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INSOUCIANCE DU PAPILLON

De
210 pages
Il est rare de trouver un récit sur Haïti qui remonte à l'Afrique de l'ouest du XVIIIème siècle. Et ce qui correspond à la tragédie d'Haïti, convient tout aussi bien à tant d'autres contrées où l'Histoire semble avoir oublié le bonheur de ses enfants. Pour composer ce récit, l'auteure a puisé ses sources chez les plus éminents ou les plus humbles acteurs de la vie Haïtienne, aujourd'hui comme hier, avec une plume qu'elle trempe dans une subtile poésie.
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Marisa Checa Molina
L’insouciance du papillon
Les impliqués É d i t e u r
L’INSOUCIANCEDUPAPILLON
Marisa Checa Molina L’INSOUCIANCEDUPAPILLON
Les impliqués Éditeur
Du même auteur Pan de Pueblo, éditions Paralelo Sur, Barcelone Pretéritos indefinidos, éditions Club Universitario, Alicante
© Les impliqués Editeur, 2014 21 bis rue des écoles, 75005 Paris www.lesimpliques.fr contact@lesimpliques.fr ISBN : 978-2-34302532-2 EAN : 9782343025322
I
out s’emmêle, se confond dans ma tête, dans mes rêves baroques. La mémoire enfouie tisse sa toile comme l’araignée fanatique qui sait que le temps lui est compté. Le sommeil saccadé, je me réveille et me rendors, et me réveille à nouveau. Mon cerveau travaille sans répit, brasse les contradictions, en rajoute et en enlève à son gré, à nouveau je me retourne en m’emmêlant les pieds entre les draps, je donne des coups nerveux mais le tissu s’enveloppe davantage autour de mes jambes, je soulève mon buste pour y remédier et je retombe, exténué.
Comme palliatif à mon inconfort, je pense à « cet homme qui n’a plus de songes à faire… » dont parlait Chateaubriand. À peine rasséréné, j’amorce un comptage de moutons, que je fais sauter l’un après l’autre sur une barrière, car c’est bien ainsi que l’on représente cette attitude ovine bienfaitrice des tempéraments agités. Ainsi, je me sens prince, je me sens roi de mon troupeau - le temps d’un soupir. Car très vite l’un des moutons fait des siennes, il s’écarte de la file et prend un chemin de traverse, cependant ce n’est plus un mouton qui est devant mes yeux mais une belle jeune femme, et moi, le pâtre improvisé de service cette nuit, je me perds en conjectures, je ne sais pas y faire mis à part compter les moutons un par un jusqu’à l’endormissement ; je suis dans le pétrin, je me lève de mon lit, verte prairie où j’avais installé mon QG de surveillance et tente de réfléchir ; j’avais bien lu que, il y a longtemps, un fameux berger avait abandonné son troupeau pour se lancer à la recherche de la brebis perdue, la jeune femme ne l’était pas encore mais elle le serait bientôt si je ne réagissais pas ; je pensai alors qu’elle refusait de tourner en rond en sautant sur les barrières imposées et je la trouvai aimable, l’indocile, et, aussitôt, je la suivis sans regarder en arrière.
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