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Résumé
Le combat entre Bahass et Araya a repris sur Gahila à travers les ethnies rivales. Un nouveau Promis d’Araya a vu le jour et se rend en terre jaya. Ayrial, un jeune Herrien est également reçu dans le territoire jaya, à Naatyl, pour être formé en tant que mage. Zarah, la future reine tombe amoureuse de ce garçon aux pouvoirs puissants. Il secondera le Promis dans sa lutte pour reprendre la planète. Leurs principaux adversaires, les Arzacs, menés par Thora, cherchent une brèche pour atteindre et attaquer les jayas, défendus par une sphère protectrice. Bahass communique à son Promis, Thala, les clefs de la victoire mais tout n’est pas joué d’avance. Ayrial pourrait tout remettre en question : le destin de Gahila, la victoire de Bahass sur Araya, l’avenir des ethnies…
Du même auteur Gahila, tome 1, Numeriklivres.
Élisabeth Charier
GAHILA
TOME 2
ISBN : 978-2-89717-927-4
numeriklivres.info
Lexique
Les tagas: les Herriens et les Arzacs nomment l’ensemble du peuple vivant sur l’autre moitié de Gahila par ce nom.
Ooz: sorte d’abeille de la taille d’une main.
Icoria: Matériau ignifugé dont les anciens Zorous enduisaient leurs maisons pour les protéger du feu.
Craye: alcool local zorous.
Dext: fruit revigorant.
Occroya: alcool local jaya.
Broon: fruit zorous.
Lox: petit ruminant.
Cromos: Gros herbivore à défenses.
Gaars: Herrien aux dons de télékinésie.
Caranas: nom que donnent les Jayas à la chaine de montagnes qui coupe Gahila en deux parties.
Phooss: bébé phyton.
Ihata: épreuve qui valide l’instruction qu’ont reçue les jeunes Herriens. Après l’Ihata, ils sont considérés comme des adultes.
Yanas: Herrien qui lit dans les pensées.
Hars: alcool local herrien.
Foëzine: Herrien qui communique avec les morts.
Falda: lanterne qui emmagasine la lumière du soleil pour la restituer ensuite
Licht: sorte de goudron dont les Namris enduisent les coques des bateaux pour les imperméabiliser.
Zomrh: instrument à vent.
Ziales: sortes d’abeilles.
Première partie
Deux Promis
Au début du deuxième hiver 2794, Araya, entité immatérielle satisfaite, regarda son Promis entrer en territoire jaya. En ce soir glacial, au terme de deux longues saisons de fuite, il venait de passer la barrière invisible érigée par Jénon et Malia à la suite de l’explosion de la centrale, deux cent quatre-vingt-quinze ans plus tôt. De l’autre côté de cette muraille, un feu de broussailles réchauffait Talid, Ako et Mila à la fois inquiets et rassurés par les récents événements. Araya savait qu’ils vivraient encore des aventures communes. Dix jours de marche les séparaient de l’ennemi arzac qui occupait toujours Sadana. Sous leurs bateaux, les Vados évacuaient lentement les enfants prisonniers des boules malmenées par le courant du fleuve. La grotte-temple les accueillait depuis l’arrivée fracassante des guerriers de Thora. Sur les ruines d’Alahassy, cinq cents soldats abattaient des arbres pour construire des abris. Aarlan, leur chef, avait décidé de passer l’hiver sur place. Le marais levait de la brume qui cachait une barque au fond de laquelle cinq femmes vados grelottaient de froid et, sous ces eaux, évoluait un banc de Zorous épuisé. Les compagnons de Laï. Les rescapés de Dalia et de Laïde s’entassaient sur les nayas proches de leurs cités. Entre les racines des ols, de petits feux trouaient les nuits et les jours gelés que leur imposait l’impitoyable Zaïa. Assis dans son fauteuil de bois aux accoudoirs patinés par le temps, Azar écoutait le silence des ténèbres. Araya savait qu’il pleurait sur le sort de son peuple, il les voyait comme elle le voyait, lui, à travers les yeux d’Esiane. Elle veillait sur ce mage depuis qu’il avait ouvert la Force pour tenter de se créer un successeur. En quelques instants, l’entité passa du marais aux terres namries. À Komba, plus exactement. Dans la grotte, le quotidien suivait son cours. Akiri et Laelle étaient sur le point d’accoucher et l’angoisse animait les résidents. Paieraient-elles ces naissances de leur vie ? Araya sentait sa rivale attentive à Talah, sa Promise. Elle quitta le peuple d’Amma, s’approcha du territoire arzac et l’observa à sa façon. Un Herrien l’instruisait pour garantir la sécurité de ses amis séquestrés au sous-sol. Thora se servait d’eux afin d’obtenir un tutorat de qualité et Araya comprenait la soumission de Sylvio. Elle savait aussi qu’il ne pècherait pas par excès de zèle. Pourtant, cette fillette se montrait douée et sensible à la sincérité. Sylvio jouait subtil et elle l’en remercia. [ 1 ] Puis elle revint sur Ayrial, son protégé, et sur les tagas , car, désormais, le temps d’une enfance, elle porterait son attention sur les événements qui se dérouleraient de ce côté-ci de Gahila.
[ 1 ] Tagas : nom donné par les Herriens et les Arzacs pour l’ensemble de ces peuples : les Namris, les Zorous, Les Vados, les Ailés, les Miobés et les Jayas.
1. Lariha
LeJaya lança son lasso luisant en direction de la proue. La boucle s’y enroula et il tira. Le phyton s’aligna sur le rythme de l’embarcation, puis la dépassa pour la freiner en douceur. La barque approcha la rive couverte de hautes herbes peignées par la bise hivernale. Du coin de l’œil, l’homme observa l’enfant qui les agrippait pour la ralentir et enfin la stopper. L’énorme monture s’arrêta et, sans lâcher la corde, le successeur de Jénon bondit au sol. L’animal s’éloigna paisiblement sur la plaine immense secouée par les vents. En quelques enjambées, Lariha rejoignit la berge, dévala le talus et sauta au centre de l’embarcation zorous que le courant tentait d’emporter. L’arrière chassait déjà. Il s’assit sur le banc du milieu et s’octroya une pause afin de laisser retomber l’excitation qui emballait son cœur. Il détailla l’enfant serré dans un manteau trop petit. Il a beaucoup grandi. Le pantalon de toile épaisse lui découvrait les mollets, ses pieds nus commençaient à bleuir, mais il ne tremblait ni ne gémissait. Il examinait ses vêtements de cuir de phyton qu’il imaginait chauds, sans doute. Lariha jeta un œil au braséro éteint et rempli de boules végétales qui n’attendaient qu’une flamme pour les réchauffer. D’un clignement de paupière, il provoqua l’étincelle et elles rougirent. Ayrial y colla les orteils, leva vers lui un regard reconnaissant et les milliers d’étoiles qui constellaient ses iris transparents le saisirent. Elles semblaient chacune investies d’une vie propre. — Tu parles vados ? s’enquit l’enfant. — Oui. Mais nous sommes les seuls sur ce territoire. Alors, le Promis d’Araya tendit la main vers lui. Lariha comprit qu’il demandait le contact à la façon des Zorous. Il se pencha pour le laisser effleurer sa tempe droite, puis se redressa et le contempla. L’attente ne dura qu’un instant. Un sourire pensif éclaira le fin minois et le regard lumineux se posa de nouveau sur lui. — Il paraît que les Namris ne peuvent pas prononcer les mots zorous, dit-il en Jaya. Moi, je suis Herrien, alors je peux parler comme eux. — Tu apprends vite, impressionnant. — Merci. Lariha empoigna les rames et dégagea le bateau de la glace. — Où on va ? — À Naatyl, dans la maison du mage. Tu verras, il est très gentil. — C’est loin ? — Je naviguerai pendant dix jours. Ensuite, nous marcherons. — L’animal t’a abandonné ? — Le phyton est reparti, oui. Il n’accepte aucun passager, mais il avertira Jénon de ton arrivée. À l’aide de sa rame droite, Lariha repoussa la berge et le courant les reprit. Sa force diminua sa peine, il se contenta de garder la barque dans son axe et laissa l’enfant silencieux l’examiner. À quoi pensait-il ? Son aspect l’effrayait-il ? Il se savait géant par
rapport aux ethnies qu’il avait rencontrées et sa peau noire devait trancher avec le vert de celle d’Ako ou le brun de celle de son père. Au crépuscule, les paupières voilèrent les iris lumineux et Lariha se sentit libéré d’un poids. Il rangea ses rames et installa confortablement le réfugié sur l’herbe sèche disposée au plancher par les Zorous. Puis il se cala contre la proue et ferma les yeux. Une partie de son esprit garda le cap, l’autre remonta le temps. À la mort psychique d’Axiam, les mages s’étaient rassemblés mentalement autour de Jénon afin d’appréhender l’avenir. Le petit Sol, le successeur d’Axiam, les avait tenus informés des exactions qui se déroulaient en terres arzacs et herriennes comme il l’avait pu étant donné son jeune âge. Néanmoins, ces bribes suffisaient à Amma alors responsable du bébé sharzac. Le promis d’Araya, leur espoir. Conformément à leurs plans, Lariha avait visité les rêves de Baramh et s’était rapproché des pensées d’Ako pendant leur périple. Il avait approuvé ce projet de bateau et remercié Cochise pour son intervention. Grâce à eux, aujourd’hui l’enfant dormait en sécurité. Ils sortaient vainqueurs de cette bataille. La guerre n’est pas finie, songea-t-il en ouvrant les yeux sur le premier croissant de Zaïa. La température grimpa un peu, Ayrial s’étira. Lariha se redressa et extirpa deux fruits jaunes de son sac qu’il lui tendit. — Les derniers de la saison. Après, il faudra entamer ceux que Salma a séchés. — Merci. Il les dévora puis demanda un arrêt pipi. — Retourne-toi et fais dans l’eau, s’il te plaît. L’enfant sourit et s’exécuta. — Avec Ako et les autres, c’était pareil. On n’avait jamais le temps pour ça. — Je pourrais amarrer, bien sûr. Seulement, je veux profiter du calme pour avancer le plus vite possible. Ayrial se rassit à côté du gouvernail. — J’ai besoin de dormir, reprit Lahira. Tu sauras tenir la barre ? — Oui, Mila m’a appris. — Elle est gentille ? demanda-t-il en étendant ses jambes sous le dernier banc. — Elle et Talid viennent des cimes… Et tandis qu’il babillait, Lariha sombra dans un sommeil léger. *** Jusqu’à ses cinq ans, Lariha vécut heureux à Missa, une bourgade côtière. Son père subvenait convenablement aux besoins de la famille. À l’instar de ses ascendants, il se destinait à la pêche en haute mer. Ainsi en allait-il le long des rives de la grande bleue. Le jour de son anniversaire, Jénon, accompagné par le roi, sa femme et leur escorte, vint annoncer la présence de son successeur à Missa. Il le désigna, lui, enfant sage et travailleur. Les habitants le portèrent jusqu’à la place d’honneur et il se retrouva devant les hommes les plus importants du territoire. De la planète, croyait-il alors. Rios, son petit frère âgé de trois ans, pleura d’angoisse, impressionné autant par les chevaucheurs vêtus de cuir et de métal que par les gigantesques montures qui se profilaient aux portes de la ville.
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