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Une explosive aventure de
JASON
&
ROBUR

journalistes extra-dimensionnels

Saison 2 - épisode 2
Boum !

Jacques Fuentealba

Table des matières

 

Mes oreilles sifflèrent dès que mon bouclier d’invincibilité cessa de fonctionner. Des explosions retentissaient tout autour de nous. Hier, Demetri, un lieutenant bien sympa, avait passé la soirée à raconter des blagues pour détendre l’atmosphère du campement. Il venait à l’instant de sauter sur une mine, à quelques pas de là. Foutue guerre. Je m’écartai instinctivement. Devenue un projectile, sa main frôla mon bras, comme s’il avait voulu serrer la mienne en guise d’adieu, pour une ultime plaisanterie.

Cette fois, mon frère et moi avions prévu notre coup. Plus question de nous retrouver comme deux ronds de flans parce que nous n’avions pas assez de batterie pour maintenir actifs nos bracelets de protection. Nous avions fait le plein de piles nucléaires et avions trafiqué ces gadgets en les équipant de « barillets ». Ainsi, nous pouvions glisser dans le logement prévu à cet effet une recharge neuve qui remplacerait aussitôt la pile venant de rendre l’âme. Et nous serions presque tout le temps invincibles sur le champ de bataille.

Nous essayions toutefois de procéder avec discrétion. Il ne fallait pas qu’un camp ou l’autre se rende compte de la toute-puissance de notre équipement. Qui sait à quoi seraient prêts les militaires de ce monde pour mettre la main sur ce type de technologie ? J’avais ma petite idée… Rien qui soit très plaisant, en tout cas.

J’enfonçai donc une recharge neuve dans mon bracelet, récupérai la pile usagée et la rangeai dans la poche arrière de mon jeans. Visible de moi seul, le bouclier d’invincibilité se redéploya sur-le-champ et le bruit alentour redevint acceptable.

Autre aménagement que nous devions à St-Pier, le psy de Mondes parallèles, un improbabiliteur, qui permettait de rendre notre invulnérabilité plus discrète.

Ce bidule collé à nos bracelets de protection modifiait les probabilités dans notre environnement immédiat, et augmentait nos chances de voir tomber les projectiles à côté plutôt que sur nous.

L’obus qui aurait dû atterrir à mes pieds et finir désintégré par mon champ de force dessina une trajectoire beaucoup plus haute. Il alla exploser cinquante mètres plus loin, dans les rangs du régiment qui nous avait embedded, Robur et moi.

Désolé, les gars, pensai-je, attristé, mais c’est la guerre. Chacun son job.

Le capitaine Důůlůůz, une brute épaisse et écumante de rage, hurla des instructions par-dessus ce vacarme assourdissant. Des tirs de mitraillettes retentirent autour de nous, plusieurs salves adverses leur répondirent dans l’instant.

Les soldats de la CRPFR (Coalition rebelle pour un futur radieux) avaient transformé Lambacc en un champ de ruines et en charnier. La charmante ville de province de Thulia, la contrée septentrionale du Royaume de Stilyz, était jusqu’à récemment un important carrefour commercial du continent. Un siège d’une semaine, suivi de quelques jours de combats urbains avaient suffi pour en faire un cimetière à ciel ouvert. Les rebelles se cachaient derrière des pans de murs, des monticules de gravats, des véhicules renversés, et progressaient en se glissant tels des ombres de l’un à l’autre.

Hier, l’armée régulière avait commencé à reprendre la ville, quartier par quartier, au prix de milliers de morts. Aujourd’hui, nous les troupes du royaume s’attaquaient à une poche de résistance particulièrement coriace. Les survivants de la veille s’étaient repliés dans ce dédale de maisons à moitié effondrées et avaient piégé tout le secteur. Certains bâtiments étaient truffés de charges qui ne demandaient qu’à sauter lorsque l’on s’emmêlait les pieds dans un fil tendu au ras du sol. D’autres étaient devenus des miradors improvisés, infestés de snipers à l’œil de lynx et à la gâchette facile.

Mais la résistance vivait ses dernières heures. Les royalistes reprenaient le terrain, pouce après pouce, pâté de maisons après pâté de maisons.

Je jetai un regard furtif à mon frère. Son expression était un peu hagarde, comme s’il s’était soudain réveillé d’un long cauchemar et se demandait ce qu’il foutait au beau milieu de ce champ de bataille. Il était couvert de poussière et de sang – celui des combattants des deux camps, pas le sien, heureusement. Nos boucliers d’invisibilité étaient réglés pour analyser la nature de tout ce qui entrait en leur contact. Toujours pour ne pas éveiller les soupçons quant à notre équipement technologique, les boucliers laissaient passer toutes les matières inoffensives (tant que les quantités restaient raisonnables), comme la terre, l’eau et le sang. Robur m’adressa un début de sourire puis fit volte-face tandis qu’une grenade roulait à ses pieds.

Un instant, je crus qu’il allait se baisser pour la renvoyer à son expéditeur, mais il se contenta de courir dans la direction opposée. Ça n’était pas notre conflit…

Nous étions là pour le couvrir et je devais avouer que je n’étais pas du tout à l’aise avec cette idée. Encore une lubie de Sébastien Martin.

Le frère contre le frère, le père contre le fils, le mari contre sa femme. Tous ces massacres, charniers et razzias avaient un désagréable parfum apocalyptique. Stilyz, et le continent de Daemyr même, et le monde de Daelyz tout entier couraient vers une fin certaine, selon notre rédac’chef. À nous de mesurer ses derniers battements de cœur et de publier l’avis de décès. La rubrique nécrologique et le journalisme de guerre étaient loin d’être ma tasse de thé, mais à la guerre comme à la guerre, c’est le cas de le dire.

Bientôt, les royalistes se retrouvèrent au centre de l’ultime bastion de la résistance et, même s’ils devaient encore essuyer les tirs occasionnels de quelques snipers survivants, le plus gros des combats se poursuivit au corps-à-corps. Les yeux dans les yeux. Couteaux de fortune contre haches étincelantes, machettes contre lance-flammes. Je me sentais inutile. Impuissant. À quoi servait ma présence en ces lieux ? Mon frère, lui au moins, commandait son nuage de caméras 3D invisibles. Comme un chef d’orchestre dirige ses musiciens, il donnait des instructions à ses minuscules engins volants, il cherchait le point de vue, « l’angle d’attaque » pour une vidéo ou une photo 3D saisissante, il mitraillait sans douleur les combattants des deux camps. Peut-être faisait-il reculer la monstrueuse absurdité inhérente à la plupart des conflits armés ? Peut-être conférait-il un visage d’une beauté malsaine à la guerre ? Cela, je ne le saurais qu’une fois le reportage fini.

Mais moi, me demandai-je, en entendant sans vraiment lui porter attention le capitaine dément exhorter ses troupes, moi, bon sang, que faisais-je ici ? Témoigner de l’horreur en uniforme ? Et quoi ? La belle affaire. Est-ce que cela allait faire revenir les morts tombés au champ d’honneur et de l’infamie ? Est-ce que cela les rendrait à leurs familles déchirées ? Est-ce que cela servirait d’exemples aux générations futures ? Même pas.

Puis les gesticulations du capitaine et les barrissements scandalisés de ses hommes – sans doute aussi la rafale de balles qui avait percuté mon bouclier d’invincibilité sans l’entamer – m’arrachèrent à mes considérations bassement BHLiennes.

Le gradé donnait le signal pour… Oh merde ! Le con. Jusque-là, son lieutenant était parvenu à calmer ses ardeurs guerrières. Mais maintenant que Demetri avait passé l’arme à gauche, le naturel revenait chez son supérieur au triple galop, au rythme d’une frénétique marche militaire.

Ses troupes s’égaillèrent en tous sens. Pour ce que ça pouvait servir. Encore un qui brûlait, c’est le cas de le dire, de mourir en héros. Et il ne se souciait pas trop de savoir qui, de ses ennemis et/ou de ses compagnons d’armes, allait le suivre dans la tombe.

N’ayant pas idée de ce que manigançait le gradé, les rebelles se réjouirent de la débandade adverse. À ma différence et celles de ses hommes. La veille, j’avais intercepté des communications entre différentes unités et connaissais l’une de leurs bottes secrètes, évoquée sur un canal que les chefs d’état-major pensaient sûr. Et ils comptaient bien utiliser cette botte, pour être certains que le leader suprême de la résistance, qui se terrait dans ce dernier carré, n’en réchapperait pas.

— Accroche-toi, criai-je à mon frangin qui se tenait à quelques pas de moi, ça va secouer.

Puis, voyant qu’il ne réagissait pas, je lui hurlai un de nos mots de passe :

— Kansas, Robur, Kansas !!

Là, il comprit et s’anima. Avec ce qui me sembla être une insupportable pesanteur. Je tournai la tête, les talons, pris une grande inspiration qui dura une éternité. Était-ce donc ce qui arrivait quand on vivait ses tout derniers instants ? La réalité s’engluait dans une épaisse mélasse. Les fuyards se traînaient comme des escargots, les gesticulations et cris du capitaine se déroulaient au ralenti… Mais l’ordre véhément du gradé au sol avait été transmis au satellite orbital qui n’avait cessé d’observer et d’analyser l’activité des troupes royalistes sur le terrain. L’appareil imperturbable comblait les désirs du dément avide de gloire. Et l’inéluctable arriva, forcément, vu que c’était dans sa nature même.

Le satellite envoya un missile de plusieurs mégatonnes sur la position approximative du gesticulateur. Son manque de confiance en lui l’avait poussé à balancer toute la sauce plutôt que de finir le boulot au sol au corps-à-corps. C’est dingue, ça, cette foi indéracinable en la science et la technologie. Enfin bref.

Mon frère avait tripoté son clavier multitâche et disparu de mon champ de vision. Je portai la main au mien et pris une seconde pour passer en revue tous les soldats à proximité. Je pourrais en sauver un d’une mort certaine. Lequel ? Le riant Drakysiz, le taciturne Willðm ou Balberd le casse-bonbon ?

Puis la seconde passa, je me téléportai à notre Hansburgen 747 – Kansas indiquant qu’il était temps de se replier en sécurité à la vitesse d’une tornade – et le...

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