Good

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GOOD est une anticipation de ce qui nous attend à force de réseaux sociaux, d'interconnexions, d'analyses comportementales, de marchandisation, de recul, ou pire encore, de renoncement lent mais inexorable de nos libertés individuelles. Quoi ! Encore un roman sur le méchant internet ?! Nan... heu oui... enfin non... pas que... Disons plutôt que le point de départ est la question suivante : Demain, quand nous vivrons connectés en permanence au Cortex (super-réseau développé par GOOD, 10.000 fois plus puissant que notre Internet) grâce à des implants cérébro-rétiniens, que tout notre passé sera stocké, notre présent analysé et notre futur... anticipé, comment ferons-nous pour entrer en résistance et changer d'identité ?  
Publié le : lundi 15 février 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026204022
Nombre de pages : non-communiqué
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Stéphane Villain

Good

Le Cortex

 


 

© Stéphane Villain, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0402-2

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

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« Penser, voilà le triomphe vrai de l'âme. »

 

Victor Hugo

 

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<le_cortex>

<resilience>
<janne></janne>
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<serj></serj>
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<gizele></gizele>
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<smooth2.6></smooth2.6>
<smooth></smooth>
</liberation>
</le_cortex>
</good>

<good>

 

<le_cortex>

 

<resilience>

 

<janne>

 

Elle c'est Janne. Ne vous y attachez pas. Ça ne sert à rien, elle va mourir avant la fin de ce chapitre.

Elle ne le sait pas. Elle ne le réalisera qu'à peine une fraction de seconde avant de se faire réduire en bouillie.

GOOD ne le sait pas non plus. Normal, puisqu'il ne le décidera que quatre vingt neuf centièmes de secondes avant l'impact.

Ce qu'il ignore surtout, ou plus exactement ce qu'il ne pourra anticiper lorsqu'il sacrifiera cette jeune Connectée, c'est sa propre condamnation à mort.

 

Mais parlons un tout petit peu de Janne qui est en train de vivre sa dernière journée à l’Hôpital Central, où elle travaille quarante sept heures par semaine comme infirmière au service bioprothèses. Elle s'occupe de patients très gravement blessés ou alors de vieillards pleins aux as.

Gentille fille, elle aime bien son métier, même si les vieux richards qui s'offrent de nouveaux organes ou des membres, pour ne pas dire des quéquettes, plus 'efficaces' l'ennuient. Mais elle fait avec, c'est comme ça de nos jours, y'a pas le choix et tout le tralala... Elle compense gentiment en consacrant le maximum de son temps aux grands blessés. Certains diront qu'elle a une âme généreuse.

Globalement sa vie simple lui plaît. Elle se laisse porter au rythme des contingences et des horaires très fluctuants, imposés par une hiérarchie aussi invisible qu'inhumaine, dans tous les sens du terme. Dans son service elle est appréciée pour sa bonne humeur en toutes circonstances comme pour son professionnalisme. Une personne parfaite quoi.

Comme elle travaille beaucoup, ben naturellement elle sort très peu et elle a peu d'ami(e)s, mis à part deux infirmiers de son service qu'elle voit à peine en dehors de l'hôpital.

Elle vient d'avoir trente et un ans et elle vit avec Serj qui en a trente trois. Lui travaille, ou disons plutôt qu'il s'occupe, enfin qu'il s'amuse, en faisant de la brocante. De l'achat/vente de matériel informatique d'une autre époque, des vieilles tablettes, des smartphones et autres objets connectés. Il possède même quelques reliques sacrées comme des ordinateurs portables, des tours ou des consoles de jeux Sony et Nintendo hors d'âge. Il y a plein d'amateurs pour ces vieilleries maintenant qu'elles sont devenues inutiles. Et Janne, elle en côtoie justement, des amateurs pas des vieilleries, quoi que, et des bien friquées, alors elle les met en contact avec Serj.

Il fait ça de chez lui, pépère, via le Cortex. Parfois il est amené à se déplacer pour expertiser ou tester une pièce particulière. Mais pas trop souvent. Il n'aime pas trop quitter son cocon.

Janne le laisse glandouiller, elle ne le pousse pas à trouver un vrai métier dans la vraie vie, celle du Cortex. Elle le soutient même, voyant bien qu'il est heureux entouré de ses vieilles machines, déconnecté du présent, même si l'expression est un peu déplacée.

Quand ils se sont rencontrés, elle a craqué pour son côté doucement révolté, presque romantique (les filles !). Maintenant c'est à peine si elle l'écoute lorsqu'il ronchonne après le Cortex et son intrusion dans leurs vies. Elle ne voit pas tout à fait les choses comme lui. Elle pense que le Cortex œuvre réellement pour le bien de tous. Alors elle ne fait pas de vague, comme l'énorme masse mole qui ondule au rythme du Flux.

Heureusement pour eux, il n'y aura pas de lendemain où il finira par la gonfler complètement...

 

Comment se sont-ils connus ? Ben, comme tout le monde ou presque. Leurs profils indiquaient une compatibilité de 68%, alors quand ils se sont croisés au cours d'une soirée ils sont sortis ensemble et puis voilà...

 

Ils vivent dans une banlieue-campagne dans un pavillon sans charme qu'ils payent à crédit, que Janne paye à crédit pour être exact. Du type trans-générations sur 50 ans. Il n'est pas trop grand, c'est sûr, avec deux petites chambres, un mini-salon et une kitchenette équipée d'un ChefRobot. Pas de la dernière génération, mais l'engin gère tout seul le rechargement du frigo comme de la réserve et est capable de préparer 123.784 recettes, pouvant même pousser à 237.328 si l'on accepte de sacrifier quelques ingrédients. Bien sûr, comme l'immense majorité des gens qui possèdent ce genre de matériel, après avoir essayé tout un tas de plats exotiques, ils ne tournent plus aujourd'hui que sur une douzaine maximum.

Quand elle rentre de l'hôpital, ils s'installent comme deux vieux sur leur SenSofa, elle à gauche, lui à droite, sous leur visio et ils projettent un film dans la pièce. Le visio permet de les immerger intégralement dans le film et, relié à leur SenSofa, de profiter pleinement de la 4D.

Et leur vie se déroule comme ça. Leur vie déroule comme ça. Sans anicroche.

 

Pour l'heure Serj est chez lui. Vautré dans son SenSofa, il sélectionne les diverses tablettes en sa possession capables d'intéresser un vieux mou du bas du ventre. D'un mouvement désinvolte de l'index il les fait défiler devant sa rétine et de temps en temps il en pousse une dans le dossier du mou.

Il n'a bien sûr aucune conscience du merdier qui va retourner complètement sa vie, et la notre, dans moins de quatre pages.

L'avatar de Janne apparaît dans son champ de vision. Elle est en pause et comme souvent elle en profite pour se connecter à lui. Elle voit ce qu'il voit et lui ce qu'elle voit. Quand ils étaient de jeunes amoureux, comme tous les jeunes amoureux, ils étaient connectés en permanence, voyant tout ce que l'autre voyait, même lorsqu'ils se promenaient ensemble. L'amour...

Il agite mécaniquement la main devant les yeux et dit « coucou ». Elle lui demande si ça va, il lui répond que « oui et toi ? » et ils papotent cinq minutes puis elle lui annonce qu'elle doit le quitter, un papy avec un zizi tout neuf l'appelle.

Serj reste connecté pour voir la tête du vieux pervers. Il se promène dans des couloirs vides et calmes comme s'il était à la place de Janne. Il pénètre dans la chambre d'un vieux machin tout chiffonné qui se plaint d'avoir mal à son nouvel 'engin'. Il se déconnecte au moment où elle soulève les draps.

« Beurk ! »

Il claque des doigts devant les yeux pour fermer le dossier en cours. Il a besoin de prendre un peu l'air. Il dit « Je vais me promener. » pour prévenir sa maison. Le dossier de son SenSofa se redresse automatiquement et l'assise se soulève tandis que des pubs pour des chaussures de sport et un centre de remise en forme s'affichent sur ses rétines. Il se touche le petit bedon qui s'incruste depuis quelques temps en lâchant « Oué je sais ! ». Il passe rapidement l'index devant les yeux pour faire disparaître les pubs. D'autres les remplacent instantanément, pour de la bière et une nouvelle marque de chips. Ça le fait doucement marrer.

Il sort de son petit pavillon sous un « Bonne promenade Serj » du portier électronique et part sans se soucier de fermer quoi que ce soit. A quoi bon ? Il peut savoir en permanence ce qui s'y passe et sera alerté au moindre problème. Et qui serait assez con, à part un Déconnecté défoncé, pour aller se faire chopper par la PC en pénétrant dans une maison qui n'est pas la sienne ?

Il flâne au gré des rues, croisant quelques personnes de son âge et sa classe sociale. Une jolie mère de famille de 30 ans marche vers lui, superbement moulée dans un pantalon-à-fusion qui ressemble plus à une couche de peinture qu'à un tissu. Il la dépasse et se retient in extremis de se retourner pour mater ses fesses. Ça fait Déviant et Janne n'aime pas tomber sur ces vidéos oculaires, disponibles sur le Cortex dans le compte public de Serj, comme tout ce qu'il voit. Il s'est habitué aussi à ne pas aller boire un coup tout seul, à se masturber les yeux fermés en silence, à se retenir de péter aux toilettes et partout ailleurs, à ne pas se prendre une grosse cuite au point de vomir, ni tenir des discours trop véhéments contre le Cortex, ni chercher des infos sur la Résilience, et à plein d'autres choses encore, accessibles par tous en permanence, famille, collègues, connaissances, amis, ou pas... Même quand ils font l'amour c'est mis sur le Cortex, mais là, personne ne va reluquer les scènes de sexe des autres, c'est considéré comme déviant. Et les Déviants, la PC ne les aime pas trop...

Il se dit qu'un mec du passé trouverait ça vachement intrusif et qu'ils n'ont plus de vie privée. Quelle perspicacité...

Puis il se rassure en se disant qu'on a de tout temps trouvé que c'était mieux avant. Sauf qu'avant y'avait quand même de la délinquance, des viols, des vols, des meurtres et des guerres. Et que maintenant le Cortex les protège, fournit les réponses à toutes leurs questions, les aide dans toutes leurs tâches et démarches quotidiennes, les soutient en cas de merdes, les nourrit ou plutôt les gave, pourvoie à tous leurs besoins même à ceux qu'ils n'ont pas...

Ha ben ça y est, faut qu'il bougonne !

Il dit « Bonjour, ça va ? » avec un grand sourire hypocrite à son abruti de voisin de gauche qui se promène fièrement avec ses deux sales gamins. « Bien et vous ? »

 

Bref, ils ont une vie bien tranquille. Une vie à laquelle aspire la majorité de la population.

Une vie à vomir.

Beurk.

 

Mais revenons une dernière fois à Janne qui a fini sa journée et qui n'est plus qu'à quelques lignes de la bouillie qui l'attend. Elle est dans une EasyCar qui la ramène chez elle, glissant en souplesse et en silence dans le flot de la circulation. Elle profite de cet instant de calme pour afficher son agenda, puis confirme vocalement le rendez-vous du lendemain à 8h15 avec son gynécologue. Serj et elle aimeraient bien avoir un môme mais celui-ci se fait attendre. On le comprend.

Leur famille ainsi que leur entourage commencent à faire des remarques plus ou moins appuyées, surtout leur fayot de voisin de gauche qui a déjà son quota de deux gamins à 24 ans. Elle décide de penser à autre chose et lance un programme vidéo pour se détendre. Elle ferme les yeux et se retrouve plongée dans le film. Encore mieux que dans un Gigaplex, la 4D en moins. Le son transmis directement de l'implant cérébral à l'oreille a une qualité de rendu impressionnant. Elle apprécie plus particulièrement les explosions qui vous emportent la tête. La prochaine, elle l'aurait a-do-rée.

Elle ne verra quasiment rien de son accident. Elle n'ouvrira les yeux que quelques centièmes de seconde avant l'impact.

Il est 18h43'15''22 quand le feu passe au vert et que sa voiture s'engage dans un carrefour à côté d'un AutoBus Longue Distance, un LOnGBus, en contrebas d'une rocade à grande vitesse.

Elle ne voit pas s'envoler à travers la rambarde de sécurité de cette rocade une EasyCar rouge, au pneu avant gauche qui vient d'éclater. Elle ne la voit pas non plus foncer à toute allure dans sa direction et celle du bus transportant 32 enfants. Elle ouvre finalement les yeux, étonnée, quand sa voiture freine brutalement, puis meure aussitôt écrabouillée par le véhicule fou à 18h43'18''12.

Pas de chance ?

Sa destinée ?

 

Les pompiers, les ambulances et les équipes Psy arrivent quelques minutes plus tard pour récupérer Janne toute éparpillée et prendre en charge les pauvres enfants tout traumatisés. S'assurant avant tout que les images du drame soient bien effacées et leur proposant des programmes apaisants. Faudrait pas qu'ils soient perturbés et qu'ils deviennent des Déviants.

Le sac de gloubiboulga qui porte le nom de Janne est aussitôt emmené à la morgue pour être carbonisé. Les cendres sont stockées dans le cendrier de l'incinérateur, en attendant d'être jetées quand il sera plein.

 

C'est le début de la fin...

 

</janne>

 

<smooth1.0>

 

Lui, c'est Smooth. Et malheureusement il ne va pas mourir tout de suite.

Nous le surprenons en plein dans son exercice préféré, l'interrogatoire.

Et il a l'amour du métier Smooth, il travaille à l'ancienne, de ses propres mains. Il n'aime pas toutes ces drogues qui font perdre le sens du présent et de la réalité à ses prisonniers. Nan, il veut les voir paniquer, pleurer, se liquéfier, se chier dessus et l'implorer. Pour avouer. Ou mourir.

Il est dans une petite salle aveugle et sourde, en sous-sol. Une salle vide avec des murs cradingues recouverts de grandes taches qui vont du rouge/brun au noir. Des taches qui impressionnent le suspect dès qu'il pénètre dans la pièce.

Et au centre de cette pièce, justement, une pauvre loque recroquevillée sur une chaise, torse nu, les mains attachées dans le dos, le visage tuméfié. Du sang lui coule du nez, de la bouche et de l'arcade sourcilière. Ça pue. Il s'est lâché par tous les orifices.

Il couine, supplie, répète en pleurant qu'il ne sait rien, qu'il s'est juste renseigné sur la Résilience mais qu'il n'en fait pas parti. On ne comprend pas tout. Ce n'est pas facile d'articuler quand on a du sang plein la bouche et des dents cassées.

Mais il a été surpris en train de générer un pistolet en 3D...

 

Smooth, revêtu d'une combinaison jetable maculée de sang, le regarde avec mépris. Il doute effectivement que ce résidu humain soit un Résilient. Surtout, il aurait du être éteint dès son arrestation.

Maintenant il est déconnecté, hors de portée de tous les réseaux, inaccessible par la Résilience.

Et si la Résilience n'avait tout simplement pas réussi à l'éteindre ? Si c'est le cas, son implant serait un sésame pour pénétrer le réseau de ses ennemis.

Il lance un ordre bref et une minute plus tard la porte s'ouvre sur un plateau à roulettes poussé par un homme gras en blouse blanche et à l'air bête. Sur le plateau, des seringues mais surtout des bistouris, des pinces et une perceuse électrique.

Le pauvre gars s'est tu, il regarde le plateau avancer vers lui, des lueurs de panique et de démence dans les yeux.

Il hurle de toutes ses forces qu'on ne lui fasse pas de mal. Il se jette désespérément sur Smooth qui le saisit d'une main à la gorge et qui lui envoie un énorme coup de poing dans le nez qui éclate dans une nouvelle gerbe rouge. Le gras du bide rigole, faisant tressauter le gras de son bide.

L'homme se roule par terre, hurlant dans son sang, ses larmes et ses excréments.

Smooth le plaque, lui plante une aiguille au liquide incolore dans la nuque et attend qu'il s'endorme. Sa mort et l'arrêt du flux sanguin dans la nano-centrale lancerait l'auto-destruction de l'implant, dans le cas où il serait bidouillé par la Résilience.

Il saisit un scalpel et l'enfonce dans la peau à la hauteur de la tempe gauche, laissant échapper un filet de sang.

 

Après un quart d'heure d'une opération bâclée, c'est pas un poète Smooth il privilégie l'efficacité avant tout, il tient enfin l'implant dans la main. Il l'essuie et le connecte à un poste mobile.

Après une rapide analyse la réponse tombe, c'est un banal implant.

Il le jette à côté du crâne salement trépané d'où s'échappent un peu de sang et de cervelle. Il prend une seringue au liquide violet sur la table et achève sa bavure. Il arrache sa blouse et ses gants dégueulasses, les envoie rejoindre le mort, et sort de la pièce pour aller rédiger la paperasse nécessaire pour justifier son acte inutile.

 

</smooth1.0>

 

<serj>

 

Un Préposé aux Décès reçoit à 18h49 le dossier complet de Janne avec l'adresse et la position exacte de Serj à ce moment précis. Il a une tête de mort, tristement longue, barrée d'une moustache très fine minutieusement taillée et posée sur des lèvres à peine visibles. Il soupire faiblement, il n'aime pas faire du bruit, et il saisit une urne du bout des doigts avec des gestes arachnéens. De l'index, il fait glisser le dossier de sa rétine vers l'urne qui s'éclaire d'un orange pâle, signifiant que les informations sont bien transférées. Une note le prévient que le destinataire estimé 'fragile' risque de rentrer en phase dépressive. Une médication est prescrite. Le préposé prend dans une petite armoire portant l'étiquette 'Médications', sur une pile bien rangée, la boîte de pilules recommandées. Il est aussi mortellement ennuyeux qu'appliqué.

 

Il fait une petite moue de dégoût à la vue de l'EasyCar vert pomme qui l'attend devant son immeuble. Ça fait tache. Il monte quand même dedans, il a une mission à remplir. Il s'arrête 12'23'' plus tard devant le petit pavillon de Janne et Serj, sort de son véhicule et le laisse repartir. Il sait qu'il en prendra un autre pour rejoindre ses urnes vides dans moins de 5 minutes. Ça se passe toujours en moins de 5 minutes.

Paré de la tête d'enterrement de circonstance qui ne le quitte jamais de toute façon, et après s'être raclé mollement la gorge, il s'approche du pavillon.

 

Serj est en train de jouer tranquillement à Candy Crush sur une vieille tablette à l'écran faiblard, en s'étonnant une fois encore de la faculté addictive d'un jeu aussi inconsistant. Il se dit que dans le passé les gens devaient vraiment s'emmerder. Le coup de la paille et de la poutre, quoi...

Une vidéo s'incruste sur ses rétines. Une énième sollicitation pour voter au nouveau Référendum en cours. Il n'a plus que 3 jours pour donner son avis et s'il ne le fait pas sa voix sera automatiquement réatribuée à une autre personne tirée au sort. Ça parle de trucs comme de l'allongement du temps de travail et de la liberté de parole. Mais comme d'habitude il grogne en se disant que tout ça ne sert à rien, que c'est du foutage de gueule, de la vaseline pour faire passer plus facilement le gros morceau, le Cortex. On vous l'a dit, il ronchonne.

Il repousse d'un coup d'index le moment de voter et se replonge dans son jeu.

'Plip'. On sonne, comme on disait avant. Il se lève mécaniquement sans même faire attention à la tête de larbin de la mort qui vient de s'afficher sur ses rétines. Il est concentré sur sa tentative de créer un bonbon rayé en agrégeant 4 bonbons orange.

Il ouvre la porte.

Surpris par son interlocuteur mais surtout par l'énorme sourire surnaturel à peine moustachu qui lui fend en deux sa tête de mort, une alarme se déclenche dans son cerveau.

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