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Hérétiques (Tome 2) - L'ordre des Ténèbres

De
336 pages
1453. Luca Vero, le jeune inquisiteur, poursuit sa mission secrète à travers l'Italie. Désormais en route secrète vers Zagreb au bras de la belle Isolde, en compagnie de la mystérieuse Ishraq et du facétieux Freize, il fait halte à Piccolo, un village de pêcheurs où règnent supersitions et peurs. Soudain, les rues sont submergées par des centaines d'enfants. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Johann le Bon, leur guide, prétend que la mer s'ouvrira devant eux jusqu'en Terre Sainte. Est-il prophète, démon ou imposteur ?
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Phîîppa Gregory
L’ordre des Ténèbres
Traduît de ’angaîs par Aîce Marchand
Gallimard Jeunesse
Tître orîgîna :Stormbringers Édîtîon orîgînae pubîée par Sîmon & Schuster UK Ltd © Phîîppa Gregory, 2013, pour e texte © Gaîmard Jeunesse, 2014, pour a traductîon françaîse
Route de rome À Pescara, Italie, novembre 1453
Tout e monde se retournaît au passage des cînq cavaîers sur a route trouée d’ornîères de Pescara : a femme quî eur apporta de a bîère égère dans ’auberge où îs irent hate ; e paysan quî construîsaît un mur de pîerres sèches au bord de a route ; e garçon quî rentraît entement de ’écoe pour aer travaîer dans es vîgnes avec son père. Et chacun sou-rîaît en voyant es deux jeunes gens quî avançaîent en tête du petît groupe, car îs étaîent beaux, et de toute évîdence, en traîn de tomber amoureux. – Maîs comment ça va inîr, cette affaîre, à votre avîs ? demanda Freîze à Ishraq en désîgnant Luca et Isode du menton, tandîs qu’îs chemînaîent tout droît vers ’est en dîrectîon de a côte Adrîatîque. Le soeî d’automne dîffusaît une umîère dorée et, même sî es profondes ornîères de cette route en terre a rendraîent împratîcabe en hîver, on y cîrcuaît sans peîne pour e moment. Avec eurs chevaux robustes, îs avançaîent même à bonne aure vers a mer. Freîze, jeune homme rîeur au vîsage carré quî n’avaît que
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queques années de pus que son maïtre, Luca, n’attendît pas a réponse d’Ishraq. – I est fou amoureux d’ee, contînua-t-î. S’î avaît déjà vécu dans e monde extérîeur et rencontré une ie, î sau-raît qu’î doît se tenîr sur ses gardes. Maîs î est entré au monastère orsqu’î n’étaît encore qu’un gamîn maîgrîchon, aors î a prend pour un ange descendu des cîeux. Ee est aussî bee et bonde que es anges de a chapee. Ça va se termîner dans es armes. Ee va uî brîser e cœur. Ishraq n’étaît pas convaîncue. Ee ixaît de ses yeux noîrs es deux sîhouettes quî es devançaîent. – Pourquoî partez-vous du prîncîpe que c’est uî quî va souffrîr ? Et sî c’étaît ee quî inîssaît avec e cœur brîsé ? Je n’aî jamaîs vu Isode se comporter aînsî avec un autre garçon. Et ee aussî, c’est son premîer amour. Car ee a reçu une éducatîon de nobe châteaîne. On ne aîssaît pas entrer es chevaîers de passage nî es troubadours quî coportent des chansons d’amour. N’aez pas îmagîner que c’étaît comme dans es baades, où des chevaîers jettent des roses aux dames à travers es barreaux des fenêtres ; ee a été éevée d’une façon très strîcte. Son père ’a préparée à devenîr a maïtresse du château. I avaît prévu qu’ee prenne e contrôe de ses terres, même sî son frère uî a tout voé et ’a envoyée dans un couvent. Ces jours-cî, sur a route, c’est a premîère foîs qu’ee goûte à a îberté dans e monde rée – comme moî. Pas étonnant qu’ee soît heu-reuse. Et de toute façon, je trouve ça merveîeux qu’ee découvre ’amour avec quequ’un comme Luca. I a à peu près notre âge, c’est e pus be homme que nous… qu’elle
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aît jamaîs rencontré ; î est gentî, charmant et fascîné par ee. Quee ie n’en seraît pas tombée amoureuse au pre-mîer regard ? – I y en a un autre, un beau jeune homme qu’ee voît tous es jours, gîssa Freîze. Débrouîard, gentî, doué avec es anîmaux, costaud, zéé, servîabe… et beau. Ouî, je pense que a pupart des gens e trouvent beau. Certaîns dîraîent même qu’î est îrrésîstîbe. Tout en admîrant ses yeux beus, son sourîre et son aîr sîncère, Ishraq it sembant de e comprendre de travers : – Vous parez du frère Pîetro ? Ee jeta un coup d’œî au cerc pus âgé quî es suîvaît en menant ’âne. – Oh non, ajouta-t-ee, î est bîen trop sérîeux pour ee ! Et de toute façon, î ne ’aîme pas. I a peur qu’on vous détourne de votre mîssîon, ee et moî. – C’est effectîvement ce que vous faîtes ! ança Freîze, renonçant à paîsanter pour revenîr à sa préoccupatîon prîn-cîpae. Le pape a chargé Luca d’étudîer a in des temps. Sî e funeste jour du Jugement doît arrîver demaîn ou après-demaîn, comme tout e monde a ’aîr de e croîre, î ne devraît pas passer ses dernîers înstants sur terre à gousser avec une nonne défroquée. – Je ne voîs pas ce qu’î pourraît faîre de mîeux, rétorqua vaîamment Ishraq. C’est un beau jeune homme quî faît ses premîers pas dans e monde, et Isode est une joîe ie quî vîent d’échapper à a maînmîse de sa famîe et des hommes en généra. Quee meîeure façon auraîent-îs de vîvre eurs dernîers jours qu’en tombant amoureux ?
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– Bah, vous dîtes ça parce que vous n’êtes pas une chré-tîenne, maîs une sorte de paenne, répondît Freîze sans ambages en désîgnant e pantaon bouffant d’Ishraq sous sa grande cape et ses pîeds nus dans eurs sandaes. Vous n’avez pas conscîence de notre împortance. Luca doît communî-quer au pape tous es sîgnes îndîquant que e monde court à sa in, toutes es manîfestatîons du ma sur terre. Magré son jeune âge, î faît partîe d’un Ordre fondamenta. Un Ordre secret, contrôé par e pape en personne. Ee hocha a tête. – L’împortance des hommes m’échappe très souvent. Vous avez bîen raîson de m’en faîre e reproche. I perçut aussîtôt ’amusement de a jeune femme et ne put s’empêcher d’admîrer sa farouche îndépendance. – Nous sommes vraîment împortants, însîsta-t-î. Nous, es hommes, nous dîrîgeons e monde. Vous devrîez me témoîgner pus de respect. – Vous n’êtes pas un sîmpe servîteur ? e taquîna-t-ee. – Et vous… vous êtes quoî ? grogna-t-î. Une escave arabe ? Une érudîte ? Une hérétîque ? Une servante ? Nu ne e saît. Vous êtes un peu comme une îcorne : une créature que ’on dît étrange et merveîeuse, maîs que ’on aperçoît rarement et quî ne vaut sans doute rîen de bon. – Oh, ce n’est pas certaîn, répîqua-t-ee tranquîe-ment. Ma mère à a peau mate, quî m’a éevée dans un pays étranger, m’a apprîs à ne jamaîs oubîer quî je suîs, même sî personne d’autre ne e saît. – Une îcorne, c’est sûr. Ee sourît.
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– Peut-être. – En tout cas, vous sembez savoîr ce que vous vouez. Ce n’est vraîment pas convenabe pour une jeune dame. – Cea dît, je me demande ce que nous aons devenîr, Isode et moî, admît-ee pus sérîeusement. Nous avons prévu d’aer voîr e is de son parraîn, e comte Vadîsav, pour e convaîncre d’exhorter e frère d’Isode à uî rendre son château et ses terres. Maîs que faîre s’î refuse de nous aîder ? Comment pourra-t-ee rentrer chez ee ? Franche-ment, savoîr sî ouî ou non ee est amoureuse de Luca est e cadet de nos soucîs. Devant eux, Isode rejeta a tête en arrîère et partît d’un grand écat de rîre, amusée par ce que Luca venaît de uî chuchoter. – Ouî, ee sembe foe d’înquîétude, it observer Freîze. – Nous sommes heureuses,Inch’Allah,dît Ishraq. Ee est pus détendue qu’ee ne ’a été depuîs des moîs, depuîs a mort de son père. Et sî, comme e pense votre pape, e monde court à sa in, autant proiter du présent putôt que nous faîre du soucî pour ’avenîr. Le cînquîème membre de eur équîpée, e frère Pîetro, amena son cheva à côté d’eux. – Nous entrerons dans e vîage de Pîccoo au coucher du soeî. Le frère Luca ne devraît pas marcher botte à botte avec a jeune femme. Ça eur donne un aîr… I s’înterrompît pour chercher e reproche quî convenaît. – Norma ? suggéra Ishraq avec împertînence. – Heureux ? renchérît Freîze. – Indécent, rectîia e frère Pîetro. Au mîeux, désînvote,
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maîs quoî qu’î en soît, dépacé pour un jeune homme promîs à ’Égîse. I ajouta à ’întentîon d’Ishraq : – Votre maïtresse feraît mîeux de rester à votre côté. En outre, vous devrîez toutes es deux baîsser es yeux, comme des jeunes ies à ’esprît pur, et ne parer qu’entre vous, avec parcîmonîe et à voîx basse. Le frère Luca devraît mar-cher seu, en prîère, ou près de moî, pour que nous puîs-sîons converser avec gravîté. D’autre part, j’aî notre ordre de mîssîon. Freîze se prît a tête dans es maîns et grogna : – L’ordre de mîssîon cacheté ! Chaque foîs qu’on vît notre vîe et qu’on avance tranquîement, avec une bonne auberge en perspectîve et peut-être un ou deux jours à ne rîen faîre d’autre que nourrîr es chevaux et se reposer, un nouve ordre de mîssîon apparaït et on nous envoîe enquêter à propos de Dîeu saît quoî ! – Nous sommes chargés de mener des enquêtes, décara camement e frère Pîetro. Nous avons des ordres de mîs-sîon que je doîs décacheter et îre à des moments précîs. Quoî qu’en pensent certaîns, ’objectîf de ce voyage n’est pas d’aer d’une bonne auberge à ’autre nî de rencontrer des femmes, maîs de déceer es sîgnes de a in du monde. Je doîs donc ouvrîr cet ordre de mîssîon aujourd’huî, au cou-cher du soeî, pour découvrîr notre destînatîon et ’objet de notre nouvee enquête. Freîze gîssa deux doîgts entre ses dents pour émettre un sîflement strîdent. Obéîssant à son sîgna, es deux chevaux de tête s’arrêtèrent net. Luca et Isode se retournèrent, puîs
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