Heartland tome 5

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Revoir son père ? Laura ne sait pas si, comme sa sœur, elle en a envie. La jeune fille n'arrive pas à oublier qu'il les a abandonnées, elles et leur mère, il y a déjà douze ans. Mais la naissance du poulain de Mélody et les problèmes de John, le nouveau palefrenier, ne lui laissent pas vraiment le temps de réfléchir à tout ça ! Pourtant, la jeune fille va devoir prendre une décision : son père vient à Heartland...





Publié le : jeudi 19 janvier 2012
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EAN13 : 9782266224253
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Lauren Brooke



L’impossible retour
Traduit de l’anglais par Jackie Valabrègue


Seule Laura peut comprendre
leur douleur,
 
seule Laura sait
comment soigner leurs blessures,
 
seule Laura leur redonnera
confiance en la vie...
 
Partagez avec elle à
Heartland
sa passion des chevaux.
À Linda Chapman, mes sincères remerciements.
Aux cinq chevaux gris qui ont changé ma vie et l’ont tant enrichie.
1
Laura se souciait peu du vent frais qui ébouriffait ses cheveux. Toute son attention était concentrée sur la jolie jument noire qui galopait dans le manège.
— Continue ! lança-t-elle, en voyant Gipsy ralentir.
Laura surveillait le cheval du coin de l’œil. Quand elle le vit pointer les oreilles, baisser la tête et ouvrir la bouche, elle poussa un soupir de soulagement. Enfin le signal espéré !
Laura lâcha la longe et tourna délibérément le dos à Gipsy. Après quelques minutes d’hésitation, celle-ci s’approcha… La jeune fille resta immobile. Lorsqu’elle sentit le souffle chaud de la jument effleurer son cou, elle comprit que c’était gagné !
Gipsy acceptait de faire équipe avec elle. Établir ce lien de confiance était l’une des premières techniques que lui avait apprises sa mère.
À Heartland, Marion Fleming avait fondé un refuge pour les chevaux et poneys maltraités ou abandonnés par leurs anciens maîtres. Son but était de les soigner mais aussi de leur redonner confiance. Après l’accident qui avait coûté la vie à sa mère, cinq mois plus tôt, Laura avait pris la relève.
Il lui restait maintenant à savoir jusqu’où Gipsy se montrerait coopérative. Elle se retourna, traversa le manège et… Gipsy la suivit.
— Pas mal, hein ? lança-t-elle à Ted, qui les regardait, appuyé contre la barrière.
Ted avait à peine quinze ans quand il avait commencé à travailler ici comme palefrenier. Deux ans plus tard, il abandonnait ses études pour se consacrer entièrement à Heartland.
Il rejeta ses cheveux noirs en arrière et vint la rejoindre.
— Ouais, elle a fait des progrès ! Gipsy n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était en arrivant ici, il y a deux mois.
Laura inclina la tête. Gipsy avait cinq ans et appartenait à une certaine Pamela Murray. Quand celle-ci la leur avait confiée, la jument était irritable et dotée de la sale habitude de ruer.
Après avoir été traitée avec des herbes aromatiques et des huiles essentielles, elle s’était progressivement détendue.
— Tu crois qu’elle est prête à retourner chez Pamela ? demanda Laura en voyant Gipsy renifler amicalement le blouson de Ted.
Une lueur indécise traversa le regard du garçon.
— Pas vraiment. À la première occasion, je crains qu’elle ne se débarrasse encore de son cavalier.
— Je le pense aussi, dit Laura en souriant.
Désormais, elle ne prenait aucune décision sans l’avis de Ted. Il y a peu de temps, à la suite d’un conflit, il avait été à deux doigts de quitter Heartland. Que serait-elle devenue sans lui ? Ted l’aidait à soigner les chevaux, pendant que Grand-père veillait sur la propriété. Quant à Lou, sa sœur aînée, elle s’occupait de l’intendance et de la comptabilité.
— Si tu veux, j’appellerai Pamela pour lui dire de nous laisser Gipsy encore un peu, continua-t-il en ouvrant la barrière.
Ils venaient de conduire la jument dans son box quand ils aperçurent la haute silhouette de John Stillman, le nouveau palefrenier, qui poussait une brouette de fumier.
— Gipsy s’est bien comportée ? lança-t-il.
— Heureusement, oui ! répondit Laura.
— Très bien. J’ai récuré les six stalles de l’écurie. Et il ne m’en reste plus que huit à nettoyer sur les douze de la grange.
— Attends, je vais te filer un coup de main, proposa Ted.
— Moi aussi, renchérit Laura, un peu coupable de lui avoir laissé faire le sale boulot.
À cet instant, la porte de la maison s’ouvrit, et Lou sortit sur le seuil :
— Le petit déjeuner est prêt !
— Allons-y, on se mettra au travail après, déclara Laura en songeant aux œufs, bacon et petits pains chauds que son grand-père préparait tous les samedis matin, en hiver.
Ted se dirigea vers la cuisine, mais John resta planté devant sa brouette.
— Tu viens ? lança-t-elle.
— Non, je peux m’en passer, répondit John.
Laura écarquilla les yeux :
— Quoi ? Tu vas louper le super-petit déjeuner de Grand-père ?
— Je préfère terminer… et puis je n’ai pas tellement faim, ajouta-t-il en haussant les épaules.
Il s’éloigna avec sa brouette qu’il alla vider sur le tas de fumier.
— Qu’est-ce qui lui prend ? balbutia Laura en rejoignant Ted.
— Je n’en sais rien, et il n’a vraiment pas envie de discuter…
— Il travaille dur en ce moment.
— On ne va pas s’en plaindre, non ? rétorqua froidement Ted.
— Possible, mais maintenant, il en fait trop, s’obstina Laura.
— L’essentiel est que ce soit fait ! grommela Ted.
Laura hocha la tête. Il est vrai que lorsque John était arrivé le mois précédent, il n’avait pas montré un enthousiasme délirant pour les thérapies utilisées à Heartland et encore moins pour le travail qu’on lui demandait de fournir.
Sa tante, Lisa Stillman, riche propriétaire d’une écurie, l’avait envoyé ici. Elle espérait qu’après un stage son neveu pourrait appliquer les mêmes méthodes sur leurs chevaux arabes.
Les deux garçons ne s’étaient jamais très bien entendus. C’était à cause de John que Ted avait failli quitter Heartland. Désormais, ils s’étaient réconciliés, mais il leur faudrait du temps avant d’être amis.
Laura et Ted se dirigèrent vers la maison. Ils enlevèrent leurs bottes sur le seuil de la cuisine. Une bonne odeur de café les accueillit.
En les voyant, le visage de Jack Bartlett, le grand-père de Lou et de Laura, s’éclaira d’un large sourire :
— Faim ?
— Ça, oui ! s’écria Laura avec enthousiasme.
— Je peux vous aider, Jack ? proposa Ted.
— Oui, en t’asseyant.
Lou versa le jus d’orange dans les verres. Il faisait si chaud dans la cuisine que ses mèches rebelles, un peu humides, frisaient sur son front.
— Où est John ? demanda-t-elle.
— Dans la cour, il veut finir son travail, répondit sa sœur.
Une lueur d’inquiétude traversa les yeux bleus de Jack Bartlett.
— Lou, appelle-le, voyons
— Inutile ! Il vient de refuser de venir, il n’a pas faim, intervint Laura qui savait combien John était têtu.


Une demi-heure plus tard, le repas était avalé. Soudain, le téléphone sonna.
— Je réponds, dit Lou en se levant… Allô, ici Heartland.
Laura vit sa sœur froncer les sourcils.
— Oui, je vois, monsieur Phillips, et vous ne connaissez personne qui puisse vous aider ?… Bien, donnez-moi votre numéro, je vous rappelle dans un instant.
— C’est qui ? demanda Laura lorsque Lou eut raccroché.
— Un certain Mathieu Phillips. Il a perdu sa femme récemment, et il voudrait nous amener une jument sur le point de mettre bas. Il vient de Wilson’s Peak.
— Wilson’s Peak ? C’est un trou perdu ! lança Jack Bartlett.
— C’est la raison pour laquelle il demande de l’aide. Il dit qu’il ne saura pas comment s’y prendre avec la jument.
— Tu es d’accord, Ted ? demanda Laura.
— Bien sûr.
Jack Bartlett fronça les sourcils.
— Je croyais que toutes les stalles étaient occupées ?
— Heu… Le propriétaire de Charlie doit venir le chercher en fin de matinée. Malgré la liste d’attente, cette jument semble être prioritaire, déclara Ted.
Laura se tourna vers sa sœur.
— Elle est grosse de combien de mois ?
— Dix.
— La mise bas est donc prévue dans quatre semaines, reprit Ted. Le trajet ne sera pas confortable pour la jument.
— Je pense que Mathieu Phillips n’a pas le choix, dit Lou.
Laura bondit de sa chaise :
— Tu veux bien le rappeler et lui demander comment s’appelle la jument et son âge ?
Lou obtint rapidement les informations.
— Voilà. Elle s’appelle Melody et elle a sept ans. Mathieu Phillips compte nous l’amener dans l’après-midi. Il s’engage à payer les frais de vétérinaire, ainsi que ceux de son entretien, jusqu’à ce qu’il les reprenne, elle et son poulain.
Laura et Ted enfilèrent leurs bottes et sortirent.
— J’ai hâte de la voir ! jubila Laura. Un poulain, tu te rends compte ? Ça va être super !
Sa mère avait déjà soigné des juments et leurs poulains, mais aucun d’eux n’était né à Heartland.
— N’oublie pas que notre travail consistera surtout à les renvoyer chez eux le plus tôt possible, souligna Ted qui savait très bien à quoi pensait Laura.
— Rassure-toi, je ne veux pas les garder ! lança-t-elle, ravie à l’idée de voir gambader le poulain dans les paddocks.
— Tu es sûre que tu ne vas pas en tomber amoureuse ? ricana Ted.
— Et toi !
— Moi ? Jamais !
Laura dissimula un sourire. Ted se réjouissait au moins autant qu’elle, elle en était certaine.
Ils aperçurent John qui sortait de l’écurie.
Laura s’avança vers lui, en brandissant un beignet enveloppé dans une serviette.
— C’est pour toi ! dit-elle.
— Merci, très gentille.
Quand Laura l’eut mis au courant, son visage s’éclaira :
— Génial ! Je vais nettoyer et désinfecter la stalle de Charlie, fixer le seau d’eau sur le mur afin qu’elle ne s’y cogne pas, et préparer un kit de premiers soins pour le jour où elle mettra bas. Iode, coton, pommade…
— Comment tu sais tout ça ? demanda Laura, surprise.
John haussa ses larges épaules :
— J’ai déjà vu des poulains naître dans les écuries de ma tante.
Les écuries de Lisa Stillman étaient somptueuses, avec son armée de palefreniers, ses vans blancs marqués au sigle de l’écurie.
John vivait là-bas depuis le divorce de ses parents quand il avait douze ans. Sa mère l’avait envoyé chez Lisa croyant bien faire. Mais John était convaincu que sa mère s’était débarrassée de lui. Il n’était pas prêt à le lui pardonner.
— Je vais m’y mettre tout de suite, déclara-t-il lorsqu’ils entrèrent dans le box de Charlie.
— Pendant ce temps, je vais le panser, dit Laura en flattant l’encolure de l’étalon.
Il allait lui manquer.
Après avoir sorti Charlie dans la cour, elle commença à l’étriller.
— Tu as toujours l’intention de présenter Rainbow au concours, dans deux semaines ? cria-t-elle à John.
— Ça, oui !
John adorait son cheval. Il l’avait fait travailler dur, et il rêvait qu’un jour Rainbow décroche le grand prix dans un concours d’obstacles.
— Tu pourras venir m’encourager ? Tu n’as pas classe l’après-midi, et je peux t’amener avec moi dans le camion.
— J’aimerais bien !
Puis, se souvenant que Soraya, sa meilleure amie, aimait beaucoup John, elle ajouta :
— Soraya peut venir aussi ?
— Évidemment !
— Et ta mère, tu es sûr qu’elle ne viendra pas ?
— Je n’ai aucune nouvelle d’elle depuis qu’elle a trouvé un nouveau prétexte pour se décommander, gronda John. Elle a toujours été trop occupée pour venir me voir.
— Même au début, quand tu es arrivé chez ta tante ?
— Au début, non. Puis elle a espacé ses visites. Je te l’ai déjà dit : elle se fiche complètement de moi !
— Mais non, John !
— Qu’est-ce que tu en sais ? Tu ne comprends rien ! aboya-t-il, tout à coup.
Laura se raidit. Comment osait-il lui dire ça à elle ? Son père les avait abandonnées, douze ans plus tôt, après le terrible accident qui avait brisé sa carrière de cavalier. Réduit à vivre en chaise roulante, il avait quitté l’Angleterre où ils habitaient alors. Personne n’avait jamais plus entendu parler de lui, jusqu’au jour où, en triant avec Lou les affaires de leur mère, elle avait retrouvé une lettre dans laquelle il lui demandait de reprendre leur vie commune.
Trop tard. Marion Fleming était morte. Elles ne sauraient jamais pourquoi leur mère n’avait pas répondu.
John s’avança vers elle, tête basse :
— Laura… Excuse-moi. Mais je craque toujours quand je pense à maman.
Aussitôt, la colère de Laura s’envola. Ils partageaient tous deux le même chagrin.
— Laisse tomber, dit-elle doucement. Dis-moi, tu n’as pas envie de monter à l’heure du déjeuner ?
— Très bonne idée, approuva John.
 
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