Hors-série Danse : Il était une fois, la danse !

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De quelle façon dansait-on au Moyen Âge ? Pourquoi Louis XIV devint-il le meilleur danseur de son temps ? À quel moment les danseuses ont-elles mis des chaussons ? Nina répond à ces questions (et à beaucoup dʼautres) en tournant les pages enchantées, terribles ou rigolotes de lʼHistoire de la Danse classique – le plus beau des contes.



Publié le : jeudi 23 janvier 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823815849
Nombre de pages : 79
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Remerciements
Je remercie Patricia Stanlowa, directrice de l’Institut International de Danse Janine Stanlowa, toujours attentive à ce que j’écris. Je remercie aussi mes professeurs, Sabine Pasteur, de l’Opéra de Lyon, et Frédéric David, de l’Opéra de Paris, dont les cours passionnants nourrissent mon travail sur la danse.
A.-M. Pol
En souvenir d’Yvette Bouland-Vinay
(1925-2012), danseuse.
Et pour tous les danseurs que j’ai admirés
depuis mon enfance…
A.-M. Pol
Avant-propos
Ce volume se veut une approche ludique de la danse, depuis la nuit des temps jusqu’à la première danseuse sur pointes. Cette approche est subjective. Il s’agit d’instruire les jeunes lecteurs en les amusant, et c’est Nina, l’héroïne de la série « Danse !1 », qui prend la parole pour raconter l’évolution de son art en France. Nina le fait avec ses mots à elle, sa fraîcheur et son humour, en rêvant sur les costumes portés au fil du temps par princes, princesses ou baladins2. Chaque époque évoquée lui rappelle aussi les grands ballets des XIXe et XXe siècles qui s’en sont inspirés.
Et Nina se faufile dans l’Histoire de la Danse comme dans le plus beau des contes…
Il n’y a plus qu’à la suivre !
1Vingt-trois titres de sa réédition sont déjà parus chez Pocket Jeunesse.
2Mot venu de baler qui signifie « danser » ; on appelait ainsi les danseurs.
Nina s’explique
J’aime danser…
Parce que j’aime bouger, sauter ou tourner. Mais pas seulement ! J’aime aussi le travail quotidien de la danse, l’effort mental et physique qu’il demande. J’aime obliger mon corps à obéir aux règles de la danse classique. Quand j’y parviens, je suis fière de mes petites victoires – une jambe levée plus haut, une jolie pirouette ou des bras expressifs.
Tu es comme moi, je parie ?
Et toi aussi, tu attends avec impatience ta « récompense », c’est-à-dire le spectacle où tu vas apparaître. Une fois sur scène, tu pourras enfin montrer à tous ce que tu as appris et danser pour de bon…
Ce jour-là, tu porteras ta tenue de ballerine* : tutu* et pointes, l’ensemble idéal, celui qu’on a toutes rêvé de mettre un jour1. Mais sais-tu qu’avant d’arriver à cette géniale fleur de tulle et à ces chaussons* à bout dur les artistes ont été vêtus de costumes très différents ? Ceux-ci ont accompagné l’évolution de la danse et ils l’ont parfois provoquée.
Je vais te raconter comment ça s’est passé…
1Les mots de la danse sont expliqués dans « Quelques mots de la danse »
1
De la Préhistoire à l’Antiquité
La Danse et la Divinité
« La danse est celle de nos fonctions humaines qu’on peut le plus évidemment qualifier de “divine”. »
Élie Faure, historien d’art (1873-1937)
Dans la revue L’Art et les Artistes, « La danse », octobre 1933
Au commencement était la danse…
Ou, plutôt, au commencement EST toujours la danse…
La preuve : le petit enfant danse avant de parler. Un air de musique et… hop !… gigotant sur ses jambes mal assurées, il exprime naturellement son désir de vivre ; les premiers hommes ont dû faire comme lui, n’est-ce pas ?
LA PREMIÈRE DANSE
Quelque part sur la terre, il y a des milliers d’années…
Ici-bas, tout est mystère à ses yeux, surtout le ciel changeant. L’homme le regarde, sa tête broussailleuse levée. Le soleil disparaît derrière la montagne dans une coulée rouge ; reviendra-t-il demain ? L’homme n’en est jamais certain. Il a peur de la nuit qui approche, peur de se retrouver dans le noir, malgré les étoiles. Si le soleil disparaissait pour toujours, que deviendraient l’homme et ses deux petits ? À demi nus, à l’entrée de la caverne, ils s’accrochent à leur mère pour la téter. Elle aussi lève un regard craintif vers le ciel. Et, plus loin, ceux de la horde, accroupis autour du feu, observent à leur tour la voûte céleste qui, lentement, s’obscurcit.
Alors, les bras tendus, l’homme supplie en silence le soleil, puis tape des pieds pour l’appeler ; ses compagnons se dressent pour imiter leur chef. Un seul d’entre eux reste auprès du foyer afin de veiller sur la flamme ; mais, lançant un long hululement dix fois répété, il rythme les mouvements des autres. Et l’écho qui renvoie son cri semble, tout à coup, être la voix lointaine du dieu disparu, du dieu Soleil. Celui-ci leur répond. Rassurés, ils comprennent tous qu’il reviendra…
: Il était une fois, la danse !
Ce que j’en pense :
À l’époque de La Guerre du feu1, la danse a dû commencer ainsi, n’est-ce pas ? C’est joli d’imaginer qu’elle a servi, d’abord, à apaiser les angoisses des premiers hommes. Dès le début, ils ont compris que la danse n’était pas uniquement mouvement, mais le langage de l’âme. Au fil du temps, ils ont cherché à enrichir ce langage d’une manière ou d’une autre et ils s’y sont mis d’un bout à l’autre de la planète parce que, partout, on éprouve le même besoin de danser !
À savoir :
La farandole viendrait, dit-on, des lointaines danses autour du feu.
Un détail éloquent :
En Inde, dans la religion hindouiste, Nataraja, le dieu de la danse, a créé le monde d’un coup de talon.
Eh oui, depuis la naissance du monde, on a dansé en Asie, en Afrique, dans les deux Amériques, au pôle Nord ou en Océanie. Pour danser, on s’est paré de plumes, de masques, de jupes de raphia, d’os devenus bijoux ou, encore, on s’est peint de la tête aux pieds…
: Il était une fois, la danse !
Il y a eu les danses rituelles : danses sacrées pour obtenir la faveur des dieux ou danses des guerriers.
Il y a eu les danses profanes, c’est-à-dire sans portée religieuse, danses de séduction ou danses festives. On danse pour conquérir un cœur, faire honneur à des invités ou célébrer une bonne nouvelle.
Il y a eu aussi des danses « représentant » devant un public la vie, la mort, l’amour ; la danse devient un spectacle. On la regarde, on l’applaudit, on l’admire.
Bref, la danse fait peu à peu partie de tous les actes de la vie tandis que, soufflant dans un roseau ou frappant sur une calebasse, l’homme découvre la musique…
Et tout change !
EN AVANT, LA MUSIQUE !
La musique a accompagné la danse, lui permettant d’évoluer, de se structurer. Musique et danse sont liées à jamais. Elles s’enrichissent l’une l’autre.
Les anciens Égyptiens l’ont bien compris ; après avoir dansé au son des seuls claquements des mains, ils ont peu à peu inventé des instruments prodigieux : la harpe, la flûte, la lyre, le tambour, et bien d’autres encore !
Regarde bien cette illustration.
Elle est inspirée par une fresque peinte, il y a des milliers d’années, dans la chambre funéraire d’un dignitaire du pharaon.
Ces sveltes jeunes filles sont des artistes complètes, à la fois danseuses et musiciennes même si nous ne voyons pas ici leurs gracieux instruments de musique.
: Il était une fois, la danse !
Mon clin d’œil :
Certaines ont appris leur art, dit-on, avec les esclaves ramenées d’Inde qui, là-bas, dansaient pour les dieux dans les temples hindous. La danse s’exportait déjà !
Ces jeunes filles âgées de cinq mille ans (ou plus) seraient encore à la mode aujourd’hui avec leurs longs cheveux, leurs serre-tête, leurs colliers plastrons et leurs robes légères. La culotte du bikini de l’une d’elles ressemble beaucoup à un string ! Visiblement, elles se sont fait une beauté pour danser en l’honneur d’un grand de ce monde, à Thèbes2, la capitale de l’Égypte des pharaons.
Un détail touchant :
En ce temps-là, la danse a déjà pris une telle importance que l’image de ses danseuses préférées accompagne dans son tombeau un amateur de danse, pour l’éternité…
À savoir :
La danse orientale actuelle dérive de la danse égyptienne.
sep
Mais la danse classique aussi s’en est inspirée, avec :
 La Fille du pharaon, ballet en 3 actes et 9 tableaux, avec prologue et épilogue, créé le 18 janvier 1862 au théâtre Bolchoï de Saint-Pétersbourg 3
Musique : Cesare Pugni
Livret : Jules Saint-Georges et Marius Petipa*4, d’après l’œuvre de Théophile Gautier*, Le Roman de la momie
Chorégraphie : Marius Petipa
Créatrice du rôle : Carolina Rosati
 Nefertiti, créé le 29 juin 1934 à l’Opéra-Comique, à Paris
Musique : Maurice Perez
Chorégraphie : Constantin Tcherkas
N’oublions pas les multiples ballets qui, de 1780 à 1988, ont mis en scène Cléopâtre, dernière reine d’Égypte.
Des contrées proches de l’Égypte ont été également sources d’inspiration.
L’Arabie a suscité :
 Shéhérazade, drame chorégraphique en 1 acte, créé à l’Opéra de Paris le 4 juin 1910
Musique : Nicolaï Rimski-Korsakov*
Chorégraphie : Michel Fokine*
Créateurs des rôles : Ida Rubinstein, Vaslav Nijinski*, Enrico Cecchetti*
L’Assyrie :
 Istar, poème dansé, créé le 31 décembre 1941 à l’Opéra de Paris
Musique : Vincent d’Indy
Chorégraphie : Serge Lifar*
Créatrice du rôle : Yvette Chauviré*
La Terre sainte :
 Le Fils prodigue, ballet en 3 tableaux créé par les Ballets russes le 21 mai 1929 au théâtre Sarah-Bernhardt
Musique : Serge Prokofiev*
Livret : Boris Kochno
Chorégraphie : George Balanchine*
Décors et costumes : le peintre Georges Rouault
Et l’Inde !
 La Bayadère, ballet-pantomime* en 4 actes et 2 tableaux, créé le 28 janvier 1877 au Bolchoï de Saint-Pétersbourg
Musique : Léon Minkus*
Chorégraphie et livret : Marius Petipa
À savoir :
Ce ballet, qui fait vivre et mourir la danseuse sacrée d’un temple indien, a été repris à l’Opéra de Paris en 1992, dans une version de Rudolf Noureev*.
Ce que j’en pense :
En fait, ce sont souvent les grandes belles histoires du passé revues et corrigées par les chorégraphes qui donnent des ballets inoubliables.
Et faisons depuis l’Égypte un grand jeté jusqu’en Grèce !
Un peu de mythologie
Au fait, la mythologie, en quoi ça consiste ?
C’est selon le dictionnaire l’« ensemble des mythes et des légendes propres à un peuple, à une civilisation, à une région5 ». Pour résumer, il s’agit, au fond, de l’imaginaire d’un peuple.
Pourquoi je te parle de la mythologie grecque ?
Parce que, tu verras, elle a inspiré la plupart des grands ballets des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles… et certains de notre époque !
Et la Grèce nous a fait un beau cadeau : une déesse pour la danse.
Elle s’appelle Terpsichore. Elle est née dans une fratrie de neuf sœurs, les Muses, qui habitent sur le mont Parnasse et ont une résidence secondaire sur l’Hélicon ; leur père est Zeus6, le dieu des dieux, et leur mère, la déesse de la mémoire, Mnémosyne. Chacune des Muses représente un art ou une science. La danse a été attribuée à Terpsichore. Avec ses sœurs, elle accompagne souvent le dieu de la beauté et des arts, Phébus7. Elle est sûrement sa préférée, qu’est-ce qu’on parie ?
Comment la reconnaître ?
Elle porte une tunique aérienne, une guirlande dans les cheveux et elle ne se sépare jamais de la lyre qui rythme ses pas de danse…
Un détail éloquent :
Grâce à la mère des Muses, la mémoire a été mise en valeur dans la mythologie grecque. Cela doit signifier que, sans la mémoire des émotions, il n’y a pas d’artiste. On travaille toujours à partir de soi, n’est-ce pas ? Et ne parlons pas de la mémoire nécessaire pour enregistrer tous les pas d’un ballet…
De quelle façon dansait-on sous le regard de Terpsichore ?
Il y avait des danses spécifiques selon la région, le dieu à honorer, la saison et les circonstances. Il y avait aussi des danses guerrières, telle la Pyrrhique, à Sparte, pour s’entraîner au combat.
L’Emmélie, une danse lente, s’intégrait aux représentations de la tragédie grecque.
L’Hormos, où filles et garçons formaient une chaîne, était une danse originaire de la ville de Sparte.
En l’honneur d’Artémis8 :
La (ou le) Cariatis se dansait après une victoire militaire. Le (ou la) Cordace (ou Cordax) était une danse burlesque (qui devait faire rire la déesse) !
En Crète, on célébrait la victoire de Thésée sur le Minotaure en dansant le Géranos.
Chaque année, en juillet, à Athènes, avait lieu la procession des « panathénées » pour célébrer Athéna9, déesse de la pensée, et protectrice de la ville. Les frises du Parthénon10 montrent l’élégant défilé de jeunes femmes aux tuniques plissées. Mais, d’après les dessins des vases à fond noir où apparaissent les danseuses d’alors, les Grecs ne se contentaient pas de cette élégante danse « au sol », ils aimaient aussi les danseuses de corde court-vêtues, voire les femmes acrobates qui, portant (déjà) un caleçon, marchaient sur les mains… !
Ce que j’en pense :
Les plus jolis témoignages de la danse de l’époque antique sont les délicates statuettes de terre cuite appelées « tanagras » (d’après le village de Tanagra où elles ont été découvertes). Elles virevoltaient, parées de voiles, au IVe siècle avant J.-C.11… et virevoltent encore de nos jours dans les musées !
: Il était une fois, la danse !
Les cheveux relevés en chignon, les bras nus, elles portent des jupes longues dont les plis ondulants accompagnent leurs mouvements et cachent à demi leurs pieds nus ou chaussés de minces pantoufles.
Mon clin d’œil :
Un costume très moderne ! Je pourrais danser habillée comme ça, moi !
À savoir :
La mythologie de la Grèce antique a été adoptée par les Romains qui honoraient les mêmes dieux que les Grecs, mais sous des noms différents. Pendant les bacchanales, les fêtes dédiées au dieu Bacchus, les « bacchantes », ses prêtresses, dansaient follement avec le public… une énorme « rave » avant l’heure !
sep
La mythologie gréco-romaine a inspiré de nombreux ballets. Parmi les plus connus :
 Sylvia ou la nymphe de Diane, créé en 1876 à l’Opéra de Paris 12
Musique : Léo Delibes*
 L’Après-midi d’un faune, créé en 1912 au Théâtre du Châtelet à Paris par les Ballets russes
Musique : Claude Debussy*
Chorégraphie et création du rôle : Vaslav Nijinski
 Daphnis et Chloé, créé en 1912 au Théâtre du Châtelet à Paris
Musique : Maurice Ravel*
Chorégraphie : Michel Fokine
Créateurs des rôles : Tamara Karsavina* et Vaslav Nijinski*
 Apollon musagète, créé en 1928 au théâtre Sarah-Bernhardt à Paris par les Ballets russes
Musique : Igor Stravinski*
Chorégraphie : George Balanchine
Créateur du rôle : Serge Lifar
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