GILDA OU LA FORCE D'AIMER

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Un écrivain mesure-t-il vraiment son pouvoir sur les personnages qu'il a créés ? Mais ne court-il pas le risque de les voir s'échapper de son imaginaire et de lui demander des comptes ? Car il ne connaissent pas l'origine de leur naissance. Ils sont là, bien vivants, chacun avec leur propre particularité. Georges Sylvain ne l'a pas compris. En voulant adapter au théâtre son roman " Gilda ou la force d'aimer ", le célèbre auteur s'est cru le maître de la destinée de ses héros et a précipité tous ses amis dans une terrible réalité.
Publié le : vendredi 1 février 2002
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EAN13 : 9782296278455
Nombre de pages : 155
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Gilda ou La force d'aimer

Collection Écritures dirigée par Maguy Albet
Dernières parutions

FOUCAULT Jean, Le notable de Casa, 2001. VICINI Elena, Assolo, 2001. ACQUA VIVA-PACHE Michèle, Paladines, 2001. FRÉHA Pierre, Tournesol, 2001. AUQUE Hubert, Le chant des syllabes, 2001. AOUAD BASBOUS Thérèse, Hermano était son nom, 2001. DE VIAL Antoine, Les chambres de la lune. Une enfance américaine, 2001. CUVELIER Fernand, Les Nuits d'Oxford, 2001. COLTICE Bernadette, Salle d'attente, 2001. NIKOLAIDIS Aristote, A l'Heure jaune, 2001. MAHDI Falih, Prières de sang, 2001. COHEN Daniel, Où tes traces, 2001. COHEN Daniel, Psoas, 2001. DJIAN Gilberte, Le silence d'Eva, 2001. COLLAS-HEDDELAND, Jusqu'aux premières lueurs de l'aube, 2001. PIGNATELLI Anna Luisa, Les grands enfants, 2001. SCHLESSER Gilles et Thomas, 1 Franc, 2001. LOUIS Fabienne, Fin de l'enfance, 2001. MOUNIC Anne, P' et les noms propres, 2001. VILLAIN Jean-Claude, L 'heure de pan, 2001. DELAMBRE Jean-Michel, Fenêtres sur nuits, 2001. GIRARD Romain, Le ciel des Mong-Wa, 2002.

Georges Musnik

Gilda ou La force d'aimer

L'Harmattan

Du même auteur

-

A l'ombre d'un sourire, 1981, Paris, Barré-Dayez, éd.

- L'Imaginaire, Barré-Dayez,

c'est encore loin?, 1985, Paris, éd.

- Par-dessus

mon épaule, 1996, Paris, L'Harmattan,

éd.

A paraître: -U nefamille bien française

@ 5-7,

L'Harmattan,

2001

rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France Inc. Montréal 1K9 (Qc)

55,

L'Harmattan, rue Saint-Jacques, Canada H2Y

L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-1954-6

A ma petite fille chérie, Natacha

CHAPITRE UN

Quand je n'étais qu'un embryon, fœtus recroquevillé, tassé, bras et jambes pliés et ramenés
semblant je n'étais pulsion. Avant vivait d'être déjà façonné, dans un étiqueté, corps en sexualisé, gestation mon qui être ne

contre un

de corps plongé dans un liquide amniotique, rien qu'une angoisse, une sensation, une

demandait

qu'à se défmir. Je sentais confusément

l'étincelle qui allait jaillir de cet univers de globules, de
sel et d'hormones et divin. Dans en un combat expérimental l'attente de mon devenir sublime je

humain,

n'étais qu'une ébauche

de l'âme à peine perçue,

et je

cherchais déjà un interlocuteur. Et c'est la vie qui vint à moi. Elle avait entendu appel et choisi le moment bras et m'attirer par mon

propice pour me tendre les furieusement, brusquement dans la ferme

à elle violemment, Elle "moi" avait pris

presque possession intention

surprise. de mon

intérieur,

de garder, avec un soin jaloux, l'exclusivité

de ma présence effective.

La vie devenait "ma vie" à part entière comme son bien propre, indissoluble, elle et moi, unis dans un
même destin. D'un un pacte solennel commun accord, nous scellâmes à sa charge

et sacré. Elle prenait

toute la durée de mon existence corps et âme. Ma vie était devenue

et je lui appartenais

ma confidente

de tous

les

instants, mon" alter ego". Elle avait pris la possession exclusive dédoublais de mon être physique et moral. Je me

à tel point en elle, que j'en arrivais parfois à

perdre mon libre arbitre, et quand je n'en étais plus le maître, je menaçais de la quitter. Alors elle me prenait dans ses bras, me disait des mots tendres et me berçait de sa voix mélodieuse. Nous suivions la même route étroite, sinueuse, pleine d'embûches, partagé de traquenards et nous d'enfant, avons ainsi

mes balbutiements

mes premières de mes brefs aux récits de

joies et révoltes.

Elle fut la confidente

amours passagers. Nous riions ensemble

mes exploits. Elle était attentive et toujours indulgente. 10

Mais nous VlVlons aussi avec la peur de devoir,

un

jour, nous séparer. Nous eûmes une grosse alerte, une sombre l'emporter nuit démente, contre où la fièvre semblait Je délirais vouloir une

la raison.

avec

température dépassant les 40°. J'avais perdu la notion du temps et celui-ci avait arrêté sa marche, affolé,
essayant en vain de suivre le rythme des battements

de mon cœur. Ma vie ne tenait plus que par un fù et je le retenais désespérément une dernière sauvegarde. de mes doigts crispés, dans

Je vis alors venir vers moi, Chimère, le monstre ailé, me jetant des flammes de sa gueule de lion. Le démon
voulait comme m'entraîner dans les feux de l'enfer, avec

seul but de me voir succomber

au délire de

mon imagination

malade. Mais je retins bon le fù et ma

vie reprit toute sa force et sa vigueur.

Depuis, nous vivons en parfaite harmonie. Je me laisse caresser
printemps: entourent,

par

toutes

les promesses
les odeurs de partout, Il

d'un

éternel
qui nous de

les saveurs, nous viennent

suaves

des champs

blé d'or, des fleurs épanouies aux mille parfums, des branches frissonnantes
brise caressante d'une

accrochées aux arbres, de la
herbe folle sous un soleil

complice...

J'étais en pleine "mue" d'adolescence, quand Serge vint un jour frapper à la porte de ma vie. Il lui offrit la
pureté de son amitié et une âme fraîche et

désintéressée,

et il lui proposa impatients.

de lui en faire partager Serge n'avait pas encore Il se contentait de

les débordements

"avalé" sa vie à pleines goulées. petites "lampées". J'étais émerveillé

par la découverte

d'un

sentiment

sublimé et partagé. Alors, je lui fis une large place, qu'il occupe encore maintenant. Mon ami avait pris une route parallèle à la mienne. Et si nos regards chemin d'entendre enfourcher se croisaient il fermait parfois et prenaient un

différent,

les yeux, et il refusait quand je le voyais

ma désapprobation

son existence dans un galop désordonné. 12

Ainsi

la

morphologie

de

son

corps

avait

SUIV1

l'évolution

de sa personnalité.

Sa tête haute

et large

avait pris possession

d'un corps devenu massif après et d'errances libertines.

bien des années de sveltesse Ses yeux vifs et intelligents

s'attardaient

alors sur tous Son

les êtres qu'il côtoyait avec une curiosité intense. nez épais s'équilibrait parfaitement

entre deux grandes

oreilles. Il frémissait à l'unisson d'une bouche sensuelle s'ouvrant sur un sourire enjôleur, prometteur. variée, avec un registre Sa voix allant du

avait une tonalité

grave à l'aigu. Elle savait prendre l'étendue désirable quand il voulait convaincre,

et la netteté séduire ou

charmer. On pouvait l'entendre 80, tout en chair et en muscles.

du haut de ses lmètre

Un jour, il me dit entre deux confidences: j.'ai demandé au verbe "Vivre de mettre de côtélepassé, de legarder en réserve
et de le tenir à ma disposition.

Fort de cet adage, il jouissait de son existence

à plein

temps, au jour le jour. Il aimait plaire par dessus tout, et faisait l'impossible pour être aimé de ses amis et des 13

nombreuses entouré.

femmes

dont

il

était

constamment

Sa grande réussite matérielle divorces et de nombreuses

allait de pair avec deux maîtresses glanées au

hasard de l'actualité d'un moment propice.

14

CHAPITRE DEUX

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