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Helia Meldyn T1

De
281 pages

Helia Meldyn n ́a jamais cru en la magie.


Pourtant, lorsqu ́elle découvre le pouvoir insoupçonné de son magnifique collier, elle va douter.


Comment ce bijou, déniché au fond d ́un fleuve, peut-il lui permettre de contrôler le vent ?



Pour échapper aux chasseurs de trésors, la jeune fille n ́a pas d ́autre choix que de suivre les Tueurs Écarlates à Aldarin, la capitale enchanteresse du royaume, pour y intégrer une célèbre école militaire et peut-être retrouver la trace de son père disparu.





Marcheurs, Parashas, Minimials, Atsamourais, parties de Krasten...


L ́imagination débridée d ́Hina Corel nous emporte à la découverte d ́un monde extraordinaire et mystérieux


dont on n ́a aucune envie de revenir !


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ISBN : 978-3-95858-037-4

Première édition - Mars 2015

Tous droits réservés


Helia Meldyn

Tome 1

La fille du vent


Hina Corel

CARTO_FINALE_Small 


à ma maman,


Prologue




La région était plongée dans une obscurité profonde que les lueurs dansantes de milliers de torches ne parvenaient pas à éclipser. Cachées derrière d’épais nuages dont les pluies s’abattaient avec force depuis plusieurs heures, les trois lunes semblaient fermer leurs yeux argentés aux massacres sanglants qui se déroulaient dans la plaine. Les cris des soldats et le tintement assourdissant des épées qui s’entrechoquaient s’étiraient dans le ciel sombre, surpassant les hurlements du vent violent à travers les cimes des arbres. L’averse avait débuté en fin d’après-midi, transformant en moins d’une heure le sol en un immense bourbier. Dans les deux camps, les guerriers peinaient à se déplacer, à attaquer et à esquiver les coups mortels de leurs ennemis. Une simple botte coincée dans la boue pouvait s’avérer fatale.

Almir brandit son épée pour parer une attaque. La lame trembla sous le choc et la vibration remonta jusqu’à son épaule. Preste, il envoya un coup de pied dans l’abdomen de son adversaire qui ne portait pas d’armure. À la guerre, tous les coups étaient permis. Son ennemi se plia en deux et il en profita pour l’achever.

Comme s’il était doté d’un sixième sens, Almir exécuta soudain une roulade sur le côté. Une flèche se ficha dans le sol boueux à l’endroit exact où le militaire s’était trouvé un instant plus tôt. L’homme pivota la tête et plissa les yeux. Il ne voyait rien, distinguant simplement la silhouette évasive d’un bosquet sur sa droite. Jurant entre ses dents, il se déplaça vers la zone boisée où devait se tapir l’archer embusqué. Au corps à corps, il était un excellent épéiste, pouvant même lutter dans le noir le plus complet. Toutefois, il redoutait les combats à distance. Un second sifflement fendit l’air, mais Almir était sur ses gardes. Il plongea sur sa gauche et le projectile le manqua de quelques centimètres seulement. Le guerrier se redressa d’un mouvement souple et resserra ses doigts autour de la garde de son arme. Il fallait à tout prix qu’il se débarrasse de ce tireur, sinon il finirait étendu comme celui qu’il venait de tuer.


Il s’avança discrètement vers la masse sombre du bosquet… enfin, discrètement était un grand mot car ses bottes faisaient des « sploc » et des « splac » en se décollant de la boue. Il atteignit toutefois le bois en quelques secondes, sans qu’un nouveau trait mortel ne ralentisse sa progression. Ses sens en alerte, il s’enfonça sous le plafond feuillu de la forêt. Les bruits de la bataille s’estompèrent légèrement et le terrain, presque épargné par la pluie, amortissait maintenant chacun de ses pas.

Tout à coup, une brindille se brisa. Le guerrier se figea brusquement et tendit l’oreille, tentant d’ignorer le grondement lointain des combats. Il perçut des bruissements sur sa gauche et son regard pivota aussitôt dans cette direction. De nouvelles brindilles craquèrent, quelqu’un prenait la fuite. Était-ce son adversaire, ou un simple animal ? Cette dernière hypothèse lui semblait toutefois improbable, les créatures ayant fui ces bois depuis le début des affrontements. Almir se laissa guider par son ouïe et repéra aisément les traces laissées par le fuyard, un homme. Il aperçut même sa silhouette disparaître derrière un tronc épais, à dix mètres devant lui.

Il accéléra l’allure et déboula subitement dans une petite clairière. Sa proie l’attendait au centre de la zone, à découvert, un arc à la main. Almir s’arrêta et baissa les yeux sur l’arme de son ennemi. Il s’agissait bien de l’archer qu’il traquait. Mais pourquoi s’était-il immobilisé à cet endroit précis, et, qui plus est, sans avoir encoché de flèches ? Était-il si certain de sa victoire pour ne pas esquisser le moindre geste ? Relevant prudemment sa lame devant lui, Almir ne bougea pas d’un pouce. Il pressentait un danger imminent.


De grosses gouttes de pluie tombaient et Almir regretta un instant la quiétude des bois. Le tireur jetait des regards visiblement inquiets autour de lui, comme s’il attendait quelque chose. Son anxiété était palpable, le guerrier la ressentait nettement. Tout à coup, il discerna des bruits de pas dans son dos. Un second ennemi ! Vif comme l’éclair, Almir fit volte-face et se retrouva face à un deuxième homme dont le visage était caché dans une profonde capuche. Comme si ce dernier craignait d’être vu malgré les ténèbres environnantes. L’épée au poing, le soldat détailla son nouvel adversaire en une fraction de seconde. L’inconnu dégageait une aura de calme et de puissance qui l’obligea à reculer. Pour la première fois, il sentait la peur s’insinuer dans ses veines comme un poison mortel. Deux contre un. Il déglutit lentement.

— Parfait, parfait, murmura l’homme camouflé.

Il exécuta alors un signe de tête à peine perceptible sous sa grande capuche sombre et un sifflement se fit entendre dans l’atmosphère. Une flèche se planta dans le dos d’Almir, qui faillit perdre l’équilibre. Gémissant de douleur, le guerrier pivota vers l’archer et lança avec force son épée. Cette dernière fendit l’air avec un son aigu et trancha deux nouveaux jets avant de se ficher dans la poitrine de sa cible. La puissance de l’attaque fit reculer le tireur de plusieurs pas alors qu’un sombre liquide imbibait déjà sa tenue de cuir. Il s’écroula violemment dans la boue, mort. Almir serra les dents et se tourna de nouveau vers le second individu. Ses jambes flageolèrent et ses genoux percutèrent le sol. Il avait horriblement mal et du sang chaud remontait dans sa gorge. Sa respiration devint de plus en plus difficile. Il toussa, crachant une substance aussi noire que le ciel nocturne sans lunes. Son adversaire se baissa à sa hauteur et Almir sentit son haleine victorieuse le glacer d’effroi.

— Parfait… Tu aurais dû te servir de ça pour ne pas mourir, ricana-t-il en posant la main sur le bijou rouge qu’Almir portait autour du cou.

Le guerrier écarquilla les yeux de stupeur. Comment cet inconnu savait-il pour le collier ?

— Qui… qui… êtes-vous ? parvint-il à articuler.

— Ahaha… Si je te le disais, tu ne me croirais pas… Au début, je ne voulais pas te tuer mais… mais comme c’est la guerre, ta disparition passera inaperçue.

Almir puisa dans ses dernières forces pour saisir le poignard à sa ceinture. Néanmoins, son mystérieux interlocuteur lui administra un puissant coup de pied dans les mains et l’arme valsa au loin. Le guerrier serra la mâchoire. Il n’avait plus le choix… Des flammes apparurent soudainement autour de lui, ce qui obligea son adversaire à reculer subitement. Faisant appel à ses dernières forces, le mourant dirigea le flux magique vers son ennemi mais celui-ci se montra bien plus rapide et agile que prévu. Le jet embrasé frappa seulement des arbres alentour. Le feu s’empara rapidement de la zone, brûlant tout sur son passage malgré la pluie intense.

— Pas bien… Je vais prendre ça tout de suite…

L’inconnu fonça sur Almir et lui arracha le collier rougeoyant qui pendait à son cou. Impossible… Almir ne comprenait rien. Il était tombé dans un piège et cette personne savait pour le bijou ! Comment ? Tout cela n’avait plus d’importance, maintenant qu’il allait mourir. La souffrance l’empêchait de réfléchir clairement. Il toussa alors que la douleur s’intensifiait dans chacun de ses membres.

— Ah ! Elle avait raison. Tu étais pile à l’endroit qu’elle m’avait indiqué. Je vais devoir préparer ce qu’il faut pour… pour l’opération…, ajouta son ennemi avec une pointe de joie.

Sa voix se fit de plus en plus lointaine, comme étrangère. Le guerrier se sentait sombrer dans un monde inconnu qui l’effrayait. Sa vue se brouilla et les ténèbres le happèrent finalement. À tout jamais.

 


Chapitre 1 : La découverte




La charrette avançait sur le long et large chemin poussiéreux. Des nids-de-poule la secouaient et menaçaient de faire tomber les grosses caisses qui y étaient entassées. La jeune Helia, du haut de ses treize ans, se tenait debout à l’arrière, une main frêle posée sur les boîtes. Néanmoins la jeune fille ne se faisait aucune illusion : elle n’aurait certainement pas la force de les retenir si le chariot effectuait une embardée trop brutale.

Son regard se porta sur sa gauche où coulait La Voyageuse, le fleuve le plus immense qu’elle ait jamais vu. En se redressant sur la pointe des pieds, elle essaya de distinguer la rive opposée, mais ne repéra que les cimes d’arbres lointains. Sous le soleil de plomb, l’eau s’illuminait de reflets blanchâtres et scintillants. De temps à autre, quand la végétation sur la berge se faisait moins dense, elle parvenait à repérer une famille de canards à travers les roseaux. Elle se demanda à quoi ils pouvaient occuper leur journée, à part se promener sur l’eau. Ils devaient sûrement attaquer des poissons pour se nourrir, toutefois elle n’en était pas certaine.


Un sourire aux lèvres, elle reporta son attention sur la route, et son regard accrocha l’effrayante et sombre Forêt des Étrangetés qui s’élevait sur sa droite. Selon les rumeurs, il s’y déroulait des faits insolites et très inquiétants que personne n’avait jamais été en mesure d’expliquer. Aucun individu sensé ne s’approchait de ce lieu qu’on disait maudit. Seuls les aventuriers en tous genres, bandits et chasseurs de trésors principalement, osaient s’enfoncer sous ces bois énigmatiques, mais aucun ne s’y attardait longtemps. Même les plus courageux avaient été repoussés jusqu’à la lisière par une force inconnue. Tous affirmaient qu’une mystérieuse brume violacée hantait les lieux et emplissait l’espace de murmures inintelligibles. Certains se plaisaient aussi à raconter que des créatures maléfiques dévoraient les curieux, quand elles ne les emportaient pas dans leurs antres pour les consommer plus tard.

La première fois que Helia avait entendu ces histoires effrayantes, elle avait difficilement trouvé le sommeil, bien que la Forêt des Étrangetés se situe loin de son village. Son père, Joren, avait donc dû lui assurer que la plupart de ces on-dit étaient largement exagérés et altérés par le bouche-à-oreille. Un peu calmée, elle avait fini par s’endormir, non sans faire d’horribles cauchemars. Aujourd’hui, à la clarté bienveillante du jour, cette forêt lui semblait parfaitement accueillante. Elle se serait volontiers promenée sous ses frondaisons, même seule. Néanmoins, à la simple idée de se tenir sous cette masse de feuilles et de branchages au beau milieu d’une nuit sombre, un frisson d’effroi lui parcourut l’échine, et elle détourna rapidement la tête.


Poussant un soupir las, Helia ferma ses grands yeux argentés. Ce long voyage la fatiguait, mais elle n’avait pas vraiment le choix. Son père aussi avait été attristé de quitter le petit hameau dans lequel ils vivaient depuis toujours. Même s’il n’en avait rien dit de vive voix, elle l’avait immédiatement senti. Il s’était montré anormalement muet.

Ils décidèrent de faire une halte et s’arrêtèrent donc à quelques mètres du fleuve où ils s’avachirent dans l’herbe verte. Étendue sur le dos, la jeune fille admira le ciel azur ; des oiseaux aux couleurs variées y volaient.

— À moins que tu veuilles que je donne ton repas aux canards, tu ferais mieux de venir.

La voix de son paternel tira l’adolescente de sa rêverie. Elle se redressa et remarqua alors le sourire qui barrait son visage, comprenant qu’il n’en ferait rien. Mais par expérience, elle savait que s’il était de mauvaise humeur, il pouvait joindre l’acte à la parole sans aucun regret. Elle se mit à rire et prit le casse-croûte restant au moment où son ventre gargouillait furieusement. Ils mangèrent dans un silence seulement perturbé par le bruit des sabots frappant le sol et celui des caravanes qui circulaient sur la route.

— Dis, papa, c’est vraiment la Forêt des Étrangetés, là ?

Helia désigna la sombre forêt d’un signe de la tête. Son père jeta un rapide coup d’œil dans la direction indiquée, plus par réflexe qu’autre chose. Tout en coupant sa pomme, il lui répondit :

— Hum… c’est sûr qu’avec ce soleil, même un lapin n’aurait pas peur. Enfin, du moins les quelques premiers mètres. Après, je pense qu’il doit y faire très sombre, malgré la clarté du jour. D’après ce que les gens disent, une brume violacée assez opaque enveloppe toute la forêt et des murmures y résonnent continuellement. Jusqu’à aujourd’hui, personne n’est jamais parvenu à atteindre le cœur de cet endroit.

La jeune fille plissa les yeux pour essayer de distinguer le brouillard qui devait vraisemblablement flotter entre les troncs d’arbres. Mais elle se tenait trop éloignée du bois pour entrapercevoir quelque chose.

— Tu es déjà allé dedans ? demanda-t-elle avec curiosité.

L’homme éclata de rire et dut boire quelques gorgées d’eau pour ne pas s’étouffer.

— Je ne suis pas un aventurier, ma puce. J’ai vraiment autre chose à faire qu’aller vérifier des rumeurs. Ce sont aux chercheurs de trésors d’explorer cet endroit. Et je peux te dire qu’ils n’ont pas fait plus de quelques mètres dans ce bois avant de fuir !

Helia se rendit compte de l’absurdité de sa question. Cependant, elle ne parvenait pas à cerner ce lieu étrange, et une multitude d’interrogations traversaient maintenant son esprit. Les poser ne servirait à rien : son père ne détenait aucune réponse à lui fournir. Il travaillait ardemment pour subvenir à leurs besoins. Il n’avait pas le temps d’explorer des contrées obscures pour dénicher des trésors illusoires.

Elle chassa de ses pensées cette forêt et s’angoissa au sujet de sa nouvelle vie à Miltrad. Là-bas, elle ne connaissait personne et s’inquiétait de ne pas réussir à se faire de nouveaux amis. Vivre dans cette cité qu’elle ne connaissait pas l’émerveillait et l’effrayait à la fois. Et si personne ne voulait d’elle ? Et si jamais elle se perdait dans l’immensité de la ville, quelqu’un lui indiquerait-il le chemin de sa maison ? Et si elle se faisait voler ? Elle avait entendu de terribles histoires sur des voleurs Javaniens qui parvenaient à dérober tous les biens d’une demeure en une nuit dans le silence le plus absolu.

— Je ne sais pas à quoi tu penses encore, mais ça n’a pas l’air d’être réjouissant !

Son père la fixait avec curiosité. Le sourire bienveillant qu’il affichait balaya une nouvelle fois ses angoisses. Elle s’inquiétait décidément trop ces derniers temps !

— Est-ce qu’on pourra un jour revoir nos anciens amis ? s’enquit-elle.

Un voile de tristesse traversa les yeux marron de l’homme. Il s’arrêta de manger un instant avant de prendre une mine qui se voulait enjouée.

— Écoute, ma chérie, je ne sais pas. Ceux qui vivaient au village depuis quelques générations, je ne pense pas. Tu comprends, ce sont leurs terres et ils ne les abandonneront pas. Peut-être que nous reverrons les autres. Je sais que les Felbi ont l’intention de partir, même s’ils n’ont pas fixé de date précise. Mais la plupart n’oseront pas. Tout quitter pour s’installer dans une ville dont on ne connaît rien, c’est… c’est dur, ajouta-t-il d’un air songeur, comme s’il se remémorait un vieux souvenir.

Il laissa sa phrase en suspens. Déjà, sa fille ne l’écoutait plus. Elle comprenait que certains individus soient très attachés à leurs origines, mais certainement pas au point de risquer leurs vies.


Ils reprirent la route une heure plus tard et parlèrent de leur future vie. Helia s’était assise à côté de son père, qui dirigeait les deux vieux chevaux. Parfois, il lui prêtait même les rênes pour la distraire de ce périple ennuyant et éreintant.