J'ai tué Francis

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Francis est mort. Mais qui l'a tué ? Le saura-t-on un jour ? Cette histoire a-t-elle réellement eu lieu ? Toutes ces questions vont hanter Yvan, un écrivain à la dérive, et vont le conduire de Paris à la Réunion, de l'interrogation à la folie. Tous les personnages de ce roman(s) se croisent ou se croiseront un jour. Car nous sommes tous liés les uns aux autres à quelques degrés de séparation près, dit-on.
Publié le : lundi 2 novembre 2015
Lecture(s) : 13
EAN13 : 9782336394411
Nombre de pages : 270
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JeanHugues Hoarau
J’ai tué Francis Roman(s)
J’ai tué Francis
Jean-Hugues Hoarau J’ai tué Francis Roman(s)
© L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05921-1 EAN : 9782343059211
À mon père et à ma mère, et à tous ceux qui m'ont supporté (dans tous les sens du terme)
PREMIÈRE PARTIE
J'AI TUÉ FRANCIS
Je t'ai tué, Francis, je me souviens, c'était un jeudi. Un parfum de mangue se promenait dans les rues ce jour-là. Les fleurs bourgeonnaient à peine, blanchissant de rose les feuillages des manguiers. Un seul coup a suffi. J'ai visé juste sous le sein gauche. La lame a pénétré la chair facilement. Ton corps a eu un spasme puis ta bouche, grande ouverte, a expulsé un son rauque et assourdi. Tu n'as même pas ouvert les yeux. Plus rien ensuite. Cela doit être une sensation étrange de mourir dans son sommeil. Personne ne peut raconter cette expérience. A-t-on, pendant une fraction de seconde, la conscience que l'on meurt ? Voit-on sa vie défiler, ses amours renaître, ses amis en partage, sa mère sourire ? M'as-tu aperçu une dernière fois, courir entre les touffes de fataques de notre enfance ? Peut-être m'as-tu surpris, penché sur toi, le couteau au creux des mains, soulever la lame d'un air concentré ? J'interrogeais ton cadavre, mais je n'avais comme seule réponse que le silence. Ton visage me renvoyait cet air buté que tu avais l'habitude de prendre quand tu ne voulais pas répondre à mes questions. Cela m'exaspérait. Dans ces moments, j'avais envie de te sauter dessus. Comment pouvait-on être aussi peu soucieux des autres ? Je fus surpris de l'écho de ma voix dans la chambre. J'avais prononcé cette dernière question à haute voix.
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J'ai décidé de veiller sur toi toute la nuit. La chambre est petite ou alors c'est la nuit qui rétrécit. Le lit banal. Il doit faire deux cent quarante sur cent quatre-vingt-dix. Tu as un bras qui repose sur ta poitrine. L'autre est enfoui sous le drap. Ce dernier est à peine maculé de sang, juste une tache sombre au niveau du cœur. Je m'étais attendu à plus d'effusion. La fenêtre ouverte laisse un rayon de lune se promener doucement sur le carrelage. Il arrive déjà au pied du fauteuil dans lequel je suis assis. Le fauteuil non plus n'a rien d'extraordinaire. Marron clair, en simili cuir qui colle à la peau dans la moiteur de cette nuit d'été. J'évite tout contact charnel et pose mes mains sur mes cuisses d'enfant sage. Je poursuis ma visite immobile de la chambre. Mon regard tombe sur un meuble de rangement tout sec, sans autre ambition que de supporter des choses ; un alignement orthogonal de plaques en bois. Cet assemblage semble encore plus frêle dans l'obscurité. Sur les étagères sont posés des cadres de photo, des coupes sportives, diverses statuettes africaines ; je reconnais la représentation de La Réunion, taillée dans du basalte. Malgré les ténèbres, je peux deviner la légende inscrite sur le socle en bois, « Éruption du volcan de La Fournaise, 2007 ». Le papier peint est franchement dégueulasse avec des motifs de fleur aux couleurs pâles. Le plafond, d'un blanc crème vieilli, est nu. Au milieu de la pièce pend un lustre en fer jaune. Tout cela ne te ressemble pas. Comment as-tu pu échouer dans ce décor d'hôtel miteux ? T'imaginer vivre dans ce cadre déprimant m'a beaucoup intrigué, presque choqué. J'y ai senti une sorte de renoncement et, je te l'avoue, cela m'a rendu un peu mélancolique.
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Te retrouver heureux et en pleine forme aurait encore plus exacerbé mon désir de t'assassiner.
Nous avions peut-être douze ans à l'époque. Tu étais assis sur le bord du trottoir en train de réparer la chaîne d'un vélo. Je m'étais installé sur un grand badamier pour t'observer ; je te regardais exécuter les gestes avec précision. Un maillon de la chaîne avait sauté et tu devais le refixer à l'aide d'un petit goujon récupéré dans l'atelier de ton oncle. Tu avais l'air d'un adulte, tellement appliqué dans ton travail. Régulièrement, tu passais la main sur ton front pour essuyer la sueur qui perlait. Ton oncle, devant son tour à bois, faisait le même geste. L'index balayait lentement la pellicule de sueur qui s'était accumulée sur la peau puis l'homme se débarrassait des gouttelettes d'un coup sec. En s'écrasant au sol, elles dessinaient de petits cratères dans la sciure de bois. Accroupi devant ton vélo, tu imitais ton oncle à la perfection. Je suis descendu de mon arbre. – Tu m'le passes après ? j'ai demandé presque méchamment – je savais que tu n'aimais pas prêter tes affaires. Tu m'as regardé durement et tu as continué ton boulot d'adulte sans répondre. La bicyclette était retournée et posée sur le bitume. J'ai saisi la roue avant, je l'ai faite tourner à toute vitesse. Le vélo a failli tomber. Tu as crié : – T'arrêtes tes conneries, Juliano, ou quoi ? Je ne pouvais pas m'arrêter. J'étais fasciné par le mouvement des rayons qui semblaient tourner dans le sens inverse du pneu, comme les jantes des voitures. Tu m'as poussé violemment et je suis tombé au milieu de la route. Une voiture a freiné juste à ma hauteur. Le chauffeur est
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