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Il y a assez de gays dans la famille ! (comédie gay)

De
255 pages

Il y a assez de gays dans la famille !

Christophe de Baran


Marie, fringante pharmacienne de Montpellier, est la mère de trois beaux garçons : Thomas, 22 ans, étudiant à Paris, Maxime 19 ans et Damien 16 ans, tous deux sous le toit familial.

Marie, comme toutes les mères se tracasse sur l’éducation de ses fils et leurs possibles travers : mauvaises rencontres, drogues, maladies. Rien de tout ça dans la famille ! Toutefois Damien s'enferme régulièrement avec un de ses camarades dans la douche du local de la piscine familiale. Maxime faisait de même quelques années auparavant. Ça y est les deux plus jeunes sont homosexuels !

Encore faut-il en être sûre et certaine. Marie mène l’enquête. D’abord dans la chambre des enfants, avec des résultats plus ou moins convaincants. En bonne ethnologue du dimanche, Marie décide d’aller à la rencontre du peuple homosexuel en se rendant dans le Marais à Paris. Ses fils ont-ils le même comportement que cette « faune » ?

Une comédie vive et très drôle où les personnages bien tranchés virevoltent au rythme des situations cocasses dans laquelle Marie se complait.



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Il y a assez de gays
dans la famille
Roman
Christophe de Baran
Éditions de Montigny 14 rue du Ferlage 74700 Cordon
Préface Avant de commencer mon récit, je voudrais vous placer dans une situation que vous avez peut-être déjà vécue ou, à défaut, que vous imaginerez sans peine. Ce soir, c’est le rituel, comme tous les mois, vous dînez avec votre bande de copains, des anciens de la fac. Chaque couple reçoit à tour de rôle. C’est une tradition qui dure depuis des années, un rituel immuable. Vous êtes ce que l’on pourrait appeler des intimes. Outre une grande amitié, un autre point commun vous unit : vous avez tous des enfants de moins de quinze ans. Imaginez ensuite que pendant le repas, pour une raison inconnue, alors que tout se passe bien, la discussion dévie sur un sujet sensible : l’homosexualité. Et là, sans prévenir, Sophie, mère de Jonathan, pose la question qui dérange : — Franchement, vous réagiriez comment si vous appreniez que votre fils était homosexuel ? Silence autour de la table. Vous manquez de vous étouffer en avalant un morceau de poulet au curry. Et Sophie de compléter : — Non, parce que moi, si Jonathan était gay, je ne sais pas comment je le prendrais ! Vous vous regardez en chiens de faïence autour de la table. Personne ne répond. C’est bien le genre de situation où il faut tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de l’ouvrir. Dans le doute, ne pas hésiter à doubler le nombre de tours. Parce que si vous deviez être honnête, vous diriez que vous non plus, vous ne savez pas comment vous prendriez une telle annonce. Catherine, mère de Jessica (seize ans) et de Jérôme (dix ans), a compris l’enjeu qui se cache derrière la question. Sûre d’elle, elle affirme : — Moi, ça me serait totalement égal. Ce que je souhaite avant tout, c’est leur bonheur. Qu’ils le trouvent avec une personne du sexe opposé ou avec quelqu’un du même sexe ne change rien à l’affaire. Et puis on n’est plus au Moyen Âge quand même ! La réaction de votre amie ne vous surprend pas. Catherine a toujours été soucieuse de son image. Elle est open, comme on dit aujourd’hui. Vous n’oseriez pas remettre en cause ses bonnes intentions, mais vous la soupçonnez de ne pas être totalement franche. Vous la connaissez bien et dans la pratique, vous l’imaginez devenir hystérique en apprenant que son cher fiston, la prunelle de ses yeux, joue à touche-pipi avec d’autres garçons. Julie, la maîtresse de maison, mère de Tiphaine (cinq ans), approuve en ajoutant : — J’ai lu dans une revue scientifique que l’homosexualité était génétique. Elle viendrait d’une anomalie sur le chromosome X1 et serait « activée » par le mode d’éducation que l’on donne aux enfants. Si Tiphaine était lesbienne, nous ne pourrions nous en prendre qu’à nous-mêmes. La réaction immédiate de Roger, père de François (douze ans), vous surprend par sa violence : — À nous-mêmes ? Tu parles ! Moi, je ne le supporterais pas. Je crois que je le mettrais dehors sur-le-champ ! Un fils pédé, plutôt crever. Il est immédiatement corrigé par sa femme qui lui signifie qu’elle n’hésiterait pas à le quitter s’il agissait ainsi. Elle protègerait son fils unique à n’importe quel prix. Surpris, Roger ne dit plus rien. Lâché dans la côte par son épouse, vous comprenez qu’il finirait par céder et par accepter, avec le temps, l’homosexualité de son fils… à contrecœur. Vous en déduisez par la même occasion qu’en théorie, les mères sont plus compréhensives. En théorie… Il y a longtemps, avez-vous lu sur Internet cette histoire d’un père qui s’accusait d’avoir tué son fils ? Après l’avoir surpris en compagnie d’un autre garçon, il lui avait tellement hurlé dessus que le gamin avait fugué et s’était jeté d’un pont. Vous aviez été bouleversé par ce récit. Si votre propre fils était homosexuel, vous ne réagiriez pas comme ça, c’est votre seule certitude. Vous ne sauteriez pas non plus au plafond. Vous feriez avec.
La mise en situation à laquelle nous venons de nous livrer fait ressortir plusieurs éléments importants. S’il est vrai que nous ne sommes plus au Moyen Âge et qu’avoir des enfants homosexuels est mieux accepté aujourd’hui (en particulier dans les grandes villes), il faut cependant arrêter les discours hypocrites et exagérément tolérants. Non, ce n’est pas « cool » d’avoir un fils gay ! Avoir des enfants homosexuels s’accompagne de son lot de tracas. Et pas des moindres : — tirer un trait sur la joie d’avoir des petits-enfants ; — affronter le regard et le jugement des voisins et de la famille, en particulier dans des petits villages de province ; — essayer de faire abstraction du côté sexuel et pervers qui ressurgit quand on évoque l’homosexualité ; — lutter contre l’amalgame souvent fait avec la pédophilie ; — vivre avec la peur de voir son enfant commettre une imprudence et contracter le Sida ; — éprouver de la honte en regardant son garçon efféminé... Un père et une mère veulent avant tout avoir un enfant « normal ». C’est un souhait tout ce qu’il y a de plus légitime. Ceux qui affirment le contraire sont des menteurs ! Dans ce roman, Marie, mère de trois garçons, se lance dans un véritable parcours initiatique drôle et semé d’embûches. Certains préjugés voleront en éclat. D’autres, au contraire, en sortiront renforcés.
Prologue Nous nous sommes mariés à Montpellier par un beau samedi de juin. La cérémonie religieuse s’était déroulée à la cathédrale Saint-Roch en plein centre-ville. J’avais pénétré dans l’église au son de l’orgue et au bras de mon père comme l’exige la tradition. Paul m’attendait, radieux, au pied de l’autel. Je me souviens qu’avant de lui donner ma main, papa m’avait embrassé affectueusement sur le front et m’avait soufflé ces quelques mots dans le creux de l’oreille : — Je compte sur toi pour nous faire de beaux petits enfants. Ta mère n’attend que ça, hein… Au même moment, mon regard s’était porté sur Antoine, le fils de ma cousine germaine qui, assis au premier rang, se curait le nez avec délectation. Il admirait ensuite sous tous les angles les trésors qu’il avait pu extraire de ses narines et les avalait discrètement. C’était un véritable petit goret de six ans à peine ! Je m’étais retenu de ne pas descendre les marches de l’autel pour lui flanquer une baffe avec mon bouquet de fleurs à la main. Avec du recul, je pense que j’aurais préféré que papa me dise une dernière fois que j’étais et resterais à tout jamais sa fille chérie. Soit ! J’étais bien loin de me douter que je cèderais aussi facilement à sa requête. J’avais vingt-deux ans et pour moi l’expression « fonder une famille » se résumait à vivre avec celui que j’aimais. Il n’était nullement question d’avoir des enfants. Du moins pas tout de suite. Nous étions jeunes et avions la vie devant nous. Je terminais ma quatrième année de pharmacie et avais encore deux ans d’études avant d’obtenir mon diplôme. Paul en avait vingt-quatre et avait été embauché par une entreprise informatique en sortant de son École de Commerce. Nous avions emménagé officiellement dans un deux pièces modeste de l’avenue de Toulouse. Le salaire de Paul était confortable et nous permettait de payer le loyer et toutes les dépenses courantes. Ainsi, je n’avais pas à travailler en dehors de la fac, ou à demander de l’aide à mes parents. Nous étions autonomes et vivions une vie heureuse, bercés par le soleil du midi, les virées avec les copains et les derniers soubresauts d’une adolescence qui tentait désespérément de s’accrocher à nous. J’ai dû relâcher mon attention à la fin de l’année. Un égarement stupide de ma part. Je me permets de dire « stupide », car pour une pharmacienne, oublier de prendre la pilule, ça ne fait pas très sérieux. Un retard dans mon cycle m’a mis la puce à l’oreille. Une visite chez le gynécologue a confirmé mes doutes. J’ai réussi à passer mes partiels de cinquième année en étant enceinte jusqu’au cou. Mieux encore, j’ai validé tous mes modules sans aller au rattrapage. Thomas est né à la fin du mois de septembre. C’était un beau bébé de trois kilos six cent. Pour être honnête, je ne l’avais pas réellement désiré. J’avais perçu son arrivée comme une tuile : j’allais devoir jongler pour finir mes études. Mais à l’instant précis où l’infirmière avait déposé le bébé contre moi, mes craintes, mes doutes et mes réticences s’étaient aussitôt envolés. Il était devenu l’être que j’aimais le plus au monde. L’instinct maternel avait pris le dessus. Nous avons troqué notre vie de couple pour une vie à trois. Nous avons déménagé pour un appartement plus grand, avec une chambre supplémentaire pour le petit. J’ai fait preuve d’une vigilance accrue du côté de la pilule. Pas question de se laisser surprendre une deuxième fois. Dès l’obtention de mon diplôme, j’ai été embauchée dans une grande pharmacie du centre-ville où j’avais eu l’occasion de faire des stages. C’est à cette période que Paul a accepté une promotion : son nouveau poste, au salaire avantageux, était basé à Montpellier, mais nécessitait de nombreux déplacements à l’étranger. Je n’étais pas enchantée de le voir s’absenter ainsi plusieurs jours par semaine, mais nous vivions mieux et envisagions de faire construire une maison d’ici quelques années. Par chance, mes parents me donnaient un coup
de main et gardaient Thomas dès que j’avais besoin de souffler. Au final, la situation était loin d’être parfaite, mais nous nous en sortions plutôt bien et parvenions parfois à susciter l’admiration de notre entourage. Les années suivantes se sont écoulées à une vitesse incroyable. L’héritage de ma grand-mère m’a permis d’acquérir ma propre officine. Pour être honnête, ce n’était pas mon objectif initial. J’aurais pu rester employée toute ma vie. Je m’en serais accommodée. Mais être son propre patron avait des avantages non négligeables et me permettait de m’absenter pour m’occuper de Thomas sans devoir rendre de comptes. Paul a continué à gravir les échelons en travaillant comme un fou. Il rentrait tard à la maison, partait tôt et s’envolait fréquemment pour des pays où se déroulaient des réunions de la plus haute importance. Nous avons économisé et acheté un terrain sur lequel nous allions faire construire une grande maison avec piscine. Les travaux ont commencé la semaine où Maxime a été conçu. Il est né en juillet 1990. Nous avions longuement discuté de l’agrandissement de notre famille et avions estimé que le moment était propice. Thomas était un petit garçon de six ans, espiègle, joueur, avec un esprit vif. Il était aussi ravi que nous de l’arrivée d’un petit frère dans son quotidien. Nous étions quatre. La taille de famille idéale d’après mes critères. Mais pas d’après ceux de Paul. Il avait toujours voulu une fille et a fait des pieds et des mains pour que nous essayions une dernière fois. S’il avait été davantage présent, j’aurais sans doute cédé facilement à sa requête. J’ai fait traîner autant que j’ai pu, mais j’ai fini par craquer. D’une manière générale, je n’arrive jamais à refuser quoi que ce soit à Paul. Un sourire de sa part et je sais d’avance qu’il a gagné la partie. La famille s’est enrichie d’un nouveau membre quatre ans plus tard. Les souhaits de Paul n’ont pas été exaucés. Son chromosome Y doit être du genre travailleur. Nous avons eu un troisième garçon, Damien. Inutile de préciser qu’être la seule femme de la maison n’était pas une position de tout repos. J’avais parfois la désagréable sensation que l’atmosphère était saturée de testostérone, et que j’étais totalement impuissante face à cela. J’aurais cependant tort de me plaindre. Mes enfants et mon mari me donnaient une totale satisfaction et j’aurais pu difficilement être plus heureuse. Nous n’étions pas une famille à problèmes. Tout semblait se dérouler le plus normalement du monde, sans cris, ni heurts. Les enfants étaient sages et bien élevés, récoltaient de bonnes notes à l’école. Tous les voyants étaient au vert et je ne manquais jamais de m’en étonner auprès de Paul. Il se contentait de me donner la même réponse, dans un discours parfaitement rodé que je le soupçonnais de répéter en cachette dans son bureau entre deux rendez-vous : — Profite de ce que tu as. À force d’envisager le pire, tu vas finir par le provoquer. Je me ravisais pendant quelque temps avant de sombrer de nouveau dans la paranoïa en m’attendant à ce que le ciel nous tombe sur la tête. Et si Thomas commençait à prendre de la drogue en rentrant au collège ? Et si Maxime tombait gravement malade ? Et si Damien, notre petit dernier ne réussissait pas à l’école ? J’envisageais des scénarios improbables en refusant de voir la vérité en face. Elle était pourtant là, devant mes yeux, évidente. Tout juste si un panneau lumineux en forme de flèche ne clignotait pas pour désigner l’endroit où se situait le problème. Je n’en ai pris conscience que la semaine dernière. Par accident. Je ne sais pas à quel moment on a manqué le coche avec Paul, mais on a dû faire des erreurs en cours de route. En tout cas avec Maxime et Damien. Du côté de l’aîné, Thomas, je suis tranquille, sa vie est sur des rails et il est promis à un bel avenir. Mais ses deux frères en revanche sont sur la mauvaise pente. J’ai compris ce qui ne tournait pas rond le jour où Damien et son meilleur ami se sont enfermés longuement sous la douche du local de la piscine. Je me suis demandé ce que pouvaient bien faire deux adolescents de seize ans dans une telle promiscuité. Je n’ai pas osé formuler la réponse à voix haute. Je me suis alors souvenu du comportement similaire que Maxime avait eu avec son meilleur ami à l’âge de notre cadet. Tout est devenu parfaitement transparent. Maxime et Damien étaient homosexuels.
J’étais d’une part très chagrinée qu’ils aient choisi cette voie. Et j’étais également triste qu’ils n’aient jamais trouvé la force de venir m’en parler. Je ne me souvenais pourtant pas d’avoir été intolérante, ou d’avoir inconsciemment prononcé des paroles qui auraient pu les blesser. Paul et moi avions un couple d’amies homosexuelles que les enfants connaissaient et appréciaient. Le sujet n’avait jamais été tabou. Bien au contraire. J’étais persuadé d’avoir établi une relation basée sur la confiance avec mes enfants. Je m’étais apparemment trompée. J’ai longuement hésité à en parler à mon mari. Je craignais qu’il me prenne pour une folle et il n’aurait pas eu tort, d’ailleurs. Je n’avais que des suspicions et pas la moindre preuve de ce que j’avançais. Avant de lui faire part de ma théorie, je devais être formelle et procéder avec méthode, par étapes. Une investigation s’avérait indispensable. Si je parvenais à réunir suffisamment d’éléments, je pourrais annoncer la nouvelle à Paul et il serait en mesure de me soutenir pour la suite. Je devais rechercher les causes de leur déviance, savoir à quel moment nous avions pris les mauvaises décisions. Je serais bien allée consulter ma bible absolue, mon Vidal, histoire de voir si un médicament n’était pas susceptible de les remettre dans le droit chemin de l’hétérosexualité, mais j’avais quelques doutes. Dans toute ma carrière, aucun client n’était jamais venu me demander une telle préparation. Et puis j’en aurais déjà entendu parler. Ce n’est pas le genre de chose qui passe inaperçue. Et si la chimie ne pouvait pas nous venir en aide, la psychologie le ferait sans doute. Au besoin, nous irions voir un médecin pour essayer d’inverser la tendance. Peut-être n’était-il pas trop tard pour bien faire et surtout éviter que des rumeurs déplacées se répandent dans le voisinage. Que penseraient les voisines en apprenant que nos enfants étaient homosexuels ? Elles ne manqueraient pas de se moquer de nous. Je les entendais déjà prononcer des horreurs du genre : — Ah, la pharmacienne, toute bourge qu’elle est, elle a quand même réussi à engendrer deux invertis. Puisque je vous le dis, ma brave Lucette, croyez-moi. Elle va moins la ramener, maintenant. Remarque, avec un nom pareil, c’était couru d’avance… Ah, oui, bien sûr… J’allais oublier. Le pire dans tout ça, c’est que mon mari avait eu la bonne idée de s’appeler… Legai. Il aurait pu s’appeler Legros, Leroy ou un truc dans le genre. Eh bien non ! Il s’appelait Legai. Et moi, fière comme Artaban, je n’avais rien vu venir : j’avais pris son nom pour le donner non seulement à mes enfants, mais aussi à ma pharmacie. Bingo ! En centre-ville, sur la devanture de mon officine, il y avait écrit bien gros en lettres vertes lumineuses « Pharmacie Legai ». À tous les coups, même les clientes allaient s’en payer une bonne tranche. Plus je réfléchissais, plus je prenais conscience que je n’étais pas préparée à cela et que je n’y connaissais strictement rien. Au moment d’aller me coucher, je n’avais pas trouvé la moindre piste de réponse. Je me contentais d’éviter le regard de Paul pour ne pas avoir à lui mentir en me répétant sans arrêt : — Mon Dieu, Damien et Maxime sont homosexuels !
1 – Investiguer, certes, mais par où commencer ? Je devais bien me rendre à l’évidence, j’étais complètement perdue. Alors, je me suis creusée les méninges en essayant de me mettre à la place de deux adolescents gavés d’hormones. Je me suis notamment remémorée quelques articles parus dans des magazines commePsychologie. Je n’y avais pas prêté grande attention à l’époque, mais ils faisaient état, à l’unanimité, de l’intérêt immodéré des garçons pour les plaisirs solitaires. Les miens n’étaient pas différents des autres. Évidemment. Ils devaient donc dissimuler des revues coquines dans leur chambre afin de motiver leur imaginaire. Une recherche méthodique s’imposait. Pour être honnête, je n’avais jamais fouillé la chambre de mes enfants. Ce que je m’apprêtais à faire était donc une première et c’est avec un gros poids sur la conscience que j’ai pénétré dans l’antre de Damien. Je marchais sur la pointe des pieds sans faire de bruit, terrorisée à l’idée de me faire surprendre alors que j’étais seule dans la maison. J’ai contemplé le désordre qui régnait dans la pièce. Autant chercher une aiguille dans une meule de foin. Loin de me décourager, j’ai entamé mon exploration. J’ai commencé par soulever le matelas en passant la main bien au fond. Rien. J’étais un peu déçue, j’avais fondé de gros espoirs dans cette cachette ancestrale. Je me suis donc rabattue sur la table de nuit. J’ai ouvert la porte inférieure. Là non plus, rien d’anormal. J’ai déplacé un vieux tee-shirt blanc constellé de tâches jaunâtres qui présentait des signes inhabituels de rigidité… L’information a mis un certain temps avant d’être analysée par mon cerveau. Lorsque j’ai réalisé quelle était la fonction première du tee-shirt, je l’ai immédiatement jeté à terre. Pas de doute : mon cadet s’adonnait bien à la masturbation et s’essuyait avec… ça. Beurk ! Néanmoins, cela ne constituait pas en soi une preuve d’homosexualité. J’étais peut-être sur une bonne piste : s’il y avait des revues dans les environs, les chances pour qu’elles soient cachées avec le tee-shirt essuie-tout étaient élevées. J’ai fouillé davantage avant de conclure que je faisais chou blanc. Je devais chercher ailleurs. Je me suis redressée en me mordant les lèvres et me suis souvenue d’une anecdote d’un de mes amis avocats. Commis d’office pour assurer la défense d’un meurtrier, il avait appris que ce dernier avait dissimulé le cadavre de sa victime dans un cimetière. Le dernier endroit où on penserait à chercher un corps. Dans la même logique, le dernier endroit où on penserait à chercher une revue était évidemment la bibliothèque. Je me suis donc dirigée vers les étagères où mon fils entreposait ses livres afin d’y jeter un coup d’œil attentif. Des manuels scolaires. Des classiques de la littérature. Des bandes dessinées… De vieux souvenirs sont subitement remontés dans ma mémoire. Je suis devenue nostalgique des soirs où je lisais à mon fils les aventures d’Astérix le Gaulois. Comment avais-je fait pour ne pas réaliser qu’il avait grandi à une telle vitesse ? Ah, des revues… Science & vie. Raté. Par acquit de conscience, j’ai vérifié qu’un hors série ne s’était pas glissé entre deux numéros plus traditionnels. Là aussi, tout était parfaitement normal. Je commençais sérieusement à douter de ma perspicacité quand je me suis dirigée vers le placard de Damien. J’ai balayé rapidement la penderie avant de m’attaquer aux tiroirs dans lesquels il rangeait ses chaussettes et ses sous-vêtements. Côté chaussettes, rien à signaler. En revanche, je suis tombée sur quelque chose d’inattendu au milieu des caleçons, boxers et slips de mon rejeton. Pas une revue, non, mais un accessoire beaucoup plus mystérieux. Il ressemblait vaguement à un string, mais ça n’en était pas un. Il était composé d’une sorte de poche avant, reliée à un gros élastique à la taille et à deux élastiques latéraux. Je tournais et retournais la chose dans tous les sens en me demandant comment cela se portait. Et j’ai alors réalisé avec effroi que cette espèce de sous-vêtement devait laisser les fesses à l’air libre. Dans quel but Damien portait-il cette chose ? Des pensées troublantes m’ont alors traversé l’esprit et je l’ai aussitôt rangée à son emplacement d’origine en refermant aussi sec le tiroir. Il y a des images qu’une mère doit ignorer.
Je n’avais certes pas découvert de magazines coquins dans les affaires de mon fils, mais ce que j’y avais trouvé constituait une piste réelle et sérieuse dans ma quête de la vérité. J’ai jeté un ultime coup d’œil dans des recoins suspects. En l’absence d’indices supplémentaires, j’ai pris le chemin de la chambre de Maxime. Plus qu’un couloir, c’était un univers entier qui séparait mes deux enfants. Alors que Damien avait une tendance innée à être bordélique, Maxime était un modèle de rigueur et un spécialiste du rangement. Son obsession de la propreté et de l’ordre tournait parfois à la névrose. Mais quelle mère se serait plainte d’avoir un fils qui range sa chambre ? Certainement pas moi. Comme je l’escomptais avant d’ouvrir la porte, le domaine de Maxime était parfaitement ordonné. Ses vêtements soigneusement rangés par couleur dans son armoire, ses livres et ses cours tous alignés par taille sur les étagères, son lit fait au carré. Le soleil filtrait à travers les stores vénitiens, baignant la pièce d’un doux halo lumineux. En fermant les yeux et en se concentrant, on pouvait même sentir l’effluve subtil de papier d’Arménie qui avait brûlé quelques heures auparavant. J’ai pris alors conscience d’une vérité qui m’avait jusqu’alors échappée : ce n’était pas la chambre classique d’un garçon de vingt ans, bien au contraire. Si les gays avaient la réputation d’avoir du goût en matière de décoration et d’être plus soignés que les autres, j’avais là un indice supplémentaire quant à l’homosexualité présumée de Maxime. Je me suis donc lancée dans une fouille analogue à celle que j’avais effectuée dans la chambre de Damien. Pas de revue sous le matelas. Pas davantage dans la table de nuit qui n’abritait pas non plus de tee-shirt innommable, mais une vingtaine de paquets de Kleenex empilés en petits tas réguliers. Je ne me faisais pas la moindre illusion de leur utilisation. C’était une évidence. La penderie ne dissimulait aucune trouvaille extraordinaire. Pas de surprise dans le tiroir des sous-vêtements… jusqu’à ce que ma main qui tâtonnait à l’aveuglette, tombe sur… une boîte de préservatifs. J’ai souri sans vraiment comprendre pourquoi mon fils les cachait dans ses affaires personnelles. En tant que pharmacienne mère de trois garçons, j’avais toujours tenu un discours très précis sur la contraception et la protection contre les maladies sexuellement transmissibles. Ma seule exigence était qu’ils se protègent, et à toutes fins utiles, j’approvisionnais régulièrement le bas de l’armoire à pharmacie qui regorgeait de toutes sortes de modèles de capotes. N’importe qui à la maison pouvait se servir sans rendre de comptes. Je ne posais d’ailleurs jamais de questions. Et si l’envie leur prenait de faire des bombes à eau avec les préservatifs, je ne voulais même pas le savoir. J’ai sorti la boîte pour mieux la regarder. Il s’agissait d’un modèle XXL avec deux symboles masculins entrecroisés – et la mention « compatible avec des rapports anaux » écrite juste en dessous – que je ne vendais pas à la pharmacie et que je n’avais même jamais eu en échantillon. Sur le coup, j’ai un peu paniqué et j’ai retourné la boîte dans tous les sens. J’ai finalement aperçu sur l’autre face un symbole masculin et un symbole féminin entrecroisés eux aussi. J’ai été soulagée. Mais en m’arrêtant une nouvelle fois sur les lettres XXL, je n’ai pas pu m’empêcher de rougir. Je ne voulais pas en savoir davantage sur l’anatomie de mon garçon devenu adulte. Cela ne me regardait pas. Alors j’ai remis précipitamment la boîte dans le tiroir que j’ai refermé. Cela dit, je n’étais pas vraiment surprise par cette découverte : l’adage « tel père, tel fils » se vérifiait une fois de plus. En effet, Paul était gâté par la nature. Et pas qu’un peu. Au début de notre rencontre, je n’avais pas compris pourquoi ses amis le surnommaient Babar. Pour moi, il avait des oreilles tout à fait normales – j’ai toujours été naïve sur certains sujets. Tout s’était finalement éclairci quand nous étions passés aux choses sérieuses : les oreilles n’avaient rien à voir dans l’origine du sobriquet. Il était donc assez logique que Maxime tienne de son père. Simple question de génétique. J’allais renoncer à ma quête quand l’évidence s’est imposée à moi. Les revues étaient des supports d’une autre époque. De nos jours, plus personne ne se rendait dans un kiosque
à journaux pour acheter des magazines pornographiques. Tout était à portée d’un simple clic de souris depuis un ordinateur comme celui qui trônait fièrement sur le bureau de Maxime. Je me suis dirigée vers la machine et j’ai appuyé sur le bouton « On ». L’écran s’est allumé et après quelques secondes, il a affiché une page d’accueil me demandant de saisir un mot de passe. L’accès était évidemment verrouillé. J’aurais dû m’en douter. J’ai fait un premier essai en rentrant sa date de naissance. Sans résultat. Puis un deuxième en la combinant avec son prénom. J’ai préféré arrêter là mes tentatives : il y avait peut-être un système de désactivation comme pour les cartes bancaires et je ne voulais pas prendre de risque. En éteignant l’ordinateur, je me suis laissée envahir par un profond malaise. Qu’étais-je en train de faire ? Je venais de violer l’intimité de mes enfants et loin d’apporter des réponses à mes questions, ma quête en soulevait de nouvelles. Je ne m’étais même pas demandée ce que j’aurais ressenti en feuilletant les pages d’un magazine gay. Comment aurais-je réagi en voyant des images explicites ? J’aurais peut-être dû commencer par cela. Bien qu’à l’aise sur le sujet, j’avais sans doute des limites et j’étais loin de les avoir déterminées. Je suis ressorti de la chambre à pas feutrés et j’ai pris la direction de la pièce qui me servait de bureau. J’avais un dernier point à tirer au clair pour la journée : comprendre ce qu’était l’espèce de string trouvé dans le tiroir de Damien. J’ai lancé le navigateur de mon ordinateur et j’ai saisi « sous-vêtements hommes » dans le moteur de recherche. J’ai choisi une proposition au hasard et j’ai été dirigée vers un site marchand. J’ai parcouru les différentes catégories d’articles à la vente et au bout de quelques clics, je suis tombée sur ce que je recherchais : un jockstrap. La photo d’illustration confirmait bien mon hypothèse initiale. Les élastiques latéraux laissaient les fesses à l’air libre et la poche avant maintenait le sexe en le dissimulant à peine. Des recherches plus poussées m’ont permis d’apprendre que cet accessoire était très répandu chez les sportifs américains et qu’il pénétrait timidement le marché européen en ciblant la communauté homosexuelle. Il existait des groupes de discussion fétichistes consacrés au jockstrap. Les fans semblaient vouer un véritable culte à ce bout de tissu que certaines marques réputées proposaient à prix d’or. Je n’avais toujours pas de certitudes, mais à défaut je tenais un indice. J’ai attrapé un petit carnet noir dans lequel j’avais l’habitude de prendre des notes et, sur une nouvelle page, j’ai inscrit le titre « Liste d’indices ». Je devais consigner mes trouvailles et ne rien omettre lorsque viendrait le moment de présenter mes conclusions à mon mari.
2 –
J’ai patienté quelques jours en ressassant les maigres indices dont je disposais. J’ai essayé de déceler des attitudes anormales chez Damien et Maxime... Prenaient-ils des précautions pour garder secrète une partie de leur vie ? Je n’en avais pas l’impression. Je les voyais certes comme mes enfants, mais surtout comme des adolescents normaux avec des préoccupations de leur âge.
Le seul élément qui avait jusqu’alors échappé à mon attention tant il se fondait dans le décor était Vincent, le meilleur ami de Damien. Les deux garçons s’étaient retrouvés assis côte à côte lors de leur entrée en seconde pour ne plus jamais se séparer. Je me souviens encore de l’enthousiasme de Damien après sa première journée de lycée : il n’avait pas tari d’éloges sur le nouveau dont les parents venaient tout juste de s’installer à Montpellier. Depuis, pas une journée ne s’était écoulée sans qu’on entende le prénom de Vincent à la maison. Inconsciemment, il était devenu mon quatrième fils et faisait en quelque sorte partie de la famille.
Vincent dormait régulièrement chez nous. Au début, je lui préparais la chambre d’ami pour le recevoir. Puis, par commodité, un jour, j’ai laissé les deux adolescents partager le même lit. Ils ont pris l’habitude de dormir ensemble. Le mercredi, je les accompagnais au club de tennis pour leur leçon hebdomadaire. Ils y passaient l’après-midi jusqu’à ce que je vienne les récupérer en fin de journée. Je déposais Vincent chez lui et retournais à la maison avec Damien. Parfois, c’était mon fils qui allait passer le week-end chez son ami. Paul et moi en profitions alors pour improviser une soirée en tête-à-tête : cinéma, dîner en amoureux... C’était le genre de petit plaisir que nous avions oublié au fil du temps et que nous redécouvrions avec bonheur maintenant que nos enfants étaient en âge de se débrouiller tout seuls.
J’étais contente que mon fils se soit fait un ami comme Vincent. Je n’ai pas imaginé un quart de seconde que leur amitié, si innocente à mes yeux, puisse dissimuler autre chose. Une histoire d’amour. L’épisode de la douche dans le local de la piscine m’a permis de comprendre qu’ils étaient bien plus que de simples amis.
J’ai alors repensé à mon deuxième fils, Maxime, et à Geoffrey, son meilleur ami lorsqu’ils avaient le même âge. Le manège des deux garçons avait été en tout point identique et ne m’avait pas davantage rendue suspicieuse. Puis, un jour, Geoffrey a disparu de la circulation sans prévenir. J’ai bien questionné Maxime afin de comprendre pourquoi son ami ne venait plus à la maison. Il a bafouillé d’obscures explications d’emploi du temps auxquelles je n’ai pas cru un quart de seconde. À l’époque je m’étais dit qu’ils s’étaient disputés à cause d’une fille et qu’ils finiraient par se rabibocher. Mais Geoffrey n’est plus jamais revenu. Je l’ai croisé une fois au supermarché. Il était heureux de me revoir. Je lui ai proposé de passer un soir à la maison. Je croyais bien faire. Il a répondu, l’air gêné, qu’il en serait ravi. J’ai bien compris qu’il essayait de rester courtois et que, même s’il aurait sincèrement aimé venir chez nous, il n’en ferait rien. Lors du dîner, j’ai annoncé à Maxime que j’avais rencontré par hasard son ancien ami. Il m’a lancé son regard...
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