Hebermayor T.3 A la conquête d'Alena

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L'Institution Hebermayor sélectionne les meilleurs lycéens d'Europe pour en faire des futurs patrons de grandes entreprises. Son enseignement est aussi prisé que secret. L’accès au campus luxembourgeois est strictement réservé aux étudiants qui n’ont le droit de ne faire sortir aucun document et restent très discrets sur l’organisation de l'enseignement. En observatrice attentive et passionnée des étudiants de l'Institution, Ada intègre en filigrane leur vie. Ses articles dans la Chronique connaissent un succès sans faille et le second concours B-Dev prend une dimension sans commune mesure avec le précédent. Quant à Simon, non content d'avoir été nommé Gouverneur, il commence à faire de l’ombre au Maire d'Alena et bouscule l ’ordre établi.
Publié le : samedi 7 mars 2009
Lecture(s) : 188
EAN13 : 9782304028102
Nombre de pages : 517
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2 Titre
Hebermayor

3
Titre
Claude Quelennec
Hebermayor
A la conquête d'Alena
Tome 3
Roman
5Éditions Le Manuscrit
Paris
























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02810-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304028102 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02811-9 (livre numérique) 028119 (livre numérique)

6

8 E
CHAPITRE 0 : RESUME DU TOME PRECEDENT
L’Institution Hebermayor sélectionne et capte les
meilleurs lycéens et lycéennes d’Europe pour former des
futurs dirigeants d’entreprise. Son enseignement reste un
secret bien gardé : enseignants et étudiants sont tenus au
silence.
Gontrand et Eliane de Beaucourt sont enseignants à
l’Institution. Ils habitent un confortable pavillon dans le
quartier résidentiel destiné aux professeurs et aux
membres de l’administration, quartier situé à l’extérieur
du campus implanté à Mersch au Luxembourg. Leurs
trois enfants – Adélaïde, Edwige et Geoffroy – suivent
leurs études au lycée dépendant de l’Institution, lui aussi
construit à l’extérieur du campus.
Mais la rencontre de l’Aspirant Laffitte qui
déambule un matin d’hiver à l’extérieur du campus va
bouleverser la vie d’Adélaïde plus connue sous le
sobriquet d’Ada. Le garçon, qui n’a pas l’arrogance
habituelle des étudiants du campus, accepte d’alimenter
la rubrique d’Ada dans la Chronique, le journal
interne de son lycée.
Au travers des interviews de Simon, Ada découvre la
vie sur le campus. Une vie où les maîtres mots sont
9 Hebermayor
compétition, élite, performance, combats, défis. Une vie
sans pitié où les membres du Cercle attirent l’admiration
de tous. Le Cercle est cette élite qui rassemble les vingt
meilleurs étudiants du campus. Et parmi ces membres
du Cercle, un groupe encore plus réduit compose le
Conseil d’Hebermayor : Yoan McGregor – le Président
du Conseil, n°1 du classement des étudiants du campus
–, Birgitt Alisten – à la tête des Iles Alisten –, Cathy
Smith – le porte-parole du Conseil – Gilbert Heintje,
Edouard Bleunstein, Phil Tube et quelques autres
encore.
Ada découvre Alena, la cité virtuelle, où les étudiants
se forment au monde de l’entreprise et se forgent aux
combats d’une économie libérale exacerbée. Chaque
étudiant figure dans ce monde virtuel sous la forme d’un
avatar. Il y crée des entreprises qu’il doit développer. Il
bénéficie du support d’un coach – autre personnage
virtuel qui apparaît lui aussi sous la forme d’un avatar
– derrière lequel se cachent des professeurs. Via sa
messagerie, il reçoit des Techs - aléas divers et variés
imaginés par le corps enseignant qui contrarient la vie
des ses entreprises – qu’il doit résorber. La réussite se
matérialise par la taille de sa résidence personnelle – les
membres du Conseil vivent dans de splendides palais –
mais aussi par l’emplacement et l’importance des sièges
sociaux de leurs entreprises. Avoir pignon sur la place
de l’hôtel de ville est un signe de succès absolu.
Simon s’éloigne assez rapidement de la trajectoire
classique des jeunes Aspirants du campus. En cherchant
à développer la clientèle de sa principale entreprise –
10 Résumé du livre précédent
Hhour –, il entame une négociation pour signer un
contrat avec la Nasa. Mais ce qui aurait dû prendre
quelques jours se transforme en une lutte de plusieurs
mois, succession d’efforts et de périodes de découragement.
Et c’est sans l’aide de son coach qu’il parvient à
décrocher le contrat ; contrat qui s’avère le plus gros
jamais signé sur Alena. Il détrône le record
précédemment détenu par le Président du Conseil, le très
redouté Yoan McGregor.
En développant sa seconde entreprise – Carpentherm
– Simon imagine des montages complexes et embauche
des étudiants d’un grade supérieur au sien. Démarche
peu commune qui requiert d’obtenir une dérogation
auprès du Conseil.
Pour sa troisième entreprise – Sauron Engineering –,
il passe des accords avec HM Melvin Clark de loin son
aînée, dans une situation de prise de risques maximale.
Pour réussir ces exploits, Simon doit affronter un
nombre de Techs trop élevé pour lui seul. Contre l’avis
des parents d’Ada, il prend à ses côtés des stagiaires
issus d’universités ou de grandes écoles européennes. S’il
lui faut leur consacrer du temps, les résultats sont
éloquents. Et non content d’élargir son cercle de
stagiaires, il crée la Passerelle pour proposer des
stagiaires aux autres étudiants. Et il s’arrange pour
qu’aux yeux des étudiants, la Passerelle soit une
émanation de l’administration de l’Institution ;
Institution qui affiche clairement son opposition aux
stagiaires… Mais le subterfuge s’avère efficace car la
Passerelle voit ses effectifs atteindre les deux cent
11 Hebermayor
cinquante avec une perspective de croissance à sept cent
cinquante et la tour qui les accueille – la Tour Tokyo –
passer de vingt-sept étages à quatre-vingt un.
Offusqué par la brutalité qu’adopte l’Institution pour
renvoyer les étudiants qui ne se sont pas montrés à la
hauteur, il créé l’Association Adieu qui permet de
replacer ces malheureux dans d’autres établissements, les
mêmes que ceux où il pioche les stagiaires qu’il propose
via la Passerelle.
Le développement de la Passerelle et de l’Association
Adieu ne sont pas sans conséquence. Simon doit trouver
des financements sans cesse plus importants et affronter
le Conseil d’Alena qui voit dans ces deux organisations
un affront aux règles de l’Institution.
Séduit par des films réalisés dans une nouvelle
technologie – le B-Dev –, le garçon s’appuie sur Ada
pour organiser un concours au niveau de l’Institution.
Le concours remporte un franc succès et renfloue les
caisses de la Passerelle.
C’est le HMM Bleunstein, membre du Conseil, qui
déclare la guerre à Simon. Les attaques contre ses amis
suivent les menaces personnelles et c’est bientôt l’annonce
d’un débat : duel totalement déséquilibré. Ada tremble
pour son ami mais se bat à ses côtés. Elle va jusqu’à
rencontrer le terrible Edouard Bleunstein sous prétexte
d’un article pour la Chronique. Simon bénéficie d’une
popularité extraordinaire auprès des Aspirants et des
Confirmés. Et contre toute attente, le duel tourne à
l’avantage de l’Aspirant comme dans le combat de
David contre Goliath.
12 Résumé du livre précédent
Vainqueur mais meurtri par le long travail de sape
mené par le membre du Conseil, Simon se venge en
dénonçant devant le tribunal de l’Institution cinq
étudiants qui ont de manière flagrante contourné les
règles élémentaires de l’Institution, cinq étudiants proches
d’Edouard Bleunstein et de Gilbert Heintje. Journée
sombre qui se termine par l'exclusion définitive des cinq
fautifs.
Simon, toujours simple Aspirant, devient dès lors un
interlocuteur écouté des membres du Conseil. Il se porte
au secours du Maire d’Alena – HM Luc Duncan –
pour l’aider à répondre aux attentes exprimées par les
étudiants. Il propose alors de passer la cité virtuelle
d’Alena et la Passerelle en technologies B-Dev. Pour y
parvenir, Simon ne cherche ni stagiaire ni étudiant du
campus mais embarque Ada dans l’aventure.

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13 E
CHAPITRE 1 : EN NOUVELLE-ZELANDE
Deuxième quinzaine de juin – deuxième année (S1 –
T2 – A51)
Vera me fit la bise et quitta le bureau. Il lui
restait à préparer ses affaires pour rejoindre
demain matin de bonne heure le Lycée de
Christchurch où elle était pensionnaire du lundi
au vendredi. Assise derrière le micro-ordinateur
sur lequel je passais le plus clair de mon temps,
je relisais la lettre que je m’apprêtais à diffuser à
mes parents mais aussi à Simon, à Christophe et
à Jenna Garnung.
« Je suis chez les Carlington depuis
maintenant deux semaines. J’avoue que je ne
m’y étais pas du tout préparée et mon arrivée
s’est traduite par un dépaysement sévère. Je suis
partie la nuit de Luxembourg sur un vol Qantas
et je suis arrivée en début de nuit. J’ai quitté
Mersch à la fin du printemps et je suis arrivée
au début de l’hiver.
« C’est Maggy Carlington qui est venue
m’accueillir à l’aéroport. La quarantaine passée,
elle serait jolie femme si elle prêtait attention à
sa tenue vestimentaire. Bleu de travail, chemise
15 Hebermayor
écossaise, bottes en caoutchouc, manteau épais
et imperméable, elle sentait l’animal. En arrivant
à la ferme, je compris qu’il s’agissait du mouton.
« Nous fîmes le trajet dans un gros Toyota
4x4 suffisamment grand pour transporter cinq
personnes et trois ou quatre moutons dans la
partie Pick-up. L’engin était imprégné de
l’odeur persistante des animaux mêlée à celle du
gasoil. Elle avait un accent auquel il fallut que je
m’habitue. Derrière cet accent trompeur se
cachait une personne cultivée et à l’écoute des
autres.
« La ferme des Carlington est à une
cinquantaine de kilomètres de Christchurch la
ville principale de la province de Canterburry.
La Nouvelle-Zélande comporte deux grandes
îles. Moi je suis dans l’île du Sud, la moins
peuplée et la plus froide. La capitale, Auckland,
se trouve dans l’île du Nord. A mesure qu’on
s’éloigne de la ville, les routes se font plus
étroites et plus sinueuses. Quand on arrive à la
ferme, on est à la limite entre la route
goudronnée et le chemin de terre. Le 4x4
s’impose. On a aussi une vue splendide sur les
montagnes. Les neiges éternelles des sommets
sont visibles de loin même une fois que le soleil
vient de se coucher. Je n’imaginais pas des
montagnes si hautes sur une île.
« Autre surprise du premier soir, la
composition de la famille Carlington : que des
16 En Nouvelle-Zélande
femmes ! Maggy Carlington a trois filles : Vera
la plus jeune – quinze ans –, Lou la plus vieille –
infirmière le jour et vétérinaire la nuit, vingt-
quatre ans – et Lea – le vrai chef de famille,
l’homme de la maison, la responsable du
cheptel de cinq cents moutons –. A ce cœur de
famille, vient se rajouter la grand-mère
Carlington, la mère de Jo le mari de Maggy,
décédé dans une course de moto-cross voilà six
ans. Puis il y a Melody, la copine de Léa, en
charge de l’entretien des deux maisons. Là où je
suis restée stupéfaite, c’est en découvrant les
filles de Maggy. Elles lui ressemblent toutes. On
croirait des clones. Vera, c’est Maggy en plus
jeune. Léa, c’est Maggy en plus large, plus
grande, plus autoritaire. Quant à Lou, c’est
Maggy en plus rêveuse. Toutes les quatre sont
blondes, les cheveux frisés, les yeux vert
bouteille, les pommettes de joue bien roses.
« Ma première difficulté a été de les
comprendre. Elles parlent trop vite pour moi et
avec ce même accent. Seules Maggy et Vera
s’intéressent un peu à moi. Il faut dire que leur
vie est rythmée par le travail. Maggy, Léa et Lou
sont occupées du matin au soir sans
discontinuer. Depuis deux semaines que je suis
avec elles, Léa est réveillée une nuit sur deux
pour aider une moutonne à vêler. Le jour, elle
part en 4x4 dans la campagne environnante
pour dispenser des soins à domicile.
17 Hebermayor
« Léa est une fille peu commode et
autoritaire. Heureusement pour la famille
Carlington. Car c’est elle qui recrute les
employés de ferme, pour bon nombre des
Maoris. Ce sont eux qui tondent les moutons et
qui s’occupent de les nourrir l’hiver. C’est aussi
Léa qui négocie dans des enchères plutôt
musclées, la vente de la laine, des moutons et
l’achat de jeunes agneaux destinés à brasser les
cheptels. Elle n’a beau avoir que vingt-deux ans,
elle en impose. Par contre, elle agit comme si je
n’existais pas.
« Maggy, elle, s’occupe des fonctions
administratives : comptabilité, achats/ventes,
approvisionnements divers pour les animaux,
paye des employés. Car au-delà des moutons, la
ferme accueille une bonne quinzaine de chiens.
Des animaux dressés à garder et accompagner
les moutons dans les alpages. Quand Vera est
au lycée, c’est moi qui leur donne à manger. Et
je peux vous dire que je ne suis pas très fière. Ils
aboient méchamment quand ils ont faim.
« Vera, qui est un an plus jeune, est une fille
sympathique qui m’a adoptée dès le premier
jour. Elle est ouverte et bavarde comme une
pie. Elle me raconte plein d’anecdotes sur la vie
de la ferme, sur sa famille, sur sa vie au lycée.
Elle a un débit rapide et un langage très
populaire qui ne sont pas sans nuire à ma
compréhension. Je n’arrête pas de la faire
18 En Nouvelle-Zélande
répéter ou de lui poser des questions pour être
sûre d’avoir bien compris. Mais elle ne se
décourage pas. Son parler très coloré ferait sans
aucun doute froncer le sourcil à maman. Sa
franchise est parfois un peu abrupte. Avant-
hier, elle m’a expliqué que je faisais partie de
ceux qui comprennent vite mais à qui il faut
expliquer longtemps. C’est l’image que j’ai
acquise au sein de la famille Carlington.
« Je vois d’ici Eddy sourire. Il faut dire que
dans les bénéfices de ce séjour de l’autre côté de
la Terre, bien avant mes progrès en anglais ou
en informatique, c’est sur le registre de
l’humilité que je pense que j’aurai franchi le plus
grand pas. Comme le dirait – sans doute avec
justesse – ma frangine préférée, depuis que je
dispose d’un badge pour entrer sur le campus et
qu’il m’est donné de fréquenter les étudiants
d’Hebermayor, j’ai les chevilles et la tête qui ont
enflé. Je n’en prends conscience que
maintenant. Il faut dire qu’ici personne n’a
jamais entendu parler d’Hebermayor ! Je me
retrouve simple lycéenne, pas à l’aise en anglais,
pas à l’aise en informatique et maladroite pour
les travaux de la ferme. Mon image en prend un
sacré coup !
« Difficile de croire qu’il y a juste une
semaine, j’étais avec Simon dans le bureau de
Karl Hebermayor pour parler du passage
d’Alena en B-Dev. Ici, la vie est rude, tournée
19 Hebermayor
sur des préoccupations immédiates : est-ce que
la moutonne qui a vêlé la nuit précédente se
porte bien ? Pourquoi le gros chien noir et
blanc a moins d’appétit que d’habitude ?
Attend-on encore une semaine pour acheter le
fioul pour le chauffage en espérant que le prix
baissera un peu, quitte à se retrouver à sec et au
froid ? Qui va s’occuper de la vaisselle et des
corvées ménagères pendant que Melody rendra
visite à son frère pour aiguiser toutes les lames
des tondeuses ? A cette dernière question la
réponse a été vite trouvée : c’est moi. Mes
performances en informatique n’ont pas
suffisamment convaincu pour que je sois jugée
indispensable sur ce registre. Pendant deux
jours, je vais mettre le couvert, faire la vaisselle
et étendre le linge. Comme le dit Vera, je suis
trop nulle pour préparer le repas ou faire le
repassage. – Eddy, arrête de rire !... – D’un
autre côté tant mieux. Ça me laissera une heure
ou deux en milieu d’après-midi pour continuer
sur l’informatique.
« Le projet n’a pas grand-chose à voir avec ce
que j’avais lu sur la fiche de stage… ou
imaginé ! Il n’y a que très peu de programmes
informatiques à développer. En fait, Jo
Carlington avait fait l’acquisition d’un logiciel
ERPrince assez complet qui permet de traiter
de la comptabilité, des achats, des stocks, des
ventes et de la paye pour la ferme. Ce logiciel,
20 En Nouvelle-Zélande
très performant au demeurant n’a jamais été
installé. Quand Maggy a commencé à reprendre
le dessus après la mort de Jo, elle s’est tournée
vers le vendeur pour obtenir une assistance
pour mettre en place ERPrince. Mais le vendeur
avait vendu son affaire. Elle s’est adressée à
d’autres boutiques qui lui ont proposé leurs
services mais à des tarifs prohibitifs. Du coup,
le logiciel est resté dans sa boîte jusqu’à ce jour.
Mon job est de mettre en œuvre ERPrince.
Après une semaine de travail acharné, j’ai réussi
à installer le logiciel – Jeff tu ne te moques pas !
– et ce matin, j’ai obtenu un rendez-vous avec
le comptable des Carlington pour qu’il réponde
aux nombreuses questions que j’avais sur les
règles comptables néo-zélandaises et sur la
manière d’organiser les comptes de la famille
Carlington. Maggy, pleine de sollicitude, m’a
accordé cet entretien contre l’avis de Léa et de
Lou qui ne me font aucune confiance. Elles
pensent que j’essaye de reporter mon incapacité
à faire sur un tiers. J’espère qu’à la fin de la
semaine prochaine, j’aurai réussi à mettre en
place le module comptable. A suivre.
« Le soir, l’accès à la télévision est
contingenté. Mardi soir et jeudi soir, c’est le
tournoi de carte avec les Manison de la ferme
voisine. Quatre équipes s’affrontent. Le jeudi
soir, Maggy me cède sa place. Le vendredi soir,
Maggy, Lou et Léa passent en revue les
21 Hebermayor
comptes de la ferme et décident des dépenses
qu’elles feront ou non la semaine suivante. Le
samedi et le dimanche, je profite de la présence
de Vera. Reste le mercredi où elles regardent
toutes un « soap opera » néo-zélandais. Pas
franchement enthousiasmant. Alors, je me
rabats sur la lecture.
« La ferme est composée de plusieurs
bâtiments. Deux sont consacrés à la famille
Carlington. Le plus moderne accueille les pièces
principales : immense cuisine où l’on mange et
vaste salon / salle à manger où l’on regarde la
télévision et reçoit (en particulier pour les
parties de carte). Au dessus, les chambres de
Maggy, de Lou et de Léa et Melody. Le
deuxième bâtiment abrite le bureau où Maggy et
moi-même passons une bonne partie de notre
temps, la chambre de la grand-mère et de Vera
et quatre chambres-studios qui permettent aux
Carlington de recevoir des vacanciers l’été sous
forme de gîte rural. J’occupe l’un de ces studios.
Si ce second bâtiment qui a été en parti
réhabilité dans les dernières années est
correctement chauffé, il n’en va pas de même
du premier où il fait froid, agréablement frais au
dire des Carlington qui détestent la chaleur. Il
faut dire que les travaux de la ferme
réchauffent : Lou, Léa et Vera sont
sempiternellement bras nus, vêtues d’un simple
tee-shirt, d’un débardeur pour Lou – la plus
22 En Nouvelle-Zélande
élégante – ou d’une chemise aux manches
coupées à coups de ciseaux – si, si, je vous
assure ! – pour Léa. Inutile de vous dire que je
me réfugie dans le confort de ma chambre pour
dévorer la bibliothèque des Carlington. Elle
comporte une trentaine d’ouvrages : la moitié
concerne les moutons, le quart la vie du Christ
et le dernier quart des livres scolaires. Si ma
culture sur les moutons s’élargit de jour en jour,
j’apprécie de feuilleter le magasine féminin
auquel Maggy et Lou se sont abonnées.
« Dernière bouffée d’oxygène dans ce monde
de travail et de rigueur, mon visiophone. Il
m’offre une fenêtre sur le monde. J’ai eu
plusieurs contacts avec Christophe qui travaille
activement sur l’évolution de Ghost Fighter et
sur l’organisation de l’univers virtuel. La
Passerelle qui en est le centre, ne va cesser de
s’étendre à mesure que nous allons sélectionner
de nouvelles œuvres B-dev et les intégrer dans
le projet Gaia.
« Sur la nouvelle philosophie de Ghost
Fighter, Christophe a rédigé un document qu’il
m’a fait parvenir et sur lequel il attend mes
commentaires avant de l’adresser à Simon. Sur
la jouabilité de la nouvelle version, il travaille
d’arrache-pied avec Jeff qui passe pas mal de
temps dans l’appartement de Simon sur la
seconde console. Je dois signaler au passage que
23 Hebermayor
Christophe est impressionné par Jeff. Jeff n’en
profite pas pour rouler des mécaniques…
« Après de multiples échanges avec Jacky et
Myriam, nous avons clarifié la manière d’utiliser
les différents partenaires à notre disposition.
Les écoles supérieures d’informatique ou
d’infographie, via des stages d’été, vont nous
aider à réaliser des objets de Gaia. Exemple : la
réalisation du porteur stratosphérique d’A&M
Space ou encore la réalisation des avatars en
pied pour les étudiants et les stagiaires. Les
professionnels du jeu vidéo ou des films
numériques et des trucages vidéo pour les
studios de cinéma qui proposent des œuvres au
prochain concours organisé par la Passerelle
auront l’obligation de s’intégrer parfaitement
aux règles définies par Christophe qui vont régir
l’univers virtuel. L’université de Besançon nous
aide à produire les outils destinés aux
développeurs B-Dev, ceux des équipes de
Myriam Goudounov dans un premier temps.
Ces outils seront ensuite mis en libre service
auprès de ceux qui se lancent dans le B-Dev.
« Quant à Jacky, dont le petit Billy se porte à
merveille, elle lance sa propre entreprise ! Son
premier contrat est la réalisation de l’île
artificielle de Grand Baie pour le compte de
Birgitt Alisten que j’ai tous les jours au
téléphone. Sur la vingtaine d’îles artificielles
créées par Birgitt, Grand Baie est une des plus
24 En Nouvelle-Zélande
petites mais aussi une des plus coquettes. Elle
ressemble à un petit port de pêche, avec des
maisons trapues, en granit et ardoise, aux lourds
volets de bois peints en blanc ou en bleu. La
charmante mais solide petite église domine le
village. La particularité de l’île réside dans son
sous-sol. Les caves de chaque maison disposent
de baies vitrées qui donnent sur les fonds
marins. Pendant que Jacky constitue son
entreprise et recrute une équipe de
professionnels compétents, Birgitt élabore les
plans de l’île au format B-Dev avec une société
informatique lithuanienne dont Simon m’avait
laissé les coordonnées. Ils semblent sérieux et
affichent des tarifs attractifs.
« Je dois avouer que dans toute cette
opération, l’enthousiasme est communicatif.
Même Birgitt Alisten qu’on pourrait croire un
peu blasée m’a expliqué ne jamais avoir été
aussi impatiente de pouvoir visiter son île dans
le monde virtuel. J’espère que nous serons
suffisamment avancés pour pouvoir la présenter
et obtenir l’adhésion du Comité. Luc Duncan,
le maire d’Alena, sera présent.
« Je commence aussi à avoir quelques
contacts avec des écoles ou des professionnels
ou même des groupes de copains qui
s’inscrivent pour les prochains concours B-Dev
organisés par la Passerelle. J’ai créé trois
catégories pour éviter d’avoir à comparer des
25 Hebermayor
choux et des carottes : paysages et autre
mondes, jeux, films. Et avec Christophe, nous
avons créé deux niveaux d’intégration : Gaia ou
galaxies externes. Les œuvres qui seront
intégrées à Gaia seront accessibles via l’agence
de tourisme et l’embarcadère de la Passerelle.
Pour ce faire, elles devront répondre à un cahier
des charges relativement sévère.
« Par contre, si la Passerelle constitue le seul
point d’entrée pour accéder aux œuvres B-Dev,
nous avons décidé d’en créer deux
supplémentaires : un qui ciblera les jeux vidéos,
un autre les films. Ces deux nouveaux points
d’entrée décriront des galaxies virtuelles
séparées. Le cahier des charges pour s’y inscrire
sera beaucoup moins sévère que pour Gaia. Les
temps de réalisation des œuvres seront
raccourcis d’autant. J’ai des discussions
régulières avec Christophe suite aux questions
que me posent les candidats. Les réponses
viennent enrichir les cahiers des charges que
rédige le frère de Simon. C’est passionnant.
Christophe se transforme en grand architecte de
l’univers virtuel Gaia qui intègre la Passerelle,
Alena, l’île de Grand Baie et les œuvres B-Dev
des lauréats du premier concours de la
Passerelle.
« Il me reste néanmoins à obtenir le
principal : un accès au Rizo 100 de réalisation
de Gaia. J’ai commandé un accès très haut débit
26 En Nouvelle-Zélande
qui doit me permettre de raccorder l’ordinateur
de Maggy. J’ai prévu aussi d’acheter un écran
UHD pour pouvoir effectuer les premiers tests.
Avant mon départ, Simon m’a remis une liasse
de billets en Euro : le montant de mon voyage
aller-retour Luxembourg / Nouvelle-Zélande. Il
ne voulait surtout pas que les frais que j’aurais à
engager pour assurer une réelle disponibilité
pour le projet soit un frein. Maggy a été un peu
surprise par ma demande mais a accepté en
déclarant que le montant en question serait
défalqué de mon salaire. J’espère pouvoir
disposer de la ligne dans deux semaines…
« Il ne faudrait pas que je l’obtienne trop
tard. Car Myriam et Jacky sont unanimes sur le
sujet : transformer la Passerelle, la cité
d’Hebermayor ou les îles Alisten en B-Dev ne
va pas prendre beaucoup de temps. La course
contre la montre va porter essentiellement sur
le débogage de Gaia. Et ce travail ne se fait vite
qu’à condition de disposer d’un nombre
important de testeurs qui jouent et rejouent
leurs tests après chaque mise en place de
corrections. Tout comme Jeff, je ferai parti de
ces équipes de testeurs.
« Voilà les nouvelles de l’autre bout de la
Terre.
« Mille bisous.
« Ada

27 Hebermayor
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Première semaine d’août – deuxième année (S1 – T4 –
A51)
J’avais fini mon petit déjeuner depuis un bon
quart d’heure quand le bourdonnement lointain
s’amplifia jusqu’à devenir pénible. L’hélicoptère
venait de se poser dans la cours de la ferme.
J’enfilai prestement mon manteau et sortis. Le
pilote venait à ma rencontre. La visière de son
énorme casque levée, il me salua, m’attrapa le
bras et me fit signe de baisser la tête. Je le suivis
et approchai de l’engin dont les puissantes pâles
continuaient à tournoyer dangereusement dans
un sifflement qui déchirait le silence du petit
jour et couvrait les aboiements des chiens.
A peine assise dans mon fauteuil derrière le
pilote, l’engin décolla. La cours s’éloigna
rapidement. Maggy et Lou qui observaient
l’envolée de l’appareil m’apparurent plus petites
que des fourmis en l’espace d’un instant. Nous
étions en route pour Auckland, la capitale du
pays. La journée s’annonçait riche en
événements et je me demandais si je serais à la
hauteur de ce qui m’attendait.
A l’origine de ce voyage, l’intérêt de
monsieur Pheng – le patron de GIP – pour une
technologie émergente expérimentée
conjointement par des chercheurs des
28 En Nouvelle-Zélande
universités de San Diego, d’Innsbruck en
Autriche et d’Auckland. L’écran qu’ils avaient
inventé concurrençait les écrans UHD qui
continuaient de faire le succès d’Urs Coroyer
chez Carrefour. Leur invention avait un
avantage indéniable sur les autres technologies.
La taille de l’écran ne connaissait pas de limite
tout en respectant la définition.
Monsieur Pheng en avait parlé avec Simon.
Comme tous deux étaient très pris et n’avaient
pas le temps de se déplacer pour apprécier la
qualité de ces écrans expérimentaux; ils avaient
décidé de m’envoyer en ambassadeur et
recueillir mon avis. J’avais accepté leur
proposition. Pheng avait chargé un de ses
collaborateurs – un dénommé Chunang –
d’organiser la demi-journée avec les chercheurs
de l’université. Chunang m’avait contactée à
deux reprises pour convenir de la date puis des
modalités de déplacement. C’est lui qui avait
obtenu auprès de Pheng l’autorisation de louer
un hélicoptère. En effet, en empruntant la route
et le bateau pour rejoindre l’île Nord, il m’aurait
fallu environ une journée entière pour effectuer
l’aller-retour.
En parallèle, les tractations entre Phil Tube et
l’agent de Janet Moralone avaient repris. La
situation de blocage rencontrée jusqu’alors avait
évolué. Mais le HMM se heurtait à un problème
de taille. Il n’arrivait pas à être suffisamment
29 Hebermayor
clair dans ses explications pour que l’agent
artistique parvienne à comprendre ce qu’était
l’univers virtuel Gaia et comment Janet
Moralone pourrait donner à la fois son concert
« en live » dans un stadium et dans le monde
virtuel. Il était convaincu que seule une
démonstration parviendrait à convaincre. Or,
dans le cadre de sa tournée mondiale, Janet
Moralone passait deux jours à Auckland. Simon
avait conseillé à Phil Tube de se rapprocher de
moi pour que je puisse effectuer cette
démonstration. Je m’étais arrangée pour que la
date de présentation de l’écran expérimental
convienne à Janet Moralone. Je m’étais calée sur
ses disponibilités pour trouver un créneau
auprès des chercheurs de l’université. Il m’avait
ensuite fallu obtenir l’accord écrit de mes
parents pour obtenir le feu vert de Maggy.
L’hélicoptère longeait la côte et j’observais
l’écume des vagues en contrebas. De temps en
temps, j’apercevais un bateau au loin, grain de
riz sur la surface immense de l’océan couleur
gris vert. Hier soir, j’avais fait un point avec
Myriam sur l’avancement du projet Gaia. Les
nouvelles étaient excellentes. Bien que la qualité
de programmation d’Alena soit très en deçà de
ce qu’avait imaginé l’équipe de Myriam en
charge de la convertir en B-Dev, ils étaient
parvenus à leurs fins dans les délais. Mais bien
entendu, rien n’avait été vraiment testé. Côté
30 En Nouvelle-Zélande
Passerelle, l’agence de voyage et le premier tiers
de l’embarcadère (la partie que Simon avait
montré à la Commission) étaient opérationnels,
la liaison avec Alena, achevée. Tous les
personnages représentés par leur avatar avaient
acquis le statut « pieds à la tête » : c’en était fini
des simples bustes. Simon avait décidé que les
stagiaires de la Passerelle disposeraient tous
d’un avatar personnalisé, tout comme les
étudiants d’Alena. Jacky avait en charge de
proposer un ensemble de programme qui
permettrait, sur la base d’une vingtaine de
photos numériques transmises par chaque
stagiaire, de construire l’avatar « des pieds à la
tête ». Par ailleurs, elle nous avait tous
impressionnés en livrant intégralement l’île
d’Alisten Grand Baie la semaine passée. Ses
équipes avaient travaillé trois fois plus vite que
prévu. Bien entendu, là aussi, tous les tests
restaient à mener.
Vers 08h30, le pilote attira mon attention. Il
me montra du doigt, droit devant, l’aéroport
international d’Auckland. Nous allions atterrir.
En fait, il laissa loin sur la droite les pistes que
fréquentaient les gros avions de ligne et se
dirigea vers un petit héliport dont le bâtiment
principal disposait de sa propre petite tour de
contrôle. Quand l’engin se fut posé en douceur
sur le macadam, le pilote coupa la turbine et
m’ouvrit la portière vitrée.
31 Hebermayor
Le taxi que j’avais réservé en début de
semaine m’attendait à la sortie de l’héliport. Il
nous fallut environ une demi-heure pour
rejoindre le splendide hôtel Grande-Bretagne.
Je réglai la course et me présentai à l’accueil du
palace.
– Je suis Ada de Beaucourt. J’ai rendez-vous
à dix heures avec mademoiselle Moralone.
– Elle enchaîne interviews sur interviews
avec les journalistes depuis huit heures ce
matin, me répondit chaleureusement l’homme
en uniforme derrière le comptoir. Je préviens
monsieur Griffith de votre arrivée.
Je n’eus pas à attendre plus de cinq minutes.
Un homme, très élégant, sans aucun doute
sportif, vînt m’accueillir. Il paraissait ravi de me
voir et m’accorda une solide poignée de main. Il
portait une tenue faussement décontractée qui
lui allait à ravir. Son parfum était agréable et
savamment dosé.
– Avez-vous fait bon voyage ?
– Oui. Parfait. C’est la première fois que je
goutte à l’hélicoptère.
– Vos impressions ?
– Rapide mais bruyant.
– Je partage votre point de vue… Vous
prendrez bien un café ?
– Volontiers.
– Parfait. Nous allons nous installer dans un
salon proche de celui où Janet reçoit les
32 En Nouvelle-Zélande
journalistes en prévision des soirées de samedi
et dimanche.
A peine étions-nous arrivés dans le salon en
question, qu’une personne en livrée aux
couleurs de l’hôtel vînt à notre rencontre.
Griffith commanda deux cafés. Pendant que
nous nous installions, l’homme toujours aussi
charmant m’expliqua :
– Je vous propose pendant quelques minutes
d’écouter l’interview en cours. Ensuite, quand
nous aurons fini nos cafés, nous parlerons de
l’affaire qui nous intéresse et du programme de
la matinée.
Le salon disposait d’un poste de TV qui était
configuré en répéteur de la caméra installée
dans le salon où se tenaient les interviews. Le
visage charismatique de la très célèbre
chanteuse apparut, séduisant et parfait comme à
l’accoutumée. Difficile de croire qu’elle se tenait
dans la pièce à côté. J’avais une pensée pour
Vera, ma copine néo-zélandaise, qui était fan de
Janet Moralone. Elle aurait tellement aimé
assister au concert qui se tenait ce week-end.
Mais le prix était rédhibitoire. Les Carlington
n’avaient pas les moyens de se payer ce luxe.
Aussi avais-je la mission de récupérer une
photo dédicacée de la chanteuse et un
autographe sur sa dernière photo de classe. Je le
lui avais promis et j’espérais ne rencontrer
aucune difficulté – les stars étaient réputées
33 Hebermayor
pour leurs caprices –. Je savais que si j’échouais,
elle serait terriblement déçue.
– A nous, chère mademoiselle de Beaucourt,
déclara Griffith dans un parfait français.
– Vous parlez français, m’étonnai-je ?
– Deux années passées à Paris, il y a cinq ans.
Vous aimez Paris ?
– Je suis Luxembourgeoise, répliquais-je. Je
n’ai eu l’occasion d’aller à Paris qu’une seule
fois et je ne m’en souviens pas très bien.
– C’est une ville magnifique. Croyez-moi…
Mais venons-en au fait. Voilà des mois que je
discute avec Phil Tube qui est un membre du
Conseil d’Hebermayor. Vous le connaissez, je
suppose.
– Oui et je l’ai eu à plusieurs reprises au
visiophone ces derniers jours.
– Tube me propose d’entraîner Janet dans un
concert dans un univers virtuel. Si j’ai bien
compris l’intérêt financier d’une telle opération,
je ne comprends ni le fonctionnement ni quelle
clientèle va se montrer intéressée par un tel
show. Je compte sur vous aujourd’hui pour
éclairer ma lanterne.
– Depuis plusieurs mois, j’ai en charge
d’assurer le développement de la technologie B-
Dev pour le compte d’Hebermayor. C’est cette
technologie qui permet le développement d’un
véritable univers virtuel et qui, visualisée sur des
écrans vidéo de qualité, prend une apparence de
34 En Nouvelle-Zélande
réalité troublante. Ce que je vous propose, c’est
de vous présenter la petite partie de cet univers
qui est ouverte depuis quelques mois au grand
public et qui rencontre un succès sans cesse
croissant.
– C'est-à-dire ?
– Nous avons tous les jours un million de
connexions en moyenne.
– Et qui sont les personnes qui se
connectent ? Avant d’avoir Tube au téléphone,
je n’avais jamais entendu parler de votre B-Dev.
– Nous ne faisons pas de publicité. La
diffusion de cette technologie s’effectue par
trois canaux – là encore, je répétais la leçon
apprise auprès de Simon –, les étudiants du
monde entier qui sont en contact avec
l’Institution d’Hebermayor, les écoles ou
entreprises spécialisées dans l’informatique
et/ou l’infographie et enfin le bouche à oreille.
Et c’est sans doute ce dernier canal le plus
efficace, quand on a goûté aux œuvres B-Dev,
on en redemande. Le prosélytisme est notre
meilleur allié.
– Nous verrons bien, fit-il sceptique.
– Pourquoi ne pas vous être connecté à la
Passerelle comme vous l’avait conseillé Phil
Tube ? Vous auriez pu vous rendre compte déjà
par vous-même ?
– Je pourrais vous dire que pour cela il faut
disposer d’un ordinateur et que les chambres de
35 Hebermayor
palace n’en sont pas encore dotées. La réalité
est plus crue : ni Janet ni moi ne savons utiliser
correctement ces engins.
J’ouvris des yeux ronds.
– Vous allez nous prendre pour des arriérés,
n’est-ce pas ?
– Oh que non, m’exclamai-je ! Nous avons
tous nos petites lacunes.
– Il eut un léger sourire.
Puis il reprit :
– Très bien. Premier temps : démonstration
de votre monde virtuel tel qu’il est présenté au
grand public. Deuxième temps ?
– Présentation de ce monde virtuel tel qu’il
va exister en octobre pour les étudiants
d’Hebermayor et partiellement pour le grand
public. Puis explication sur la manière dont
nous l’emploierons pour permettre à
mademoiselle Moralone d’effectuer un concert
dans deux endroits à la fois.
– Ça, je suis curieux de le voir. Les
explications de Phil Tube m’ont embrouillé un
peu plus à chaque fois. Je n’ai toujours rien
compris.
– Vous verrez, c’est plutôt amusant comme
expérience.
Restait à croiser les doigts pour que ça
marche. Une fois encore, les tests avaient été
réalisés mais a minima. Nous récapitulâmes le
planning de la matinée et échangeâmes sur le
36 En Nouvelle-Zélande
public néo-zélandais de la star. J’en profitais
pour évoquer le cas de Vera. Griffith me
rassura en déclarant que Janet se ferait un plaisir
de lui accorder un autographe.
La séance d’interviews se termina à l’heure
dite avec une précision militaire. Et Janet fit
irruption dans le salon, encadrée de deux gardes
du corps imposants. Griffith se leva et déclara :
– Tu as été bien, ce matin. Rien à dire…
Janet, je te présente Ada de Beaucourt. Elle
travaille pour les gens d’Hebermayor dont je t’ai
parlé à plusieurs reprises. Elle va nous entraîner
dans des univers virtuels, bien loin de notre
quotidien. Qu’en dis-tu ?
– Je ferais bien une pause de cinq minutes.
– Tu te détendras dans la limousine… En
route.
Janet jeta un regard sombre à son manager
mais obtempéra. Devant l’entrée du palace, une
superbe limousine nous attendait. Les mêmes
que celles utilisées par les stars du cinéma lors
de la cérémonie de remise des Oscars.
Installés sur les confortables banquettes, je
confirmai l’adresse de l’université d’Auckland
au chauffeur qui démarra aussitôt. La
circulation s’était fluidifiée entre temps.
– Nous avons besoin de nous rendre dans
cette université pour découvrir votre monde
virtuel ? questionna la chanteuse intriguée.
37 Hebermayor
– Non. Bien sûr que non, répondis-je. Mais
les chercheurs vont nous présenter un modèle
expérimental d’écran géant. La qualité de l’écran
est importante pour profiter pleinement du
monde virtuel.
En quelques mots, Griffith résuma à la jeune
femme notre conversation précédente. Dans le
même temps, il nous servait des
consommations. Janet Moralone prit un grand
verre d’eau et moi un soda. Quand son manager
eut terminé ses explications, elle se tourna vers
moi et me demanda qui étaient au juste les
étudiants d’Hebermayor. En fait, elle cherchait
à comprendre si l’image grand public de
l’Institution était surfaite ou non.
Alors que je lui expliquais ce qu’était
l’Institution, les différences avec des
établissements scolaires traditionnels et que je
lui citais les noms de personnes connues qui
étaient issues du campus, je découvrais une
jeune femme simple et franche plutôt
sympathique. Si elle était aussi capricieuse que le
laissaient entendre les journalistes, elle cachait
bien son jeu. Par contre, je la trouvais plus
vieille en réalité qu’à l’écran.
Au poste de garde de l’université, le
chauffeur baissa la vitre qui le séparait du salon
arrière où nous étions installés et me désigna du
menton le planton qui vérifiait les accès.
38 En Nouvelle-Zélande
– Ada de Beaucourt, annonçai-je. Nous
avons rendez-vous au laboratoire de
biotechnologie luminique avec le professeur
Wandel. Monsieur Chunang, de la société GIP,
devrait être ici aussi. Mademoiselle Janet
Moralone est l’invitée d’honneur de l’université
pour la matinée.
Un jeune asiatique apparut près du vigile et
sortit aussitôt du poste de garde. Il monta dans
la limousine à côté du chauffeur.
– Chunang, déclara-t-il. Enchanté de faire
votre connaissance mademoiselle Moralone. Je
vais vous servir de pilote ce matin.
Bien que vêtu d’un costume sombre, il avait
une apparence juvénile. Il me faisait penser à un
communiant dans son premier costume. Il
fournit les indications au chauffeur qui nous
conduisit jusqu’au pavillon de biotechnologie.
Le chauffeur nous ouvrit la porte et,
accompagné de la chanteuse, de son manager et
de ma personne, Chunang nous conduisit dans
une grande salle de laboratoire. Une demi-
douzaine de personnes bavardaient debout
devant un immense écran mural aux reflets
moirés. Deux d’entre eux portaient des blouses
blanches, deux de vieux pulls miteux et deux
autres des costumes un peu démodés.
– Bienvenue à l’université d’Auckland,
s’exclama l’aîné des deux hommes en costume.
Je suis Johnson, le doyen de l’université. Je vais
39 Hebermayor
vous confier au professeur Wandel qui va vous
présenter le fruit de ses recherches. Sachez que
nous sommes ravis d’accueillir une célébrité
comme vous, mademoiselle Moralone. Nous
vous demanderons, si vous êtes d’accord, de
bien vouloir signer le livre d’or de l’université.
Et je suis très enthousiaste de vous avoir avec
nous mademoiselle de Beaucourt. J’espère que
votre venue nous permettra de tisser des liens
plus étroits avec la très célèbre Institution
d’Hebermayor. Professeur Wandel ?
Le professeur Wandel était un des deux
hommes en vieux pull, le plus jeune. Il respirait
la gentillesse, un peu comme Simon.
– Je suis un grand timide de nature et je n’ai
pas l’habitude de faire de grands discours,
commença-t-il d’une voix à peine audible. Je ne
vais pas vous assommer avec des explications
techniques mais sachez que l’écran que vous
avez devant vous est révolutionnaire.
Contrairement aux écrans traditionnels, il ne
fonctionne ni avec un tube cathodique, ni avec
des LED, ni même avec du plasma.
L’homme se lança dans une explication du
fonctionnement de son invention. Mais c’est à
peine si je compris un mot sur trois. Wandel
s’en aperçut et interrompit son commentaire en
demandant :
– C’est trop technique, n’est-ce pas ?
J’opinai de la tête.
40 En Nouvelle-Zélande
– Je vais simplifier encore un peu : imaginez
qu’on prenne une vitre bien propre. On y
dépose du sirop sucré. Sur le sirop sucré, on
installe des micro-organismes – les Barazae – de
manière à ce qu’ils soient au contact les uns des
autres et forment un tissu homogène en
épaisseur et sans trou. Enfin, on saupoudre les
Barazae avec plusieurs sortes d’enzymes. Les
Barazae savent changer de couleur à l’aide des
enzymes. Et elles savent adopter tout le spectre
visible : du rouge au violet, contrairement aux
pixels des écrans standards qui ne savent que
générer trois couleurs : cyan, magenta et jaune.
– Ces micro-organismes sont vivants ?
demanda Janet.
– En effet, cet écran est vivant et par
conséquent, il faut lui donner à manger
régulièrement. Rassurez-vous, fit-il en
observant nos moues dégoûtées, il ne s’agit pas
de lui offrir des rats ou des hamburgers en
pâture. Juste un peu d’eau sucrée. Mais trêve de
bavardage. Jim, peux-tu mettre l’écran sous
tension ? Mademoiselle de Beaucourt, le poste
de travail est à vous.
L’homme semblait soulagé de passer la main.
Janet Moralone contemplait l’écran avec un
autre regard. Sans doute essayait-elle d’imaginer
toutes ces petites bestioles, les Barazae,
agglutinées les unes aux autres, collées sur la
vitre de l’écran. Un des gardes du corps
41 Hebermayor
inspectait avec la plus grande attention les
installations et tous les recoins de la salle. Il
jetait régulièrement un œil attentif par les
fenêtres et appelait son collègue resté à
l’extérieur toutes les cinq minutes. Il savait
rester discret néanmoins, mais ce manège avait
le don de capter mon attention.
Quand l’écran fut sous tension, seul son
gigantisme et sa capacité à ne pas générer de
reflet attirèrent mon attention. Pour le reste, il
se comportait comme tout bon écran. Mais
pour l’instant n’apparaissaient que les fenêtres
de commandes du système d’exploitation.
– Comme je vous l’ai dit ce matin, nous
allons nous connecter sur le site d’Hebermayor
comme tout un chacun peut le faire depuis son
ordinateur personnel.
Je me rendis via Internet sur le site et cliquai
sur l’icône qui permettait d’accéder au seuil de
la Passerelle. La première image B-Dev apparut
à l’écran et là, je dois humblement reconnaître
que je restais la bouche ouverte quelques
secondes. C’est comme si le mur devant nous
avait disparu et que nous nous étions réellement
retrouvé à l’extérieur au pied de l’immense tour
Tokyo.
L’écran n’était plus visible ! Impossible de
savoir à quelle distance de nous il se trouvait si
ce n’est en regardant où s’arrêtait le sol du
laboratoire… Si les écrans UHD donnaient
42 En Nouvelle-Zélande
l’impression d’être séparés de l’univers virtuel
par une vitre, là, il n’y avait plus de séparation.
L’illusion était parfaite.
Tous les yeux étaient rivés sur l’écran sauf les
miens et ceux de Wandel qui goûtait avec
délectation le silence surpris de ses invités. Je
pris les commandes et entrai dans la tour.
Devant nous, la vieille dame souriante de
l’accueil, le sol vitré qui dévoilait le Rizo 200
récemment installé en contrebas et l’équipe
d’exploitation qui veillait à son bon
fonctionnement. Sur la gauche l’agence de
voyage Gateway Tour. Mon double nous y
attendait.
– Mais, c’est vous ?! s’exclama Janet
Moralone surprise.
– Mon double. C’est l’agent de voyage le plus
sollicité de la planète. Il accueille environ un
million de voyageurs par jour.
– Il y a vraiment quelqu’un derrière ou c’est
un programme ? insista Janet.
– C’est un programme. Mais un programme
assez sophistiqué.
Mon double me salua et je lui demandai un
billet pour la cité d’Alena. Elle me délivra un
mot-clé et m’indiqua les ascenseurs qui
conduisaient à l’embarcadère.
– Aujourd’hui, l’agence de voyage n’offre
que quatre destinations aux voyageurs. Quatre
destinations qui correspondent aux quatre
43 Hebermayor
œuvres B-Dev qui ont été primées lors du
premier concours organisé par Hebermayor.
L’ascenseur nous déposa à l’embarcadère qui
ne disposait que d’un seul quai de
débarquement et d’embarquement. Des
palissades métalliques noires et jaunes
montraient que le tout était encore en pleins
travaux. Une barge nous attendait. Elle nous
entraîna vers l’hôtel de ville de la cité
d’Hebermayor. Vraiment difficile de croire que
tout ce que nous voyions n’était pas réel.
Chacun serra les fesses quand la barge quitta
l’embarcadère pour plonger vers la cité.
Janet et Griffith observaient avec attention
sans mot dire. Quand nous fûmes dans la rue
principale, je leur donnai un rapide
commentaire sur les bâtiments que nous
longions, avec une mention spéciale sur l’hôtel
de ville et sur le palais McGregor.
– Quand est-ce qu’a été construit la cité et
cet hôtel de ville ? demanda Janet.
Bonne question à laquelle je ne sus pas
répondre.
– Et il existe des photos de la cité
d’Hebermayor alors qu’elle n’était qu’un
village ?
Nouvelle bonne question. J’avouai à nouveau
mon ignorance. Puis la barge fit demi-tour là où
des barrières de travaux se dressaient, montrant
la fin de la simulation de la cité.
44 En Nouvelle-Zélande
De retour, à l’embarcadère puis dans le hall
d’entrée, je décidai de quitter le site
d’Hebermayor.
– Alors ? Fis-je en observant Janet.
– C’est fabuleux. Comment croire que cette
longue rue n’est que le fruit de l’imagination de
quelqu’un ? On jurerait une vraie ville.
– Le bus qui vole, c’est extraordinaire,
compléta Griffith encore rêveur.
– Mais bien sûr tous les bâtiments que nous
avons vus sont vides, remarqua Janet. Enfin, il
n’est pas possible d’entrer à l’intérieur et de
visiter.
– Non, en effet. En tout cas, pas dans cette
version de la Passerelle. Je vais maintenant vous
entraîner dans le même monde virtuel mais un
cran plus évolué. Celui dans lequel nous
envisageons de voir Janet donner son
spectacle…
Je changeai d’accès et me connectai sur la
machine où toutes les équipes de
développement testaient Gaia. Je chaussai le
casque. L’accès était identique : le pied de la
Tour. Cependant celle-ci ne comportait plus
vingt-sept étages comme précédemment mais
quatre-vingt.
Deuxième différence, j’avais la possibilité de
faire apparaître mon avatar « plein pied ». Je me
voyais de dos qui avançais. Mais si je le voulais,
je pouvais faire disparaître mon avatar,
45 Hebermayor
transformant l’écran en mon champ de vision.
Je traversai le hall d’entrée et me dirigeai vers
les ascenseurs. Je me rendis dans les
appartements de Simon que je fis visiter.
– C’est merveilleux, déclara Janet subjuguée.
Quel luxe !! J’adorerais y habiter. Cet
appartement appartient encore à ce fameux
McGregor ?
– Non. C’est l’appartement de l’Aspirant
Laffitte. Il m’en a confié l’aménagement. Et
maintenant regardez la vue sur la cité
d’Hebermayor.
– La cité s’étendait sur des kilomètres au pied
de la tour.
– Regardez, m’écriai-je soudain, une course
de Ghost Fighter à côté du Datamart Claptor,
le grand immeuble blanc en forme de
coquillage ! Vous voyez les glisseurs de toutes
les couleurs qui foncent à toute vitesse ?
– Des courses de glisseurs ? s’exclama
Griffith. Il y a des courses de glisseurs ?
– C’est la distraction préférée des étudiants
du campus. Mais c’est un jeu ingrat au début. Il
nécessite une réelle habileté et des heures
d’entraînement.
– On pourra aller voir ? demanda-t-il
enthousiaste comme un gamin.
– On y va de ce pas.
J’empruntais l’ascenseur jusqu’à
l’embarcadère qui, bien qu’encore en chantier,
46 En Nouvelle-Zélande
avait pris une dimension sensiblement plus
vaste. Le Boulet de canon de Simon nous
attendait. Je m’y installai et démarrai. Bien
entendu, compte tenu de la hauteur de la tour,
le dénivelé pour rejoindre les rues de la cité était
bien plus important et je sentis les estomacs de
mes spectateurs se soulever. Il faut reconnaître
que je n’étais pas nécessairement très habile au
maniement du glisseur.
Je m’arrêtai près du Datamart et descendis du
glisseur pour observer la course. Le
bourdonnement sourd et caractéristique de
leurs moteurs résonnait dans les rues à chacun
de leur passage. Leur vitesse était réellement
impressionnante.
– Et il y a différents modèles ? demanda
Griffith.
– Oui, c’est comme pour les voitures dans le
monde réel.
– Et quel est le plus rapide ?
– Le Boulet de canon. Le glisseur dans lequel
nous sommes.
Il sembla un peu déçu.
– Vous pourriez nous faire une
démonstration ?
– Pour aller vite ?
– Oui.
– Euh non. Je ne sais pas piloter ce genre
d’engin. Et je n’ai pas l’intention de l’abîmer.
47 Hebermayor
Par contre, je peux m’arranger pour monter
avec quelqu’un qui les pilote bien.
Griffith lança un rapide coup d’œil à Janet
Moralone qui semblait enthousiaste.
– Oui, oui. Bien sûr, confirma la chanteuse.
J’adore la vitesse !
– Très bien. Je vais nous arranger ça.
Je contournai le réseau de rues qui était
immobilisé par la course de glisseurs et je
rejoignais la place de l’hôtel de ville.
J’immobilisais le glisseur au pied des marches.
Un homme nous attendait.
– Salut Ada, comment vas-tu ?
– Bien, je suis à l’université d’Auckland avec
Janet Moralone, Griffith son manager, le
professeur Wandel et son équipe.
– Moi, je suis Serge Chapireau. J’ai en charge
l’intégration de tous les programmes
informatiques de Gaia.
– Serge, demandai-je, est-ce qu’il y a
quelqu’un près de toi qui participe à la course
de glisseurs près de Claptor ?
Il y eut un silence avant que l’homme ne
réponde :
– Oui. Dan qui est dans le bureau d’à côté.
– Tu peux lui demander de passer me
prendre sur le parvis pour participer à la
course ?
Le visage de Serge s’épanouit.
– Tu m’accordes un instant, je m’en occupe.
48 En Nouvelle-Zélande
– Mais, lui, ce n’est pas un programme ?!
s’exclama Janet.
– Non. C’est une personne qui anime
l’avatar…
– L’avatar ?
– L’avatar, c’est la représentation graphique
d’une personne dans le monde virtuel. Ce n’est
pas parce que je suis une fille que je ne peux pas
endosser une apparence d’homme dans le
monde virtuel. L’apparence, c’est l’avatar.
– Mais le dénommé Serge, il est en Europe, il
s’est levé, il a quitté son bureau et il est parti
trouver un de ses collègues pour lui demander
de venir nous rejoindre. C’est bien ça ?
Je confirmai.
– Donc il n’est plus derrière sa console ?
Je confirmai à nouveau.
– Alors, comment se fait-il qu’il croise les
bras, nous observe, jette un œil à droite à
gauche régulièrement ?
– L’avatar est piloté par une personne mais il
est animé par un programme qui se charge de
lui donner tout de la contenance humaine,
répliquai-je. Mais Serge vous expliquera ça
beaucoup mieux que moi dans un instant.
– Tout à fait, confirma l’homme. La course
se termine dans dix minutes seulement. Dan
nous rejoindra à l’issue. Nous ne voulons pas
l’interrompre car nous testons pour la première
fois un tracé de course choisi au hasard et six
49 Hebermayor
nouveaux modèles de glisseurs qui nous ont été
fournis par six équipes de réalisation
différentes… Mais je vais en profiter pour vous
expliquer comment Janet Moralone peut danser
simultanément à Auckland dans les locaux de
l’université et sur la place de l’hôtel de ville dans
le cyber univers Gaia.
Je fis un gros plan sur l’avatar de Serge
Chapireau.
– Ada vient de vous expliquer ce qu’était un
avatar. Pour que l’apparence de l’avatar soit la
plus humaine possible, nous disposons de deux
moyens différents : d’un côté les capteurs, de
l’autre les programmes. Les capteurs collectent
les mouvements de la personne qui est aux
commandes : mouvements des membres mais
aussi de la tête, de la bouche et des yeux. Mais il
faudrait un nombre tout à fait extraordinaire de
capteurs pour reproduire l’ensemble des
mouvements qui constituent l’attitude de la
personne. Aussi nous avons recours à des
programmes qui complètent les informations
issues des capteurs. Ce sont les programmes qui
provoquent les battements de cils, les
toussotements pendant les moments de silence,
le passage d’un pied sur l’autre pendant qu’on
parle. Vous comprenez ?
Janet et Griffith opinèrent du bonnet
simultanément.
50 En Nouvelle-Zélande
– C’est très clair, confirmais-je à Serge qui,
bien entendu, ne pouvait pas voir mes voisins.
– Les capteurs, nous les logeons dans une
cagoule pour ce qui est du visage et d’un
justaucorps pour le reste du corps. Bien
entendu, plus leur nombre est élevé plus l’avatar
est réaliste. Par contre, plus il consomme de
ressource informatique et plus il est coûteux à
gérer. Ada, je te rends la parole.
Je me tournai vers Janet :
– Ce que nous vous proposons, Janet, c’est
de bien vouloir passer une tenue truffée de
capteurs qui vous permettra de vous intégrer
dans le monde virtuel et d’apparaître sur la
place de l’hôtel de ville, près de Serge. Vous
êtes d’accord ?
– Ça ne fait pas mal ? demanda-t-elle
suspicieuse.
– Mal ?! Je vous garantis que non.
L’homme en pull, qui avait une cinquantaine
d’années, venait d’apporter la cagoule et le
justaucorps. Il approcha de la chanteuse et
déclara :
– Si vous voulez bien, je vais vous
accompagner jusqu’aux sanitaires pour que
vous puissiez passer cette tenue sous vos
vêtements.
Le garde du corps gronda aussitôt :
51

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