Il faut détruire Carthage

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A Rome en 680, Eucher, vieil homme opiniâtre et Nazaire, adolescent éprouvé par la vie, partent à la recherche d'Abdon, un fanatique responsable de l'assassinat de nombreux artistes. Au terme d'un voyage éprouvant, jalonné de meurtres sauvages, ils atteindront Carthage où ils découvriront une vérité surprenante. A travers le personnage d'Abdon l'auteur pose plusieurs questions d'actualité : pourquoi le fanatisme ; un fanatique est-il accessible au raisonnement ; a-t-on le droit de tout représenter ?
Publié le : lundi 2 novembre 2015
Lecture(s) : 14
EAN13 : 9782336394886
Nombre de pages : 176
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André et Michèle Bonnery
Il faut détruire Carthage Il faut détruire Carthage
Romans historiques
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07347-7 EAN : 9782343073477
Il faut détruire Carthage
Romans historiques Cette collection est consacrée à la publication de romans historiques ou de récits historiques romancés concernant toutes les périodes et aires culturelles. Elle est organisée par séries fondées sur la chronologie. PINTAUX(Philippe),Vous reviendrez à Berlin-sur-Meuse, 2015. RODHAIN(Claude),Fanquenouille. Un gueux à la cour de Louis XV, 2015. RUIZBOTELLA(Rodrigue),Thibaud sur les routes de l’an mille, 2015. e DUFOURCQ-CHAPPAZ(Christiane),siècle.Une lignée de verriers au XIX Itinéraires de petits-bourgeois, 2015. CHAUVANCY(Raphaël),Soundiata Keïta. Le lion du Manden, 2015. MONTAGU-WILLIAMS(Patrice),La guerre de l’once et du serpent. Nordeste brésilien. Septembre 1939, 2015. JOUHAUD(Fred),Le dernier vol du Capricornus. Un hydravion dans la tourmente, 2015. SALAME(Ramzi T.),Les rescapés. Liban 1914-1918, 2015 MAAS(Annie),Le fils chartreux de Barberousse, 2015. JOUVE (Bernard),Le maréchal de Richelieu ou les confessions d’un séducteur, 2014. IPPOLITO (Marguerite-Marie),Mathilde de Montferrat, Comtesse de Toscane, 2014. WAREGNE(Jean-Marie),Francisco de Orellana. Découvreur de l’Amazone, 2014.
Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
André et Michèle BONNERY Il faut détruire Carthage Roman
1.
Rome, 20 septembre 680 Depuis la veille, le temps était gris, lourd, maussade, les nuages poussés par le vent marin laissaient choir une pluie fine, chaude, incessante. Les vieilles pierres chargées d’humi-dité libéraient des effluves fétides, résultant de la lente décomposition des miasmes accumulés par les siècles. Ap-puyés contre les colonnes du portique de l’ancien temple de Romulus, trois ouvriers mosaïstes, leur journée de travail terminée, attendaient une accalmie avant de rentrer chez eux. Pour tromper leur ennui, le regard tourné en direction du Capitole, ils observaient la progression d’un groupe d’individus, des étrangers sans nul doute, capuche relevée sur leur tête, descendant la Voie Sacrée. A leur démarche indé-cise, on devinait qu’ils tentaient d’esquiver les flaques d’eau, tout en se gardant de glisser sur les grandes dalles lisses et mouillées de la chaussée. L’un d’eux s’étala pourtant. Les autres membres du groupe entreprirent d’aider leur compa-gnon, affalé au pied de l’arc de triomphe de Septime Sévère, à se remettre debout. Ils hésitèrent sur le chemin à prendre : allaient-ils chercher refuge dans la basilique Emilienne, à leur gauche, ou dans la basilique Julienne, à droite ? Ils considérè-rent avec perplexité les deux monuments en piteux état, colonnes inutilement pointées vers le ciel, architraves brisées, toitures effondrées. L’un des voyageurs désigna du doigt l’ancienne Curie transformée en église. Tout le groupe s’y engouffra.
— Pauvres gens, murmura l’un des ouvriers, un petit chauve au nez busqué, ce n’est pas de tout repos d’aller en pèlerinage ! Enfin, ils ont fait le bon choix en entrant dans Saint-Adrien. Là, au moins, ils seront à l’abri. — En tout cas ils n’ont pas eu la mauvaise idée de venir se coller contre nous avec leurs capes dégoulinantes, persifla un de ses compagnons, un adolescent boutonneux. Le petit chauve se contenta de répondre : — Pourtant, heureusement qu’ils sont là. Il n’eut pas besoin d’exprimer à haute voix ce que tous savaient : sans ces étrangers accourus du monde entier, Rome ne serait que ruines. Grâce à leur argent, on pouvait restaurer les anciens temples pour les transformer en églises et ouvrir des auberges afin d’accueillir les voyageurs venus faire leurs dévotions sur les tombes des martyrs. Songeur, l’homme embrassait du regard le Forum déployé devant lui, depuis la colline du Capitole jusqu’à l’arc de Titus. La brume qui s’élevait du sol, enveloppait, tel un voile de tulle, les constructions séculaires, estompant les blessures des marbres brisés et les mutilations des murailles. Un instant, l’ouvrier mosaïste crut voir renaître la gloire du Forum romain au temps où les empereurs résidaient sur le Palatin. Tous ces monuments de marbre que le monde entier admirait, avant que les Barbares ne soient passés par là et que Rome n’ait perdu son rang de capitale de l’Empire. Un appel émana de l’intérieur de l’église Saint-Côme-et-Saint-Damien, amplifié par la coupole du temple de Romulus qui faisait office de hall d’entrée ; il tira l’homme de sa rêverie. — Eh ! Vous êtes encore là ? — Oui, il pleut toujours, répondit le troisième ouvrier, un grand blond, doté d’une tignasse hirsute. — Vous feriez mieux de continuer à travailler, bande de fainéants, plutôt que d’attendre, désœuvrés. Juché sur un échafaudage, sous l’arc triomphal de l’abside de la basilique, Mathieu, le maître mosaïste, profitait des der-
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nières lueurs du jour pour mettre en place quelques tesselles, afin d’avancer son ouvrage. Il cessa de grommeler contre les ouvriers, toujours pressés de rentrer chez eux et qui, de toute façon, n’en feraient qu’à leur tête. Il observa son ouvrage d’un œil critique, et parut satisfait. L’Agneau de Dieu trônait au sommet de l’arc, encadré par quatre anges. Des symboles des évangélistes, il fallait encore terminer l’aigle de Jean, dont il avait tracé l’esquisse sur le mortier frais. Il ne put s’empêcher de comparer son travail avec la mosaïque de la conque de l’abside, réalisée un siècle et demi auparavant : le Christ, entouré des apôtres Pierre et Paul, figurait sur un fond de ciel irisé, éclairé par les lueurs du soleil couchant. « Quelle maîtrise, songea-t-il, nos anciens savaient si bien manier la palette des couleurs ! » Puis, comme pour s’excuser : « après tout, ce n’est pas ma faute si ma mosaïque n’a pas la même lumière… » Aujourd’hui on préférait les fonds d’or. Constantinople donnait le ton. Et les mosaïstes manquaient de matériaux. Où iraient-ils chercher les lapis-lazuli ? Surtout depuis que Nazaire et Julien avaient disparu. Comment avaient-ils fait, ces petits malins, pour apporter d’aussi belles tesselles ? Où avaient-ils pu les débusquer ? Il songea, une nouvelle fois, avec tristesse et colère, au sort misérable des deux adolescents, victimes innocentes d’un monstre qui avait également massacré ses deux prédé-cesseurs, les maîtres mosaïstes de la ville de Rome … et tant d’autres encore. Toujours des mosaïstes. Une véritable cala-mité pour la profession. Les ouvriers avaient même envisagé de cesser leur activité. Ce n’est pas lui qui le leur aurait re-proché. Ne s’était-il pas caché, pour ne pas risquer de devenir la prochaine victime d’Abdon, ce fou fanatique ? Il n’en était pas très fier, du reste. Il avait fallu l’arrestation de l’iconoclaste assassin pour qu’il accepte de sortir de sa re-traite et se remettre au travail. Peine perdue, le monstre avait réussi à s’enfuir ! N’était-il pas à nouveau en danger, mainte-nant ?
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