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J'AVAIS QUINZE ANS EN 1940

De
154 pages
J'ai soif, je suis couvert de plaies. La jambe droite de mon pantalon a disparu. À sa place, du sang coagulé et des fils de laine incrustés dans les chairs. Mes bras sont maculés de terre, des blessures ouvertes et encore suintantes s'étalent sur mes deux avant-bras. J'ai chaud. Il y a des inconnus qui parlent, des gens qui circulent autour de moi, en haillons. J'entends des pleurs et des plaintes sourdes. Oh, ma tête, seigneur ! Je ne peux pas bouger. J'incline la tête vers la droite et je vois des blessés. Puis, d'un coup, le choc ! La mémoire me revient : l'avion, le pilote, la mitraille, et Père !
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Tu n’iras pas jouer, tu es puni, Academia, 2016. Pierre Storm, maréchal-ferrant de l’Empereur. De Iéna à Waterloo, Academia, 2014.
Journal de campagne d’un professeur de français, Bénévent, 2011. Récit de Guerre, Dricot, 2007.
D/2017/4910/23
©Academia – L’Harmattan s.a. Grand’Place 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
ISBN : 978-2-8061-0339-0
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’auteur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
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Préface
De formation et de profession techniques, Richard Yves Storm révèle peu à peu des facettes escamotées de sa personnalité : l’histoire et l’écriture. Il associe ces deux passions en relatant dans ses livres les histoires particulières et locales de personnages qui font (partie de) la grande histoire.
Sonnant comme un clin d’œil à la remarquable exposition historiqueJ’avais 20ans en 45(1994), le titre bien choisi du présent ouvrage annonce son contenu.J’avais quinze ans en 1940 raconte les épreuves d’André pendant la Deuxième Guerre mondiale. Douloureuses au début, elles le blessent dans son âme et dans sa chair. Courageuses à la fin, elles lui permettent de se réaliser.
Car au-delà des attaques hurlantes des Stukas alle -mands, de l’exode des Belges en France, de la perte d’un être essentiel, de la débrouillardise vitale sous l’occu -pation, des intrusions menaçantes de la Gestapo, mais aussi de l’audace, de la tentation de la résistance et de l’engagement militaire, on se rend vite compte que le passage de l’adolescence à la vie d’adulte d’André n’a rien d’ordinaire et s’assimile à un forgeage. À cause de la guerre !
Richard Yves Storm propose au lecteur un récit factuel à peine romancé, car basé sur des faits et des témoignages.
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Écrit à la première autobiographie, son traite.
personne du singulier cinquième opus se lit
comme une d’une seule
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Vendredi 10 mai 1940
Mons, Belgique
Le ciel est d’un bleu turquoise. Une belle journée s’annonce. Je viens de m’habiller après une toilette succincte.
Je jette un dernier regard par la fenêtre avant de rejoindre Marcel pour le déjeuner. Il est descendu avant moi, déjà prêt.
Au loin, j’entends un bourdonnement qui s’amplifie, devenant un sourd grondement. J’ouvre la fenêtre et me penche depuis la loggia de notre chambre. L’air vibre, je vois hauts dans le ciel, de nombreux avions volant en forme de « V », tel un gros essaim de moustiques.
Je dévale les escaliers en criant :
— Père, père, des avions, ils arrivent sur nous !
Je bondis dans la cuisine alors qu’une déflagration fait trembler la maison. Puis une autre, et une autre encore !
— Un bombardement, s’écrie Marcel, mon frère.
Nous courons au jardin. La pelouse est encore irisée de milliers de gouttes de rosée, mais je n’y prends pas garde.
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Bien que chaussé de pantoufles, je m’élance vers la grille, l’ouvre et passe dans la rue. De grosses explosions, de la fumée noire monte dans l’air calme du matin du côté de la gare.
J’entends des vrombissements. Les avions plongent puis se redressent, passent en hurlant au dessus de nous. Un ballet étourdissant. Un bruit terrifiant. Nous ne savons plus où regarder, la tête nous tourne. On dirait un vol de gigantesques frelons sauf qu’ils sont noirs, avec des ailes 1 curieusement profilées comme un « W » .
Chaque passage est suivi d’une ou plusieurs déflagrations. Père court vers nous et nous intime, par signes, l’ordre de rentrer.
Alors qu’il agitait les bras, un de ces avions est passé au ras des toits : noir avec des croix blanches sous les ailes. Père avait eu le temps de les reconnaître :
— Des boches ! nous crie-t-il.
Il avait surgi, tel un diable hors de sa boîte, du hangar du 2 voisin, de l’autre côté de la Trouille .
1 Sturzkampfflugzeug en allemand, sont desLes « Stukas », bombardiers en piqué, dotés d’ailes en forme de « double V ».2 La Trouille est un affluent de la Haine, elle coule de Grand-Reng à Jemappes, traversant la frontière franco-belge à plusieurs reprises.
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Nous rentrons vivement dans la maison, nous sentant protégés par les plafonds aux grosses solives. Maman nous entoure de ses bras.
Les hurlements ont cessé, les avions sont repartis aussi vite qu’ils étaient apparus. Nous regardons par la fenêtre : il y a des gens qui courent sans savoir où ils vont, ils crient qu’il y a des blessés, certains n’ont pas encore compris ce qui arrive, que c’est la guerre !
Arrive Léonine, notre femme à journée, un peu bonne à tout faire. Elle entre par le garage, en nage, hors d’elle. Elle tremble et pleure, tentant entre ses reniflements de nous expliquer le spectacle auquel elle a été exposée. Elle s’appuie à la cheminée.
Hachant les mots, s’étranglant, se mouchant, elle raconte que les avions laissaient tomber des bombes au-dessus de l’Arsenal du charroi. Certaines tombaient sur des maisons comme dans la rue du Travail. Qu’il y a sûrement des morts, que la maison des Dubus est entièrement détruite.
Maman lui dit de se calmer, que c’est fini. Qu’elle ira voir à la rue du Travail et à l’Arsenal. On fait asseoir Léonine. Père lui sert un doigt depékèt, qu’elle avale d’un trait ainsi qu’une tasse de café. Elle reprend des couleurs et commence à nous raconter ce qu’elle a vécu en se rendant chez nous.
Léonine vient chaque matin aider Maman aux travaux du ménage. Elle prépare le dîner, ravaude les vêtements,
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