Hiên le Maboul

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Drame dépouillé de toute surcharge exotique, désencombré d'un engagement idéologique trop appuyé, resserré sur une analyse psychologique fine des deux protagonistes, ce roman d'Emile Nolly, paru en 1909 et depuis longtemps indisponible, méritait de renaître. Indochine coloniale, début du XX siècle : Hiên, un tirailleur annamite fruste, privé de son contact primordial avec la nature sauvage, endure le difficile apprentissage de la vie militaire, et souffre plus encore d'être repoussé par une jeune congaï coquette et cruelle.
Publié le : mardi 1 mars 2011
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EAN13 : 9782296803060
Nombre de pages : 208
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   COLLECTION  AUTREMENT MÊMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc.   Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte.   « Tout se passe dedans, les autres, cest notre dedans extérieur, les autres, cest la prolongation de notre intérieur.» Sony Labou Tansi  Titres parus et en préparation : voir en f n de volume
  
  
     Émile Nolly  
HIÊN LE MABOUL     Présentation de Jean-Claude Blachère avec la collaboration de Roger Little              L’HARMATTAN    
 
     En couverture : Photo du capitaine Émile Détanger (vers 1910-1914 ?) aimablement fournie par l’Amicale des Anciens de Saint-Cyr.                  © L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-54363-8 EAN : 9782296543638
          INTRODUCTION  par Jean-Claude Blachère                       
    Ouvrages de Jean-Claude Blachère  Le Modèle nègre : aspects littéraires du mythe primitiviste au XXe  siècle chez Apollinaire, Cendrars, Tzara, Dakar : Les Nouvelles Éditions africaines, 1981 Négritures : les écrivains dAfrique noire et la langue française, Paris : L’Harmattan, 1993 Les Totems dAndré Breton : surréalisme et primitivisme littéraire, Paris : L’Harmattan, 1996 Sony Labou Tansi : le sens du désordre, textes réunis par J.-Cl. B., Montpellier : Centre d’études du XXesiècle : Axe francophone et méditerranéen, Université Paul Valéry, Montpellier III, 2001 Amadou Kourouma, textes réunis et présentés par J.-Cl. B., n° spécial d’Interculturel Francophonies [Lecce, Italie], n° 6 (nov.-déc. 2004) Roland Lebel, : Livre du pays noir Le anthologie de littérature africaine, avec une préface de Maurice Delafosse et 14 bois gravés de Jean Hainaut, réédition présentée par J.-Cl. B., avec la collaboration de Roger Little, coll. Autrement Mêmes 16, Paris : L’Harmattan, 2005 Eugène Pujarniscle,Philoxène, ou De la littérature coloniale, réédition présentée par J.-Cl. B., avec la collaboration de Roger Little, coll. Autrement Mêmes 61, Paris : L’Harmattan, 2010 Jean Sermaye,Barga, maître de la brousse, réédition présentée par J.-Cl. B., avec la collaboration de Roger Little, coll. Autrement Mêmes 64, Paris : L’Harmattan, 2010 Jean Sermaye,Barga linvincible, réédition présentée par J.-Cl. B., avec la collaboration de Roger Little, coll. Autrement Mêmes 65, Paris : L’Harmattan, 2010  
 
    INTRODUCTION : UN ROMAN COLONIAL ATYPIQUE ?  Lorsqu’Émile Nolly fait paraître dansLa Revue de Paris 1908 en son roman,Hiên le Maboul, il est encore un novice.La revue qui l’accueille1est, parmi les innombrables publications plus ou moins météoriques ou intermittentes qui marquent la vie littéraire de l’immédiate avant-guerre, plutôt de bonne tenue : en 1908, elle donne à lire, par exemple, Romain Rolland, Henri de Régnier ou Victor Bérard. Elle a publié, ou elle publiera, Édouard Estaunié, un des maîtres du roman psychologique, Marcel Prévost, auréolé de ses succès et reçu à l’Académie française en 1909, ainsi que des auteurs de littérature coloniale comme Kipling, Loti, Foa ou Pierre Mille. Ce débutant si bien entouré enrichit dans les années suivantes sa biblio ie : en 1910, il fait éditerLa Barque annamite2, en 1913, gLrea pChhemin de la victoire3 jusqu’en 1914, il garnit ses tiroirs; de manuscrits qui verront le jour après sa mort prématurée dans les premiers jours de la guerre – car Émile Nolly est en réalité le capitaine Détanger, off cier de l’Infanterie Coloniale, saint-cyrien né en 1880 dans une famille de militaires, qui a servi en Indochine puis au Maroc.La Revue de Paris en 1915 livreLe Conquérant, prolonge la fortune de Nolly en 1916 en publiant un long poème de Pierre de Bouchaud, « La France éternelle » qui célèbre en vers (très) plats « la mémoire d’Émile Détanger ». L’Académie fran-çaise lui décerne un de ses prix prestigieux, à titre posthume, en 1915. Dans les années suivantes, l’écrivain ne disparaît pas encore complètement des rayonnages :La Barque annamite est republiée en 1921 et 1926, tandis qu’un inédit,Le Mariage de Bep-Mao, voit le jour en 1925 et renaît en 1929. Décidément enrôlé sous la bannière des écrivains coloniaux, Détanger-Nolly est salué de loin en loin par des confrères du club étroit des spécialistes, tels Pujarniscle, qui le juge comme un de                                                  1 revues ont porté le même nom dans l’histoire des lettres. Celle-ci est Plusieurs créée en 1894 et perdure jusqu’en 1937. 2 Ouvrage réédité par Kailash éd. en 2008. 3Ouvrage réédité en 2010 chez Nabu Press.  
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ceux qui « ont parlé de l’Indochine avec le plus d’objectivité »1. Segalen ne voit en lui qu’un écrivain exotique, ce qui n’est pas sous sa plume un vrai compliment. Pierre Mille, dans son Barnavaux aux colonies, ne le mentionne apparemment pas lors-qu’il mentionne les auteurs de cette littérature « plus intérieure », « plus psychologique » qui s’est substituée à « l’ancienne littéra-2 ture coloniale, surtout exotique » . Le long silence d’oubli qui va suivre – ostracisme partagé, on le sait, par la littérature coloniale en général – a pourtant été rompu, à plusieurs reprises, et non d’une moindre manière, par des critiques dont les avis et la notoriété eussent pu alerter le lectorat sur la vraie valeur des romans de Nolly, et deHiên le Maboulen particulier. Dans une correspondance adressée à Alan Locke en 1924, René Maran lui recommande vivement la lecture du roman de Nolly, qu’il cite d’ailleurs à nouveau en 19573. On ignore si Maran avait fait état publiquement de son admiration pour Nolly. En revanche, l’article que lui consacre Marcel Prévost dansLa Revue de Paris dès la f n de 1914 disait clairement que les mérites de Nolly ne devaient pas seulement se mesurer à l’aune du piment exotique ou de l’exactitude documentaire : « Le ton résigné du récit accompa-gne […] en une parfaite harmonie la médiocrité des événements », disait le critique, qui ajoutait que le « principal mérite du romancier » tenait à la pénétration psychologique, celle qui permet de « voir les êtres à fond »4. De fait,Hiên le Maboul, si l’action se déroule bien en Indochine, au Cap Saint-Jacques, au moment – vers 1900 – de l’affermissement de l’implantation coloniale ; si le roman met en scène ce qu’il faut d’Annamites, de congaïs, de sampans et de jonques ; s’il y est question de tirailleurs et d’infanterie coloniale, ce roman ne se réduit pas complètement au genre auquel il semble appartenir. Il n’est que de lire l’étude de Jennifer Yee sur les                                                  1Eugène Pujarniscle,Philoxène, ou De la littérature coloniale, (1931), réédité en 2010 aux éditions de L’Harmattan, par Jean-Claude Blachère et Roger Little, dans la collection « Autrement mêmes », n° 61, p. 89-90. 2 Pierre Mille,Barnavaux aux colonies, (recueil de nouvelles parues en 1906 et 1908), réédition L’Harmattan, 2002, collection Autrement mêmes, avec une présentation de Jennifer Yee, p. 190. 3  Ainsi que le rapporte Roger Little dans un article très documenté sur Maran, «Le Roman dun Nègreà la recherche d’un titre »… 4Marcel PrévostLa Revue de Paris, 1erdéc. 1914, p. 133.   viii
« littératures de l’ère coloniale : l’Indochine »1: elle y répertorie certains des thèmes les plus fréquemment rencontrés. Pas de mandarins incarnant la sagesse bouddhique ; pas de réexion désabusée sur les mystères déroutants de l’âme asiatique : Nolly renouvelle ces topoï, prend même le contre-pied de l’opinion courante, répandue par la littérature coloniale, sur « l’impénétra-bilité psychologique de l’indigène ». Hiên le maboulest un roman colonial atypique – et, à cet égard, méritait d’être tiré de l’oubli : telle est la proposition que la présente introduction va s’efforcer de valider.  Au cœur du roman  Pour tenter de cerner l’originalité de Nolly, il faut procéder comme dans une opération alchimique, par éliminations successives des éléments impurs : quelques réminiscences littéraires, quelques naïvetés ou maladresses dans le maniement de la technique narrative, certaines concessions à l’exotisme de la vie annamite ou de la vie des coloniaux. L’abominable adjudant corse, Pietro, n’est pas sans évoquer l’adjudant Flick créé par Courteline dans sa pièceLes Gaîtés de lescadron et le bon lieutenant, aimable protecteur des (1886), soldats martyrisés par l’ignoble sous-off’, fait penser au capitaine Hurluret. De même pourrait-on voir dans la disgrâce physique de Hiên, amoureux éperdu et sensible, un souvenir du Quasimodo de Notre-Dame de Parisou du vieux conte deLa Belle et la bête. Faut-il être vétilleux à l’excès pour remarquer aussi cette say-nète ingénument cocardière, où des coqs éminemment symboliques se répondent dans l’unisson de la discipline coloniale : « Un coq effronté, qui s’est hissé jusqu’aux chevrons du toit, sonne sa fanfare insolente, et les fanfares affaiblies des coqs sauvages nichés aux buissons de la montagne répondent à son appel ; et les notes pimpantes du clairon, qui éclatent devant la porte, donnent, à leur tour, la réplique au chant gaillard de ce clairon empenné »2?                                                  1 à l’adresse suivante : www.sielec.net/pages Accessible site/destinations/ASIE_ _ SU _ T/ye _ D ES e indochine 2 Hiên le Maboul, p. 67. Pour alléger le système des renvois, les références au roman seront désormais portées directement dans mon propos, avec la seule mention de la page.  
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Marcel Prévost pointait pour sa part « le grave défaut descriptif des premiers livres – l’abus de l’énumération » (p. 135). Par exemple, cette rédaction appliquée : « des pêcheurs […] sifotaient […] ; des poissons volants […] plongeaient. Des moineaux piaillaient […] ; des f llettes […] ramassaient des ;eurs […] des lézards gris […] erraient » (p. 22). Ou encore cet inventaire d’huissier d’une dizaine de lignes, que je ne citerai pas entière-ment : « Des brocanteurs débitent une foule d’ustensiles agréables ou utiles : cadenas de cuivre à sonnerie, fourneaux de pipes à opium frettés d’argent, couteaux à bétel, pipes de fer-blanc […] » (p.112)1l’écrivain, à défaut d’épuiser le réel, épuise, etc., où l’intérêt du lecteur. Le jeune romancier n’évite pas des facilités, lorsqu’il veut amener une description. A-t-il besoin de peindre le camp militaire où le héros, Hiên, remâche ses souffrances, qu’il utilise cette « f celle » un peu grosse : « Hiên a envie de pleurer : pour tromper sa peine, il examine sa prison. Entre la montagne et la baie, le camp aligne ses toits de paille jaune, cases de sergents européens […]. Plus près, le camp des tirailleurs mariés […]. Puis la route […] » (p. 16), etc. Inutile toutefois d’accabler Nolly : les descriptions ne sont ni son fort, ni surtout son centre d’intérêt. Et par voie de conséquence, le romancier ne consacre pas beaucoup de place aux évocations exotiques. Sans doute, situant son œuvre en Indochine – et de surcroît l’écrivantin situ du roman :, comme le mentionne la f n « Hengay-Lam (Tonkin) » – l’écrivain ne pouvait-il guère se dispenser des effets de réel. Il utilise (quoique discrètement) des mots vernaculaires traduits en français ; il décrit des instruments de musique (p. 18) ; il évoque la nourriture, les plantes et les arbres, les rites funéraires (p. 168-169). À côté de l’exotisme indigène, il y a place pour l’exotisme de la vie coloniale. Nolly esquisse le tableau de la société européenne : un missionnaire, sympathique, mais qui joue les utilités ; un comptable antillais, prétentieux et ridicule ; des traitants anglais. Mais très vite, et très clairement, il apparaît que ce tableau est peint au vinaigre. Voici, saisis à la sortie de la messe, un échantillon de la comédie humaine : « femmes coiffées de casques de liège qu’habillent des dentelles et qui sont                                                  1Nolly n’a pas pu connaître leChanteclerd’Edmond Rostand, écrit en 1908 mais joué seulement en 1910.  x
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