Huis clos à Bissandougou

De
Publié par

Sous une forme anodine, faite de scénettes et d'anecdotes toutes véridiques, l'auteur nous fait pénétrer dans le labyrinthe du Parti-Etat, huis clos étouffant dominé par le Chef Suprême... Pourtant, là plus qu'ailleurs, les femmes ont pris la parole et leur courage s'est avéré bénéfique. Ainsi nous sont contés le pourquoi et le comment d'une énorme faillite de cette Révolution, très tôt prévisible, et qui, comme l'Ogre de la fable, s'est nourrie de la chair de ses enfants, dans le silence complice de la Communauté Internationale...
Publié le : jeudi 1 décembre 2005
Lecture(s) : 221
EAN13 : 9782296416017
Nombre de pages : 103
Prix de location à la page : 0,0053€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Collection « Ecrire l'Afrique })

Huis clos à Bissandougou

L'auteur
Mamadou BAH Thierno GOBlliI est guinéen. Il a été successivement: Professeur de Lettres; Directeur des Etudes à l'Ecole Supérieure d'Administration ; Administrateur Général (Recteur) de l'Institut Polytechnique de Kankan ; Directeur Général des Services de l'Information (RadioTélévision) ; Ministre des Postes & Télécommunications; Ministre des Pêches et de l'Elevage; Ambassadeur en Ethiopie ; Ambassadeur au Mozambique; Chef de Division à la Coopération Afro-Arabe de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) ; Directeur du Département Politique à l'OUA; Représentant Spécial de l'Unité Africaine (UA) au Burundi.

Mamadou BAH Thiemo GOBIHI

HUIS CLOS A BISSANDOUGOU

L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique

F - 75005 - Paris

Photo en couverture 1 :

Le portail d'entrée symbolise Notre Pays sous le Régime dont il est question dans ce livre: l'accès est bien entretenu, plaisant et même engageant voire hospitalier, avec ses jeunes plantations présageant une végétation luxuriante pour ombrager l'entrée; le sol est dallé pour éviter toute poussière en saison sèche et prévu pour écouler toute inondation en saison des pluies; le blanc cassé du portail de fer est la couleur fétiche dudit Régime; les battants bardés, en quelque sorte, de lances peu amènes voire inquiétantes, signifient qu'Ordre et Discipline sont de rigueur ici. L'apparence y est: le passant étranger peut s'y laisser prendre. .. Le fromager « Bissandougou » rafraîchit l'enceinte du Palais Présidentiel encore aujourd'hui.

Copyright L'HARMATTAN 2005 www.harmattan.com harmattanl@wanadoo.fr ISBN: 2-7475-9358-4 EAN : 978 2747 593 588

Avant-propos

Les premières années de la période des indépendances ont été les années de « tous les pouvoirs» ou «des pleins pouvoirs », en Afrique. Ce fut la génération des révolutions - euphoriques et euphorisantes qu'elles se disent marxistes, prolétariennes, socialistes ou socialo-communistes. Le texte qui suit n'est pas une chronique, loin s'en faut. C'est plutôt un coin de voile soulevé sur l'une de ces révolutions, avec ses hommes d'Etat et leurs états d'âme, le tout constituant un drame dont l'auteur a voulu restituer la face cachée en habillant la réalité d'un brin de fiction, juste pour pouvoir sourire, de peur d'avoir à en pleurer. Que celui qui feuillette ce livre s'exerce à deviner... il trouvera. Les mêmes printemps bourgeonnant des mêmes fleurs, le lecteur africain - d'où qu'il vienne - ne manquera pas d'y voir des « identités remarquables» communes à la plupart de ces révolutions puissantes et impérieuses, où les acteurs, évoluant dans le huis clos de la paranoïa des pouvoirs susceptibles et sourcilleux, donnaient l'impression que le temps avait éclaté en éternité et que rien ne bougeait plus. Cependant, malgré ces pouvoirs dominateurs et tyranniques exercés sur les peuples, ceux-ci ont toujours réagi, refusé et se sont, à leur manière, opposés... Plus intéressant est le rôle de la femme qui, quoi que l'on en pense ou en dise, s'est toujours positionnée à l'avant-garde de cette opposition, expression suprême de 7

la liberté - celle qui sourd du fond du cœur et dresse l'être, les mains nues, contre l'injustice, l'oppression et l'absurdité. Ce modeste ouvrage est un hommage à son esprit de sacrifice, à son courage, à sa persévérance et à sa constance.

8

BISSANDOUGOU GBASSIKOOLO

La capitale de notre pays est une vieille ville bâtie sur une presqu'île de forme oblongue, qui fut belle autrefois avec ses petites villas tapies à l'ombre des grands manguiers touffus, des flamboyants au feuillage exubérant et des bougainvilliers luxuriants. Cette coquetterie lui avait valu le surnom de «Perle de la côte» occidentale du Continent. La cité avait une particularité: l'artère centrale qui la coupait en deux la faisait ressembler à une feuille de bananier avec sa nervure médiane. Elle était paradoxalement ponctuée à ses deux extrémités par deux fromagers séculaires au tronc massif: qui avaient, pour ainsi dire, les pieds dans l'eau de mer contre lesquels les vagues venaient s'écraser bruyamment. .. Une autre particularité: au premier fromager, les autorités coloniales avaient adossé une bâtisse, belle architecture d'époque, qui servait de palais au gouvernement de la République; tandis qu'à l'autre fromager, jadis autel de la forêt sacrée des Bagas, la Révolution avait adossé un bel édifice appelé « Palais du Peuple ». Les mauvaises langues, pour des raisons qu'elles seules savaient, avaient finalement appelé le premier fromager « Bissandougou », tandis que le second, pour des raisons que tout le monde connaissait, s'appelait « Gbassikoolo ». C'était là comme le décor planté d'un huis clos dramatique à l'intérieur duquel se jouèrent, pendant un quart de siècle, le destin de tout un peuple et le sort de milliers d'hommes illustres. A Gbassikoolo se tenaient les sessions du Comité Central du Parti, du Conseil National 9

de la Révolution, de la Conférence Economique Nationale, du Conseil Supérieur de l'Education - tous des instances législatives -; tandis qu'à Bissandougou, siégeait le Conseil des Ministres, le Premier Exécutif du Parti-Etat sous la présidence du Camarade Président de la République, Commandant en Chef des Forces Armées Révolutionnaires de notre République Démocratique Populaire. A l'époque, il y avait de l'organisation chez nous, et chacun savait où mettre les pieds. C'est bien là que se déroula, tel un kaléidoscope, l'une des plus puissantes Révolutions qui suscita tant d'espoir, galvanisa tant d'hommes et de peuples, et enregistra tant de sacrifices de la part des hommes et des femmes de notre pays. Pour tous, le temps paraissait avoir éclaté en éternité. Rien ne semblait plus bouger ni pour ceux qui avaient réussi à créer les conditions d'un bonheur illusoire dans ce théâtre, ni pour ceux qui n'y trouvaient leur compte d'aucune manière. Alors, nous nous mîmes à développer des sentiments aberrants: certains d'entre nous se sentaient de loin au-dessus du commun des mortels, et cultivaient déjà une volonté de déité savamment distillée par des flatteurs obséquieux et des thuriféraires prébendiers. D'autres se morfondaient dans une noirceur morbide, et se croyaient victimes d'une malédiction divine ou d'un sort dont ils allaient chercher les raisons chez les marabouts et les féticheurs. Mais tous ensemble nous avions appris à clamer une puissante autosatisfaction qui culminait dans une sorte de narcissisme collectif Le culte de la singularité nous étouffait et l'égocentrisme était devenu le moindre de nos défauts. Naïvement, nous avions plaisir à compter ce que nous n'avions pas et, en tout, le rêve prit le dessus sur la réalité. 10

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.