Graentam

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Nous qui pensions être seuls, nous nous sommes trompés. Nous pensions maîtriser notre galaxie, mais tout cela s'avère faux. Nous sommes des sujets de l'univers, qu'un peuple observe et contrôle.

Publié le : mercredi 20 janvier 2016
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342047202
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342047202
Nombre de pages : 272
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Sahanah Margaux Emilian GRAENTAM Tome I. Michael Willford-Beckerman
Mon Petit Éditeur
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Mr. Johnson ouvrait son magasin à 11 heures pile tous les matins, du lundi au samedi. Il tenait un pressing à Londres depuis maintenant dix ans. Il voyait toutes sortes de personnalités entrer, des bourgeois du quartier des affaires ou des individus de classe moyenne ; plus rarement, des scientifiques du laboratoire. Le laboratoire se situait à deux rues de là, c’était un grand bâtiment aux vitres teintées qui s’étalait sur le quart du boulevard. On racontait qu’il s’y déroulait souvent des expériences dédiées au surnaturel, mais Johnson ne l’avait jamais cru. Les scientifiques ne travaillaient véritablement que sur des remèdes médicinaux, c’était bien plus utile. Parfois, il voyait défiler dans son pressing quelques-uns de ces savants fous qui ve-naient faire laver leur blouse de travail, qu’ils portaient par-dessus leurs smokings. Lorsque son fils venait, Johnson lui répétait sans cesse que ces femmes et ces hommes étaient l’avenir, et que pour être admirable, il devait beaucoup travailler, pour que Johnson puisse un jour l’envoyer dans une grande école, avec l’aide d’une bourse. Il rê-vait de voir son fils entrer à Oxford ou Cambridge. Il y avait un scientifique que Johnson appréciait particulièrement. Premièrement parce qu’il était client régulier, deuxièmement parce qu’il était toujours très cordial et souriant, contrairement à ces confrères qui n’accordaient au vieil homme que des regards méprisants. Johnson aurait pourtant bien voulu faire de grandes études comme eux, et avoir une situation aussi confortable que la leur. La chance ne sourit pas à tous, pensait Johnson. Le scientifique qu’il estimait disait s’appeler Peethurty. C’était un homme élancé, au visage ovale. Il portait des lunettes carrées, à la monture épaisse, et aux verres gigantesques. Les scientifiques sont toujours myopes, se disait Johnson en observant le défilé du laboratoire. Lorsque Peethurty venait, l’homme se sentait toujours un peu mieux, après les longues journées passées derrière son comptoir, dans la chaleur du séchoir. C’était une odeur particulière que celle d’un pressing. Peethurty lui demandait toujours des nouvelles de son fils, de son épouse, et si la journée avait été dure. Johnson lui répondait toujours
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joyeusement, même si les affaires n’allaient pas fort. C’était parce que Mr. Peethurty était quelqu’un de bien, gentil, agréable. Lorsque Johnson avait vu la silhouette de cet individu passer la porte du petit commerce, il avait su que rien de bon ne s’ensuivrait. L’homme portait un manteau noir qui lui descendait jusqu’aux genoux. Il avait des bottes noires, épaisses, en cuir. Une besace pendait le long de sa jambe droite. Il se posta derrière le comptoir de Johnson, et fixa le petit homme de ses yeux gris. Son teint mat lui donnait un air exotique, quoiqu’il fût effrayant. Du haut de son mètre soixante-cinq, Johnson regardait l’homme, qui faisait probablement vingt bons centimètres de plus. — Bonjour Monsieur. Que puis-je pour vous ? Le regard perçant de l’homme fit le tour du pressing. — J’ai un colis pour Mr. Peethurty. Je ne fais pas confiance à la poste, mais je sais qu’il vient ici tous les jours. Donnez-lui cela de ma part. Il vaut mieux pour lui qu’il le reçoive sans délai et sans défaut. L’homme avait parlé d’une voix mystérieuse, grave et résonnante. Johnson fronça ses sourcils gris sur son front dégarni. L’homme posa sur le comptoir une grande enveloppe brune, dépourvue de toute écriture. — Vous avez une tête qui m’inspire confiance, Roger. Votre fils – Jared je crois ? –, a de la chance d’avoir un père si ambitieux pour lui. Cambridge est un bon choix, si je ne m’abuse. Les rêves les plus désirés sont toujours récompensés. Bonne journée à vous, Johnson. Sur ce, l’homme sortit du pressing. Johnson était sidéré. Il mit quelques secondes à s’en remettre, et réalisa avec effroi que cet individu savait beaucoup trop de choses pour être bienveillant. Il tourna les yeux vers l’enveloppe, la prit, et la rangea dans son comptoir. Peethurty passerait, comme prévu, dans quelques heures.
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Chapitre 1. Incipiens
Les rues de Stornoway étaient emplies d’une odeur automnale malgré l’été déjà avancé. Un vent frais s’y engouffrait, de sombres nuages gris menaçaient la petite ville. Stornoway se situait sur l’île Lewis, au Nord Ouest de l’Écosse. Cette cité portuaire était particulière ; les petites maisons aux toits d’ardoise se détachaient du paysage verdoyant, quelques vieux gréements se distinguaient dans le paisible port. Deux monuments d’une époque révolue s’élevaient dans le ciel bleu gris des jours pluvieux. Une femme attendait devant un immeuble. Elle semblait pensive. Elle regardait sans voir les ardoises du bâtiment, observait probablement les nuages chargés. Âgée d’une trentaine d’années, le genre d’éternelle étudiante éprise de rêves adolescents. Quibber écrasa sa cigarette contre le muret. Elle salua un des occupants de l’immeuble qui sortait du bâtiment, avant d’y entrer à son tour. Elle gravit les marches du perron, ouvrit la lourde porte d’entrée et se dirigea vers l’ascenseur – pour une fois en état de fonctionner. Elle poussa la porte de son cabinet. Il était neuf heures, et son premier patient allait bientôt arriver. Quibber s’assit à son bureau, prit dans le tiroir un paquet de chewing-gum mentholés en sortant le dossier Michael Willford. Elle aimait bien ce garçon. Introverti, très intelligent mais extrêmement réservé. Les Willford n’habitaient pas à Stornoway même, mais à quelques kilomètres de là, dans un manoir somptueux. C’était une grande famille des Hébrides Extérieures, connue de tous et admirée, jalousée. Richard Willford, le cadet de la nombreuse fratrie, vivait là avec sa femme et ses deux enfants. Si Michael venait voir la psychothérapeute, c’était parce qu’il souffrait de sa différence.
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On sonna, Quibber appuya machinalement sur le bouton d’ouverture de la porte d’entrée. Elle se racla la gorge et se leva, légère, puis arrangea son chemisier dans sa jupe. Mrs. Willford tenait à l’apparence de ceux qu’elle côtoyait. Lorsque Michael et sa mère entrèrent dans la pièce, Quibber sentit la détresse du garçon. Elle referma la porte derrière eux en les invitant à s’asseoir. Une heure plus tard, les Willford sortaient du cabinet. Quibber tint à parler seule à seule avec Mrs. Willford, et Michael alla s’asseoir dans la salle d’attente. — Michael est un charmant garçon, vraiment. Je pense qu’il a surtout besoin de savoir d’où il vient. C’est très important pour lui. — Je le sais bien, croyez-moi. Mais c’est impossible. Nous ne savons rien de son passé, ses parents l’ont confié au directeur d’un orphelinat de New York, mais ce directeur est mort peu de temps après d’un infarctus, et personne n’a pu connaître l’histoire de Michael. Docteur, ne pouvons-nous pas essayer autre chose, je ne sais pas… Le Docteur Quibber soupira. — Non, je ne vois rien d’autre. Michael aime beaucoup la musique et le rugby, cela est une bonne échappatoire pour lui. Peut-être que voyager lui ouvrira l’esprit et l’aidera à surmonter ce manque constant. Il a besoin de votre présence, Mrs. Willford, ainsi que celle de votre mari. Comment se passe sa relation avec sa famille ? — Il s’entend particulièrement bien avec Elizabeth. C’est surtout avec Karl qu’il a des problèmes… de compréhension. — Pourquoi ? — Et bien… Karl-Aaron est un garçon vif, belliqueux parfois même… mais il reste très attaché aux principes et règles de la maison, instaurées par nos ancêtres. Michael n’est pas bon en tir à l’arc, par exemple, le sport de la famille depuis des décennies. Ou Michael n’aime pas la chasse à courre. Et cela énerve Karl, qui ne l’accepte pas tel qu’il est. Différent. — Je vois… peut-être devriez-vous forcer Karl-Aaron et Michael à faire quelque chose ensemble, afin de s’accepter l’un de l’autre. — Oui, approuva Mrs. Willford. Elle soupira, le regard perdu.
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