Il y a fort longtemps dans un pays lointain

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Les aventures d'une bande de demi-héros, composée de Zhorn et Tal du Pic rouge, guerriers truculents, Kirlian et Anaxagore, tout aussi redoutables mais plus énigmatiques, Bram le fin bretteur, Venderic le druide et le narrateur, quelque peu voleur.
Cette histoire est tirée des jeux de rôle auxquels nous nous sommes adonnés pendant plusieurs années, munis de nos dés à 20 faces, nos figurines de plomb et nos "feuilles de perso".
Publié le : samedi 17 novembre 2012
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Il y a fort longtemps dans unpays lointainJustinien Goupil 
L'enfance d'un mécréantC'est par une nuit sans lune que naquît le petit Justinien dans des circonstances qui laissaient augurer de son destin malhonnête. S'inquiétant que sa mère souffre le martyr depuis près de deux jours et une nuit sans parvenir à accoucher de son rejeton, le Père Eusèbe, charbonnier de son état, s'en fut mander le rebouteux Achille Goderenier.Ce dernier, au grand désarroi du père, ne put sauver que l'enfant et promit de placer le petit orphelin à ses frais chez une nourrice, en échange de quoi Eusèbe s'engageait à ne pas faire tâter l'accoucheur maladroit des quelques coups de gourdin que mérite tout charlatan.Il plût au ciel de fournir rapidement à Achille Goderenier l'occasion de se débarrasser de l'encombrant paquet. Dame Gertrude, châtelaine du pays, accouchait la même nuit d'une charmante petite fille alors que le sus-nommé trafiquant en médecine avait promis un héritier mâle. Par un tour de passe-passe dont la réussite dut beaucoup à la candeur de Dame Gertrude et peu à la jugeote des dames de compagnie, Achille parvint à faire croire à l'arrivée de deux jumeaux, le garçon ayant été selon ses dires "retardé par l'éruption de quelque oedème caractéristique des personnes au sang .bleu"C'est ainsi que le fils de charbonnier grandit comme un jeune nobliau pendant ses dix premières années, non sans avoir perdu sa "soeur jumelle" au cours de la quatrième
année, par une de ces terribles maladies qui fauchent tant de jeunes enfants dans ces rudes contrées. Autant à l'aise dans l'étude des langues anciennes que dans le maniement des armes, Justinien sut faire oublier à son Baron de père que dans la galerie des aïeux du château, aucun ancêtre n'arborait sa chevelure rousse.La belle progression de Justinien allait cependant être stoppée net par un manquement à la discrétion de la part d'Achille Goderenier : un de ces soirs de beuverie où l'hydromel pousse la prudence dans ces derniers retranchements, le médecin crut bon de faire état de la bêtise du Baron et d'illustrer cette assertion par l'histoire de sa forfaiture. Le jeune sergent de ville ambitieux dans l'oreille de qui tomba l'anecdote vit l'opportunité d'accéder plus rapidement au rang de baillis en narrant au Baron l'histoire du bébé Justinien. Soumis à la question extraordinaire, Achille avoua toute la vérité et même davantage. C'est ainsi qu'après avoir assisté à la pendaison de l'accoucheur qui lui avait sauvé la vie, Justinien fût déchu de son rang de noblesse et banni par son père adoptif.Au début de son errance, Justinien apprit à ses dépens que l'éducation chevaleresque et la connaissance des lettres ne permettent pas de survivre dans un pays où les laboureurs et les forgerons sont les seuls bailleurs de service. Transi de froid et l'estomac dans les talons, le jeune éphèbe prit la route de la cité la plus proche et rencontra en chemin un sacripant nommé Algémar dont même, paraît-il, une tribu de romanichels n'avait plus voulu côtoyer.Bien que d'allure chafouine, Algémar avait la voix
chaleureuse et l'esprit alerte d'un manipulateur de consciences. Il avait voyagé à travers tous les royaumes d'occident et savait conter mieux que quiconque les coutumes de ces peuplades bizarres. Quoi alors de plus normal pour un jeune crève-la-faim éclairé que d'adhérer aux frasques de ce personnage haut en couleur.En fait de chemineau, Algémar s'avéra posséder toutes les ficelles du métier de voleur et de mystificateur. S'il avait jeté son dévolu sur Justinien, c'était en fait pour en faire son exécuteur des basses oeuvres, autrement dit les plus dangereuses. Le jeune malandrin apprit donc à couper les bourses, cambrioler les officines de notaires, simuler les maladies répugnantes au sortir des églises et même vendre sur le marché des boeufs mal surveillés par leur maquignon.Cependant, nul n'est prophète en son pays et la renommée des deux larrons se répandit comme traînée de poudre. L'on attribua à Justinien le surnom de Goupil, eu égard à sa toison rousse et à son habileté au larcin. Le prévôt de la région arborait un esprit au moins aussi alerte que celui d'Algémar si bien qu'à force de ruse et de patience, il captura les deux malfaiteurs. Algémar fut aussitôt cloué au pilori et Justinien, grâce à son jeune age, n'eut à recevoir que dix coups de bâton à l'ouverture du marché. Avant de quitter définitivement la région, il s'empara du sac de son maître en guise de compensation.C'est que Justinien avait remarqué les précautions que prenait Algémar pour préserver son bagage des regards indiscrets, ou du type de malfaisance qu'il professait lui-même. A la lueur des derniers brandons du feu de camp, le
malfaiteur aguerri ne se prostrait-il pas en murmurant un charabia incompréhensible ? En fait de trésor, la besace ne contenait qu'un grimoire aux pages jaunies et quelques cartes de mondes lointains.La raison du chenapan faillit vaciller lorsque la lecture d'un vers pris au hasard fit apparaître trois limaces, deux chenilles et une musaraigne. Quand il voulut réitérer son exploit, la tête lui tourna tant qu'il dut rester allongé sous un chêne pendant un jour et une nuit. Grâce à son éducation, Justinien comprit qu'il était en possession d'un livre de magie et entreprit d'acquérir la maîtrise de l'art des Arcanes. Quelques déboires le ramenèrent bien vite à des objectifs plus modestes et il se contenta de réciter une ou deux formules aux effets divertissants.Justinien reprit bientôt le chemin de la ville la plus proche, bien certain que l'opulence des bourgeois qui y prospéraient constituerait un fonds de commerce plus sûr que la balourdise des paysans. Arrivé sur place, les yeux écarquillés par les étals multicolores des artisans, il ne put résister à la tentation de voler un jambonneau à la tire. Mais, au détour d'une ruelle, le galopin se cogna à deux colosses de la garde ducale. On le jeta bredouillant et penaud dans une geôle humide dont on ne l'extirpa que pour le condamner à trois années de prison.Heureusement, Justinien eût à partager sa cellule avec plusieurs malfrats ligués sous l'appellation de "Confrérie des Porte-Malheur" qui organisèrent une évasion collective ; le jeune trublion profita de l'aubaine et on lui proposa un poste de novice dans cette funeste institution. Il lui suffirait au
début d'espionner les matrones adultères ou bien deles roturiers irrespectueux. Ensuite, on verrait bien... rosser 
Genèse de l'équipeLassé de la malveillance et des combines qui assuraient ma subsistance, j'étais à la veille de mon dix-neuvième printemps assoiffé d'or et d'horizons lointains. Je décidai donc d'investir ma cagnotte dans un magnifique casse-tête et une armure en cuir de deuxième main quand au hasard de mes pérégrinations dans le nord de la ville, je rencontrai Zoriad.Je regrette parfois de n'être pas davantage versé dans l'astrologie, ce qui m'eût évité quelques désagréments, mais l'appât du gain et le souffle de l'aventure rendirent à Zoriad tout le crédit que la vérole et le scorbut avaient chassé de son visage. Son offre tenait en quelques mots : le Duc de Barbin recrutait une équipe de mercenaires, à l'évidence pour récupérer un trésor dans quelque bourgade du Nord ; afin de faire main basse sur la marchandise, Zoriad se fit embaucher et me paya pour servir d'éclaireur, puis de complice le moment venu.Trois semaines avant la troupe, je m'enfonçais dans ces contrées que peu de cartes décrivent. Rapidement, je retrouvai le type de paysage dans lequel j'ai passé une grande partie de mon enfance : les sombres bocages que sillonnent les ruisseaux boueux et les hameaux où les gamins jouent au milieu des porcs et de la volaille. Une fois, je traversai une vallée battue par la grêle lorsque je vis une cage pendue à dix pieds du sol qui semblait contenir un
entrelacs d'ossements et de haillons. A la faveur d'une bourrasque la structure pivota et un avant-bras pourri vint à m'indiquer la direction du Nord ; je jure sur ma main droite qu’à ce moment, je faillis rebrousser chemin.Pestant contre la campagne et ses mille et une intempéries, je rencontrai bientôt un personnage fort singulier que j'aurais soigneusement évité en d'autres circonstances. Son visage était comme damasquiné par des tatouages d'une finesse exceptionnelle, tandis qu'un casque et une cotte de maille de curieuse facture accentuait son allure bizarre. Le barbare se montra taciturne, si bien que nous n'échangeâmes nos patronymes que tardivement ; il se nommait Kirlian d'Az Hadran et la ville de Darior était son but comme le mien. Il me proposa bientôt de partager son bivouac, ce que je n'osai refuser de peur de fournir le prétexte à un acte sacrificiel. Au premier soir, j'étendis donc ma couche à vingt bonnes coudées de la sienne et ne m'endormis qu'en pensant à Loriat, à l'animation de ses tavernes et la moiteur de ses bordels...Le voyage se poursuivit sans problèmes et nous eûmes bientôt à longer une rivière où des bûcherons convoyaient d'immenses radeaux formés de grumes. Le spectacle des hommes luttant pour garder leur équilibre nous détendit quelque peu si bien que nous parvînmes sous les murs de Darior demandeurs de folklore local. Aussi haussâmes-nous à peine les sourcils à la vue du comité d'accueil qui avança à notre rencontre : un jeune écuyer et trois hommes d'armes farouches qui devaient peser le quintal encadraient ce qui devait être un fin bretteur, tout d'écarlate vêtu.
Ce dernier se présenta comme le Seigneur Bram Arnosyne de Lormenac et voulait protéger la ville des étrangers mal intentionnés. Pour ne froisser personne, je déclinai le nom de Justinien d'Argenteuil, et prétendis enquêter sur l'héritage d'une vieille tante. Ainsi fûmes-nous encadrés jusqu’à l'auberge principale de la place, puis instruits du passé de la région. Jadis, les incursions des minotaures faisaient régner la terreur jusqu’à ce que l'ancêtre du Duc Barbin finance une flotte qui les réduise à néant. En mon for intérieur, je remarquai que l'ascendance des minotaures avait marqué le fasciés de certains provinciaux, puis me lançai dans la tournée des grands-ducs.La cité n'était pas vaste et le nombre de tavernes se comptait sur les doigts de la main. Je rencontrai donc souvent deux des soudards qui nous avait accueillis. Les deux lascars s'appliquaient à écluser pintes de bière et gobelets d'hydromels jusqu'au petit jour où ils ressortaient inlassablement une histoire de dragon. D'un jour sur l'autre, la bête mesurait une lieue, puis deux, avaient les écailles rouges, puis bleues, sans parler de la dimension de son œil, si peu croyable que je dus payer moult tournées pour la connaître. Néanmoins, je fis preuve d'abnégation et parvins à gagner la confiance des deux brutes qui me proposèrent une patrouille dans l'arrière-pays avec leur suzerain. Comme j'avais encore deux semaines à tuer avant l'arrivé de Zoriad, j'acceptai volontiers.Rapidement, nous dûmes progresser sous le couvert forestier si bien que les chevaux devinrent encombrant. Les deux sacs à vins semblaient connaître par cœur chacun des multiples sentiers de ce pays sauvage. Je remarquais
également leur soudaine abstinence envers la boisson, ce que j'attribuais soit au charisme du Sieur Bram, soit à un état bilieux persistant. Nonobstant, ce fut là la moindre de mes surprises car le plus petit, nommé Tal du Pic Rouge, fit bientôt la démonstration qu'il pouvait enflammer un tas de branchage par la voix. Je cherchai aussitôt un subterfuge tel que ceux des cracheurs de feu, mais n'en trouvai point. Je me résignai alors à l'idée que cet individu avait accès à la magie et me voyais contraint à spéculer sur ses bonnes intentions...Jamais auparavant je n'avais rencontré d'orcs ; tout au plus avais-je ouï dire qu'on attribuait leur paternité à certaines personnes particulièrement laides. Aussi, quand ils attaquèrent notre camp à la nuit tombée, restai-je interloqué pendant plusieurs secondes ; c'est le bénéfice des longues heures transpirées en salle d'arme que d'en pouvoir parler aujourd'hui. En effet, nous nous trouvâmes tout de suite débordés par le nombre. On aurait dit qu'il pleuvait du fer sur chacun d'entre nous. Alors que j'essayais de contenir mes adversaires, des gerbes de feu jaillirent tout autour de moi pour terrasser une à une les immondes bestioles. Par cette providence, nous prîmes facilement le dessus. Le calme revenu, je remarquai que l'épée de Zhorn le colosse continuait de rougeoyer tandis qu'Anaxagore, le plus taciturne des trois hommes d'armes, essuyait sa lame avec une méticulosité suspecte.D'après l'écuyer Venderic, qui semblait connaître le monde des orcs comme sa poche, ce combat transpirait le mystère : comment ces créatures particulièrement lâches avaient-elles osé nous attaquer ? Pourquoi ne trouvions-nous aucune
trace de campement orc ? Tout semblait indiquer que nous avions croisé le chemin d'une horde en pleine débandade, et nous décidâmes de remonter leur piste afin d'y voir plus clair. Ce fut chose facile quand on sait que sur près de dix lieues, jusqu’à leur camp fortifié, nous trouvâmes maints cadavres d'orcs broyés ou éviscérés. Leur repaire était constitué d'une falaise dans laquelle était creusée une caverne, et d'un terre-plein entouré par une palissade de pieux ; l'ensemble était jonché d'orcs morts que les mouches avaient déjà investis.Il apparaissait clairement que la solution de l'énigme se trouvait dans la caverne aussi décidâmes-nous d'y pénétrer. Comme il y régnait un noir d'encre, mes acolytes durent faire usage de leurs épées de feu ; je me dis avec une pointe de convoitise qu'il s'agissait de biens beaux objets... Après avoir parcouru une demi-lieue, certains d'entre nous éprouvèrent une inquiétude diffuse puis soudain, se prirent la tête à deux mains. Ils s’enfuirent immédiatement alors que je restais dans un recoin avec Kirlian, qui manifesta bientôt les mêmes symptômes ; nous détalâmes alors à notre tour. Encore haletants, nous discutâmes et certains évoquèrent bizarrement un contact mental avec une entité démoniaque, comme enchaînée dans cette caverne. S'il n'y avait eu ce sang qui dégoulinait de leurs oreilles, je les aurais tenus pour fous ou décomposés par la peur. Comme le commandait la raison, nous prîmes le chemin du retour.Conformément aux devoirs de sa charge, le Sieur Bram envoya un émissaire au palais ducal de Loriat. Quelle ne fût par sa surprise quand il apprit qu'une bande de mercenaires puissamment armés se trouvait déjà sur le chemin de Darior.
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