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Je vais vous tuer

De
94 pages
Voici un thriller passionnant écrit avec finesse et d'une machiavélique intelligence.


"Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse" Fréderich Nietzsche - "Ainsi parlait Zarathoustra".
Et du chaos il y en a dans ce livre... très noir... "Je vais vous tuer" nous raconte deux histoires parallèles. D'un côté une rame de métro, plusieurs personnages, un attentat. De l'autre un capitaine de police, plusieurs meurtres, et le philosophe Nietzsche. Le point commun entre les deux ? Par un jeu de "vases communicants" chapitre après chapitre, l'auteur déroule le fil de son roman. D'une plume glaçante et souvent très crue, il n'hésite pas à malmener ses personnages, en leur dressant des portraits au vitriol pour perdre le lecteur tenu en haleine au fil des pages

Nicolas Klein a su manier les codes de (l'excellent) thriller afin de faire monter le suspense progressivement. Haletant, ce roman se lit d'une traite.


Critique de Lady's Blog
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Nicolas klein

 

 

Je vais vous tuer

 

 

 

 

Illustration : Néro

 

 

 

 

Publié dans la collection I-Mage-In-Air,

Dirigée par Jean-Baptiste Messier.

 

 

 

 

 

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© Evidence Editions 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A mon frère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci Élisabeth

 

 

N’est-ce pas merveilleux de savoir où l’on va ?

Non ! Quelle horreur ! Regarde-les, ils ont l’air de numéros sacrifiés pour quelque équation nazie.

Ils sont concentrés mais sur la dure journée de labeur qui les attend. Tout le monde ne peut pas être un parasite.

Dieu a donné le libre arbitre, autant l’utiliser.

Dieu n’existe pas, et le libre arbitre, cette invention des prêtres pour se venger et punir, ne nourrit pas.

L’amour non plus et pourtant même toi, tu dois reconnaître qu’il est vital.

Chacun cherche l’amour, c’est vrai, c’est bien là le drame de l’Homme. 

Ah, je savais que l’on finirait par trouver un terrain d’entente. Et toi, quel amour cherches-tu ?

Oh, mais le même que toi : l’amour miroir.

 

*

 

 

Métropolitain. Gare de Lyon, 7 h 30.

 

Les portes du métro de la ligne 14 s’ouvrirent et le jeu des vases communicants recommença. Dans la rame 7, une dizaine de personnes prirent place. Le cosmopolitisme de Paris se retrouvait dans ce microcosme et chacun s’accommodait de l’autre en ce matin particulièrement froid.

 

Près d’une porte, une petite fille parlait avec sa mère tandis qu’un homme consultait son agenda électronique. Dans les banquettes du milieu, une jeune antillaise lisait un roman de Maryse Condé, entourée par un Asiatique et une femme en tailleur. Lui faisant face, deux hommes échangeaient leur point de vue sur la prestation télévisée du président Hollande. Ils s’accordaient sur sa médiocrité. À l’autre porte, un musicien, à en juger par son accordéon en bandoulière, était perdu dans ses pensées. Assis sur un strapontin, un homme à la peau noire semblait le regarder pour le faire jouer… ou le maintenir dans cet état. Une adolescente n’avait pas attendu de connaître l’issue et avait mis son casque pour écouter le dernier album de Maître Gims. Son ami, maghrébin comme elle, préférait jouer avec sa console portable autrement plus attrayante que les résumés de cours qu’il s’était promis d’apprendre. D’autres passagers profitaient des journaux gratuits pour découvrir ce que le 20 heures de la veille n’avait pas mentionné. Il y avait aussi un homme qui observait chaque occupant, notant chaque détail à la manière d’un mentaliste. Ou d’un écrivain, ce qu’il était, tout du moins pour lui.

Puis, il y eut un bruit. Énorme.

Tous se tournèrent vers son origine : les quais qu’ils avaient quittés. C’était une explosion. Une formidable explosion.

Une deuxième retentit.

Cette fois, elle provenait de devant. L’instant d’après, le métro s’encastra à près de quarante kilomètres heure dans un mur de pierres. Horrible bruit de métal broyé. Puis, un silence. De mort.

 

*

 

Non, ils sont morts ?

Je ne sais pas.

Tu aurais pu me prévenir, tout ça pour me démontrer qu’aucune route n’est jamais tracée. T’es chiante.

Je n’y suis pour rien, je t’assure. Certaines choses nous échappent, je peux faire naître l’imprévu mais il n’en demeure pas moins volatil, par essence, si je puis dire.

Trop facile, l’existence ne précède-t-elle pas l’essence ? Les choses sont peut-être dures avec moi, mais au moins, on sait à quoi s’attendre.

Tu sais, je n’ai pas peur non plus de me salir les mains, cependant il faut reconnaître que tu es meilleur que moi par certains… aspects. La suite t’appartient donc.

La flatterie ne te servira à rien, d’ailleurs je ne fuis pas mes responsabilités, moi !

 

*

 

Sébastien toucha sa tempe droite. Ses doigts rencontrèrent du sang séché. Que s’était-il… Ah oui, quel choc ! Une explosion, puis une autre et enfin le crash. Il avait valdingué et sa tête avait heurté le dossier d’une banquette. Un attentat terroriste dans le métro, merde, depuis le temps qu’il en parlait, et voilà que ça arrivait alors qu’il ne le prenait quasiment jamais. Tout ça, à cause de cette salope qui lui avait crevé les pneus de sa BM.

Un plafonnier livrait sa lumière par intermittence. L’effet stroboscopique ajoutait à l’horreur de ce que Sébastien découvrit. La fille et sa maman. Enfin, ce qu’il en restait. Il manquait la tête pour la petite et le tronc pour la mère. Le sang avait giclé en abondance, mais ne s’échappait plus que par soubresauts. Sébastien sentit un goût métallique dans sa bouche puis il vomit et resta prostré à contempler son œuvre.

Merde, merde, merde ! C’est pas vrai ! Quelle journée de merde ! Et dire que ce devait être une journée à quarante mille ! Deux retraites Madelin toutes cuites l’attendaient. Et une dinde à fourrer ce soir en apothéose. Comment elle s’appelait celle-là encore ? Céline ? Non, ça c’est l’autre pute qui lui a crevé ses pneus. Stéphanie, oui, Stéphanie, délicieuse petite Stéphanie, quand te reverrais-je, foufoune merveilleuse ? Ah, ah, ah, putain, c’est quoi ce délire ?

Sébastien détourna son regard de son petit-déjeuner façon Picasso. Il venait d’entendre des râles. Oui, c’étaient bien des gémissements qui provenaient du fond de la rame. Là-bas, plusieurs corps étaient empilés les uns sur les autres. À défaut de tapis, on avait déroulé une jolie bande rouge jusqu’à eux. Sébastien l’évita soigneusement pour rejoindre la source des plaintes. Putain, allez, doit bien y avoir d’autres survivants, peut-être même une jolie survivante avec un peu de chance…

 

*

 

Tu vois, je savais que tu serais parfaite. Ton sens n’est pas reconnu pour rien.

Non, mes sens, je suis par contre unique. Quoiqu’on en dise, ce sont les vérités qui sont multiples.

Et quelle est la tienne ?

Amor fati.

Aime ton destin ? Il est vrai que tu n’es qu’ironie.

D’autres me nomment fatalité, est-il si dur de me regarder en face ?

Sans doute, sinon je n’existerai pas. Mais, chère Némésis, il est temps que nos différences ne soient plus dichotomies. Notre propriétaire a besoin de nous.

Et nous de lui, cependant ducunt volentem fata, nolentem trahunt1.

C’est ça, merci pour ce rappel. Dis-moi, le latin t’avait oubliée mais t’es pas rancunière. Maintenant, si tu le permets, res, non verba2 !

 

 

 

 

Merci Seb

 

 

— Tu en fais souvent ?

Attention, question piège d’entrée.

— De quoi me parles-tu ?

— Ben, des speed-dating.

— Je pensais que tu me parlais d’aussi charmante rencontre que la tienne. La réponse est non aux deux.

Ça y est, elle rougit. Hum, trente-cinq ans je dirais, pas trop mal conservée. Elle n’a pas forcé sur le maquillage, mais son décolleté est évocateur de sa condition de manque. Une proie facile. Elle arrive à un âge bâtard coincé entre les petites jeunes et les couguars.

— Et qu’est-ce tu fais dans la vie ?

Je me tape des bonnes-femmes qui se demandent si elles plaisent encore. T’en connais ?

— Je suis dans les assurances. Je fais peur aux gens et je les « rassure » quand je les reprends à la concurrence.

Houlà, j’y suis allé un peu fort, je crois que je l’ai perdue.

— Je suis quelqu’un qui assure mais pas avec les femmes, alors je me suis dit que cette expérience me permettrait peut-être de trouver l’amour. Et toi ?

Elle se détend, les mots ont un pouvoir magique pour celui qui sait les manier, surtout quand il a ma gueule d’acteur. 

— Je suis assistante de direction dans une caisse de retraite. Ma patronne est une esclavagiste et depuis que mon mari m’a quittée, je n’ai pas beaucoup de temps pour…

trouver une bite. Tu m’étonnes. Heureusement la mienne est prête à l’emploi.

— Ah, les patrons tyranniques, je connais, c’est pour ça que je me suis mis à mon compte. La vie est trop courte pour se laisser… enquiquiner par des gens obnubilés par leur petit pouvoir. Personnellement, je mets un point d’honneur à saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent, pas toi ?

Les yeux commencent à briller, bientôt c’est le panneau « Baise-moi, grand fou ! » qui va s’allumer sur son front.

— Je… c’est pas facile. Je suis tellement prise — et t’as encore rien vu — par mon boulot que, parfois, je me demande si je ne suis pas une machine.

Ouais, ben, on va huiler tout ça.

Ding ! La cloche sonne, fin des sept minutes. Je vois le regret dans ses yeux. Une invitation que je vais honorer comme il se doigte.

— Bon, euh, peut-être à plus tard, Sébastien ?

— Pourquoi remettre à plus tard ce que nous voulons maintenant, Stéphanie ? Partons de cet endroit impersonnel qui n’aura eu le mérite que de notre rencontre. J’habite pas très loin d’ici et j’ai une folle envie de parler encore avec toi.

Elle hésite pour la forme, mais elle mouille déjà à l’idée de ce que je dois posséder sous ce jean trop serré.

— Allez, c’est vrai, je vais me laisser aller pour une fois. En tout bien, tout honneur, hein ?

En tout dur dans ton cul, oui.

— Bien sûr, Stéphanie. Tu sais, j’aime surtout découvrir l’autre, c’est pour ça que je fais ce métier. Et toi, je sais que tu es une personne qui a beaucoup à partager.

Allez, hop, emballé c’est pesé, direction le baisodrome.

 

La vache ! Quelle sauvage ! Elle m’a ruiné le dos avec ses ongles de pute. Jamais couchée avec un mec qui a une bite de plus de 15 centimètres ou quoi ? En tous cas, elle a assuré la cochonne. Pas envie de perdre l’oiseau rare qui saura égayer ta petite vie de merde, n’est-ce pas Stéphanie ?

Un café et au boulot. Le bruit de ma Senseo réveille la comblée qui me cherche du regard. Non, ce n’était pas un rêve et, admire, le prince charmant t’apporte même le p’tit dèj au lit.

— Bien dormi ? Question ponctuée d’un baiser sur son front.

— Oui, super. Mais… quelle heure est-il ? Je vais être en retard et ma chef va me le faire payer pendant au moins une semaine.

—  Ne t’inquiète pas, il est six heures et j’en ai pour vingt minutes pour t’emmener. Tartines ou croissant ?

Je sais, j’en fais trop mais je kiffe de voir leur tronche d’ahurie à ces abîmées de la vie qui pensent redevenir la petite princesse de leur enfance. Je ne suis pas un salaud, c’est juste que j’aime plaire et que je me lasse vite. Un psy vous dirait que c’est à cause de ma mère. J’avais beau me casser le cul à l’école, ramener des médailles lors de mes compétitions de judo, jamais elle ne me manifestait un témoignage d’amour. Au contraire, la moindre occasion était bonne pour me rabaisser. Ce n’est que plus tard que je compris que je lui servais de procuration pour le mépris qu’elle éprouvait à l’égard de ses beaux-parents. Ce sont eux qui m’avaient élevé dans le respect des conventions élitistes, chose qu’une fille de la campagne comme ma mère conchiait par tous ses pores. Alors à la naissance de mon petit frère, elle avait arrêté de travailler pour lui apporter une éducation propre à ses convictions. Et mon père ? C’était un bon père, trop bon ça l’a tué. Je l’admirais et mon cœur se brisa quand je vis sa lente descente aux enfers. Quand ses collègues le flouèrent, que nous nous retrouvâmes sans argent et que ma mère dut accepter l’aide des beaux-parents détestés. Ce père si fier de son rôle de guide ne put accepter de nous avoir menés droit dans le mur. Il se mit à boire et mourut d’un cancer. Fin de l’histoire. Alors, les êtres fragiles que je croise, je veux les aider à se constituer une carapace contre ce monde pourri. Je ne suis pas un salaud, je suis un sauveur et le prix à payer pour mon aide est des plus plaisants d’après ce que j’en vois.

Ah, Stéphanie a fini de se préparer. Elle a l’air étonnée.

— Euh, Sébastien, c’est quoi ce poisson rouge dans tes toilettes ?

Je l’avais oublié lui et son bocal. La force de l’habitude.

— C’est Prince, je l’ai mis là pour… me tenir compagnie dans des moments de solitude que tout le monde connaît. Il est toujours d’accord avec mes élucubrations, si j’en crois les bulles qu’il me sort.

D’abord comme deux ronds de flanc, elle éclate de rire.

— Tu chies avec ton poisson rouge ?

— C’est une manière de résumer la chose. Bien, ce n’est pas que je n’ai pas envie de te parler de ma vie royale, mais l’heure tourne.

Je la dépose à son taf et la rassure. Oui, on se reverra, tant que tu accepteras mes règles et surtout si tu acceptes de ne pas être la seule à profiter de ma grosse queue.

 

 

 

 

Merci Charles

 

 

36, quai des Orfèvres, siège de la DRPJ. Paris.

11 h 04

 

Le capitaine Vincent Maingre avait une sale tête, celle d’un père qui ne fuit pas ses responsabilités. Il n’avait pas dormi de la nuit, Charles avait encore eu une crise respiratoire. Son deuxième fils avait eu un an et cette année avait paru une éternité. Tout avait commencé avec la découverte de ce qui rendait son petit « différent ». Le syndrome de Goldenhar. Ça ressemblait au titre d’un James Bond mais ça n’avait rien à voir. Quoique, Charles avait eu droit à quelques gadgets pour suppléer son physique défaillant. Putain, et dire que ni la gynéco ni le radiologue n’avaient rien vu avant la naissance. Le plus dur restait de le faire manger. Il n’arrivait toujours pas à déglutir malgré le stage qu’ils avaient suivi, une méthode suisse qui avait pourtant de très bons résultats. Au final, Charles se nourrissait exclusivement par sonde. Vincent se rappela comment il guettait avec sa femme la moindre prise de poids, victoire souvent dérisoire mais joie réelle. Sylvie qui aurait bien aimé aussi que lui-même arrêta d’ajouter des trous à ses ceintures. Et comme si cela ne suffisait pas, Charles attrapait rhume sur rhume et avait le droit à une seconde sonde pour l’aider à respirer. Vincent avait demandé sa mutation dans le sud, là où le climat conviendrait mieux à Charles. Là où le travail serait moins important. Là où il pourrait peut-être se reposer un peu. Écouter les cigales en sirotant un bon pastaga…

 

— Chef ? Vous êtes avec moi ?

Merde, il s’était assoupi et n’avait pas entendu Marco entrer dans son bureau.

— Ouais, qu’est-ce qu’y a ?

— On a un homicide à l’hôtel des Saints Pères, à Saint-Germain.

Quand je me considère, je me désole. Quand je me compare, je me console. Pour ça, il ne s’était pas trompé de boulot.

— Ça va, Sylvie ?

— Ouais, ses parents sont venus lui donner un coup de main.

— Ah, OK. Même pour une sage-femme, j’imagine que ce doit pas être simple avec trois enfants surtout que…

— Ouais, c’est pas simple. T’as quoi sur notre homicide ?

— Jean Martinet, 43 ans, assureur et père de deux enfants. Déclaré disparu par son épouse, il y a une semaine. C’est la femme de ménage qui l’a découvert à 8 h dans le lit de la chambre qu’elle allait préparer. Chambre qui devait être vide mais dont la clé magnétique avait été soi-disant perdue par le précédent occupant. La femme de ménage pensait que l’homme dormait mais elle a vite compris qu’il n’était pas prêt de se réveiller.

— Comment sait-on que c’est un homicide ?

— À cause de la mise en scène.

— Quoi ?

— Tu verras là-bas.

 

******

 

Arrivé à la chambre d’hôtel, Vincent reconnut Gilles, le responsable des TSC3, malgré sa combinaison. Un rapide coup d’œil dans la pièce, où se trouvait un autre homme occupé à relever des indices, lui indiqua que rien ne laissait supposer un crime, si ce n’est ce corps allongé sur le lit dans une posture qui rappelait un rite funéraire. La chambre était de haut standing. Fallait aimer le style rococo, mais y avait pire comme dernière demeure. 

— Tu vas bien, Gilles ?

— Ça va et toi ? Et Charles ?

— Pas pire. Qu’est-ce qu’on a, à part ce magnifique plafond ?

— Une chambre d’hôtel, t’imagines déjà. Des empreintes en veux-tu, en voilà. Mais on a trouvé quand même pas mal de choses intéressantes.

Le technicien sortit deux plastiques d’une mallette. À l’intérieur du premier se trouvait un livre.

— Notre victime le tenait entre ses mains comme une bible. Sauf que c’en est pas une : « Ainsi parlait Zarathoustra » de Nietzsche. Tu connais ?

— « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort » et c’était un philosophe allemand. À part ça…

— Pareil, je t’avouerai que la philo n’était pas ma matière favorite. Des empreintes mais celles du mort à tous les coups.

Gilles déposa le livre et prit l’autre plastique.

— Et voilà ce que j’estime être l’arme du crime. Pas d’empreinte mais il y a du sang, probablement celui de la victime, sur le bout coupant. 

— Original, en adéquation avec le tourne-disque que je vois là.

— Oui, on a aussi retrouvé un disque entier posé dessus. L’assassin a dû l’écouter. Carmen de Bizet. Je ne sais pas quel est celui qui a été cassé mais ce n’est pas le même. Je t’en dirai plus après expertise.

Vincent regarda le morceau de 33 tours. Il devina un « P » et un « W » en dessous.

— Sinon, notre victime avait des clés et son portefeuille sur lui, ce qui a permis à tes gars de l’identifier et de découvrir que sa femme avait déposé une plainte pour disparation préoccupante. De notre côté, nous avons essayé le Luminol4, rien dans la chambre, mais, sur le visage, nous avons une belle trace qui part de la carotide pour s’échapper le long de la joue jusqu’aux cheveux.

— On l’a saigné comme un goret.

— Je le pense aussi. Tu peux voir des points de suture sur le cou, cependant c’est la Polilight5 qui nous a révélé un truc étonnant. Eric, ferme les rideaux, s’il te plaît.

L’autre homme en combinaison s’exécuta et son chef alluma la lampe au-dessus du corps. Ce dernier révéla son système circulatoire dans une jolie couleur bleue.

— Première fois que je vois ça. Je sais pas avec quoi on l’a embaumé mais je suis curieux de l’apprendre.

— D’ailleurs, il est où Michel ?

— Il terminait une autopsie, il devrait pas tarder.

— Dis-lui de m’appeler quand il aura fini celle de notre homme.

Vincent remercia Gilles puis retrouva Marco qui terminait de recueillir les témoignages. Rien de notable n’était à signaler à part la chambre en elle-même. Le réceptionniste lui avait indiqué qu’elle faisait partie des trois « particulières » que possédait l’hôtel. Le fameux plafond de celle-ci était peint d’une fresque de l’école de Versailles datant de plus de 300 ans. Elle représentait « La Vertu » et le « Bon Augure ». Un certain monsieur Martinet l’avait réservée pour cette nuit mais il n’était pas venu. Ça, c’est ce qu’il croyait.

— Il faudrait voir aussi s’il n’y a pas des caméras aux alentours qui auraient pu filmer quelque chose. Reste à annoncer la nouvelle à la veuve. Tu viens ?

— OK, j’ai fini, je conduis, je connais le coin où elle habite.

 

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