Histoires de départ, rêves de retour

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Ce recueil est le cri d'une âme déchirée, par deux fois déracinée, de la Palestine terre de ses ancêtres d'abord et de la Syrie patrie de substitution. Sur un ton de poésie à la fois vif, cruel et délicieusement sensuel, cinq nouvelles racontent les tourments qui secouent le monde arabe d'aujourd'hui : les jeunes victimes de la guerre, la hantise de l'arrestation tapie dans l'ombre et les pressions sociales, les sous-sols des prisons politiques ... mais aussi la passion et l'amour, la puissance de l'espoir...
Publié le : dimanche 1 novembre 2009
Lecture(s) : 50
EAN13 : 9782296931442
Nombre de pages : 124
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Histoires de départ, rêves de retour
A Othman, Un enfant entré en prison avant d'être en âge d'aller à l'école… A lui qui veille sur sa petite sœur et détruit les barreaux de ses deux rêves : Le retour et le départ
Un jour… Lorsque je ressuscitai au pied d’un olivier, je sou-levai les paupières pour parcourir le monde qui m’entourait, je ressentis une terrible ignorance et une peur profonde. Je me mis à tourner autour de l’arbre, puis d’un autre ; je sentais une joie débor-dante danser dans ma poitrine et sur mon visage. Au loin, j’aperçus un vaste fleuve miroiter tel une mer et je m’élançai vers lui. Je courus, mû par une vites-se incroyable. Lorsque je parvins à la berge, je sau-tai et je fus surpris par l’altitude que je prenais. Je m’élevai, m’élevai, je sentais deux ailes se déployer, deux ailes blanches, les miennes ! Je compris alors que j’avais atteint le paradis.
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Un temps indéterminé passa. Je virevoltais au-dessus du gigantesque tableau à la recherche d’amis dans cette magnifique étendue. Je ne dis pas que je m’en-nuyais mais j’ai pensé que le bonheur qui ne me quit-tait pas serait sans doute plus beau si je le partageais avec d’autres. Dans mon cœur, une voix lointaine me rappelait une ancienne soif d’amitié. Ce n’est pas moi qui les trouvai mais eux, qui m’a-perçurent tournoyant dans le ciel à leur recherche. Ils me suivirent formant une nuée derrière moi et chan-tèrent de leur douce voix. Et quelle allégresse enve-loppa mon corps comme du duvet ! Je rebroussai chemin et me joignis à eux. Nous volâmes un temps ensemble, chantant pour tout ce qui est rond et tout en courbes, grand ou petit, même le ver nous ne l’ou-bliâmes pas. Nous étions tous des enfants. Il paraît qu’avant le jugement dernier, le paradis n’accepte qu’eux. Et nous, à qui le monde n’avait pas accordé d’interminables années, nous étions honorés d’une vie plus longue dans l’au-delà. Lorsque nous nous sommes posés dans une prairie de fleurs, nous avons déployé nos ailes pour leur faire respirer la lumière du soleil. Nous étions devenus amis avant d’avoir prononcé un seul mot. Un jour, quelques-uns d’entre nous se rassemblè-rent et une discussion, que nous n’avions commen-cée que pour le plaisir, raviva en nous les souvenirs. Comme le paradis n’accepte pas les secrets, les dis-cussions de l’assemblée se propagèrent, et bientôt tout le monde s’était joint à nous. Nous ne nous rap-
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pelons pas qui a prononcé le mot « souvenirs ». Tout a changé alors, c’était comme si nous vivions un accouchement, enfantant les souffles du passé les uns après les autres. Les histoires s’élevèrent de leurs tombes, la séance se prolongea, longtemps, long-temps, si longtemps que nous ne savions pas quand elle prendrait fin…
La mort aux portes Voilà que je me souviens chers amis. Les évène-ments du passé me parviennent tels des oiseaux reve-nant de leur migration. Je les ai aimés sans savoir s’ils représentaient toute ma vie sur terre, une partie seulement, ou plus. Je vais vous conter mon histoire que je n’ai, jus-qu’à aujourd’hui, confiée à personne, peut-être parce qu’elle n’a pas existé ou parce qu’elle a eu lieu lorsque je n’étais pas encore de ce monde. Cela s’est passé sur une terre dont je ne me rappel-le pas le nom, et qui ressemblait à l’éden sans l’être. Mon père me réveilla tôt, j’étais triste chaque fois que mon père me réveillait avant que je ne sois ras-sasié de sommeil. Je lui demandai ce qui se passait et il me répliqua que ce n’était pas le moment de parler. « Lève-toi, me dit-il, la mort est aux portes ». Il ne me dit pas quelles portes et ne m’expliqua pas pour-quoi l’enfant de sept ans que j’étais devait fuir la mort. Il se mit à rassembler nos bagages éparpillés dans la maison tandis que ma mère m’enfilait vête-
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ment sur vêtement à tel point que je faillis étouffer. « Maman, pourquoi tout ça ? » protestai-je. Elle me regarda, et je compris qu’elle avait passé la nuit en pleurs. À cette idée, j’éclatai en sanglots. Je n’a-vais plus envie de poser de questions… Mon père enfourcha son âne, ma mère et moi un autre. Des paroles de mon père je compris que mes frères nous avaient précédés avec mes oncles. «Ton cœur aurait-il la force de voir tes enfants massacrés devant tes yeux comme cela s’est passé pour nos voi-sins ? N’aie-pas peur Badiaa, si les sages n’avaient pas juré sur leur honneur que nous reviendrions bien-tôt, expliqua-t-il à ma mère, je n’aurais pas quitté cette maison.» Avant que nous ayons atteint la limite de notre petit village, le ciel explosa sous le fracas des balles. L’aurore se raidit de frayeur. Au son de ce bruit, mon père, ma mère et les deux ânes devinrent fous, et nous nous lançâmes dans une course contre un temps insaisissable. Quant à moi, je me mis à me lamenter à grands cris. Plus le sifflement des balles s’élevait, plus je hurlais, plus je pleurais. Mais je ne pus leur tenir tête plus longtemps, je me tus. Les balles conti-nuèrent à déchirer l’aube. Lorsque nous atteignîmes une petite colline, mon père regarda au loin et vit la traîne humaine de ceux qui étaient partis avant nous. « Nous sommes sau-vés! » dit-il, et il mourut. Une balle s’était logée dans sa tête. Je ne sus pas si elle lui était destinée ou pas. Je restai bouche bée de stupeur et d’ignorance.
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