussi tard dans ton apprentissage.

— Solban dit que je suis doué et que c’est pas la peine que j’perde du temps avec ces conneries. Mais Faëdar a dit que j’pourrais pas devenir Edrulain sans le lire.

Mes yeux brillent. Je bois ses paroles. Enfin, je fais très bien semblant…

— Si Solban dit que tu es doué, c’est que tu dois vraiment l’être !

— C’est lui qui l’dit.

— Il n’a pas le compliment facile.

— J’sais pas.

Il se replonge dans l’ouvrage. Je reste près de lui. Il relève le visage une première fois, se remet à lire, me regarde, sans que rien ne transparaisse sur ses traits, comme si ma présence ne comptait pas. Je romps ce silence un rien oppressant.

— Je compte sur toi.

— D’accord.

— Merci, c’est gentil.

Il me fixe longtemps dans les yeux. Je les baisse, rougis un peu, juste ce qu’il faut.

— Quand tu l’auras fini, tu pourras me l’apporter dans ma chambre ? Je suis au quatrième de l’aile ouest.

— Si tu veux.

— Passe le soir après dîner, je t’offrirai un thé.

— D’accord.

— À bientôt. Et tu peux même passer avant de l’avoir fini si tu veux…

— D’accord.

Je me lève et me penche vers lui. Il a un geste brusque de recul, levant la main pour se protéger.

— Hé ! Je veux juste te faire une bise.

— J’pouvais pas savoir.

— Depuis combien de temps es-tu à la Tour ?

Il réfléchit quelques secondes avant de répondre.

— Trois mois. Mais avant, j’ai passé un an avec Danon de Kler dans les Monts Férals.

— Tu connaissais un peu de Magie avant ?

— Non.

— Tu as appris à être Edrulain mage en quinze mois ? Seulement quinze ?

Il hausse les épaules.

— Ben ouais.

Je me penche à nouveau vers lui, l’embrasse sur la joue et lui tends la mienne. Après une longue hésitation, il y pose un petit bécot sec.

— Bon, ben, je vais te laisser. Ça m’a fait plaisir de te rencontrer.

… et je retourne voir Zoranna.

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— Soit ce type est un fieffé menteur, soit il est doué. Très doué.

— Ma petite Néa, tu n’imagines quand même pas qu’on va te donner ton manteau sur tes beaux yeux. Oui, il est vraiment doué. Et oui, ce sera difficile. Mais je crois que si tu obtiens de lui ce que l’on cherche, alors nous pourrons te demander d’aller chercher n’importe quelle information auprès de n’importe qui.

— En attendant, il n’est pas vraiment attirant. Pas attirant du tout. J’ai autant envie de le faire avec lui que d’aller me rouler dans la porcherie.

— Demain, auras-tu envie de le faire avec des Verougues ? Avec des marchands gras et cupides qui ne s’intéresseront qu’à tes jolies petites fesses ?

— Ce n’est pas vraiment la même chose.

— Si, c’est la même chose. Qu’il ne t’attire pas, que tu ne le trouves pas à ton goût et peut-être même repoussant, nous conforte dans notre choix. Si nous t’avions proposé un beau guerrier blond aux yeux clairs, tendre  et viril à la fois, comme savent si bien l’être les hommes d’ici, cela serait un peu trop simple, tu ne crois pas ?

Je n’ai pas d’autre choix que d’acquiescer.

— Si.

— Et c’est une très bonne chose. Tu es absolument ravissante, tu as en toi ce petit mélange de candeur un peu feinte et de perversité mal assumée qui rend fou la majorité des bipèdes mâles mais il ne faut pas t’imaginer que ce sera toujours facile, ma belle !

— Merci pour la perversité. Pour en revenir à Pierron, j’ai l’impression de ne pas beaucoup l’intéresser. Et il me semble un peu… fruste, pour ne pas dire plus.

— Il ne s’intéresse qu’à la Magie mais c’est un garçon passionnant, je peux te le garantir.

— Tu es sûre qu’il aime les filles, au moins ?

— Je ne suis sûre de rien. C’est ta mission de savoir tout ça.

— Vous ne pourriez pas trouver autre chose ?

— Non.

— Ce n’est pas très loyal ce que vous me faites faire. Il va m’en vouloir à mort.

— La leçon lui sera sans doute profitable.

— Il a été initié, au moins ?

— Je n’en ai pas la moindre idée. C’est toi qui dois faire preuve de talent, pas lui.

Je lève les yeux au ciel, soupire.

— Je m’en voudrais de le dégoûter à tout jamais d’approcher une fille.

— Mais non. Va plutôt tourner autour de lui. Il faut l’amener à ne plus penser qu’à toi, comme je te l’ai expliqué.

— Bon.

— Et va mettre une jolie robe. Quelque chose qui te sublime. Te balader les seins à moitié à l’air risque plus de te faire passer pour une souillon ou pire, une gourgandine, à ses yeux. Rappelle-toi ce que je t’ai toujours dit : il faut se souvenir d’où il vient et aussi que tu n’as que dix jours, pas un de plus.

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Les jours suivants, à chacune de nos rencontres, il ne m’accorde pas un regard, sauf quand je l’interpelle pour le saluer. Quelle que soit ma tenue, il ne prête aucune attention à moi. Il est pourtant tout le temps seul, sauf durant les enseignements qu’il reçoit de Faëdar ou Solban. Dès qu’il le peut, il quitte la Tour pour de longues balades solitaires, comme me l’apprend un faucon que j’ai chargé de le surveiller dès qu’il s’éloigne.

Ayant appris qu’il passe souvent près de la Source aux Mésanges, j’essaie la ruse traditionnelle de la jeune femme surprise (dans le plus simple appareil, cela va de soi) au sortir du bain. Peine perdue : il bat précipitamment en retraite sans me laisser une seconde pour essayer de l’aguicher un peu plus. Ma tentative n’est pas totalement vaine pour autant, car j’ai cru voir son regard briller quand il m’a aperçue.

Tous les soirs après dîner, je m’empresse de revêtir un vêtement de soie si fine qu’elle en est presque transparente et j’attends sa venue en poussant maints soupirs, si nerveuse que je ne peux envisager aucune autre activité. Et puis, un soir, alors que je suis déshabillée, assoupie et n’espère plus sa venue, il vient enfin. Trois petits coups secs à la porte. Je me lève, encore tout endormie, et vais ouvrir. Il se tient là et je vois à sa mine contrariée que cette visite lui coûte. Sans même me saluer, il me tend le livre.

— Tiens.

— Oh, Pierron, ça me fait plaisir de te voir. Entre, je t’en prie.

— Ben… Il est tard.

— Ce n’est pas grave. Viens, dis-je en ouvrant largement la porte.

Je dors toujours nue et me suis levée ainsi. Surpris un cours instant, il se force à garder ses yeux dans les miens.

— Qu’est-ce que tu veux exactement ? lance-t-il d’un ton sec.

Je joue mon va-tout. Après tout, il ne doit pas être complètement idiot.

— Tu as vraiment besoin d’un dessin ?

— Pourquoi tu fais ça ?

— Tu me plais.

— Me fais pas rire.

— Allez, viens.

Il regarde à gauche, puis à droite.

— Si c’est ça qui te préoccupe, personne ne le saura.

— Ça va faire du bruit.

Parle pour toi, pensé-je.

— N’es-tu pas capable de conjurer une petite bulle de silence autour de nous pour laisser dormir mes voisins ?

J’ai fait mouche car il se renfrogne. Les Borênans sont souvent susceptibles.

— Bien sûr que si.

Je le prends par le poignet et l’attire dans la chambre. Il ne m’oppose pas de résistance. Je prends son visage entre mes mains et l’embrasse à pleine bouche. Nos dents s’entrechoquent. Aie…

Je le déshabille en un instant, sans cesser de le couvrir de baisers et de caresses ardentes. Sentir son membre viril fièrement dressé à travers son pantalon me rassure quelque peu : il n’est pas indifférent à mes charmes. Je le prends dans ma bouche tout en le câlinant de mes mains et il vient brusquement alors que nous n’avons pas commencé depuis trois minutes.

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