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Heartland tome 10

De

Fini les compétitions pour Laura ! Sundance, son poney, souffre d'une tendinite. La jeune fille s'habitue difficilement à cette idée. Mais son père lui réserve une surprise : il lui offre un magnifique cheval de concours, Storm. Laura est aux anges ! Hélas, ce cadeau tombé du ciel n'est pas du goût de tous les habitants de Heartland. Et cette fois, même Ted est contre Laura...





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:
Lauren Brooke



Une ombre au tableau
Traduit de l’anglais par Bertrand Ferrier


Seule Laura peut comprendre
leur douleur,
 
seule Laura sait
comment soigner leurs blessures,
 
seule Laura leur redonnera
confiance en la vie...
 
Partagez avec elle à
Heartland
sa passion des chevaux.
Mes sincères remerciements à Linda Chapman.
Pour Linda Tellington-Jones.
Ses livres pleins d’enseignements ont aidé à comprendre les chevaux d’une manière nouvelle et très éclairante.
1
Laura Fleming regardait le grand cheval bai foncer vers elle à toute allure.
— Tout doux, Gerry ! lança Hannah Boswell, sa cavalière.
Le cheval ralentit en renâclant et battit vigoureusement l’air de sa queue. Il s’immobilisa à deux doigts de Laura.
— Espèce de fou, lui dit la jeune fille avec tendresse. Si tu ne te calmes pas, tu vas collectionner les pénalités !
— Ça, c’est bien vrai ! commenta Hannah. Il a fait tomber des barres aux trois derniers concours auxquels on a participé, juste parce qu’il était hyper nerveux.
— Tu devrais lui appliquer un peu d’huile de lavande sur les naseaux avant ton passage, suggéra Laura. C’est assez efficace, en général. Et deux jours avant le concours, tu peux mettre aussi un peu de valériane en poudre dans sa nourriture. Ça le calmera.
— D’accord, dit Hannah. Si ça peut détendre cette boule de nerfs, ça vaut le coup ! Mais en attendant, je vais être appelée dans quelques minutes, et…
— Laisse-moi faire, proposa Laura.
Elle s’approcha de l’animal, posa ses mains sur son front et attendit. Quand elle sentit que le cheval acceptait sa caresse, elle se mit à le masser en traçant de petits cercles concentriques sur son chanfrein. L’effet fut presque immédiat : Géronimo battit des paupières et son souffle s’apaisa.
Laura continua de le masser un moment. Lorsqu’elle s’arrêta, le cheval la fixait, une lueur tendre dans le regard.
— Ça t’a plu, hein, Spartan ? chuchota Laura.
Elle se reprit aussitôt : non, pas Spartan. Depuis que Marion, la mère de Laura, était morte, Spartan s’appelait Géronimo, Gerry pour les intimes. Dans le cœur de Laura, il était resté Spartan. Heureusement, la jeune fille avait parlé trop bas pour que Hannah l’entende.
Elle se souvenait de l’arrivée dramatique de Spartan à Heartland. Les Fleming l’avaient trouvé dans une écurie abandonnée. Elles étaient en train de le ramener à Heartland quand une tempête avait abattu un arbre sur le van. Marion était morte dans ce terrible accident. Cela n’avait pas empêché Laura et les siens de recueillir l’animal et de le soigner de leur mieux. Par la suite, la jeune fille avait appris qu’il avait été volé. Une fois le cheval guéri, elle avait retrouvé ses propriétaires, qui n’étaient autres que les parents de Hannah.
— Comment tu as fait ça ? s’étonna celle-ci. Gerry n’a jamais été aussi calme avant une compétition !
— Secret de famille ! expliqua Laura. C’est maman qui m’a montré. Tout ce que je sais, c’est elle qui me l’a transmis.
Elle tapota l’encolure du cheval. Hannah la regarda avec un mélange d’admiration et de surprise.
Soudain, les haut-parleurs grésillèrent et une voix puissante s’éleva :
— Bonjour et bienvenue à ce jumping exceptionnel ! Nous avons la chance d’avoir un temps superbe et un terrain idéal. Bref, les conditions sont réunies pour que nous assistions à un magnifique concours. Bonne chance aux cavaliers, et que le meilleur gagne ! Nous allons commencer avec le candidat 203, Géronimo, monté par sa propriétaire, Hannah Boswell.
— Bonne chance ! lança Laura à son amie.
Hannah acquiesça d’un signe de tête. Habituée des compétitions, elle s’était immédiatement concentrée à l’appel de son nom. À présent, elle se remémorait le parcours qu’elle allait devoir accomplir. Laura courut dans les tribunes pour l’encourager.
La robe sombre de Géronimo étincelait dans la lumière du soleil. Sous son casque, le visage de Hannah était tendu. Le concours était chronométré : celui qui ferait le moins de fautes et irait le plus vite remporterait la victoire. Ce n’était pas facile d’être le premier concurrent : on n’avait aucun repère pour savoir si on était dans les temps. Mais Hannah n’était plus vraiment une débutante. Son expérience lui avait appris que, dans ces cas-là, il fallait assurer, c’est-à-dire éviter de commettre trop d’erreurs.
Laura regarda Géronimo avec un pincement au cœur. « S’il était encore en pension à Heartland, c’est moi qui le monterais », songea-t-elle. Pourtant, sa tristesse disparut très vite, et elle croisa les doigts pour Hannah. Elle n’était pas d’un naturel jaloux, et elle aimait suffisamment Géronimo pour n’espérer qu’une chose : qu’il gagne !
— Allez, Hannah ! murmura-t-elle. Montre-leur de quoi vous êtes capables.
Elle ne voulait pas crier pour ne pas déstabiliser la jeune fille. Elle la regarda en connaisseuse anticiper sur le premier obstacle. Le corps de la cavalière accompagna bien le saut de sa monture.
— N’accélère pas, Géronimo, surtout n’accélère pas ! souffla Laura. Sinon, tu vas t’emmêler les pinceaux…
Elle avait vu juste : dès qu’il se retrouva sur le plat, Géronimo s’emballa. Mais Hannah s’y attendait. Elle le força à garder le bon rythme. Il effaça sans problèmes la barrière, le triple, le mur, avant de terminer son parcours dans un galop effréné.
Laura bondit sur ses pieds et fonça féliciter Hannah.
— C’était super ! s’exclama-t-elle.
La cavalière venait de mettre pied à terre. Elle embrassa Géronimo sur les naseaux et lui flatta l’encolure :
— Il a été bon, hein ?
— Excellent ! confirma Laura. Et toi, tu l’as bien maîtrisé quand il a tenté d’accélérer. Vous faites une sacrée équipe, tous les deux !
— J’ai de la chance de l’avoir, reconnut Hannah en le caressant. Il est tellement extraordinaire !
Les yeux bleus de la jeune fille brillaient de bonheur. Comme s’il avait compris le compliment, le cheval baissa brusquement la tête pour mordiller ses mollets. Elle éclata de rire.
— Je vais le faire marcher un peu pour le calmer, expliqua-t-elle. Maintenant, je n’ai plus qu’à attendre les résultats des autres.
Laura opina et la suivit.
— Pourquoi tu ne montes pas, aujourd’hui ? lui demanda son amie.
— Sundance a une tendinite.
— C’est grave ?
— Oui et non. Comme il n’a pas mal, il ne comprend pas pourquoi je ne l’emmène plus en promenade, et il boude. Mais Scott Trewin, notre vétérinaire, m’a interdit de le monter pendant trois mois.
— Pendant trois mois ? répéta Hannah, stupéfaite. Ça veut dire que tu ne vas pas concourir de l’été ?
Laura secoua la tête.
— De toute façon, on a tellement de travail à Heartland que je n’en aurais pas eu le temps, affirma-t-elle.
Laura avait beau essayer d’être positive, elle ne pouvait pas s’empêcher d’être triste. Évidemment, soigner les chevaux blessés passait avant tout ; n’empêche, elle aimait bien monter de temps en temps… et Sundance adorait participer aux compétitions, lui aussi, quand l’occasion se présentait !
— Je meurs de soif, déclara-t-elle soudain pour chasser ses regrets. Un Coca, ça te dit ?
Hannah lui sourit :
— Bonne idée ! Merci. Et merci aussi pour ce que tu as fait pour moi, aujourd’hui. Sans toi, je ne sais pas comment je m’en serais sortie !
— J’adore m’occuper des chevaux ! lui assura Laura.
— Ah bon ? plaisanta son amie. Première nouvelle !
Les deux jeunes filles éclatèrent de rire.
« Dommage que Hannah n’habite pas plus près, songea Laura. Nous pourrions nous voir plus souvent… et peut-être aller ensemble aux compétitions. » Impossible cette année ! Et l’an prochain, elle serait trop grande pour monter Sundance. Laura devait se faire à cette idée : c’était fini, la compétition !
2
Pendant que Hannah bouchonnait Géronimo, Laura alla acheter deux canettes de Coca. Elle revenait vers son amie quand elle vit un alezan foncer sur elle à toute vitesse.
— Eh ! Ça va pas la tête ? cria-t-elle en faisant un bond de côté.
Elle sentit la queue du cheval lui frôler le visage. Il aurait pu la heurter de plein fouet ! Le cavalier avait arrêté sa monture quelques pas plus loin et riait à gorge déployée. Ce n’était autre que sa pire ennemie, Angela Gorst.
Laura n’aimait pas cette fille. Angela allait en cours dans le même collège que Laura, mais c’est bien tout ce que les deux filles avaient en commun. Leur goût pour l’équitation n’était pas le même : Laura aimait monter parce qu’elle aimait les chevaux ; Angela aimait monter pour être admirée. Ses parents possédaient un ranch non loin de Heartland, appelé Yellow Sun. Là-bas, ils entraînaient des chevaux et des poneys par la force et la contrainte. Tout le contraire de Heartland !
— Tu pourrais faire attention ! l’interpella Laura.
— J’ai vu que tu n’étais pas inscrite à la compétition réservée aux poneys, observa Angela sans daigner s’excuser.
— Sundance n’est pas en état de participer.
— Oh, le pauvre chou ! C’est vraiment dommage ! Enfin, moi, je n’ai pas ces problèmes, heureusement !
Elle donna une petite tape sur le cou de son alezan.
— Qu’est-ce que tu penses de Magie-Blanche ? Belle bête, non ? C’est un pur-sang danois.
Laura observa le cheval avec attention. Elle dut reconnaître que sa silhouette élancée, son port de tête et ses jarrets musclés étaient magnifiques. Petit détail : il avait une tache blanche juste au-dessus de chaque sabot. En un mot, Magie-Blanche était adorable.
— Il vaut une fortune, précisa Angela négligemment. Je le monte pour le jumping ouvert aux juniors. Maman a pensé qu’il était temps que je laisse les petites filles jouer avec leurs poneys. Moi, j’aurai bientôt seize ans !
La cavalière se mit à rire très fort, convaincue d’avoir dit la chose la plus drôle du monde.
— Enfin, ça signifie surtout que, même quand Sundance ira mieux, nous ne concourrons plus ensemble, lâcha-t-elle. Et tu sais ce que je regretterai ? De ne plus avoir le plaisir de te battre à plate couture. J’aimais bien te remettre un peu à ta place. Tu as toujours l’air si parfaite, si sage, si…
— Tu n’as vraiment rien compris ! la coupa Laura. Ça m’est égal, de gagner ou de savoir combien vaut un cheval. Ce qui m’intéresse, c’est…
— Je rêve ou quoi ? l’interrompit à son tour Angela.
Elle regardait derrière Laura, qui se retourna et vit une bonne grosse jument rouanne. Celle-ci avait la tête sympathique et les jambes courtaudes d’un cheval de trait. Son cavalier, qui devait avoir dix-huit ans, était grand et costaud. Il avait de longs cheveux noirs mal peignés, et montait sur une selle qui n’était plus neuve depuis quelques décennies. Ils détonnaient sacrément, lui et sa jument !
— Wou-ouh ! Toi, là-bas… lui lança Angela.
— C’est à moi que tu parles ? demanda le cavalier.
— Oui, toi ! Tu fais partie des concurrents ? Si ce n’est pas le cas, tu n’as pas le droit d’être là !
— Je participe au jumping et au concours des six obstacles, rétorqua le jeune homme avec un sourire.
Laura sursauta. Seuls les meilleurs chevaux étaient autorisés à concourir dans ces deux catégories !
— Ha, ha, très drôle, fit Angela. Sérieusement, qu’est-ce que tu fabriques ici ?
— Je t’ai déjà répondu. À plus tard, peut-être ?
Et, piquant légèrement des deux talons, il s’éloigna vers l’aire de départ.
— Quel toupet ! s’exclama Angela. Tu as vu ce menteur ?
— Comment es-tu sûre qu’il t’a menti ? répondit Laura.
Sa meilleure ennemie faillit s’étouffer :
— Comment j’en suis sûre ? Tu es encore plus naïve que je le pensais, Laura ! Tu crois qu’on laisse participer n’importe quel cheval au concours ?
— Peut-être que ce cheval est exceptionnel. Peut-être que…
Une voix sèche interrompit Laura :
— Angela ! Qu’est-ce que tu attends pour faire marcher Magie-Blanche ?
C’était Valery Gorst, sa mère. Sans un mot, la jeune fille remit Magie-Blanche au pas. Laura courut rejoindre Hannah, ses canettes à la main. Dans les tribunes, son amie regardait passer les derniers concurrents. En remerciant Laura, elle lui résuma la situation :
— Le 214 était nettement en tête, mais il a fait une faute sur la dernière barre. Le 233 était bien parti ; heureusement pour moi, il a refusé de sauter le troisième obstacle. Le 207, lui…
— En gros, tu es en tête ? demanda Laura.
— Euh… oui, reconnut Hannah, mais ce n’est pas fini.
Il restait deux concurrents. Et la jeune fille n’aimait pas ces instants où l’issue de la compétition n’était plus entre ses mains.
Laura posa une main sur son épaule. Elle savait combien les mots étaient inutiles, dans ces circonstances. Elle essaya tout de même :
— Je vais croiser les doigts très fort. En général, ça marche.
Hannah sourit faiblement :
— J’espère que ça marchera aujourd’hui !
L’instant d’après, l’avant-dernier concurrent heurtait un obstacle. Une barre tomba. Hannah serra le poing, essayant de se contenir. En bonne sportive, elle ne devait pas se réjouir du malheur des autres… Avec anxiété, elle regarda le 211 prendre le départ.
Dès les premières foulées, elle eut un mauvais pressentiment. Le cavalier avait une bonne assiette et semblait sûr de lui. Son cheval était grand, taillé pour le jumping. Il ne tarda pas à le démontrer : il avala le premier obstacle avec grâce, et son cavalier sut lui imposer la bonne allure avant d’aborder le suivant.
Le cauchemar pour Hannah. Quand le cheval effaça la dernière barrière, elle sut que tout était fini. Elle se mordit les lèvres pour ne pas pleurer. C’est alors qu’elle remarqua les chiffres qui s’affichaient sur le chronomètre. Le 211 avait fait deux minutes trente-cinq, soit… deux secondes de plus qu’elle. Elle avait gagné !
Laura la serra dans ses bras :
— Tu as réussi ! Hannah, tu es la meilleure junior !
« Et tu as battu Angela ! », pensa-t-elle.
Hannah n’osait pas parler, de peur d’éclater en sanglots. Elle trouva cependant la force de souffler à Laura :
— Et toi, tu croises les doigts mieux que tout le monde…
L’animateur proclama les résultats et appela le vainqueur du concours. Hannah se dépêcha d’aller chercher son cheval et reçut son prix avec émotion.
Elles ramenèrent ensemble Géronimo dans l’enclos.
— Je jetterais bien un œil au concours des six obstacles avant de partir, dit-elle. Pas toi ?
Laura regarda sa montre. Ted ne passerait la chercher que dans une heure.
— Bonne idée. Je crois que l’épreuve commence bientôt.
— Alors, on fonce !