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HISTOIRES DE GRANDS

De
128 pages
A la croisée des chemins, il y a Nina, 20 ans, et lui qui pourrait être son père. Deux êtres que tout sépare mais qui décident, sans se connaître, de partir ensemble. Et ce qui devait être une fuite les rapproche d'eux-mêmes et de leur vérité. Dans un Maroc de tous les contrastes, chacun renoue avec un passé lourd de souvenirs et de secrets, et peu à peu les plaies se referment...
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DES HISTOIRES DE GRANDS
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Myriam Jebbor DES HISTOIRES DE GRANDS
© LHARMATTAN, 2011 5-7 rue de lÉcole-Polytechnique ; 75005 Paris , http://www.librairieharmattan.comdiffusion.harmattan@wanadoo.frharmattan1@wanadoo.frISBN : 978-2-296-13864-3 EAN : 9782296138643
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Je lui ai dit : « On a parlé de tout mais pas de lessentiel. On na jamais parlé delle. Il ny en a eu que pour nous, mais que veux-tu, quelque part elle en fait partie, de notre histoire ! » Il a lancé avec un drôle de sourire : Parce quelle est lessentiel, maintenant ? -Ça semblait lamuser, ou alors il ne comprenait pas, mais je nai pas aimé quil sourie à ce moment-là, comme on se moque. Je lai regardé bien en face. Ses yeux mont fixée, la prunelle sest agrandie au milieu des deux perles vertes, et il a essayé de voir plus loin, à lintérieur de moi. - Je croyais que tu la détestais et que tu ne voulais pas que je ten parle, tu me lavais bien dit : on fera comme si elle nexiste pas. Oui, je men souvenais, mais cétait lâche de ma part, et cétait avant, au début, quand il était beau, parfait, quon était les gentils et elle la méchante. Maintenant les choses avaient changé, et je voulais savoir qui elle était. Il a répété : - Tu voulais quon fasse comme si elle nexistait pas. - Oui, mais elle existe. Elle est bien vivante, et même si ça ne marrange pas, je suis obligée de le reconnaître. Elle est bien vivante puisque tu la rejoins tous les soirs, puisque tu dois lui rendre des comptes, lui mentir et lui inventer des tas dhistoires auxquelles même une gamine de douze ans ne croirait pas. Elle est bien vivante puisquelle souffre. Moi je sais que je suis vivante quand je sens que jai mal, et elle, elle a certainement mal tout le temps. Il a reculé dun pas. On est restés immobiles. Il y avait deux mètres entre nous, et le silence Et ça flottait là comme quelque chose dénorme qui ne voulait pas séloigner. On continuait à sobserver avec une espèce de méfiance. Il a dit : « Mais enfin cest ridicule Pourquoi veux-tu parler delle ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce soir ? Quest-ce qui sest passé ? Jai répété après lui : « Ce qui sest passé ? »
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On ne pourra jamais dire exactement ce qui sest passé ce mercredi. Cétait il y a trois mois. Ce nétait pas la première fois que je voyais Nassim B. parce quici nous avons grandi avec son visage sur le petit écran et sa photo dans les journaux. Et quand ce jour-là je lai rejoint dans le petit café, quand jai serré sa main et vu son regard plein de soleil, je nétais pas impressionnée. Je lui ai même dit : « Vous avez quelque chose de familier ». Je me suis assise en face de lui et jai sorti le bloc-notes de mon sac, lai posé sur la table. Jai tourné les pages jusquà trouver les questions que javais rédigées au stylo rouge. Il a bougé un peu puis a lâché en souriant : - Maintenant, je vous vois mieux. Dites, vous écrivez avec des stylos de toutes les couleurs, nest-ce pas ? Et avant, vous étiez première de la classe, toujours assise au premier rang. - Non, jamais première, et jamais au premier rang. Ça déconcentre quand on rêve. Jai relevé la tête en lâchant ces mots. Il a souri et jai trouvé quil était beau. Jaurais aimé parler de cette première fois dune autre manière. Jaurais aimé dire quen voyant Nassim ce jour-là, jai senti dans mon cur quelque chose bouger et quà partir de là, tout a été bouleversé. Cela aurait justifié la suite : notre histoire, mon égoïsme, mon attitude mais je lai juste trouvé beau. Et pendant quil parlait, je regardais ses mains larges, les doigts fins, la bague à lannulaire, la chaîne à son cou, la petite cicatrice au coin de son il, et je riais parce quil ne me parlait plus du tout de ce pourquoi jétais venue. Parce quil disait : « Vous êtes belle, pas seulement belle, en fait vous avez quelque chose de différent des autres filles. Vous nêtes pas maquillée, nest-ce pas ? Vous relevez toujours vos cheveux comme ça, avec un crayon à papier ? Et puis vous nêtes pas impressionnée. Les gens, quand ils me voient, sont souvent impressionnés et ils sexcusent de me retenir, de prendre un peu de mon temps. Ils disent excusez-moi, excusez-moi tout le temps, et tant quils ne disent pas excusez-moi, ils ne me gênent pas. Cest après que je les trouve franchement lourds » Me voir rire lamusait, et il riait avec moi. Il a tenu à régler le café et le chocolat chaud, et quand il a ouvert son portefeuille, il me la tendu pour que je voie la fille et le petit garçon qui souriaient. Il a dit : - Voilà mon petit prince, et elle, elle a déjà treize ans. Elle les a eus hier, ça ma fait une drôle de sensation. Je me suis vu très vieux, et 10