Heartland tome 13

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Candy, la nouvelle pensionnaire, a la grippe. Pour Laura, pas de temps à perdre : il faut mettre le haras en quarantaine. Car la maladie est trés contagieuse. Hélas, cette mesure radicale ne suffit pas. Les chevaux tombent malades l'un aprés l'autre. Laura ne sait plus où donner de la tête. Et face à ce coup du sort, la tension monte entre les habitants de Heartland...





Publié le : jeudi 8 mars 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782266224338
Nombre de pages : 170
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Lauren Brooke



Coups du sort
Traduit de l’anglais par Bertrand Ferrier


Seule Laura peut comprendre
leur douleur,
 
seule Laura sait
comment soigner leurs blessures,
 
seule Laura leur redonnera
confiance en la vie...
 
Partagez avec elle à
Heartland
sa passion des chevaux.
Merci tout spécialement à Gill Harvey.

Dédié à Dawn, Kate, Abbey et Jamie. Mon amour pour vous est plus fort que les mots…
1
Un hennissement joyeux s’éleva. Bientôt, un bruit de sabots retentit, tandis qu’un alezan émergeait d’un van, emmené par son cavalier.
— Tout doux, Rainbow ! s’exclama John, l’un des deux palefreniers de Heartland.
Il affermit sa prise sur la longe. L’étalon poussa de nouveau un hennissement aigu à destination de ses camarades d’écurie. L’encolure ployée, la queue battant l’air, il semblait très excité.
— Tu veux un coup de main ? proposa Laura, qui arrivait en courant.
— Avec plaisir ! Pour un cheval qui revient de concours, je le trouve un peu trop fringant.
— Pourquoi ?
— Ben… Il aurait mieux fait de dépenser son énergie pendant la course !
Laura se mit à parler doucement à Rainbow. Le cheval secoua la tête lorsque la jeune fille posa ses mains sur son encolure. Laura attendit quelques secondes, immobile. Comme Rainbow ne protestait plus, elle commença de le masser en petits cercles concentriques.
— Je parie que vous avez gagné, dit-elle.
— Qu’est-ce qui te fait croire ça ?
— Tu connais beaucoup de cavaliers qui sourient en continu, au retour d’une compétition, quand ils n’ont pas gagné ?
John éclata de rire :
— J’avoue, j’avoue, on a gagné. Rainbow a sauté comme un dieu… et ça le met dans tous ses états !
Le cheval de John était un sauteur plein de talent. Son cavalier et lui faisaient leurs armes dans des jumpings amateurs de la région. John savait que chaque compétition était précieuse : plus il emmagasinerait d’expériences, plus il pourrait briller plus tard, chez les professionnels. Car John avait de l’ambition. Rainbow aussi. Ensemble, ils formaient une équipe pleine d’avenir.
Laura savait qu’ils pouvaient aller loin. Elle savait aussi qu’elle-même aurait pu aller loin. Avant. C’était fini. Elle avait dû choisir entre sauver Heartland et continuer la compétition. Elle avait choisi Heartland.
*
Une petite voix en elle lui rappelait qu’elle avait été sur le point de réussir son incroyable pari : mener sa carrière de sauteuse avec Summer Storm, et travailler d’arrache-pied pour que Heartland continue d’exister. Elle avait promis à Marion, sa mère morte dans un accident de voiture, qu’elle arriverait à concilier les deux. Hélas ! il n’y a que vingt-quatre heures dans une journée ! Entre les cours au collège, le nettoyage des box, la préparation et la distribution des repas aux chevaux, les soins à apporter aux pensionnaires blessés… et son histoire d’amour avec Ted, Laura ne s’en sortait pas. Elle avait beau se lever avant l’aube et se coucher de plus en plus tard, elle ne pouvait pas rajouter la compétition à son emploi du temps déjà surchargé. Pour le bien de Summer Storm, elle avait dû le céder à un cavalier qui avait le temps de le monter, de l’entraîner et de l’emmener concourir.
Son échec avait le goût de la trahison. Laura avait trahi Summer Storm, qui s’était attaché à elle et qu’elle avait été contrainte de revendre. Elle avait trahi son père, qui lui avait offert Storm pour que, comme lui, elle devienne une cavalière internationale1. Et elle avait trahi la promesse faite à sa mère de tout mener de front. Mais c’était pour la bonne cause : assurer la survie de Heartland, ce havre pour les chevaux qui souffraient de troubles du comportement, ou qui étaient gravement blessés… ou juste trop vieux. Ce refuge, Marion l’avait créé et, à travers lui, elle continuait d’exister. Par-delà la mort.
Depuis quinze jours, Laura essayait de se convaincre qu’elle avait fait le bon choix. La place de Summer Storm n’était pas dans une écurie pour chevaux malades ou handicapés. Laura en était à présent convaincue… ce qui ne l’empêchait pas de regretter les frissons de stress et le bonheur qu’elle éprouvait en compétition ! Certains soirs, elle ne pouvait pas retenir ses larmes en songeant à ce cheval qui n’était plus à elle et qu’elle avait tant aimé…
*
Laura essaya de chasser ces pensées. Personne ne l’avait obligée à privilégier Heartland et à abandonner la compétition. À elle d’assumer.
Elle s’efforça de se concentrer sur son massage. Sous ses doigts habiles, l’alezan sembla se détendre un peu. Après un concours, les chevaux étaient souvent des boules de nerfs. Rainbow, qui était un compétiteur né, éliminait plus rapidement la fatigue que l’excitation.
— Je vais l’étriller à fond ! expliqua John. Il le mérite ! Tu l’aurais vu aborder le deuxième tour…
Laura ressentit un pincement au cœur en apercevant la lueur d’admiration dans le regard du cavalier. Elle aurait dû être heureuse de voir qu’une telle connivence unissait Rainbow et son cavalier. Mais elle n’était pas encore prête à vivre ces émotions par procuration. Elle donna une dernière caresse à Rainbow avant de trouver la force de sourire :
— Étrille-le bien, tu as raison. Ça l’aidera à se détendre… Et félicitations ! Au fait, les jeux Olympiques, c’est pour quand ?
John porta sa main droite à la tête :
— Je touche du bois… mais je ne dirai rien : il paraît que ça porte malheur !
1 Lire, dans la même série, Une ombre au tableau, t. 10.
2
À Heartland, on ne restait pas triste longtemps ! Il y avait tant à faire…
En passant devant le paddock, Laura aperçut un poney à la robe sombre qui la regardait approcher. C’était Willow.
Quand elle avait été amenée à Heartland, la pauvre bête était traumatisée par son dernier propriétaire. Celui-ci l’attachait à un piquet, au milieu d’un champ, et la frappait pour la punir de son comportement. Ce qui, bien sûr, loin de la calmer, l’avait encore plus braquée. À son arrivée, Willow ne laissait personne s’approcher d’elle. Laura avait mis de longs mois avant de gagner sa confiance, puis de la convaincre qu’elle pouvait aussi faire confiance à d’autres humains, à commencer par Ted1 !
Aujourd’hui, Willow était presque méconnaissable. Elle était ravie de voir la jeune fille, qui lui laissa volontiers flairer sa main. L’instant d’après, un yearling s’approchait à son tour de la barrière en bousculant le poney.
— Salut, Solly ! lança-t-elle. Ne me dis pas que tu as senti ce qu’il y a dans ma poche…
Elle flatta l’encolure du poulain. Willow et lui s’entendaient comme larrons en foire. Laura leur offrit des pastilles de menthe. Puis elle sortit Willow de l’enclos. Solly protesta avec vigueur. Laura lui donna une petite caresse pour s’excuser :
— Je te la ramène bientôt, promis…
Elle emmena Willow vers l’un des manèges d’entraînement. Elle attacha sa longe à la lice, posa la main sur l’encolure du poney et la fit glisser le long de son dos. L’animal ne protesta pas.
— C’est bien, ma jolie, murmura Laura.
Attentive au moindre signe d’inquiétude du poney, elle continua d’exercer une pression sur son dos. Willow lui jeta un regard étonné. Elle ne semblait pas angoissée le moins du monde, mais, apparemment, elle ne comprenait pas où Laura voulait en venir. La jeune fille, elle, attendait ce moment depuis des semaines. À présent, Willow était prête, elle en était sûre. Elle prit appui sur le dos du poney, les deux jambes du même côté.
Pas de réaction.
Alors, Laura passa une jambe par-dessus la croupe. Elle vit une oreille du poney bouger légèrement… puis plus rien. Un moment passa avant que Laura ne se décide à sauter à terre.
— Bravo, ma toute belle ! s’écria-t-elle en l’embrassant entre les oreilles. Je suis très, très, trrrrrès contente de toi !
— Il y a de quoi, commenta une voix grave derrière Laura, qui se retourna d’un coup.
C’était Ted, le palefrenier en chef de Heartland… et le petit ami de la jeune fille.
— T’as vu ça ?
— Tu as réussi, Laura ! Je suis sûr qu’elle ferait n’importe quoi, avec toi.
Il s’approcha pour caresser le poney.
— Pas seulement avec moi, rectifia Laura. Chaque jour qui passe, elle gagne en confiance et… Tiens, la preuve !
Willow avait avancé sa lèvre supérieure pour inspecter l’intérieur de la poche de Ted, qui lui donna la pastille de menthe qu’elle cherchait. Ted prit la main de Laura et lui dit :
— Tu as vraiment bien travaillé… une fois de plus ! Je crois que ça mérite un baiser.
— Un baiser ? Seulement ?
Ted sourit et plaqua deux baisers sur le front de sa petite amie.
— Qu’est-ce que tu fais, maintenant ? s’enquit-il.
— Hum, je te vois venir, toi : tu as un service à me demander.
— Disons que je dois m’occuper de Dylan et de Candy. Si on était deux, ça serait peut-être plus pratique !
— D’accord, mais c’est bien parce que c’est toi ! Je rentre Willow et j’arrive !
*
Ted décida d’accompagner Laura jusqu’au paddock de Willow. Solly hennit en apercevant son amie. Il courut vers elle. Les deux animaux se touchèrent les naseaux avant de s’éloigner.
Le soleil commençait à descendre sur la vallée. Laura et Ted se dirigèrent vers l’autre paddock. L’été touchait à sa fin et les nuits étaient parfois fraîches. Il valait mieux rentrer les chevaux les plus délicats – et les plus précieux – dans leurs box. Inutile de risquer de leur faire attraper une mauvaise bronchite !
— Je m’occupe de Dylan, dit Ted.
Il se dirigea vers le grand sauteur bai qui broutait près de trois autres chevaux. C’était souvent John qui s’occupait de Dylan : l’animal aimait sentir qu’il avait affaire à un homme à poigne, et John appréciait le défi qu’il semblait lancer perpétuellement à son dresseur. Cependant, pour le rentrer dans sa stalle, Ted n’aurait aucun problème.
Laura, elle, chercha des yeux Candy, une jument rouanne qui était arrivée à Heartland quelques jours auparavant. Sa propriétaire, Barbara Goldman, la montait sans problème jusqu’à il y a peu. Mais, soudain, la jument s’était mise à se comporter bizarrement, sans raison apparente. Elle s’endormait ou ruait sans qu’on pût déterminer pourquoi. Mme Goldman l’avait envoyée à Heartland pour voir s’il était possible de comprendre la jument… et de la guérir.
Laura repéra Candy dans un coin reculé du paddock. Elle était seule et semblait somnoler. Laura s’approcha d’elle. La jument leva la tête vers elle mais ne bougea pas. La jeune fille fronça les sourcils. C’était nouveau, ce comportement ! D’habitude, la jument s’éloignait dès qu’on avançait vers elle. Ensuite, elle semblait jouer : elle continuait de brouter tout en se déplaçant et en gardant un œil sur la personne qui venait la chercher. Pourtant, ce soir-là, Laura lui passa le licou dès la première tentative.
— Allez, viens, ma belle ! lui lança-t-elle. C’est l’heure d’aller se coucher !
Elle tira un petit coup sur le licou. Candy suivit docilement la jeune fille. Quand la jument fut sortie du paddock, Laura s’arrêta près de Ted et de Dylan.
— Elle n’a pas l’air en forme, fit observer Ted.
— C’est le moins que l’on puisse dire ! À mon avis, elle a de la fièvre. Il faudrait vérifier.
Quelques minutes plus tard, Ted avait rentré Dylan et courait chercher le thermomètre. De son côté, Laura avait mis Candy à l’abri. Elle vérifia que le cheval ne souffrait pas d’une coupure qui se serait infectée. Elle n’en trouva pas.
Ted revint peu après avec le thermomètre. Ce qu’il y lut ne tarda pas à confirmer les craintes de Laura.
— Tu as raison, Candy a de la fièvre, annonça-t-il. Il faut appeler Scott.
Scott était le vétérinaire qui s’occupait des chevaux de Heartland. Comme, parfois, l’amour fait bien les choses, c’était aussi le petit ami de Lou, la grande sœur de Laura !
— Je vais téléphoner, dit Laura. Tu t’occupes de Candy ?
Ted acquiesça. Il n’y avait pas une minute à perdre. La souffrance d’un cheval était, pour lui comme pour Laura, quelque chose qu’il ne pouvait pas accepter.
1 Lire, dans la même série, D’obstacle en obstacle, t. 12.
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