Je danserai pour toi ce soir Roman

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Un enseignant introverti, fou amoureux de sa voisine mais trop timide pour lui déclarer sa flamme, se convertit en voyeur... Deux chats foudroyés par les redoutables flèches de Cupidon se jurent un amour éternel... Voici le tableau captivant que nous propose l'auteur. En toile de fond, une jeune fille découvre sa véritable identité le jour de ses 24 ans et opère un voyage initiatique au pays de ses traumatismes. La quête des origines est au coeur de l'écriture de ce roman.
Publié le : vendredi 1 mai 2015
Lecture(s) : 18
EAN13 : 9782336376943
Nombre de pages : 222
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Lottin WEKAPEJE DANSERAI POUR TOI CE SOIR
JE DANSERAIUn enseignant introverti, fou amoureux de sa voisine, mais trop timide
pour lui déclarer sa fl amme et qui se convertit en voyeur… Deux chats
foudroyés par les redoutables fl èches de Cupidon qui se jurent un
amour éternel… Voilà le tableau captivant que nous propose le roman POUR TOI
Je danserai pour toi ce soir. En toile de fond, une jeune fi lle qui a
longtemps été gavée d’amour par ses parents adoptifs, québécois et
indienne, ne découvre sa véritable identité que le jour de ses 24 ans : CE SOIR
le père biologique, homme infl uent de la République de la Banane (pays
imaginaire d’Afrique), n’est autre que son grand-père ! Inconsolable,
elle quitte momentanément Montréal et opère un voyage initiatique en
Banane, pays de ses traumatismes, afi n de découvrir la vérité sur ses Romanorigines et enfi n, mourir pour renaître. Comment se passera la rencontre
entre Usha Balachandran-Paquin, la jeune héroïne, et son
père/grandpère incestueux ? Comment accueillera-t-elle cet homme qui a ordonné à
ses gardes de la noyer dans un fl euve de la Banane juste à sa naissance ?
La quête des origines, comme dans les romans antérieurs de Lottin
Wekape, est ici au cœur de l’écriture. Ses personnages sont des êtres
hybrides naviguant au confl uent de plusieurs cultures qu’ils tissent
et retissent afi n de trouver des réponses aux nombreuses questions
identitaires qu’ils se posent.

Romancier, nouvelliste et poète, Lottin WEKAPE est professeur
de lettres et directeur d’une troupe théâtrale. Il est par ailleurs
l’auteur de plusieurs œuvres de fi ction.
ISBN : 978-2-343-05948-8
21 €
Lottin WEKAPE
JE DANSERAI POUR TOI CE SOIR©L’Harmattan,2015
57, ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:9782343059488
EAN:9782343059488
111111111111,11111111111,11,1111111111111111111111,1,11111111Jedanseraipourtoicesoir
111111Encres Noires
Collection fondée par Maguy Albet
et Emmanuelle Moysan
La littérature africaine est fortement vivante. Cette collection se veut le
reflet de cette créativité des Africains et diasporas.
Dernières parutions
N°381, Bali Banka GNAAMA, L’homme de cuivre, 2015.
N°380, Aristote KAVUNGU, Il ne s’est presque rien passé ce jour-là,
2015.
N°379, Tiémoko Rémy SERMÉ, Pleurs dans la nuit, 2014.
N°378, Baba HAMA, Kalahaldi, 2014.
N°377, Faustin KEOUA-LETURMY, Coupe le lien !, 2014.
N°376, Joseph Bakhita SANOU, Il était une fois aux Feuillantines, 2014.
N°375, Marie-Ange EVINDISSI, Les exilés de Douma. Tempête sur la
forêt. Tome III, 2014.
N°374, Aurore COSTA, Folie blanche et magie noire. Nika l’Africaine,
tome IV, 2014.
N°373, Kouka A. OUEDRAOGO, La tragédie de Guesyaoba, 2014.
N°372, Kanga Martin KOUASSI, La signature suicide, 2014.
N°371, Ayi HILLAH, L’Exotique, 2014.
N°370, Salif KOALA, Le cheval égaré, 2013.
N°369, Albert KAMBI-BITCHENE, Demain s’appelle Liberté, 2013
N°368, Diagne FALL, Mass et Saly. Chronique d’une relation
difficile, 2013.
N°367, Marcel NOUAGO NJEUKAM, La vierge de New-Bell, 2012.
N°366, Justine MINTSA, Larmes de Cendre, 2012.
N°365, Ralphanie MWANA KONGO, La boue de Saint-Pierre, 2013
N°364, Usmaan PARAYAA BALDE, Baasammba maa Nibe nder
koydol, 2012.
N°363, Stéphanie DONGMO DJUKA, Aujourd’hui, je suis mort, 2012.
N°362, Néto de AGOSTINI, Immortels souvenirs, 2012.
N°361, Epi Lupi ALHINVI, Pays Crépuscule, 2012.
N°360, Elie MAVOUNGOU, Les Safous, 2012.
N°359, Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir, 2012.
N°358, AYAYI GBLONVADJI Ayi Hillah, Mirage, Quand les lueurs
s’estompent, 2012.
N°357, Léonard WANTCHEKON, Rêver à contre-courant, 2012.
N°356, Lottin WEKAPE, J’appartiens au monde, 2012. LottinWEKAPE
Jedanseraipourtoicesoir
roman
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L’Harmattan
111111111111111111111111Àmaman Élise,
ÀPerleet Maelle,
Pourmesélèvesde l’Académie DeRoberval
àquiceromandoittant…
1111111111111111111111111MIA
Miaou! La journée de ce jeudi vientà peine depointer le bout de son
nez et pourtant, dans mon sommeil perturbé, je ressens déjà intensé
mentlesdégâtscausésparsonabsence.Aïe!J’aimeOu.Hum…J’aime
Oucommejen’aijamaisaiméquiquecesoitdanscetteviedechat,de
chatte et de chaton. J’aime Ou! Ne me demandez pas pourquoi je
l’aime, je l’aime juste comme seuls savent aimer les enfants, sans cal
culette, sansprincipes philosophiques, sans code esthétique. Je l’aime
d’un amour inconditionnel, au passé, au présent et au futur. J’aime
Ou!Miaou!Etparcequejel’aime,seulesaprésenceàmescôtéscons
tituelemeilleurmomentdemajournée.Etparcequejel’aime,seullui
sait me faire conjuguer ce verbe divin à la première personne du sin
gulierenpleurantdejoie.Aïe,j’aimeOu!Miaoumiaou!J’aimeOu!
Nous sommes complémentaires comme le jour et la nuit… Non,
commeleCanadaanglaisetleCanadafrançais…Non,commeledébut
et la fin… Non, comme l’alpha et l’oméga… Bref, nous sommes telle
ment complémentaires que l’un n’oserait miauler sans l’autre. D’ail
leurs,sijem’appelleMia,ilportebienlenomOu.JedisbienOu,avec
uneintonationdescendanteetnon«ou»,conjonctiondecoordination.
Cedernierphonème, queje vous déconseilledans lecasprésent,arti
culé avecune intonationmontante,ne représente aucunement la soli
daritéquiconstituelesédimentdenotrecouple.C’estluiourien,iln’y
apasdechoixàfaire:ilestmonseulamour.Ou.Etquandnousnous
appelons, ça fait: Mia Ou! Mia Ou! Mia Ou! Tout le monde se dit
alors que nous chantons; chacun est convaincu que nous miaulons à
toutventcommedeschatsinconscientsquin’ontquecelaàfairedans
leur drôle de vie. Personne ne prend la peine de comprendre que
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111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111,1,,11111,11111111111111111,1111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111quand l’amour est vrai, quand il est sentiment partagé sans calcul et
sanségoïsme,ilsefaitaisémentmusique.Mia Ou!Mia Ou!Etquand
nous nous apprécions, quand nous nous touchons, quand nous nous
embrassons,quandnousnousaimons,çafaitMia Ou!Mia Ou!Etles
pauvres humains, toujours en panne d’inspiration, sont convaincus
que nous pleurons notre douleur à voix trop haute. Silencieusement,
nousrionsdansnotrenidd’amoureux,carilsignorentquequanddeux
cœurssecomplètent,lamagieopèreetilestdoncpossibledesoulever
desmontagnesdejoie,desHimalayadebonheur.Miaoumiaou!Aïe,
comme j’aime Ou! Il est mon tout à la fin: mon complément du nom
(certainsdirontqu’ilestmoncomplémentdéterminatif)touteslesfois
où je trouve les deux syllabes qui constituent mon nom si courtes,
toutes les fois où je trouve la musique qu’elles glissent sur mes lèvres
sibrève.Mia Ou!Ouestmoncomplémentdel’adjectiftouteslesfois
où,sansmotfaceàtouteslespreuvesd’amourqu’ilmultiplieàl’infini,
il ne me reste plus que l’adjectif «mia» pour chanter mon bonheur
d’êtreaveclui.Commeunadverbeinfluent,Ouestaussimonmodifi
cateur! Il a tout modifié dans ma vie. Aïe, j’aime Ou! Mia Ou! Mia
Ou!Nemedemandezpaspourquoijel’aime,carjesaisjustequ’ensa
présence,monuniversintérieursemueenboiteàmusique.Jesaisjuste
quejel’aime…sanssavoirpourquoijel’aime.
Jel’aime,Ou.Jel’aimeàmouriretdepuisqu’ilaposésesvalisesdans
leschambresdemavie,jesaisenfincequesignifiesourirechaquejour
de bon cœur. Des chats du voisinage, avec un esprit pas plus grand
qu’un dé à coudre, me font régulièrement savoir que je dois être folle
desourireainsicommeuneidiote.Etmoi,toutsourire,toutmiel,tout
siropd’érable,jeleurrépondsnaturellementquel’unedespuissances
de l’amour c’est de dessiner les courbes du sourire sur les lèvres de
tout amoureux. Et des chats, aussi nuls en devinettes que des enfants
quipassentencoreleurinitiationenlamatière,medemandentsouvent
le secret demon inspiration subite,moi, si timide, si introvertie, il ya
seulement quelques semaines. Je leur dis, les étoiles dans les yeux
émerveillés,quel’amourinspire,quel’amourtransformeenbien,que
l’amourdonnedesailes.Àl’écoutedecesréponses,certainsécarquil
lent les yeux avant de miauler: «Ah bon?» Eh oui! Comme je les
comprends, les pauvres! Ça n’arrive pas à tout le monde de vivre un
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111111111111111111111111111111,11111111111,,11111,111111111111111111111111111111111111111,1111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111
11amour si beau, si intense, si merveilleux… Un amour des contes de
milleetunenuits.Jel’aime,monOu.Mia Ou!Aïe!Quejel’aime!
L’origine de nos noms demeure un mystère que seule peut expliquer
lachimiequiaopéréquandnousnoussommesrencontréspourlapre
mière fois. Ce jour là, Usha, mon adorable maîtresse, s’était rendue à
l’université. J’étais donc seule à la maison, à la merci de la solitude.
D’ailleurs,quepeutfaireunegentillechattetouteseuledansunappar
tement,sinondormir,manger,joueretdormirànouveau!J’étaisbien
fatiguée de cette vie monotone, j’en avais marre de vivre les mêmes
scèneschaquejour.Alors,j’aidécidécejour làdeconfiermalangueur
aux mille trésors qui faisaient la fierté de notre jardin. Tout y était
beauté et majesté! Les fleurs parlaient aux âmes en peine comme des
baumes parlent à vos douleurs afin d’en apaiser le courroux. Les
grands arbres aux feuilles généreuses vous invitaient sans se lasser,
commeunemèreaimanteinvitechaleureusementsesenfantsàpasser
àtable.Oui,toutyétaitbeautéetmajesté!Lesyeuxfermés,lagueule
béante, j’écoutais les sonates de la nature amoureuse qui jouait pour
mon cœur séduit, j’avalais par grappes les mets exquis que le jardin
déversaitdansmapanseetrepue,jehumaislefraisparfumdecetÉden
consolateur devenu mon paradis. Subitement, il m’a semblé entendre
des bruits non loin de moi. J’ai instinctivement ouvert les yeux et…
J’étais devant le plus beau, le plus charmantdeschats. Et si je rêvais!
Non,jenerêvaispas.Ilétaitenfacedemoi,statufié,muetcommeun
bambou de chine, aussi figé qu’un tableau de Picasso. Ciel, qu’il était
beau! C’est en l’admirant que j’ai compris qu’il était sans doute en
traindeseconstruirelamêmelittératureàmonsujet.
—Miaou!ai jecriéinstinctivement,béated’admiration.
—Miaou!a t ilrepris,lavoixfaible,basse,lesoufflecoupé.
—Vous…jen’aimalheureusementpaspuallerplusloin…
—Vous êtes splendide, a t il soufflé, je vous en prie, dites moi que
vousn’êtespasunsimplemirage.
—Etvous…vousêtestoutàfaitradieux…11
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11111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111,1,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111,111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111,1,11111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111Miaou! Le compliment qu’on reçoit de quelqu’un qui s’extasie sur
notre beauté et qu’on convoite sérieusement sonne toujours dans nos
oreillescommelaplusfabuleusedesmélodies.
—Mia…11
—…Ou
Ilm’ademandémonnometjeluiaiditquejem’appelaisMinette.C’est
alorsqu’ilm’asoufflélesien:Sisi.Peuàpeu,ilretrouvaitdelavoixet
de l’assurance au point où quelques minutes plus tard, nous nous
sommes surpris en train de parler de la beauté des fleurs, de la géné
rosité subite de la nature, de la cruauté des humains et … du velouté
demavoix!Tiens!Ilatellementtarid’élogessurmavoixquej’aicru
que j’allais fondre comme une glace. Aïe! J’aime Ou… Je l’aime, je
n’aime que lui. En passant dans le jardin, il a cueilli une magnifique
roseetmel’atendueentremblantd’émotion:
—Je te… je vous… te l’offre, car elle est aussi belle que le savoureux
timbre de ta voix. Elle est aussi belle que les formes divines de ton
corps.Vous…tuesbelle,Minette…Mia!
Quandl’amoureuxquevousdésirezplusquetoutaumondepasseai
sément du vouvoiement au tutoiement, il ne reste plus qu’à com
prendrequelesfeuxsontpassésauvertetquetoutestdésormaispos
sible. Vous n’avez plus donc qu’à foncer les yeux fermés, confiant
d’avoir la priorité du code des sentiments. Je n’ai jamais su comment
traduire mes émotions en mots, mais j’étais comblée d’être près de ce
chatadmiréetdésiré.
—Minette?
—Non,Mia! 11
—Mia?
—Oui,jet’aime,Mia!
—Jem’appelleplutôt…
—Mia!Savoixétaitunmurmure.Non,unsusurrement.Non,unchu
chotisquirendaitlamélodiedecenouveaunomsiagréableàl’oreille
etaucœur!
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111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111,1111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111
11—Oh! J’ai entendu mon cœur battre très fort, comme s’il allait sortir
de ma poitrine. Ce nom, je le voulais, je le convoitais plus que tout, il
m’allait comme un gant. C’est sans doute une règle générale: tout ce
qui nous vient de l’être aimé est toujours le plus beau, le plus parfait,
même s’il n’est ni le plus cher ni le plus recherché. En héritant d’un
nouveau nom de baptême, je venais de connaître ma première véri
table déclaration d’amour. Miaou! Non pas que je n’en ai jamais eu,
mais juste que c’étaient des chats désespérants et franchement dépri
mantsquim’enavaientfaitjusque là. 11
—Tu t’appelleras Mia et moi je m’appellerai Ou… Mia Ou… Toi,
Mia…Moi,Ou:Mia Ou!
—Oui,tut’appellerasOuetmoiMia…Ou Mia…Non,Mia Ou!11
—Nos noms seront le reflet de notre union sacrée et de notre belle
complémentarité:Mia Ou!Miaou!
—Etdenotrefidélité…Mia Ou!
—Etdenotrebonheurd’êtreensemble…Mia Ou!
—Et de notre chance de partager ensemble les bons et les mauvais
jours, convaincus qu’ensemble, nous transformerons les journées gla
cialesenmomentsestivaux…Mia Ou!
Nous avons mis nos anciens noms dans des boites à oubli et nous les
avonsconfiésauventvoyageur.Puis,nousnoussommesvêtusdenos
nouveauxoripeauxquinousallaientsibien.Mia Ou!Mia Ou!
Miaou! la la la la la la la la la! Je suis dans la joie, une joie immense.
Oui, je suis dans la joie, une joie qui me donne des ailes, car je suis
amoureuse,carlevraiamourm’achoisie.Jesuisdanslajoie.
Apparemment,majoienefaitpasdubienàtoutlemonde,particuliè
rement, à Kitty, une chatte du voisinage qui se prenait pour la reine
des chats jusqu’au jour où mon amoureux l’a envoyée voir dans les
ruesdeMontréals’ilyétait,quandelleavaitessayédeleséduire.D’ail
leurs,ilaconclusesproposencestermessansappelquirestentgravés
dansmamémoirecommeunsuperbetatouagesurmapeau:«Écono
mise tes miaous pour le chat qui craquera un jour pour toi. Moi, mon
cœuretmesmiaoussontdéjàpris.IlssontlapropriétédeMiaettule
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1111,11111111,1111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111,11111,1111,1111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111,11111111111,1111111111111111111111111111111111111,1111111111,11111111111111,1111111111111111111111111111111111111,11111,111
11saisbien.»Miaou!Lajoieéternellepourmoi,quedis je!Lajoiesem
piternelle! Mais La honte pour Kitty, la grande chatte aux allures de
mannequin!Lagrandehonteetlachutelibresansvitesseinitialeaprès
avoirtutoyélessommetsdel’orgueiletdelaprétention.Aucunechatte
n’aurait aimé être à sa place en ce moment là, aucune chatte! Toutes
hontes bues, elle s’est retournée et est rentrée chez elle la queue entre
lesjambes,leslarmesauxyeux,commeunhumainquivientdeperdre
une fortune dansuneaffairefoireuse.Ça devait être la première véri
tabledéculottéedumannequinauxmanièresdechatongâté.Hier,tan
disquejechantaismajoied’êtreamoureuse,elles’estapprochée,bou
deuse, m’étouffant presque du parfum fort dont sa maîtresse asper
geaittoutsoncorpsenespérantlarendrepluscraquante:
—Chante!chante!chantebien!Miaou!Moià ta place,jenechante
raispassifort,depeurdeperdrelavoixlorsquelesétoilesqu’oncroit
àjamaisconquisesaurontdisparu.Regardebiendansleciel,tuverras
qu’elles brillent, mais qu’elles n’appartiennent à personne. Elles bril
lentpourtous,machèreMia,pourtous!
—Ellesbrilleronttoujourspourmoi,tuverras…
—Miaou!Nedispasquetun’étaispasprévenue,quandtuteretrou
verasseuleetqu’iln’yauraplusquetestristesmiaouspourteconso
ler.
Unvrairabat joie,cetteKitty!Jalouse,va!
Miaoumiaou!Ilya vraimentdesjoursoùriennemarchedans votre
vie,malgrétoutelapeinequevousvousdonnezàfairepencherlaba
lancedevotrecôté.Cesjours là,vousn’avezbesoinderienoudeper
sonne pour comprendre qu’il faut plus que la volonté pour conquérir
touslesobjetsdevotredésir.Jeviensencoredel’apprendreàmesdé
pends. Toutes les fois où je jure que c’est une journée reposante qui
commence enfin pour moi, il y a toujours, décidément, un crétin tapi
dans l’ombre qui s’acharne à me faire passer pour un sacré menteur.
Dieu seul sait que pour être à l’abri de toute surprise désagréable, je
n’ai lésiné sur aucun moyen. Après m’être exilée dans la cuisine dont
j’ai fermé la porte, il m’a fallu, en plus, avoir recours aux bouchons
pouroreillesdemamaîtresse,convaincueenfind’avoirtrouvélesecret
desbruitsenvahissants.Miaou!Unevéritableillusion!Ilyadesbruits
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1111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111,11,11111111,,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111,,11111111111111111111111111111111,11111111111111111111111,1111111111111111111111,1111111111111111,111111111,1111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111aussirécalcitrantsqu’unegripperebelle,desbruitsquerienaumonde
nepeutfiltrer.Pourtant,ilyaàpeineunmois,jejuraisàOuquejamais,
riennepourraitm’empêcherdefermerlesyeuxetdedormirdusom
meil du juste quand j’en éprouverais l’envie. Première leçon de chat.
Neditespas:«Chat,jen’auraijamaisbesoindetesmiaous…»Lavie
est tellement imprévisible qu’à chaque fois qu’on jure, on parait plus
ridicule que la promesse qu’on débite nerveusement, la main sur le
cœur.11
Ah!Ilyad’abordcettevigoureusequinquagénaire,pasdutoutdrôle,
qui occupe le rez de chaussée de notre immeuble. Un espace exigu
promptement transformé en commerce d’identité qui ne désemplit
pourtant jamais toute la semaine, de nuit comme de jour. Ce sont ses
cris stridents qui affolent le plus souvent mes journées. Dès les pre
mièresheuresdelamatinée,quandj’entendssavoixdecrécelleébran
ler le grand silence de ces moments, je ferme nerveusement les yeux,
prêteàsubirlesnotesmalaccordéesdelamusiquehabituelle:«Enfin,
une vendeuse de terre d’Afrique à Montréal! Enfin, une vendeuse
d’identitéafricaineauQuébec!Nevouslaissezpluscoloniserlecorps
et l’espritauCanada, résistezfarouchementauxvendeurs d’assimila
tion qui vous côtoient silencieusement à longueur de journée. Que
vaut, en réalité, un homme qui ne sait pas d’où il vient et qui se con
tente, malgré tout, de continuer sa marche solitaire dans le néant?
N’est cepasunsautdanslevide?Unzèbresanszébruresreste t ilun
zèbre? Que vaut un lion sanscrinière? Et une panthère sans griffes?
Jediraismême:quevautunhommesanscouilles?Vousavezbienla
réponse à mes questions, braves gens. Évitez de ressembler à ces pi
toyables zèbres qui, une fois arrivés en Amérique du Nord, se débar
rassent de leurs zébrures pour devenir de simples antilopes. Définis
par les autres et contraints, toute leur drôle d’existence, à vivre dans
l’anonymat,ilsn’ontplusquelahontecommealliée.Senghor,Césaire,
NgugietKeteAsantenousl’ontdéjàdit:nousnevalonsquelquechose
queparlàoùonvient,parlàoùestenterrénotrecordonombilical.11
Terredel’EmpireduMali,del’EmpireduGhana,del’Empire Mossi,
du Congo, du Cameroun, du Gabon, de Côte d’Ivoire, du Sénégal…
Terred’Afriqueenvente,dixdollarslapoignéedeNégritude.Oui,dix
dollarslapoignéed’Africanité,d’Antillanité,deNégro Renaissanceet
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11111111111111111111111,11,111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111,11111111111111111111,1,111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111,1111mêmed’Haïtianité.Pourdixminablespièces,venezvoirMamaAfrica
etretrouvez,àlavitessedel’éclair,votreidentitéperdue!Unepoignée
de Négritude, de Tigritude et d’âme noire à dix pièces seulement!
Vous ne verrez jamais pareille aubaine. Venez renouer avec vos glo
rieuxancêtresafricains.D’ailleurs,laprisedeconscienceidentitairene
nait elle pas d’une sage réconciliation avec les aïeux? Dix dollars la
poignée d’âme noire, dix dollars la poignée de Soundjata Keita, de
Samory Touré, de Ruben Um Nyobé, de Chaka, de Behanzin, de El
HadjiOmarTall…Seulementdixdollarspourrompre les amarresde
la bâtardise et replonger dans les eaux salvatrices de l’Afrique tuté
laire.Dixdollarsseulement,lapoignéed’identitéafricaine.Dixdollars
leretourauxsourcesinconditionneletleplongeonhéroïquedansvotre
histoire,dansnotrehistoire.Lacolonisationetl’esclavage,nel’oubliez
pas, ont été pendant longtemps notre lot quotidien. On nous a tout
volé: nos noms, nos dieux, nos langues, nos voix, nos coutumes, nos
trésors,nosgoutsetmêmenosdésirs.Cettecolonisationdesespritset
des cœurs n’est pas terminée, soyez en surs. L’immigration est la
forme la plus redoutable d’aliénation qui puisse exister. Vous arrivez
enterreétrangère,onvousconseillevivementdevousintégrerafinde
trouverunemploidignedecenometc’estlàquecommencevotretra
gédie.Enréalité,onvousdemanded’abandonnervoslangues,vosac
cents, vos gouts, vos manières et coutumes pour épouser ceux du
grand maître qui vous reçoit. Regardez vous, pauvres marionnettes!
Vous ne savez même plus dire bonjour en wolof, en medumba, en lin
gala…Vousparlezfrançais,anglais,allemandetespagnolauxenfants
comme si ce sont ces langues qui ont guidé votre éducation africaine.
Vous êtes perdus, mes frères et sœurs! Inexorablement perdus, chers
bâtards!Combiend’entrevouspeuventencoreexécuter,sanssusciter
de l’indignation, quelques pas de danse d’assiko, de lali, de sabar, de
zouk,de doundounba,de bikutsioude zouglou?Àlongueurdejournée,
vous zinzinulez en prétendant danser du hip hop, des claquettes…
Mon œil! Où est passée votre dignité d’Africains? Une chance que
vous ayez encore ces terres d’Afrique pour vous réconcilier avec vos
ancêtresetvoussauverdel’asservissementculturel.Dixdollarsl’iden
titéafricaine!Seulementdixdollars!MamaAfricafaitaussidestrans
ferts d’argent vers l’Afrique, ne l’oubliez pas. Pensez donc à votre
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11111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111,11,111111111111111111111point de transfert d’argent, à la vitesse de l’éclair et à taux hautement
compétitifs.C’estcommesivousremettezl’argentenmainpropre.» 11
Miaoumiaou!Sijepouvaisunjouravoirl’occasiondeluigrifferlenez
pourqu’elleapprenneàrespectermesheuresdesommeil,commejele
ferais avec joie! Il y a un an environ qu’elle s’est installée dans cette
pièce devenue, pour beaucoup d’Africains frustrés, un véritable lieu
depèlerinage.Malheureusement,depuissoninstallation,leshabitants
de l’immeuble ont perdu l’espoir d’un moment de calme en journée.
Des immigrants africains, par dizaines, s’y relaient journellement, en
étécommeenhiver,convaincusderenouer,commeparenchantement,
leslienslongtempsrompusaveclaterrenourricière.Ilyenaquipleu
rentàchaudeslarmes,lesnarineshumantbruyammentlaterrequela
vendeuse jure être celle du terroir, espérant y tirer toute la magie de
leursorigines.Ilyenaquis’ensaupoudrentfrénétiquementlevisage
en pleurant de joie, ravis d’opérer un voyage éclair dans le royaume
d’enfance, tout heureux de vaincre, pour un temps, leur déchirement
intérieur. Il y en a, enfin, qui promènent une langue mouillée sur ces
blocs de terre, les yeux et les poings fermés, comme pour implorer la
clémence d’un dieu invisible. Il ne vient à l’esprit de personne de de
manderàlabradeused’identitécommentelleimportetouscessachets
deterreempilésdanssonréduit.Miaou!Non,iln’ya,àlafin,aucun
humainpourdécilleruneseulefoislesyeuxàcesacheteurscompulsifs
d’identité.
Unmatin,undesesclientsestvenus’écrasercontresonbusteencriant
à tue tête: «Merci, Mama Africa! Merci! Merci! Mille fois merci! Je
suis guéri! Oh, miracle! Oh, merveille! Oh, magie de la terre natale!
Je suis guéri,MamaAfrica!Tous les spécialistesdesgrands hôpitaux
deMontréalmeconnaissent.Jesuisdevenuunobjetdecuriositéscien
tifique pour eux, en raison des nombreux malaises inconnus des dic
tionnaires de médecine que je trainais. C’est fou, le nombre incalcu
labled’examensmédicauxquelesmédecinsm’ontrecommandéetun
matin,tuesvenuecommeunmessie,ohMamaAfrica!Tum’assauvé
la vie et je suis guéri! Vive la terre d’Afrique! Vive la terre de mon
Togo natal.Le pays m’areconnu, le pays m’a pardonné et m’a sauvé.
Merci!»Etilapleurédesminutesentières,inondantlapoitrinedela
vendeuse,convertieennounou,desestorrentsdelarmes.
17
111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,,111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111
11Miaou miaou! Mama Africa a sauté sur l’occasion pour immortaliser
l’évènementgrâceàsonappareilphotoavantdeplacarderl’imagedu
miraculé juste sur le comptoir où elle reçoit ses nombreux clients. En
dessous, on peut d’ailleurs lire, en caractères d’imprimerie: LA
PREUVEPARL’IMAGE!LATERRED’AFRIQUESAUVE,LATERRE
D’AFRIQUE GUIDE… DIX DOLLARS LA POIGNÉE… N’OUBLIEZ
PAS.DATEDEPÉREMPTION:SIXMOISAPRÈSL’OUVERTUREDU
SACHET.11
C’estgrâceàcetteimagepublicitaire,obtenuegratuitement,qu’elleap
pâte astucieusementtoussesclientsà quiellepromet un retourexpé
ditifaupaysnatalsansdéplacementphysiquedansl’espace.
Miaoumiaou!Ilyaenfincemystérieuxvisiteurarméd’unepatience
inébranlablequidéversesamauvaisehumeursurlaporteverrouillée.
Ahnon,ilrecommence!Cen’estpaslemoment,degrâce!Quiçapeut
bien être? Nom d’un chat frustré, qui est ce? Qui peut nourrir le fu
neste projet de perturber un repos réparateur, après une journée
éprouvanteàflânersanscessedanslejardindenotreimmeuble?C’est
maprincipaleoccupationdepuislejouroùj’aidécouvertlabeauté,le
veloutéetlesavoureuxparfumdesfleurs.Enfait,jen’ysuispasallée
parhasardcommetousceuxquis’yaventurentrégulièrementparen
nui avant de se rendre subitement compte que bien avant cette mira
culeusetrouvaille,ilspassaientleclairdeleurvieàmourirdesoifalors
qu’ils avaient, édifiée au seuil de leur porte, une fontaine fraiche bien
généreuse.
Miaoumiaou!Deuxièmeleçondechat.Nejamaiss’apitoyersurlesort
deshumains.Plusvouscédezàleursjérémiadesinfantilesetplusvous
êtes infectés. Plus vous êtes infectés et jamais plus, vous ne vous af
franchirez de leur océan de larmes dévastatrices. Vous les soignerez,
ils s’en iront, libres et légers, et vous laisseront, en guise de récom
pense,leursoutresdeproblèmes.Lacompassionaunprixetleproduit
qu’il est censé vendre se révèle toujours dispendieux. Ça au moins, je
l’ai compris à force de fréquenter les humains. Ce visiteur de circons
tance a beau sonner, je ne lui accorderai pas une seconde de mon
temps. Miaou! Oui, n’aura pas une seule seconde de mon temps!
Dring!Dring!Dring!Ilserappelleenfinqu’unesonnettepeutservir
àavertirdelaprésenced’unvisiteur.Onpeutdirequecen’estpastôt.
18
1,111111111111111111111111111,111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,,11111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111
11Tupeuxtoujourssonner,toi!Décidément,lapatiencedoitêtrelapre
mièrevertudenotremystérieuxintrus.Ahoui,sonnetoujours!Miaou
miaou!Sonnedonc,quisait!
J’ai véritablement découvert le jardin de notre immeuble le jour où
monamoureuxm’aoffert,pourladeuxièmefois,demagnifiquesroses
bleuessansépines,acenséesdeverdureetdegypsophile.Unvraibou
quet de joie! Nous nous promenions silencieusement dans le jardin
plein de fleurs parfumées quand, subitement, il m’a tenue par les
pattesetm’aremiscesbellesfleurs,lesourireauxlèvres.Jen’aipaspu
m’empêcher de miauler d’émotion tandis qu’il m’admirait de ses
beaux yeux:«Oh, my miaou miaou!» J’ai écrasé par la suite une
larmedejoieavantdeluifaireleplusdivindescâlinschaleureux.Per
sonne ne m’avait offert, autrefois, de vivre une si belle surprise. Il a
aimécetteaffectueuseétreinte.Ilad’ailleurseu,parlasuite,beaucoup
de peine à quitter mes pattes. Plus précisément, c’était le 14 février
2010, à peu près à l’heure du diner. Ce jour sacré, je l’ai allègrement
agrafédansmamémoiredechatte,carpersonnenem’avaittémoigné
autant d’affection auparavant. Depuis cet évènement mémorable, je
mesuispromisd’honorercesfleursquejeregardaisautrefoisavecun
sentiment d’indifférence et de leur consacrer toute mon admiration.
C’estenessayantdeleurparler,delesécouteretdesolliciterleurami
tié que j’ai appris leur langage inspirant. Une chance inouïe, à vrai
dire! Et dire que j’aurais pu mourir idiote! Je n’aurais jamais, par
exemple,su quepar sonmerveilleux bouquetde roses,Oumetémoi
gnait tout son amour et me dévoilait, de manière fort noble, toute la
flammeincandescente qui brulait en lui toutes les fois où il me cô
toyait:jel’avaisterrassédemoncharmeirrésistible!Jel’avaislittéra
lement foudroyé de ma classe et de ma grâce féline! Oh, my miaou
miaou!Jem’expliqueàprésenttoutecetteavalanchedemiaousenro
bés de sirop d’érable qu’il poussait à chacun de mes sourires, ses ma
nièressidistinguées,siuniques,defairelebeautouteslesfoisoùilme
côtoyait,samanièredelustrersonpoilsoyeux,safaçonsidrôledefaire
le gros dos en tournant autour de moi comme un chat autour d’une
souris,derentrerlesgriffes en s’étirantpourpeu qu’ilm’aperçoiveet
surtout,cesoreilleséternellementdresséesetcesyeuxgrandementou
vertscommestatufiéstouteslesfoisoùjeluiparlais.11
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111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111,111111111111,1111111111111111111111111,111111111111111111111111111,1111111111,11111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111,11111111111111111111
11Oh! J’ai été longtemps aveugle, comme les humains qui, à force de
courir après des billets de banque et des points octroyés par diverses
cartesdecrédit,touteleurvie,nesaventplusdécrypterdesnoblessen
timentsdansleregardémerveillédeleurprochain:pauvredemoi!Il
a passé un temps fou à me montrer, dans un ciel serti d’étoiles pétil
lantes, la pleine lune, pendant que, naïvement, je scrutais plutôt sa
patte tendue. Je dois être en train de m’humaniser, décidément! Dire
qu’il a presque fallu qu’il me fasse un dessin pour que je comprenne
enfin que toutes ces merveilleuses chorégraphies qu’il renouvelait in
lassablement en ma présence signifiaient simplement: je t’aime! Je
t’aime! Je t’aime, ma Mia! Il n’est, heureusement, jamais trop tard
pour répondre au pur chant d’amour d’un gentlecat pour qui le cœur
bat à chaque fois la chamade. De là vient ma troisième leçon de vie:
Nejamaissedébarrasserdesesplusbeauxsouvenirscommeonsesé
pare, dans la chaleur de sa demeure, le soir venu, de son lourd man
teau d’hiver… Ne jamais les ranger négligemment dans les placards
des oubliettes. Pensez toujours à les conserver dans le coin le plus
chaudducœuretbrandissez lesàchaquefoisquevousaurezl’âmeen
peine. Tous vous trahiront, pas ces succès du temps passé qui vous
rappellerontquemalgrétoutcequivousarrive,laviepeutparfoisêtre
belleetgénéreuse.Dring!Dring!Dring!Ah!Ilnes’arrêtepas,celui
là. Nom d’un chat confondu! Ta gueule, toi! C’est du harcèlement, à
lafin…Tagueule,jedisbienethonteàtoi!Miaoumiaou!
Ah! J’ai oublié de vous dire, chers lecteurs, qui est Ou. C’est mon
amoureux,monchevalierblanc,monchum,commenousledisonsici
au Québec. Vous l’aimerez assurément quand vous ferez sa connais
sance. Ouf! Un vrai amour de chat, comment pourrait on ne pas l’ai
mer! Ah non! Encore ces pleurs insupportables de la sonnette. J’ai
l’impression qu’elle résonne directement dans mes tympans. Miaou!
Cherturlupin,jenesaispasdutoutquivousêtes,niquivousenvoie,
maisquiquevoussoyez,sachezquelapatronnen’estpasdisponible,
revenezlesoiroudemain,moic’estMialachatteetj’aimieuxàfaire.
Jen’aipasfinidefairela lessivedans leplacarddemesbeauxsouve
nirs…Dring!Àcequejevois,maréponseneleconvaincpas.Leshur
lementsdelasonnetteredoublentd’ailleursd’ardeur.Ilfautquej’aille
jeteruncoupd’œilàtraverslejudaspourvoirquisecachederrièrecet
incorrigibleturlupin. 11
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doiventsansdouteêtredésagréables.Ilsonttousunemanièred’appa
raitre sans crier gare et de disparaitre sur la pointe des pieds une fois
lespochespleines.Ah,enplus,noussommesle1eravril!Jesuisdéso
lée, monsieur le logeur, Usha est endormie. Je ne peux pas me per
mettredelaréveiller;elletravailleforttoutelanuitetméritedoncbien
cesommeilréparateur.Revenezlesoirsivouslevoulez,maisdegrâce,
cessezdemefairemalauxtympans.Detoutefaçon,vouslaconnaissez
bien,lapatronne…c’estunebonnepersonne,sanshistoireetsanscom
plication qui vous paie toujours rubis sur l’ongle, sans attendre que
vousveniezvouspointeràsaportecommeilvousarriveparfoisdele
faire chez la voisine. Elle ne s’enfuira pas du jour au lendemain et de
plus,lecalendriern’aurapaschangédedateàvotreprochainpassage
cesoir.D’accord?Ilfroncelessourcilscommes’ilasaisimondiscours
etsamoustachebroussailleuseexécuteunedrôledechorégraphiepen
dantqu’ilmaugréecommeunenfantcapricieux.Enfin,àenjugerpar
sa décision de rebrousser chemin, il doit avoir compris. Il se retourne
en effet, pivote nerveusement sur ses talons et s’en va. Ouf! Je peux
continuer ma sieste en espérant que la vendeuse d’identité ne pren
draitpaslerelaisdecebrouhahainsupportable.11
Quatrièmeleçondevie.Vivreàfondlesplusbeauxmomentsdelavie:
reniflerl’envoutantparfum dechacunedesesminutes;écouteratten
tivement toutes ses notes enivrantes; caresser, les yeux fermés, toutes
lespétalesderosesquelavienousoffreàfoison;déguster,sansregret,
tous les plaisirs qu’elle nous dédie et que nous ne connaitrons peut
êtrequ’uneseulefois;enfin,admirercespectaclesansjamaisêtretenté
defermerlesyeux,depeurdemanquerpeut êtrel’uniquesecondeor
gastique de ces moments magiques, exploiter chaque instant de bon
heurjusqu’aubout, boire la coupedecesmomentsextatiques jusqu’à
lalie.Vivre.Aimer.Espérer.Rire.Miaou!
LejouroùlesfleursoffertesparOum’ontrévélélesecretdeleurlan
gage,j’aipleurécommejenel’avaisjamaisfaitauparavant:j’aipleuré
desavoirquejepleurais;j’aipleuré parce que celamefaisaitdubien
de verser quelques gouttes de larmes en ce moment et parce que je
voulaisquecetinstantmémorablesecristalliseàjamaisàtraverscette
seconde d’émotion; j’aipleuré d’être aimée; j’ai pleuré de savoir que
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