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Identités remarquables

De
189 pages
Ce quatrième roman clôt la série Pierre Forestier. Après avoir abordé l'ambivalence de l'être humain, le rôle de la parole dans l'émergence de l'humanité, le rapport du corps et de l'esprit, François Winling s'intéresse dans les Identités remarquables à la formation de la conscience et aux personnes qui contribuent à son élaboration. Le titre évoque la présence de mathématiques, de physique et d'astronomie; l'auteur s'en explique dans le chapitre VII.
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François Winling

Identités
remarquables
Roman




































© L’Harmattan, 2014
5Ȭ7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978Ȭ2Ȭ343Ȭ03240Ȭ5
EAN : 9782343032405

Identités remarquables

Écritures
Collection fondée par Maguy Albet


Plaisance (Daniel), Un papillon à l’âme, 2014.
Baldes (Myriam), Où tu vas, Eva ?, 2014.
Paul (Maela), L’homme à la peau de soie, 2014.
Couture (Josiane), Courtes éternités, 2014.
Lecocq (JeanȬMichel), Rejoins la meute !, 2014.
Bastien (Danielle), La vie, ça commence demain, 2014.
Bosc (Michel), L’amour ou son ombre, 2014.
Guyon (Isabelle), Marseille retrouvée, 2014.
Pain (Laurence), Elsa meurt, 2014.
Cavaillès (Robert), Orgue et clairon, 2014.
Lazard (Bernadette), Itinérantes, 2013.
Dulot (Alain), L’accident, 2013.
Trekker (Annemarie), Un père cerfȬvolant, 2013.
Fourquet (Michèle), L’écharpe verte, 2013.
Rouet (Alain), Le violon de Chiara, 2013.

*
**
Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des
parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages,
peut être consultée sur le site www.harmattan.fr

François Winling

Identités remarquables

roman




















L’Harmattan

Du même auteur

Roman

Un pluriel singulier, Édition,L’Harmattan, Paris, 2011

Les gènes de l’âme,L’Harmattan, Paris, 2012

La mort en vie,L’Harmattan, Paris, 2013

Chapitre I
Pompes à essence

« Comment s’élabore notre conscience ? Quelles sont les
sources qui sont à l’origine de notre essence même ? » se
demande Pierre Forestier au crépuscule de sa vie. ContraiȬ
rement aux animaux, qui sont presque totalement proȬ
grammés à leur naissance par les attributs de leur espèce,
l’homme naît nu et sans connaissance. Il est donc censé enȬ
trer libre dans la vie alors que Pierre sait bien qu’à cet insȬ
tant initial, son devenir était déjà largement programmé.
Quand il regarde en arrière, certains personnages émerȬ
gent de la foule de tous ceux qu’il a côtoyés. Ce sont eux
qui lui ont montré les chemins qu’il a pris et qui ont fait
qu’il n’en a pas emprunté d’autres. Ils l’ont, en quelque
sorte, petit à petit, privé d’une partie de sa liberté initiale
que le milieu et le pays dans lequel il était né avait déjà larȬ
gement restreinte. Mais la vie consistant justement à trouȬ
ver sa propre route dans un océan de possibilités, ils ont
aussi été les phares qui lui ont permis de s’orienter. CerȬ
tains ne brillaient pas beaucoup et il a négligé leur lumière


pour découvrir trop tard leur vraie valeur. Ils ont cepenȬ
dant, eux aussi, beaucoup compté dans sa vie.
Nombreux sont ceux qui l’ont enrichi de leurs connaisȬ
sances et de leurs découvertes alors qu’ils avaient déjà
quitté cette Terre au moment de sa naissance. Ce sont des
passeurs de connaissance, passionnés par le domaine dans leȬ
quel ils exerçaient leurs compétences, qui lui ont transmis
ces découvertes anciennes, enrichies de leurs propres exȬ
périences ou de leurs propres réflexions.
Pierre leur est aujourd’hui infiniment reconnaissant. Il
les a souvent quittés sans les remercier et s’en culpabilise,
maintenant qu’il mesure tout ce qu’il leur doit. Il ne vouȬ
drait pas que son petitȬfils fasse comme lui, mais sache, au
contraire, reconnaître dans l’instant ce que certains lui apȬ
portent de plus que les autres. Il y a des phares et des miȬ
roirs aux alouettes qu’il ne faut pas confondre, des parents
nourriciers et d’autres qui transmettent de vraies valeurs,
des professeurs qui font leur cours et d’autres qui enseiȬ
gnent leur discipline avec une grande hauteur de vue, des
patrons qui gèrent leur société au quotidien et d’autres qui
ont une vision d’avenir pour leur entreprise, des personnes
qui savent distinguer immédiatement l’important du seȬ
condaire et d’autres qui se laissent submerger par les
détails…
Non, dans la vie tout ne se vaut pas. Il y a de grands
auteurs et de petits romanciers, des peintres de génie et de
petits maîtres, des personnes d’une grande culture mais
n’apportant rien de neuf et d’autres qui enrichissent les
connaissances de l’humanité par leurs propres travaux : il
y a des wagons et des locomotives… Des savants ont moȬ
difié profondément notre compréhension du monde en
s’appuyant sur les résultats d’une cohorte d’anonymes qui

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n’avaient pas su assembler les pièces d’un puzzle auquel
ils avaient pourtant contribué.
Mais il y a aussi des propagateurs d’obscurantisme, qui
veulent imposer à leurs fidèles des pratiques d’un autre
âge, comme ils enferment leurs femmes sous un voile intéȬ
gral et, à l’inverse, des promoteurs de contestables libertés
individuelles nouvelles, des partisans du n’importe quoi
pour tous… Ce sont, les uns comme les autres, pense Pierre,
des destructeurs de civilisation.
Une société a besoin de visionnaires, c’estȬàȬdire d’indiȬ
vidus qui voient auȬdelà des apparences, qui savent s’afȬ
franchir de la pensée dominante, qui n’appliquent pas ce
principe lâche de précaution, mais qui savent explorer de
nouveaux continents, des découvreurs d’Amérique, des
marcheurs sur la Lune, des Copernic, des Galilée, des
Christophe Colomb, des capitaines Cook ; des Darwin, des
Pierre et Marie Curie, des Einstein, des Hubble, des Planck,
des Watson et Crick ; des Léonard de Vinci, des Picasso,
des Homère, des Victor Hugo, des Mozart, des Bach ; des
Jésus, des Gandhi et des Mandela…
Pierre Forestier qui aime jouer avec les mots dit souvent
à son petitȬfils qu’il doit bien choisir ses propres pompes à
essence. Il parle souvent avec lui de ce qui est accessible à
un enfant de douze ans, le reste il va l’écrire pour plus tard,
lorsque luiȬmême ne sera plus là pour le faire.

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Chapitre II

Un monde merveilleux

Nous devons tous beaucoup à notre mère. Celle de Pierre
Forestier était très catholique, croyante et pratiquante.
Grâce à elle, il vécut longtemps dans un univers merveilȬ
leux. Des images de sa petite enfance sont encore gravées
dans son esprit, en particulier celles d’une Bible illustrée
pour jeunes enfants qu’elle lui commentait. Dieu y créait,
en six jours, le ciel, la terre et toutes les espèces vivantes. Il
terminait son œuvre en soufflant sur la poussière du sol
pour en faire surgir Adam et plantait pour lui le jardin
d’Eden, un paradis terrestre où poussaient de magnifiques
fleurs, arbres et plantes de toutes sortes. Le lion et l’agneau
y faisaient bon ménage.
L’amour de Pierre pour les jardins doit venir de cette
vision d’enfant renforcée par le destin qui a voulu qu’il renȬ
contre plus tard, à Rouen, sa première femme, Isabelle,
alors étudiante à l’École d’Horticulture et de Paysage. Elle


a pendant sa vie, hélas trop courte, réalisé de magnifiques
1
parcs et jardins.
Yahvé créait ensuite Eve à partir d’une côte prélevée sur
Adam, le premier clonage en quelque sorte. La légende de
l’image disait qu’ils étaient nus tous les deux, mais de
grandes feuilles vertes, judicieusement placées par le desȬ
sinateur, cachaient les zones de leurs anatomies dont Pierre
aurait bien voulu qu’elles ne le fussent pas. Puis venait le
premier interdit, l’arbre de la connaissance du bien et du mal,
dont les beaux fruits, bien rouges, leur étaient défendus,
suivi de la première transgression, le péché originel : il
voyait encore aujourd’hui le serpent tentateur, enroulé auȬ
tour du tronc de l’arbre proscrit, sortant sa langue fourchue
pour proposer à la première femme de goûter la pomme
interdite. Sur la page suivante, Ève faisait croquer par
Adam le fruit qu’elle avait entamé. Dieu, patriarche à la
barbe blanche, apparaissait alors au milieu des nuages et
chassait du paradis les deux coupables en leur désignant
d’un doigt vengeur la sortie matérialisée par un majesȬ
tueux portail. Ils se retrouvaient, sur le dessin suivant,
dans un univers hostile, fait de ronces et d’arbres aux
branches vengeresses, comme celui de la forêt traversée
par Blanche Neige fuyant sa marâtre, dans un autre de ses
livres. On apercevait sur la même image, au travers du porȬ
tail dont la grille était grande ouverte, le magnifique paraȬ
dis perdu et, devant lui, ce nouvel univers hostile. « Et tout
cela pour une malheureuse pomme ! », pensait le jeune
Pierre. Ses propres bêtises lui semblaient alors, comparatiȬ
vement, monstrueuses.
Puis c’était Caïn, valeureux laboureur jaloux de son
jeune frère Abel qu’il croyait préféré de Dieu, tuant le doux

1
Voir Un pluriel singulier/L’Haramattan 2011
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éleveur de moutons ; Noé fabriquant, avec l’aide de
nombreux charpentiers, une arche sur laquelle tous les aniȬ
maux, girafes, éléphants, lions, vaches, moutons… monȬ
taient ensuite, couple par couple, grâce à un plan incliné
les menant à bord de cette nef ventrue ; le déluge, puis la
colombe ayant au bec un rameau d’olivier et le bel arcȬenȬ
ciel unissant le ToutȬPuissant aux humains ; la tour de
Babel, construite en spirale conique, et ses bâtisseurs se
mettant subitement à parler des langues différentes ;
Abraham, à la barbe longue et fournie, levant son poignard
étincelant au soleil, pour sacrifier son fils et obéir ainsi à
Yahvé ; Jacob volant le droit d’aînesse d’Ésaü grâce à un
plat de lentilles, se revêtant ensuite de la peau d’un de ses
moutons pour imiter la pilosité de son frère et recevoir
ainsi, à sa place, la bénédiction de leur père ; Moïse bébé,
dans un petit panier d’osier flottant sur un affluent du Nil,
au milieu de verts papyrus et de nénuphars en fleurs,
sauvé des eaux par la fille du Pharaon, une jeune et belle
Égyptienne ; Aaron changeant son bâton en serpent, sous
les yeux stupéfaits du souverain. Puis c’étaient les plaies
d’Egypte, l’invasion des grenouilles ramassées à la pelle
par des esclaves, les nuages de moustiques et de sauteȬ
relles, les rivières dont l’eau était transformée en sang…
Le jeune Pierre aimait beaucoup l’épisode de la fuite
d’Égypte. Il était fasciné par la traversée de la mer
Rouge s’écartant devant la main tendue de Moïse, pour
laisser passer son peuple entre deux murailles liquides.
Elles allaient, en se refermant au même signe, engloutir les
cavaliers du Pharaon lancés à leur poursuite. Il admirait ce
chef de tribu, descendant du mont Sinaï en tenant dans ses
mains deux lourdes pierres gravées, les Tables de la Loi dicȬ
tée par Dieu, et trouvant encore, saisi d’une sainte colère,

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la force de renverser le veau d’or édifié en son absence par
ses compagnons impies.
Les trompettes faisant tomber les murailles de
Jéricho étaient un autre moment fort, comme celui de
Samson, retenant fermement par le cou un puissant lion à
la grande crinière rousse, puis, trahi par la pulpeuse Dalila,
ayant, à la demande de cette dernière, les tresses coupées
par un Philistin, perdant la force qui en dépendait ainsi que
les yeux crevés par d’autres. Ses cheveux ayant repoussé,
il retrouvait, grâce à Dieu, son énergie phénoménale et
écartait alors de ses bras les piliers du temple du dieu imȬ
pie Dagon, auxquels il avait été enchaîné, le faisant écrouȬ
ler et se tuant ainsi avec les milliers de Philistins, hommes
et femmes, qui s’y trouvaient.
Il admirait David, tout menu, portant une légère toge
blanche ceinte à la taille d’un foulard rouge, qui paraissait
avoir le même âge que lui et tuait, à l’aide d’une simple
fronde, le géant philistin Goliath, armé, lui, d’une grande
épée, la tête couverte d’un casque et le corps revêtu d’une
armure.
Sa maman lui faisait observer la sagesse du roi Salomon
demandant à un soldat muni d’une grande épée de couper
en deux le bébé revendiqué par deux femmes, et le cri de
l’une d’elle disant ȈAh ! Seigneur, donneȬlui l’enfant vivant
mais ne le fais pas mourir !Ȉ, révélant ainsi qu’elle en était la
vraie mère.
Jonas, jeté à la mer en furie pour l’apaiser, englouti par
une baleine, demeurant trois jours dans son ventre avant
d’être vomi par elle sur le rivage, rappelait à PierreȬenfant
Geppetto, qui subissait le même sort avant d’être sauvé par
Pinocchio, sa marionnette devenue grâce à sa bonne fée un
enfant de chair, désobéissant et imprudent, mais qui

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partait, bourrelé de remords, à la recherche de son père et
faisait ouvrir la gueule du grand mammifère marin grâce à
la fumée d’un feu allumé dans ses entrailles.
C’était ensuite le Nouveau Testament et l’ange Gabriel,
beau comme un jeune premier, les grandes ailes blanches
déployées, annonçant à Marie, une vierge fiancée à un
homme de la maison de David appelé Joseph, qu’elle allait
enfanter un fils, conçu du SaintȬEsprit, auquel elle devrait
donner le nom de Jésus ; Bethléem, la crèche, l’âne et le
bœuf, les bergers et les rois mages ; le massacre des Saints
Innocents : des bébés de moins de deux ans arrachés au
sein de leur mère et poignardés par des légionnaires roȬ
mains pour faire ainsi disparaître le futur « roi des juifs »
censé se trouver parmi eux…
Les adultes ne se rendent pas compte de l’effet qu’ont
certaines images sur de jeunes enfants : elles s’impriment à
jamais dans leur cerveau, surtout lorsque le livre leur a été
donné par leur mère et commenté par elle.
Les abominations, les massacres, les cruautés s’arrêȬ
taient avec ce dernier épisode. La suite, à l’exception de la
mort de Saint JeanȬBaptiste dont PierreȬadulte revoyait enȬ
core la tête au cou sanguinolent apportée sur un plateau en
or à la jeune et belle Salomé, n’était, jusqu’à la Passion, que
béatitudes, paraboles et miracles. Ces derniers impressionȬ
naient le jeune Pierre qui ne réalisait pas encore leur aspect
dérisoire : changer l’eau en vin, multiplier les poissons et
les pains ou marcher sur l’eau étaient des performances
dignes du magicien d’Oz, pas du créateur supposé d’un
Univers dont la Terre n’est qu’un infime détail.
Le message de Jésus est beaucoup plus fort. Pour le réȬ
sumer, ce qui importe c’est d’être attentif et secourable visȬ
àȬvis de ses prochains, de faire fructifier les talents que l’on

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a reçus, de pardonner les offenses et de ne pas juger les
autres : PierreȬadulte revoyait l’image de la femme adulȬ
tère en passe d’être lapidée. ȈQue celui qui n’a jamais péché
lui jette la première pierre !Ȉdisait le Christ en commençant
à écrire sur le sol les fautes commises par ses bourreaux.
Cela revenait à interdire à jamais la lapidation et c’était
beaucoup plus intelligent et efficace que le moratoire ( !)
proposé par Tariq Ramadan à la fin du vingtième siècle.
C’est donc un message de paix, de liberté, d’amour, bien
loin de l’œil pour œil dent pour dent de l’Ancien Testament,
ou du djihad des islamistes. C’est là que réside le génie du
christianisme authentique, par rapport à des religions basées
sur le seul respect d’obligations et d’interdits et prônant la
violence contre les infidèles. Pour Jésus, les rituels sont
faits pour être oubliés face à des devoirs plus importants et
les coutumes condamnables pour être abolies.
Les crimes reprenaient avec la Passion dont les images
de cette bible pour enfants n’étaient pas plus allusives que
celles de l’Ancien Testament. On voyait, sur l’une d’elles,
des soldats romains armés de marteaux enfoncer de gros
clous dans les mains et les pieds du supplicié. Puis le Christ
en croix, entre les deux larrons, criantȈMon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m’asȬtu abandonné ?Ȉ Comment pouvaitȬil être
abandonné par Dieu alors qu’il l’était luiȬmême ? se deȬ
mandait PierreȬenfant et se demande encore PierreȬadulte.
Le troisième jour, c’était le miracle de la Résurrection
matérialisée par l’image de la grande dalle ronde qui, malȬ
gré son poids, avait été roulée par le crucifié pour sortir de
son sépulcre. Après être apparu aux Saintes Femmes et à
ses apôtres, le Christ montait au ciel devant ces derniers
médusés, puis disparaissait auȬdessus des nuages pour apȬ
paraître sur la page suivante assis à la droite de son Père,

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en attendant, disait le texte, deȈrevenir un jour sur la Terre
pour y juger les vivants et les morts.ȈVenaient alors les
images de ce terrible jugement dernier, ce tri entre les bons,
allant directement au paradis, les moyens, devant d’abord
faire pénitence au purgatoire avant d’y accéder et les méȬ
chants, condamnés aux flammes éternelles et retournés à
l’aide de fourches par des diablotins rouges munis de
cornes, d’une queue et de pieds fourchus. Ils alimentaient
les cauchemars de PierreȬenfant.
La généalogie du Christ, figurant à la fin du livre, monȬ
trait que Dieu avait créé l’univers il y a 6 000 ans, ce qui
semblait déjà considérable à l’enfant qu’il était. Mais ce qui
l’impressionnait le plus était ces maximes : ȈUne petite bête
noire sur une pierre noire par une nuit noire, Dieu la voit !Ȉ et
ȈPas un brin d’herbe ne pousse sans que Dieu le veuille !Ȉ
Toutes les images, qu’elles soient religieuses ou proȬ
fanes, se ressemblaient, avaient l’air de l’époque. A côté de
la Bible illustrée, les albums du Père Castor, Gédéon,
Babar, les fables de La Fontaine, les contes de Perrault,
Alice au pays des merveilles… C’était un monde féérique.
Dans ces livres d’images, comme on les appelait alors, la
faute était suivie de la sanction, l’effort l’emportait sur la
facilité, la prière était exaucée. Même si la pire violence côȬ
toyait la douceur, la morale était toujours présente, qu’il
s’agisse de la Bible ou des contes les plus horribles comme
Barbe bleue et la pièce interdite, où étaient pendues à des
crocs ses épouses successives, la Belle au bois dormant et
les mauvaises sorcières, Peau d’Ane et son père incestueux,
le Petit Poucet et ses frères abandonnés par leurs parents et
se réfugiant dans la demeure d’un ogre boulimique… La
ruse était permise pour arriver à ses fins à condition que

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