Gabao news

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Six nouvelles taillées dans le vif, loin du clinquant et des cartes postales aguichantes. L'auteur explore le Gabon "profond", celui des mapanes (bas quartiers), des truands, des croyants en effervescence, faune humaine souvent enlisée dans l'irrationnel et la violence.
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
Lecture(s) : 210
EAN13 : 9782296217904
Nombre de pages : 108
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Du même auteur:

L 'homme, le sublime zéro, essai philosophique, Paris, 1992. Réédition L'Harmattan, collection «Recherche & Pédagogie », Paris, 2008. Francofole, nouvelles, Paris, éditions L'Harmattan, collection « Encres noires », 1993. Sur lespas d'Emmanuel, nouvelles, Paris, éditions L'Harmattan, collection « Encres noires », 1995. Hypertension, nouvelle, 1cr Prix du Concours littéraire "B.I.C.I.G. Amie des Arts et des Lettres", Libreville, 1996. Carnet secret de Judas Iscariote, roman, Paris, éditions L'Harmattan, collection « Encres noires », 1998. Tiroir 45, nouvelles, Paris, éditions L'Harmattan, collection « Encres noires », 2003. Brazza, capitale de la Force libre, nouvelles, Paris, éditions L'Harmattan, collection « Encres noires », 2004.

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07606-8 EAN:9782296076068

Auguy MAKEY

Gabao

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Nouvelles

L'Harmattan

Encres Noires Collection dirigée par Maguy Albet
N°317, Aurore COSTA, Nika l'Africaine (tome 2),2008. N°316, Ouaga-Ballé DANAÏ, Pour qui souffle le Moutouki, 2008. N°315, Rachid HACHI, La couronne de Négus, 2008. N°314 Daniel MENGARA, Le chant des chimpanzés, 2008. N°313 Chehem WATT A, Amours nomades. Bruxelles, Brumes et Brouillards,2008. N°312 DANZI, Gabriel, Le bal des vampires, 2008. N°311, AHOMF, Les impostures, 2008. W310, Issiaka DIAKITE-KABA, Sisyphe... l'Africain, 2008. N°309, S.-P. MOUSSOUNDA, L'Ombre des tropiques, 2008. N°308, Loro MAZONO, Massa Djembéfola ou le dictateur et le djembé, 2008. N°307, Massamba DIADHIOU, Œdipe, le bâtard des deux mondes, 2008. N°306, Barly LOUBOT A, Le Nid des corbeaux, 2008. W305, S.-P. MOUSSOUNDA, Le paradis de la griffure, 2008. N°304, Bona MANGANGU, Carnets d'ailleurs, 2008. N°303, Lottin WEKAPE, Chasse à l'étranger, 2008. N°302, Sémou MaMa Diop, Thalès-le-fou,2007. N°301, Abdou LatifCoulibaly, La ressuscitée, 2007. N°300, Marie Ange EYINDISS1, Les exilés de Douma. Tome 2, 2007. N°299, LISS, Détonations et Folie, 2007. N°298, Pierre-Claver ILBOUDO, Madame la ministre et moi, 2007. N°297, Jean René OYONO, Le savant inutile, 2007. N°296, Ali ZADA, La marche de l'esclave, 2007. N°295, Honorine NGOU, Féminin interdit, 2007. N°294, Bégong-Bodoli BETINA, Ama Africa, 2007. N°293, Simon MOUGNOL, Cette soirée que la pluie avait rendue silencieuse,2007. N°292, Tchicaya U Tam'si, Arc musical, 2007. W291, Rachid HACHNI, L'enfant de Balbala, 2007. N°290, AICHETOU, Elles sont parties, 2007 N°289, Donatien BAKA, Ne brûlez pas les sorciers..., 2007. N°288, Aurore COSTA, Nika l'Africaine, 2007. N°287, Yamoussa S1DIBE, Saatè, la parole en pleurs, 2007. N°286, Ousmane PARA YA BALDE, Basamba ou les ombres d'un rêve, 2006. W285, Abibatou TRAORÉ KEMGNÉ, Samba lefou, 2006. N°284, Bourahima OUATTARA, Le cimetière sénégalais, 2006. W283, Hélène KAZIENDÉ, Aydia, 2006.

TERMINUS

MINDOUBE

L'automobile attaque un virage. Les roues nerveuses fulminent, mordent l'asphalte. Le caoutchouc brûlant vomit un cri plaintif. Effrayé par ces rugissements lugubres, un passant se retourne. Son ceil curieux voit à peine la tête du chauffeur, derrière les vitres d'un bolide trapu qui fonce dans la nuit. 22 heures et 10 minutes. Vingou tâte le volant. Le climatiseur, emmitouflé sous le tableau de bord saturé de lumières acrobatiques, répand une haleine fraîche et caressante. Les puissants baffles fIxés contre les portières, déversent avec fracas une musique engagée et brutale: le rap. Voix rauque. Vociférations syncopées. Cymbales enrhumées. Le chanteur, dans un anglais approximatif, loue Biko, Lumumba, Nkrumah, Ngouabi, éructe des épigrammes contre le délire théologique des Ayatollahs. Les jérémiades d'une guitare mal inspirée rythment ces propos tumultueux.

Vingou vire à gauche, à droite, pivote autour d'un minuscule rond-point, lance le moteur, ralentit, freine, accélère, alterne les vitesses avec célérité, teste la voiture. Sourire de satisfaction sur le visage tendu du chauffeur: la caisse 1 pète la forme; ses nerfs d'acier tiennent bon; quant à son rythme cardiaque, rien à dire : les bielles dansent à merveille. Décidément cette Tqyota Land Cruiser tient la route. On ne pouvait rêver meilleure bagnole pour l'opération de ce soir. A l'arrière de la voiture, confortablement installés sur des sièges luxueux, Mabet et Omeme fument leur énième joint. L'odeur têtue de l'herbeplane dans l'air conditionné du véhicule. Vingou baisse une vitre. L'oxygène s'engouffre dans les poumons. Quartier Louis. La Tqyota dépasse le feu rouge, amorce une descente. Magasin Gaboprix. Station Pizo Shell. Restaurant les Arcades. Marché de Louis. Cours Victor Hugo. Virage à droite.
1 Caisse: automobile.

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Au bar Pili Pili, ambiance de carnaval. Tables éparses. Bouteilles sans couvre-chefs. Trottoirs populeux. Jouvencelles dandinantes, provocantes, dodues, peinturlurées, demi-vêtues. Commérage touffu. Musique chauffée à blanc. - Eh les gars, on commence la chasse? demande Vingou. - Pas la peine, les gonzesses de ce bled m'horripilent: barjos, fardées comme des corbeaux, camées comme c'est pas permis, et toujours acoquinées à des Blanco mal rasés. Passons mat?-, c'est pas notre tempo. Prends le bord de mer, on dégottera sûrement des go3 de meilleur calibre. La voiture ralentit, saute d'un trou à un autre, se fauf1le à travers l'essaim de piétons endimanchés, insouciants, piétine ici et là quelques mares malodorantes. Les odeurs de poissons frits, d'alcool, de poubelles en détresse, d'urine chaude, assiègent l'air compact. D'un bar à un autre, mêmes frénésies musicales: le ndombolo et le coupé-décalé, nouveaux sons qui déferlent sur Libreville. Le premier rythme vient de Kin-la-joie, le second, d'Abidjan. Vingou monte la vitre. Mabet tempête, comme de coutume: "Bordel! Avec tout le crack4 que je me suis tapé ce soir, je sens que je vais exploser; malheur à la pouffiasse qui me présentera son bodgeS!" Boulevard du bord de mer. L'air salé, sécrété par l'horizon endeuillé, court à travers la chevelure gesticulante des cocotiers. Sur la plage déserte, des mascarets coléreux, excités par la lune, giflent violemment grumes et rochers assis sur le sable fin. Sous le regard lumineux des lampadaires, s'alignent des mômes, par groupes de deux ou trois, adossées contre des barrières blanches peintes à la chaux. Le long des trottoirs, les filles rutilantes exhibent leurs cuisses dorées. Postures aguichantes. Perruques exotiques. Denture étincelante. Sourire commercial. Seins

2 Man: homme (anglais). 3 Go : fille. 4 Crack: drogue. S Bodge : croupe féminine.

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arrogants, ficelés dans des tee-shirts égoïstes. Omeme dévore des yeux les pantalons serrés où se dessinent sans pudeur d'enivrants trésors charnels. Les jupes, courtes à l'excès, se soulèvent au moindre coup de vent. Les jambes, interminables, fuselées, pommadées, vont et viennent aux abords des haies fleuries. Sur les ongles effilés et les orteils curés au millimètre près, dort un vernis insolent. Tout semble mis en branle pour exacerber les sens. Les hétaïres, dressées sur des hauts talons, racolent le moindre passant. - HelIo baly, tu viens? N'aie pas peur, c'est pas cher. Pour tes beaux yeux, je te fais un prix d'ami; demi-tarif, si tu veux... Omeme s'impatiente. - Les gars, on se décide? On pêche une de ces noctuelles et on se barre. Mabet tergiverse. - J'ai une frangine qui fait le trottoir; je souhaiterais pas la croiser dans les parages, décampons. Vingou, depuis le volant, hasarde une réflexion. - Une sœur pute, un frérot gangster, on est bien éduqué dans ta famille. . . Omeme qui a cessé de fumer fait la moue. - Bof! Toutes ces gaupes, c'est des vieilles peaux. Avec elles, il faut cirer6 à la va-vite, je n'aime pas ça. Ecrase le champignon7 man, on se tire : au quartier Glass, sûr sûr, on trouvera des tchcifl plus juteuses. Ici, il n'y a que des tuées-tuées.9

L'automobile bondit, court à tiède. Hôpital Jeanne Ebori. Rénovation. Hôtel Rapotchombo. zieutent de gauche à droite, s'approchent, jaugent, déprécient,

toute vitesse sur le goudron Ancien Port. Palais de la Quartier Glass. Les trois amis furètent, ciblent une fille, renâclent, vilipendent. "Rien

6 Cirer: faire l'amour. 7 Ecraser le champignon: enfoncer l'accélérateur contre le plancher pour augmenter la vitesse. S Tchaff: fille. 9 Tuée-tuée: jeune fille dévergondée portant des habits qui ne cachent rien.

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d'appétissant par ici, filons vers Akébé, c'est plus animé", suggère Vingou. Soudain, au virage qui mène vers Petit Paris, au bord de la route, une fille. Seule. "Jolie, cette nana! Elle a le look d'une bayadère; Vingou, fais demi-tour, on l'embarque", dit Mabet. La voiture freine, revient sur ses pas. "Oh la jolie, tu montes? On t'amène faire une promenade".
Silence. Quel âge lui donner? 17 ans? 19 ans? Pas 25 en tout cas. Pâleur énigmatique. Jeune. Taille filiforme. Mutisme obstiné. Vingou endort le moteur. Mabet, le don juan de service, déballe son talent oratoire. "Eh la pépée, t'as vu notre caisse? C'est pas tous les jours qu'on bringue dans un carrosse de ce niveau: 24 soupapes, climatisation télécommandée, direction assistée, chaîne stéréophonique, compact dise, fauteuils en cuir. Ça te dit rien tout ça? Un luxe pareil, ça réveillerait une momie." Toujours le silence. Le regard neutre de la fille convoite l'horizon. Mabet qui s'y connaît en matière de drague insiste: "Princesse, t'as vu nos tronches. On est de beaux gosses, nous! Mon pote Vingou qui est au volant n'a que 22 berges, avec des couilles bien suspendues, s'il te plaît! Omeme mon autre pote, en a 20. Tu vois, t'as pas affaire à des cocobarP mais à des mecs frais et vigoureux. Quant à la caillassel1, on en a plein les poches. Regarde ces beaux billets de banque, ils sont à toi si tu te montres plus loquace, moins taciturne et plus coopérative. Tu montes? Eh déconne pas, t'as devant toi des dandys civilisés !"

Silence. Indifférente, perdue dans on ne sait quelle rêvasserie, l'adolescente regarde toujours l'horizon. Tenace, Mabet revient à la charge. "D'accord, t'es belle, mais que fais-tu là à baguenauder seule dans la rue ? Viens batifoler un brin avec nous. T'attends peut-être d'autres mecs, pas vrai? Eh bien, c'est là que tu te goures ma poule parce que des gars mieux que nous, y a pas dans Libreville. Allez, grimpe, tu seras pas déçue."
10 Cacabar : vieillard. 11 Caillasse: l'argent

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