Heurt Limite

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Il eût fallu un horizon sans partage, comme épargné, mais nullement délaissé de la passion d'homme cruelle et blessée sur le fil d'un horizon si pur. Homme fait d'itinérance, d'impression, dessiné d'écriture, homme de questions tant vivre est en question et mourir n'est pas le repos que l'on croit. Il eût fallu tant de sortilèges et une hauteur d'homme pour apparaitre en vie et contre tout. Mais si je rêve en ma nuit transformée où est ma part de vérité ?
Publié le : jeudi 1 janvier 1998
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EAN13 : 9782296353619
Nombre de pages : 86
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HEURT LIMITE
Récit incantatoire

dessin de couverture:

Dan Vimard

@ L'Harmattan,

1997 ISBN: 2-7384-6088-7

JEAN-FRANÇOIS

JACQ

HEURT LIMITE
Récit incantatoire

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

TIY avait l'horizon. Une ligne claire comme on n'en voit plus par ici. Une ligne rare sans le moindre nuage. Sans la moindre effraction. Sans le moindre soupçon d'anéantissement. Une pulsion tragique, visiblement incendiaire, étrangère à ce paysage las. Une aspiration rougeoyante, anecdotique et pourtant. Une corrélation soutenue entre ciel et terre. Immuable de sobriété, imperturbable de rigueur. Longue. Si longue. D'une langueur étourdissante. D'une tranquillité maladive. TIy avait quelque part en ce monde cet horizon foudroyé, curieusement épargné de tous.

il Y avait un homme. Un homme assis en contrebas. Un individu proscrit dans son errance, sa fragilité de. Un homme que plus rien ne pouvait atteindre dans sa fatigue de cette traversée du monde. Il était à bout, à bord propice de contemplation. Il y avait cet homme là, à vie égrainée, horizontal à l'infini. Il Y avait tout ce corps dont la moiteur féconde étreignait l'interdit: la libertéde vivre à sa proprecadence. Celle de se déplacer au rythme de ses pas. A bout de monde, sans compter les jours. Sans s'imprégner à l'extrême de ce curieux mélange. De cet étrange et blême passe-temps maladif. Fini hier, usé aujourd'hui, anéanti demain. Seul. Juste seul avec le présent. Envahi par une sorte de pressentiment. Comme la craquelure d'une poitrine naissante. Comme une déchirure sous l'instant présent. Une plaie maligne et étincelante. Comme. Le corps constant, en repli sur soi-même. Il y avait cet hommelà muré contre le monde. Un monde humide de sobriété. il y avait cette forme ensevelie parmi les pierres. Abasourdie par la soudaineté, la brièveté du geste. D'un seul geste à effectuer, à cristalliser sans plus attendre. A surprendre. A soutenir sans émoi dans le rebord infime d'une course envisageable. En visage et ensemencé. Et. Un seul cri. Un cri de bête poussé à vif, hors la déflagration. Hors la décrépitude. Hors le désordre, la folle consternation. Sous un soleil torride à piétiner les foules. Sous une vie ardente à mutiler les légendes. il y avait de cet homme incrusté dans le temps.

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Un homme. Une ligne. Entre ces deux axes toute une vie. Une brise parallèle, une trajectoire insensée. Une vie transversale bâtie sur l'absence, cette absence d'infini entre cet homme et le monde. Une vie, ni plus, ni moins. Aussi terne que les autres. Aussi vaste que dérisoire, aussi imprévisible qu'un volcan. Une ligne barge, quelque peu flottante. Une flottille humaine incurvée de mauvaises mines. Une presqu'île. Toute une vie ici-bas. Tout le tracé d'un homme immaculé de chair. Le visage. Un visage poignant, à l'état de tombe. il y avait de la mort sublime imprégnée en ces traits du visage. De la vie morcelée. De la patience juste. C'était cela.Simplement juste un peu de patience. Du désarroi. Mais si léger, imperceptible. De l'attente. De la pénétration obstinée des songes. Et puis l'obsession, l'obsession de vivre cachée en bout de rétine. Cette obsession grandissante, élargissante de ses yeux. Paupières engourdies qui se referment depuis la nuit des temps. A chaque aube. A chaque nouveau crépuscule. il y avait dans tout ce visage l'image intrigante d'un homme à la dérive. Et la passion. De la passion engouffrée dans le bout de ses doigts. De la limite à vaquer contre ses heurts ultimes. De la fébrilité d'en être là. De la fragilité d'en être ici, époustouflant et vivant, dans un état second.

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li Y avait des pas. Les pas de cet homme. Des pas immondes incrustés dans le sable, embourbés dans l'atterre, dans de la boue, dans le grisâtre bitume. li y avait chez cet homme la marque de l'ensemble de ces pas. Mais des pas plus lointains, plus humains qu'on ne se l'imagine. Ils blessaient. Ils époustouflaient la rive ensorcelée de barbelés. lis soudoyaient cet homme, le poussant irrésistiblement à se rendre plus loin. lis s'embusquaient dans l'abîme. lis formaient une ligne, une ligne adverse sans la moindre controverse. Des pas transis,loin des replis stratagèmes. Tous ces pas supposaient à chaque instant l'hécatombe. Tous ces élans signifiaient le tracé indicible d'une ligne abjecte. li y avait de l'envie, de l'ennui, de la mort suspecte face à cet acharnement. De l'éblouissement avide. De l'instabilité, mais si dense. Sûr qu'à un moment où un autre, le soleil portera la confusion à son paroxysme. Les pas de cet homme deviendront alors sa propre ligne de chair, sa trajectoire pansée, sa plaie mitoyenne. Sa divulgation éminemment universelle. Aussi éphémère, aussi claire et tenace que cette poussée d'horizon à chaque matin. Sûr qu'à ce moment précis, cet homme au regard brûlant s'endormira très loin. Si loin cet homme de cette terre humide. Dans le fragile indolore dont son visage semble plus qu'éclaboussé. Plus que jamais à force limite de ce corps. A visage déployé, englué à miroitante de ce sol. A tracé bleu indicible. A méprisante, à jugulante forme.

LO

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