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HISTOIRE DE KIRA ET MYTHOS

De
95 pages
Au moment où se déroule leur histoire, les deux héros, Kira et Mythos, vivent dans une société différente de la nôtre. Une société qui a réussi là où Marx et Jésus avaient échoué. Bien que très rare, un seul crime subsiste, que cette société a été impuissante à empêcher, "l'amour fou", celui qui désolidarise de la communauté le citoyen qui en est atteint, celui-là est passible de l'exécution capitale immédiate.
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L’HISTOIRE DE KIRA ET MYTHOS











































En couverture, L’étreinte, sculpture de Claire Sarrazin








© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54557-1
EAN : 9782296545571

Marie France Gounouf







L’HISTOIRE DE KIRA ET MYTHOS



Postface de Bernard Eme,
L’épaisseur et la consistance de l’écume


Illustrations de Katia Dérévitsky



















L’Harmattan










à Marc et Claire











« Aimer à loisir, aimer et mourir au pays qui
te ressemble »
Baudelaire, « L’invitation au voyage » , Les
Fleurs du mal.

Doucement. Doucement ses paupières se
soulèvent, ses yeux s’entrouvent. Elle se redresse
légèrement. Un instant, elle croit qu’il fait jour et
s’en étonne. Nous sommes au début décembre et
elle perçoit dans le sommeil profond de son mari,
couché à ses côtés, une heure très matinale, elle
pense même très exactement 5 heures du matin.
Puis, elle réalise que cette lumière qui éclaire leur
chambre n’est pas celle du jour qui se lève mais
provient du réverbère installé sous leur fenêtre.
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Elle soulève drap et couverture, doucement
aussi, pour ne pas réveiller son mari. Leur lit est
installé dans un angle de la chambre, elle en
occupe le côté situé contre le mur. Pour sortir du
lit, elle doit donc enjamber le corps de son mari. Ce
qu’elle fait. Lentement. Une jambe d’abord dont
elle pose le pied sur le plancher. Ultime instant où
sa pensée est encore ensommeillée, indolore. Puis,
l’autre jambe, dont elle pose l’autre pied. Elle se
redresse et dans l’immédiateté de ce geste, sa
conscience se réveille, aussi vive qu’un soleil
éblouissant. Elle est anéantie, elle se sait anéantie.
En longeant le couloir qui la mène à la cuisine,
sur sa chemise à fleurs en pilou, elle enfile sa robe
de chambre bleu ciel, molletonnée. Dans la cuisine,
elle sort simultanément des placards, d’un tiroir et
du réfrigérateur, le café, un filtre, le sucre, un bol,
une petite cuillère, un couteau, le beurre et la
confiture. Elle prépare le café. Pendant qu’il coule,
elle fait chauffer un peu de lait. Puis, verse l’un et
l’autre dans le bol. Elle s’assoie, enferme le bol
entre ses mains pour la chaleur qu’il diffuse,
commence à boire quelques gorgées pour la
sensation apaisante de brûlure qu’elles lui
procurent, puis se prépare une tartine, la mange et
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vide son bol. Il est à peu près cinq heures et demie.
Dans les jours, les semaines, les mois qui vont
suivre, chaque matin, le même scénario se
répétera.
Son café bu, la souffrance l’envahit, millimètre
par millimètre, elle l’occupe tout entière. Dans son
corps, son ventre en est devenu l’épicentre. Dans
son esprit, la conscience de l’absence de l’homme
qu’elle vient de perdre régénère en permanence sa
douleur.
L’homme qu’elle veut. L’homme qu’elle aime.
L’homme qu’elle s’est rendu inaccessible en
parlant la veille à son mari. Á celui-ci, elle a tout
dit : le nom de la ville où elle avait rejoint cet
homme, l’indicible bonheur qu’il lui avait donné,
et même son nom, son nom à lui. Les paroles sont
sorties de sa bouche sans qu’elle les ait voulues ou
pensées, elles se sont en quelque sorte échappées
d’elle, indépendamment de sa volonté. Elle a fait
quelque chose de très banal : avouer à son mari,
qu’elle vient de le tromper. Mais cet aveu a rompu
en elle on ne sait quelles digues, la laissant défaite,
son image d’amante, défigurée, sa représentation
du monde, dévastée, son être, évidé.
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