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Jean Rouquier

De
170 pages
A travers les nombreux rebondissements de ce roman, nous suivons les contorsions d'un commerçant, alter ego de l'auteur, qui profite cyniquement de la complicité d'une partenaire formée pour se soumettre à son pouvoir. La hiérarchie raciale de l'époque coloniale imprègne l'esprit du protagoniste que le doute ne trouble que rarement. Ce roman ancré dans une réalité vécue nous fait pénétrer plus en avant dans une mentalité qui n'a toujours pas complètement disparu.
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LOUIs ChàrbONNEàU
Jean RouquieR Là vOIx dU sàNg
PrésENtàtION dE ROgEr LIttlE
JEAN ROUQUIER
COLLECTIONAUTREMENT MÊMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur,les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.»Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
Louis Charbonneau JEAN ROUQUIER Présentation de Roger Little L’HARMATTAN
En couverture : Reproduction de la gravure anonyme ornant la couverture de l’édition de 1933 deJean Rouquier.© L’Harmattan, 20145-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02850-7 EAN : 9782343028507
INTRODUCTION par Roger Little
Du même auteur sur la représentation du NoirComme auteur : Between Totem and Taboo : Black Man, White Woman in Francographic Literature, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 2001 (texte anglais) Nègres blancs: représentations de l’autre autre, Paris: L’Harmattan, 1995Comme éditeur intellectuel : Louis Charbonneau,L’Orchidée noire, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 98, Paris: L’Harmattan, 2014Louis Charbonneau,Azizé, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 96, Paris: L’Har-mattan, 2014Louis Charbonneau,Fièvres d’Afrique suivide trois récits inédits:La Duchesse,La RecluseetMinne Water: Lac d’amour(extraits), présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 94, Paris: L’Harmattan, 2014Louis Charbonneau,Contes d’A.É.F. 1888-1910, ouvrage inédit accompagné de documents inédits, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 93, Paris :L’Harmattan, 2014Louis Charbonneau,Mambu et son amour, avec de nombreux documents inédits, présen-tation de R.L., coll. Autrement Mêmes 92, Paris: L’Harmattan, 2014Raymond Escholier,Mahmadou Fofana, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 90, Paris: L’Harmattan, 2013Alfred Séguin,Le Robinson noir, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 88, Paris : L’Harmattan, 2013Pierre Mille,L’Illustre Partonneau, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 84, Paris : L’Harmattan, 2013JulieGouraud,Les Deux Enfants de Saint-Domingue, suivi de Michel Möring,L’Esclave de Saint-Domingue, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 82, Paris : L’Harmattan, 2012Nouvelles du héros noir: anthologie 1769-1847. Textes réunis et présentés par R. L., Autrement Mêmes 50, Paris : L’Harmattan, 2009Lucie Cousturier, les tirailleurs sénégalais et la question coloniale: actes du colloque international tenu à Fréjus les 13 et 14 juin 2008, augmentés de lettres adressées à Paul Signac et à Léon Werth. Textes réunis et présentés par R. L.,Paris : L’Harmattan, 2008Gaspard Théodore Mollien,Voyage dans l’intérieur de l’Afrique, aux sources du Ségégal et de la Gambie, fait en 1818,présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 41, Paris : L’Harmattan, 2007Louise Faure-Favier,Blanche et Noir, présentation de R.L., avec la collaboration de Laurent de Freitas, coll. Autrement Mêmes 28, Paris : L’Harmattan, 2006Anonyme,Histoire de Moulay Abelmeula, présentation de R.L., coll. Autrement Mêmes 12, Paris : L’Harmattan, 2003Lucie Cousturier,Mes inconnus chez eux, t. 1 :Mon amie Fatou, citadine; t. 2 :Mon ami Soumaré, laptot, suivi d’un Rapport sur le milieu familial en Afrique occidentale, présentation de R.L., avec des textes de René Maran et de Léon Werth, coll. Autrement Mêmes 9, Paris : L’Harmattan, 2003Aperçus du Noir: regards blancs sur l’Autre, n° spécial d’Interculturel Francophonies[Lecce, Italie], 2 (juin-juillet 2002), éd. R.L. Lucie Cousturier,Des inconnus chez moi, présentation de R.L., préface de René Maran, coll. Autrement Mêmes 1, Paris : L’Harmattan, 2001Pigault-Lebrun,Le Blanc et le Noir, présentation de R.L., Autrement Mêmes 4, Paris : L’Harmattan, 2001Anonyme,Histoire de Louis Anniaba, présentation de R.L., Textes littéraires CVIII, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 2000 Black Accents : Writing in French from Africa, Mauritius and the Caribbean.Actes du colloque ASCALF tenu à Dublin, 810 avril 1995, éd. J. P. Little et R.L., Londres : Grant et Cutler, 1997 (textes anglais et français) Jean-François de Saint-Lambert,Contes américains: L’Abenaki, Ziméo, Les Deux Amis, présentation de R.L., Textes littéraires XCIX, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1997Bernardin de Saint-Pierre,Empsaël et Zoraïde, ou les Blancs esclaves des Noirs à Maroc,présentation de R.L., Textes littéraires XCII, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1995 Claire de Durfort, duchesse de Duras,Ourika, présentation et étude de R.L., Textes littéraires e LXXXIV, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1993 ; 2tirage, 1993 ; nouvelle édition revue et augmentée, Textes littéraires CV, 1998 ; édition mise à jour, 2005
INTRODUCTIONAlors que la plupart des écrits de Louis Charbonneau sont présentés 1 sous forme de journal, tantôt mensuel, tantôt quotidien,JeanRouquiera les allures d’un roman plus traditionnel, divisé en chapitres sans datation précise. Qui plus est, il est situé non dans un seul endroit ou une seule région comme les autres livres, mais évolue surtout entre deux pôles géographiques :d’une part la frontière entre le nord-ouest duGabon et ce qui s’appelle aujourd’hui la Guinée équatoriale et d’autre part la France. De brèves excursions se fontà l’île portugaise de Principe, au large de la Guinée alors espagnole, en Afrique du Nord et en Italie. Quant à sa chronologie, on doit avoir recours à des informations extérieures au roman pour enxer le début, du moins approximativement, car nous savons que Charbon-neau, né en 1865, partit travailler en Afrique équatoriale française en 1888 après son service militaire dans le Maghreb et commença par être commerçant, en huile de palme surtout, au nord du Gabon. À l’intérieur du roman,quelques mentions du temps qui passe jalon-nent le texte, où nous voyons grandir les enfants et évoluer les rapports entre les différents personnages. Pour être présenté différemment des autres écrits de Charbonneau, Jean Rouquiern’en est pas moins, comme eux, basé directement sur le vécu de l’auteuret sur le principe de la véracité. Le critique belge Joseph-Marie Jadot fait remarquer : Dans ses carnets, Charbonneaus’appellera successivement Ntala Nzavo [sic, pour Tala N’Zavo]chez les Fang, Libono au Mayumbe et Ndeko[N’Déko]dans le Haut-Ubangi. Il s’appellera aussi, sans doute en souriant, Coalwater au temps de Diouna et ce n’est pas pour rien que, par la suite, des Noirs vont prendre Jean Rouquier pour Lici Libono. Il reste que tout l’œuvre, si romancé soit-il, de L. Charbonneau relève de 2 l’autobiographie ou du roman autobiographique. 1  Voirnos rééditions de 2014 (auxquelles se font nos renvois) dans la collection Autrement Mêmes.2 J.-M. Jadot, « Louis Charbonneau (1865-1951) : un romancier français du Mayumbe belge », Académie Royale des Sciences Coloniales [Bruxelles],Bulletin des séances, n.s. III, 4 (1957), p. 774-795 (p. 794, n. 2) : http://www.sudoc.abes. fr/DB=2.1/SRCH?IKT=12&TRM=101742711.
vii
La coïncidence entre auteur et narrateur est quasi complète, tout comme l’est celle entre ses différents avatars romanesques.Mais en rappelant que «ce n’est pas pour rien que, par la suite, des Noirs vont 1 prendre Jean Rouquier pour Lici Libono», Jadot fait passer sous silence le jeuidentitaire voulu par l’auteur:Rouquier est et n’est pas Tala N’Zavo;Charbonneau est et n’est pas ses deux personnages.À regarder la biographie du Morvandiau, on se persuade aisément pourtant que la différence entre eux est inme. Éléments de biographie Ce que nous savons de la vie de Louis Charbonneau nous est fourni pour l’essentiel par l’étude de Jadot précitéeet une notice qu’il a 2 rédigée pour laBiographie belge d’outre-mer. Né à Moulins-Engilbert, dans la Nièvre, le 18 août 1865, Charbonneau fait des étudesd’humanités au Petit Séminaire de Nevers avant de faire son 3 service militaire de cinq ans au Maghreb. Il y aurait pris part « à des opérations de surveillance à l’endroit des Touaregs et à l’établisse-4 ment d’un poste à Miribel» .C’est songrand-père, apprend-on dans JeanRouquier, qui lui aurait donné le goût des voyages lointains et il les entreprend d’autant plus volontiers qu’il se serait mal entendu 5 avec sa mère .Après son service, il part pour l’Afrique équatoriale française, où il restera, avec des absences en Europe, de 1888 à 1922. 1 En l’occurrence, c’est Azizé seule, p. 20 ci-dessous, héroïne du roman qui porte son nom, qui, jeune veuve sur le point de mourir, prend Rouquier non pour Libono (personnage deMambu et son amour) mais pour Tala N’Zavo(qui serait l’auteur des carnets repris dansAzizéetL’Orchidée noire). Son état la rendrait sans doute moins crédible qu’une personne valide, mais par ce clin d’œil au lecteur, Charbonneau souhaiterait souligner une double continuité en faisant référence 1° à l’un de ses romans antérieurs et 2° à deux de ses prête-noms.2 J.-M. Jadot, « Charbonneau (Louis) », Académie Royale des Sciences Colonia-les [Bruxelles],Biographie belge d’outre-mer, t. VI (1968), p. 202 : http://www. kaowarsom.be/documents/bbom/Tome_VI/Charbonneau.Louis.pdf : voir le texte en annexe, p. 117-123 ci-dessous. 3 Il parle d’avoir passé «soixante mois comme militaire dans tous les bleds algé-riens » : voirMinne Water, inFièvres d’Afrique, suivi de trois récits inédits, coll. Autrement Mêmes, Paris, L’Harmattan, 2014,p. 197.4 Jadot, 1957, p. 776. 5  Dansdes parties inédites deMinne Water, Charbonneau évoque un moment déterminant où sa mère, « toujours acide », lui avait donné «la maîtresse gifle qu’elle m’avait octroyée en public. Gifle que mes dix-huit ans ne purent supporter et qui décida de ma carrière africaine » (f° 102, 109). viii
Débarquant dans un premier temps à Libreville, capitale du Gabon, il se trouveraitd’abord barman dans un débitborgne mais se ferait remarquerpar ses qualités d’observation, ses renseignements et ses levés topographiques. Travaillant dans un premier temps pour la société « British Congo» et s’établissant ensuite en commerçant indépendant, il parcourt le nord du Gabon, la Guinée équatoriale continentale (connue maintenant sous le nom de Río Muni, ballottée 1 alors entre différentes puissances européennes), le Cameroun et jusqu’auxmarches méridionales du Nigeria. C’est de cette période de son activité qu’il se souvient dansJeanRouquier, bénéciant sans aucun doute, comme il le fait pour tous ses autres écrits, des carnets qu’il avait tenus sur placemais qui n’ont pas encore été retrouvés. Selon le récit, il se serait établi sur la rive dueuve Muni, vers 2 l’estuaire, en vue des îles Élobey .La suite ne concerne pas directe-mentJean Rouquier: l’annexe du présent volume reprendun texte de Jadot qui la retrace. Il suffit de noter ici que dans l’état actuel de nos connaissances, les relations professionnelles entre Charbonneau-Rouquier et la société bordelaise dirigée par « Pierre Bernon »n’ont rien d’invraisemblable; c’est vrai aussi deses rapports avec sa sœur, Hélène, telsqu’ilssont racontés, bien circonstanciés, dans le récit. Nous savons en revanche pour sûr que, rentré dénitivement en Europe à partir de 1922, Charbonneau a trouvé de modestes gagne-pain pour survivre à Paris avant de déménager en Belgique en 1936, en partie à cause de la santé decelle, d’originebrugeoise,qu’il avait épousée en 1894. Ils’estéteint à Bruxelles le 15 janvier 1951. 1 Un représentant de l’Espagne s’emploie à partir de1884 à réannexer les territoires du Río Muni, en passant des traités avec les chefs locaux, mais la conférence de Berlin (1884-1885) sur le «partage de l’Afrique» tourne au désavantage de l’Espagne qui entérine certaines incursions françaises. Face à ses récrimina-tions, une commission franco-espagnole est créée, qui aboutit au traité de Paris 2 du 27 juin 1900qui ne laisse à l’Espagne qu’un territoire de26.000 km, corres-pondant au Río Muni, partie continentale de l’actuelle République de Guinée Équatoriale. 2 La carte moderne la plus détaillée et la plus utile est celle du « Army Map Service 1960 » à laquelle on accède en demandant à un moteur de recherche la « List of Rivers of Equatorial Guinea ». La carte Michelin 746 :Afrique centre et sud ; Madagascar, confond le río Muniavec le fleuve Benito (l’Éyo de Charbon-neau). La toponymie de cette région était aussi approximative que les frontières, mais Charbonneau se serait établi sur l’estuaire du Muni (qui réunit plusieurs rivières : Mitemélé, Utamboni, Mitong, Mandyani, Congue et Mven), dont la rive droite est actuellement en Guinée équatoriale et la rive gauche au Gabon.ix