J'étais sa plume

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Journaliste au Petit Parisien, la plume de Pierre Pouillot retrace le parcours semé d'embûches de ce haut fonctionnaire qui fut son ami d'enfance avant de devenir une des grandes figures du ministère du Travail.
Publié le : jeudi 1 novembre 2007
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EAN13 : 9782296184732
Nombre de pages : 119
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J'étais sa plume

@ L'Harmattan,

2007

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharrnattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04355-8 EAN : 9782296043558

Christophe BAILLA T

J'étais

sa plume
Roman

L'Har111a ttan

Du même auteur

Pierre Hamp Inspecteur du travail Ecrivain humaniste - Collectif - L'Harmattan - 2005
La caisse - Policier - Yvelinéditions

- 2004

Le neveu de l'abbé Morel - Roman historique Bandeau rouge L'Harmattan: le roman de la Toile de Jouy - 2003

Remerciements à Françoise Monath, qui se forme comme bibliothécaire, suivant un impressionnant cursus, à Valérie, Marie et Guy Baillat qui, tour à tour, se sont penchés autour du manuscrit pour faire entendre leurs conseils ainsi qu'à Laurent Flieder qui a bien voulu m'inciter à me mettre au travail. Frédérique Daval m'a aidé à trouver un illustrateur en la personne de son père.

La découverte d'un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d'une étoile. Anthelme Brillat-Savarin

I Paris, 1934

Assis à une table, griffonnant des chiffres, je regarde de temps en temps Antonia essuyer les veITes derrière le bar où elle a maintenant ses habitudes. C'est l'heure calme avant le coup de feu. Je déguste une bière Dumesnil, fraîche et à l'amertume inhabituellement prononcée. Ce doit être le fond du tonneau et je n'aime pas cette amertume. Antonia me sourit, radieuse. Nous avons repris le commerce de mon père, ce qui je l'avoue me change. Je suis plus heureux du plaisir éprouvé à discuter avec les commis et les habitués qu'à écrire comme je le faisais. L'affaire nous appartient, nous sommes maîtres chez nous. Je discute avec les clients de la pluie et du beau temps ou bien de politique mais j'essaie d'éviter ce sujet. Peu savent que j'ai été journaliste et que j'ai tout arrêté brutalement. Voyant le ventre d'Antonia qui s'est drôlement aITondi, c'est le sixième mois maintenant, les habitués passent derrière le comptoir pour se servir et lui éviter des pas. Si mon père voyait cela, il serait fou. C'est drôle, depuis la grossesse d'Antonia, j'ai l'impression que notre clientèle se sent encore un peu plus chez elle. Ce matin, il y a trois clients. Deux jouent aux cartes dans la salle, à côté de ma table et le troisième bavarde avec Antonia tout en buvant un Dubonnet. A midi, nous

aurons plus de monde. Même beaucoup plus de monde. Rue Oberkampf, il y a toujours du passage. Mais je ne me plains pas, j'allais par monts et par vaux, je suis à présent avec ma femme toute la journée. Moi qui ai commencé apprenti boulanger, je suis très fier de tenir ce commerce. Antonia astique

le zinc avec un liteau et regarde I'heure au cadran de
I'horloge. Midi moins le quart. Il faut faire la mise en place sans tarder, même si les joueurs de cartes sont encore tout à leur partie. Je reprends une olive verte, range ma comptabilité dans la sacoche et la jette derrière le comptoir. Ici, à deux pas de Belleville, j'ai le plaisir d'accueillir et de servir à table ceux que j'avais délaissés pour suivre une étoile. Nous sommes restés liés longtemps, jusqu'à ce que des évènements, disons, politiques, nous séparent.

10

C'était un jeudi, je devais avoir sept ou huit ans. La journée avait commencé tout à fait normalement. J'avais été réveillé par l'habituel roulement de tambour provenant de la cave. Je revois mon père saisir le court manche en bois de la pelle, l'enfouir dans le sac de charbon, la remuer bruyamment, l'en retirer lourde d'un chargement à l'équilibre précaire et jeter sa pelletée dans le seau en métal. Le monter à l'étage, sans avoir l'air de peiner, en le prenant à deux mains par les poignées en faïence. Et moi, sitôt levé, passer le balai derrière lui tout le long du chemin, marche après marche, jusqu'en haut. Puis partir chez le laitier avec le pot à lait, trop heureux de sortir de notre immeuble et de me promener avec ce pot en émail dont la chaînette tintait sur le métal blanc. Marcher avec un sentiment de liberté énorme et le cœur empli de fierté dans les rues qui sentaient le crottin. M'attarder près des roulottes des forains, attiré par les lampes à acétylène accrochées à l'arrière. Je suis remonté à toute allure à notre premier étage avec le pot que le laitier avait rempli à la louche battant dans mes jambes. Presque sous nos fenêtres, une famille au complet emménageait au 8 rue Julien Lacroix. Quand ma mère m'a confié le panier de linge pour aller à la blanchisserie rue de Ménilmontant, je l'ai remerciée de tout mon coeur. C'était bien la première fois. Habituellement je rechignais car le panier est lourd à porter dans cette rue qui monte. Bien sûr, aussitôt en bas, je suis allé me renseigner sur cet équipage qui venait d'arriver. Le cocher m'a donné le nom de cette famille Pouillot -et indiqué d'où ils venaient. Drôle de nom, Il

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