Game Boy

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Séducteur, enjôleur, Jean Desmont aime les femmes, sa carte Infinite et ses conversations avec son grand ami Virgile. Voici un récit d'amour en Occident à l'ère de la simulation. Portrait de l'homme contemporain. L'homme idéal : Evariste, 53 ans, 3 enfants, cadre supérieur, 1m87, 95 kg, séduisant, BCBG, aime le blues, le théâtre et le badminton, recherche femme 40-48, un projet de vie.
B.G
Publié le : vendredi 1 octobre 2010
Lecture(s) : 89
EAN13 : 9782296936164
Nombre de pages : 167
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DU MÊME AUTEUR Aux Éditions L’Harmattan HAROLD PINTER, LE MAÎTRE DE LA FRAGMENTATION, 2002. HAROLD PINTER ET LES DRAMATURGES DE LA FRAGMENTATION,2002. DRAMATURGES ET CINEASTES DE L’ANTIPSYCHIATRIE. ENTRETIENS SUR L’ÈRE DE LA FRAGMENTATION, 2003. Chez d’autres éditeurs HISTOIRE DU CINÉMA AMERICAIN, Hachette, 1995, 2004, 2007. HAROLD PINTER, THE CARETAKER OF THE FRAGMENTS OF MODERNITY, Ellipses, 1996. TÉLÉVISION ET SOCIÉTÉ AUX ÉTATS-UNIS, Ellipses, 1999. LE LANGAGE CHORÉGRAPHIQUE DE PINA BAUSCH, L’Arche, 2009. VIVA PINTER: HAROLD PINTER’S SPIRIT OF RESISTANCE,Peter Lang, 2009. METTRE EN SCÈNE HAROLD PINTER,L’Entretemps, 2010. Traductions FAIRE D'UN BON SCÉNARIO UN SCÉNARIO FORMIDABLE, (Making a Good Script Great, Linda Seger), Dixit, 1997. COMMENT RECONNAÎTRE, IDENTIFIER ET DÉFINIR LES PROBLÈMES LIÉS À L’ÉCRITURE DE SCÉNARIO, (The Screenwriter’s Problem Solver, Syd Field), Dixit, 2000. STORY, (Story, Robert McKee), Dixit, 2001. LES CLÉS DES PLUS GRANDS SUCCÈS CINÉMATOGRAPHIQUES, (The Megahits, Richard Michaels Stefanik), Dixit, 2003. ÉCRIRE UNE COMÉDIE, (Writing the Comedy Film, S. Voytilla, S. Petri), Dixit, 2004. LA MISE EN SCÈNE, (Directing Feature Films, Mark Travis), Dixit, 2005. LES RÈGLES ÉLÉMENTAIRES POUR L’ÉCRITURE D’UN SCÉNARIO, (Save the Cat,Blake Snyder), Dixit, 2007.
bombe La La bombe sonne, la bombe c’est la sonnerie de mon portable.It’s my life, don’t you forget. Tant qu’à faire, lorsqu’il faut se réveiller, un petit électrochoc à la Bon Jovi, ça rappelle le bon temps. Et puis c’est cool, ça traumatise ma chérie, c’est le genre réveil en musique qui décourage tout activisme forcené. Moi, ça me fait un petit chatouillis dans les oreilles, style rappel à l’ordre, surtout, ne pas flancher, ne pas s’amollir, enfin… vous voyez. Elvire se prépare à me sauter dessus, c’est dur la vie. J’aurais aimé être un artiste, un étranger, un garçon d’ascenseur, un homme quoi. Elle est magnifique Elvire, d’une sensualité envoûtante, elle s’étire la chatte, et puis quoi encore. Sa longue chevelure rousse attire le regard vers le creux de son sexe comme un aimant, le feu y règne aussi et dévore les chairs. Je me suis offert ce luxe du feu pendant des mois et des mois. J’ai accompagné ses seins lourds gorgés d’une attente insensée chaque nuit. Ils savent que seule la force des hommes peut leur accorder un répit, les seins d’Elvire oscillent dangereusement au-dessus de mon sexe. Elle murmure : – Prends-moi. Je regarde de biais vers Elvire et j’entraperçois ses nouvelles boucles d’oreilles qui m’avaient échappé cette nuit dans l’obscurité. De minuscules perles mauves. Les yeux fixés au plafond, je prononce la sentence inéluctable : – Je n’irai pas plus loin. Elvire étonnée s’écarte : – C’était notre week-end. – Avant tout c’était mon week-end. Je fonce sous la douche, dans deux minutes, top chrono, je suis dehors. Bon, faut trouver la suite. On est fin mai, il pleut, je pars au travail. Lyon sous la pluie, pour un
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Normand, c’est comme une caresse des souvenirs. J’aime bien. Elles courent, elles courent les furètes, ça moule bien la pluie, un petit téton par ici, un joli cul par là, une bonne journée. Je ramasse au passage le catalogue de l’Immobilière des Brotteaux et je m’installe au comptoir de Vigne et Gourmandises, où mon grand ami Virgile me sert tous les matins un petit café d’habitué. – Un café noir comme la nuit, brûlant comme l’enfer et chaud comme l’amour. Après mes années d’errance, j’ai choisi ce quartier qui représente tout ce que je ne suis pas. Je suis né dans un HLM au bord de la mer. On jouait dans la rue alors que les enfants de riches parcouraient le monde. Je passais mes vacances chez mon grand-père paysan qui nous apportait sur son vélo les légumes de la semaine. J’aurais pu choisir Paris ou New York. J’aurais été perdu dans la jungle des tueurs. J’aurais dû affronter la diversité sociale, le vernis de ma réussite financière n’aurait pas tenu. J’aurais été tenté de prendre des risques et j’aurais tout perdu. Aujourd’hui, je vis au cœur du marécage, rue Masséna. J’aime mon quartier. Les Brotteaux. Je me suis parfaitement intégré dans la faune des dents longues. Ici, ils sont tous comme moi, nés de parents inconnus au Who’s Who. Ils se sont hissés jusqu’au quartier le plus bourgeois de Lyon. Les vrais Lyonnais se cachent dans le Deuxième, derrière les Remparts d’Ainay. Nous, nous sommes à la frontière de Villeurbanne, nous avons colonisé les appartements de prix dissimulés derrière des courbes d’immeubles harmonieuses dans ce quartier conquis sur des marécages par Jean-Antoine Morand de Jouffrey. On se la joue Cannes Beach, Saint-Trop ou Courch’ à longueur d’année surtout depuis que l’on ne fume qu’en extérieur. Un verre de vin à la main, une cigarette de soutien psychologique, une veste bien coupée, les épaules légèrement basculées vers l’arrière, on a un air dewinnersaux terrasses. En marge de notre territoire, plus loin, au bord du Rhône, Albert, du Café du Pond, nous prépare place Maréchal Lyautey une terrasse caméléon aux parasols blancs dont la langue nocturne nous
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aspirera au printemps. Nous sommes les survivants des start-up. On a le charme d’un argent rapide, qui ne vaut rien, qui se perd et se dissout sans drames. Plus il glisse entre les jambes des femmes, plus il nous lave de la culpabilité d’une aisance usurpée. On respire. Les Brotteaux, c’était la gare pour Genève avant d’accueillir une Brasserie Bocuse, le Boudoir et de devenir un haut lieu du Marché de l’Art. Dans les gares, surtout les anciennes gares, il reste un parfum de nostalgie, une sorte de pureté des grands départs, un lieu d’échange de baisers, d’amour et de ruptures. J’ai toujours aimé les gares. Chez Virgile, à Vigne et Gourmandises, je retrouve un peu de la simplicité de notre passé. Son restaurant est une petite enclave calme aux tons crème. Un restaurant de poche. Quelques tables, une cuisine maison, des habitués. Aux murs des lithographies de la mer, notre Normandie. Une bouteille de calva au coin du zinc. Je sors mon iPhone et je jette un coup d’œil aux derniers messages, disons aux messages d’Elvire… c’est de toi que tu as peur. Virgile regarde par dessus mon épaule et commente :– Le p’tit noir des nuits de désespoir ? Je lui propose de lever notre café, arrosé de calva, à la belle Elvire. On s’exécute de bon cœur, et on prononce un adieu définitif à cette femme exceptionnelle : – Adieu Elvire ! Ton nom sur la toile était si bien choisi, Mnémosyne. Adieu Mnémosyne. Et selon un rituel bien établi, je tourne les pages du e catalogue de l’Immobilière : Lyon 3 . Unique, calme, vue sur beau parc, à 200 m du tramway, appart. Loft 120 m² + patios/jardins 38 m², séjour, 2 chambres, bureau. 2 SDB, garage et parking. Livraison fin 2008. Prix : 440 000,00 €. Je continue à feuilleter le catalogue : Écully, Caluire, du beau, des communs avec parcs potagers et vue sur l’Orangeraie du maître des lieux, de vastes appartements bourgeois, des lofts comme celui d’Elvire, immenses et vides, de simples tapis au sol, et des miroirs. Virgile me demande ce que je désire ce matin. Je lui annonce que je cherche une nouvelle femme, un
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nouvel appart. Je suis prêt à toutes les expériences. Je ne sais pas vraiment pourquoi je quitte Elvire, peut-être à cause de sa collection de miroirs. Je jette un petit coup d’œil à son nouveau message. peur de ne rien avoir à direJe surfe sur le site Amour. Je m’accorde une petite recherche de principe. Virgile commente ma quête et je le laisse choisir pour moi la belle qui égaiera nos prochains mois : – Tu te perds dans la jungle du Net… Regarde cette femme, elle a le courage de se désabonner, vas-y, n’hésite pas… – Elle est belle. – Fais vite, elle quitte cette voie. Mon visage, enfin le beau visage de Cary Grant, sous lequel je me survends un tant soit peu, apparaît sur l’écran de Léda. Je visite son profil au moment même où elle tente de se désabonner du service Amour. Léda, 45 ans, sans enfants, 1m65, dynamique, style sport, aime la nature, la vie, la musique des sphères, recherche grand voyageur, 45-55, solide, désirant se construire encore et encore.Je réapparais avec un simple commentaire : « charmante ». Je ne sais pas pourquoi, Virgile semble de mauvaise humeur ce matin. Il se souvient d’Elvire sur scène, son jeu aux Célestins était éblouissant. On l’a vue jouer Jocaste, Médée et Eurydice. Sa voix semblait plonger au-delà d’elle-même dans les échos profonds de l’univers. Une voix grave et des seins lourds, le poids irrésistible d’une féminité citadelle. Aussi échancrée ou dénudée qu’elle pouvait apparaître dans ses rôles, lacérée par le destin, Elvire demeurait inaccessible, cloîtrée par un film de nacre ou de marbre, statufiée pour l’éternité. Je n’oublierai jamais Elvire. J’observe le visage étonnamment beau et translucide de Léda. Virgile me dit que je ne la mérite pas. J’envoie à Léda un petit mail afin de lui témoigner ma sympathie, je lui offre mon téléphone. Je suis un homme généreux. Je la comprends. Je lui propose du face à face… une sortie de cet univers virtuel. Elle prend le temps de me déprofiler :53 ans, 3 enfants, cadre supérieur, 1m87, Évariste,
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