John Tula, le magnifique

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Le récit tragique de la vie de John Tula commence alors qu'il a 12 ans dans un pays ravagé par la terreur et les guerres fratricides pour le pouvoir. Un jour, il assiste,impuissant, à l'assassinat de sa maîtresse d'école, Melle Gladys, par une bande de rebelles en guenilles. Sa peine est profonde, car la jeune femme représentait pour lui tout son univers affectif depuis la mort de ses parents. Cette perte subite, cruelle et inutile provoque chez l'enfant une sensation de haine et le plonge irrémédiablement dans les horreurs d'une guerre civile permanente qui absorbe un nombre considérable de jeunes enfants-soldats.
Publié le : mardi 1 juillet 2003
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EAN13 : 9782296326286
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N° 234 Auguy MAKEY, Tiroir 45, 2003.JOHN TULA, LE MAGNIFIQUE(QL'Harmattan, 2003
ISBN: 2-7475-4670-5Justin Kpakpo AKUE
JOHN TULA, LE MAGNIFIQUEA la mémoire de Mr et Mme Jean PLANCHON,
à qui je dois beaucoup.CHAPITRE 1
Je viens d'avoir douze ans quand mon histoire
débute. Douze ans sans compter ceux où je tétais encore. En
somme, je suis un né vers... Mon état civil est formel
làdessus.
J'aime l'école et j'y vais avec enthousiasme, car on
m'avait assuré que pour devenir quelqu'un dans la vie, il
faudrait passer par là. Mais ce n'est pas la raison première
qui m'y avait poussé, c'est simplement parce que cet endroit
me plaît et que je m'y sens bien.
Je n'en tire aucune gloire particulière. Pour être
honnête, j'ignore d'où me vient cette faculté insolente
d'assimilation. Je maudis souvent mes camarades de classe
qui, par leur lenteur exécrable, m'imposent un retard
détestable, car nous formons une classe unique où sont
représentés trois nIveaux différents par manque
d'instituteurs.
Mademoiselle Gladys, notre institutrice, est une
très chic jeune femme. Elle a environ le double de mon âge.
Très aimable, elle est respectée et appréciée de tous. J'en
suis follement amoureux comme peut l'être un garçon de
mon âge. Elle est à la fois ma mère, ma sœur, mon amie, mamaîtresse de classe et, que sais-je encore? Mais pourquoi
diable j'aime avoir des secrets pour elle?
Au début quand on conversait, mes diversions
préliminaires ne la trompaient point. Elle savait que je
dissimulais des choses. Ses yeux vacillaient et son visage se
creusait un peu plus. Cela me faisait de la peine; alors,
j'avais cessé de ruser.
Son cœur comme le mien, ne sont pas loin de Dieu.
Je lui dis tout ce qu'elle désire savoir sur moi, sauf une
chose: que je suis un enfant de la rue, un petit vagabond
quoi, attiré par l'école pour y trouver lumière et réconfort et
être béni les dimanches à l'église par le Seigneur. Mais
Mademoiselle Gladys n'est pas dupe. Par des détours
habiles, elle revient toujours sur des points obscurs de mes
confidences et réclame des précisions. Je me sens parfois
contrarié. Je rougis même, parce que j'ai le sentiment d'être
mis à nu. Peu à peu, le bon sens finit par triompher et me
délivrer d'un poids d'une tonne.
Je perds mes parents très tôt. Une méchante
épidémie les avait emportés en l'espace de quelques jours
l'un après l'autre. Quant à moi, j'agonise pendant quinze
jours. Mon cœur bat de moins en moins fort. Ceux qui me
soignent n'attendent que l'ultime seconde où il s'arrêterait.
Pour eux, c'est inéluctable. Mais la générosité de Dieu est
sans bornes. Pendant les derniers jours de mon agonie, je
suis aussi inerte qu'un mort et, de surcroît, mes yeux refusent
de s'ouvrir. Cette problématique dure jusqu'au petit matin du
jour glorieux où le miracle se produit. J'ouvre les yeux puis
les referme aussitôt, car la faible lumière de la chambre les
torture. Mais quelques jours plus tard, tout redevient normal.
Je suis en vie et, personne ne trouve à redire.
On m'affuble de petits noms de sorciers et on ne
me regarde pas tout à fait d'un bon œil. C'est
compréhensible, car je suis à présent orphelin, donc une
bouche supplémentaire à la charge d'une famille qui voudrait
bien de moi.
8Pendant une bonne quinzaine de jours, des
générosités se sont exprimées à mon endroit. Je reprends
petit à petit des forces en réalisant sans surprise au fil des
jours que les pleurs me remplissent de moins en moins bien
l'estomac. Je me mets aussitôt, sans même qu'on me le
propose, à aider des marchandes de nourriture tous les jours,
le matin et le soir, à transporter leurs marchandises de la
maison au marché et du marché à la maison. Ainsi, j'assure
ma pitance au moins deux fois par jour. De cette façon, je
suis convaincu de vivre sur de bons principes de travail et
d'honnêteté pour ne pas tomber dans la délinquance
fâcheuse.
J'ai une énorme pitié pour les jeunes désœuvrés qui
ne veulent pas s'en sortir tout seul par manque de courage et
d'initiative et qui préfèrent errer au gré du vent de la misère
et du désespoir.
Je ne veux pas, comme eux, m'inquiéter pour mon
avenir en me posant énormément de questions sur les
dimensions de ce dernier et la part qui me revient. Je prends
avec prudence la vie comme elle vient.
Je suis toujours rempli de joie quand je pense au
jour béni de mon baptême, un jour du Seigneur. C'est le jour
où je m'habille en blanc pour la première fois de ma vie. Le
costume neuf et le prénom de baptême sont des cadeaux de
Mademoiselle Gladys. Elle me donne à choisir entre
Salomon et John. Par simplicité, je choisis John, parce que
c'est un prénom assez courant. Salomon, par contre, en est
un bien charmant, mais lourd à porter pour moi. Te rends-tu
compte de son poids dans la Bible? Je veux rester humble,
lui dis-je.
Après la cérémonie, elle nous emmène, mes
camarades baptisés et moi-même, déjeuner sur l'herbe. Nous
nous amusons comme des fous. C'est l'une des plus belles
journées que cette maudite saison des pluies nous donne
depuis deux bonnes semaines. Le monde est inondé de
lumière. C'est également le dernier jour où nous devons voir
9Mademoiselle Gladys vivante, riante, resplendissante et
heureuse jusque dans l'âme. Car le lendemain matin, elle
meurt sous nos yeux ahuris dans la salle de classe au cours
d'une dispute futile avec un insignifiant groupe d'activistes
qui se veulent révolutionnaires.
La journée du meurtre commence comme un
lendemain de fête avec des joies très vives, réminiscence de
celles de la veille. Les anges étalent sur nous leur dernière
bénédiction. Un léger vent de relâchement dans le travail
souffle sur nous. Mais Mademoiselle Gladys, en dépit de son
visage tout en tendresse, ne nous approuve pas. Ses yeux
restent vigilants. De temps à autre, elle nous adresse de
grands gestes de menace.
Pendant que nous nous penchons assidûment sur
notre travail, notre maîtresse jette de furtifs coups d'œil par
la fenêtre d'où elle guette le passage de son amoureux de
postier.
Ce jour-là, l'ardeur que ce dernier met à dévaler sur
sa bicyclette de fonction la petite côte qui mène vers l'école,
est phénoménale. Il s'agrippe au guidon de son véhicule
comme si sa vie en dépendait. La peur ou l'épouvante creuse
son visage. Il doit positivement sentir un grand danger le
poursuivre. Mademoiselle Gladys reste collée à la fenêtre,
les yeux grand ouverts, ne sachant que penser. Elle sait que
l'amour ne donne pas que des ailes, il rend également fou.
Que ses lois ne sont pas forcément celles de la raison. Mais
pourquoi son fiancé serait-il plus particulièrement excité
aujourd'hui que les autres jours?
Elle commence à condamner l'inconscience de son
ami quand celui-ci déboule tout essoufflé dans la cour de
l'école et se dirige vers notre salle de classe.
Cache-moi Gladys, dit-il en entrant. Ils sont à
mes trousses.
Qui ils? demande celle-ci avec anxiété.
Des guérilleros!
Que te veulent-ils?
10Je n'ai pas le temps de t'expliquer quoi que ce
soit.
Et il se met à haleter, épuisé par son effort.
Notre maîtresse retourne à la fenêtre pour juger de
la situation, mais revient précipitamment sur ses pas. Déjà
son ami tremble comme une feuille. De son propre chef,
celui-ci avait ouvert promptement une armoire de fournitures
scolaires et s'y était engouffré avec sa lourde sacoche.
Il essaye en vain de fermer les portes. Alors,
Mademoiselle Gladys prend une résolution rapide. Elle saisit
le bras de l'infortuné fugitif.
Sors de là et suis-moi, lui commande-t-elle en
le traînant vers la porte au fond de la salle.
Quelques minutes plus tard, elle revient dans la
salle de classe et sollicite notre complicité bienveillante.
Soudain, on entend des crépitements rapprochés d'armes
automatiques, puis une poignée de secondes après, les portes
de la salle de classe s'ouvrent avec fracas. Une horde
d'individus en guenilles, sales et pleins de terre, surgit.
Où est-il? beugle le chef de la bande, le visage
horriblement laid que porte un grand cou de
dindon déplumé.
De qui parlez-vous? retourne Mademoiselle
Gladys.
De ce petit postier, ennemi de la révolution!
Quel crime a-t-il commis?
C'est moi qui pose les questions. Eh bien, où
est-il?
Notre institutrice se tait, et le chef rebelle lance sur
elle un regard assassin.
S'il n'est pas dans cette armoire entrouverte,
continue-t-il, il doit se cacher sous ta jupe, un
endroit très sécurisant.
En disant ceci, il s'avance lentement vers la jeune
femme et tente de soulever un pan de sa jupe fleurie avec le
Ilbout de son arme. Dépitée, celle-ci fait quelques pas en
arrière.
Dis-nous où il est et on te fout la paix!
conseille le chef vexé.
Notre institutrice ne démord pas de son mutisme.
Le chef se tourne vers nous. Il est grand, sec et neveux, avec
une crinière épouvantable. Il nous ordonne de sortir de la
salle de classe les mains sur la tête et demande à ses hommes
de fouiller partout. Sa déception augmente sa nervosité déjà
grande.
Je sais qu'il est ici, affirme-t-il. Il n'a pas pu
disparaître comme ça.
Eh bien, trouvez-le puisque vous en êtes
convaincu, lui répond Mademoiselle Gladys.
Il nous le faut à tout prix! insiste le chef.
Alors, je vous repose la question: quel crime
at-il commis?
Il s'est échappé avec quelque chose qui ne lui
appartient pas.
Quelque chose qui n'a pas de nom?
Les recettes de la Poste!
Et vous croyez qu'il vous remettra docilement
les deniers de l'Etat?
L'Etat, c'est nous!
Vous qui?
Les mécontents du régime!
Nous sommes donc nombreux, alors?
Vous, vous n'êtes pas de notre bord. Vous êtes
des fonctionnaires de l'Etat.
Et un fonctionnaire de l'Etat n'a pas le droit
d'être mécontent?
Non, parce qu'il est plus gras que le chômeur
qui lui, n'a rien à manger!
La détermination du chef des guérilleros renforce
celle de la jeune femme. D'énergie, elle n'en est pas
12dépourvue. Et cela ajoute un agacement supplémentaire à
celui déjà concentré dont souffre le révolutionnaire.
On dirait que tu fais exprès, continue ce dernier.
Je ne plaisante pas.
Moi non plus, répond Mademoiselle Gladys.
De dehors, nous regardons la scène et nous sommes
très fiers de l'attitude de notre maîtresse. Les mains sur la
tête, nous avons l'impression de jouer notre part dans la
résistance.
Si tu ne veux pas coopérer, reprend le chef, je
t'éclate cette jolie petite poitrine que je vois là.
Et en disant ceci, il promène avec une lenteur
appuyée le bout du canon de son automatique sur les
rondeurs de la poitrine de notre maîtresse. Sidérée par ce
geste indécent, celle-ci perd son sang-froid. Elle repousse
rageusement du revers de la main l'engin sacrilège du
sacripant. Au même moment l'automatique dérape. Une
rafale incontrôlée part. En un rien de temps, Mademoiselle
Gladys, notre aimable maîtresse, notre trésor de bonté n'a
plus de poitrine. Tout est réduit en bouillie avec des
lambeaux de chair éclaboussant les murs et le tableau noir.
Le chef de la bande a aussitôt la mine désolée. Il
nous regarde avec des yeux horrifiés, comme s'il cherchait à
nous convaincre que ce drame n'était qu'un pur accident
regrettable. Mais, en entendant le bruit de la rafale et nos cris
d'hystérie, le fiancé de Mademoiselle Gladys bondit de sa
cachette et jaillit dans la salle de classe, les yeux exorbités. Il
assomme un assaillant par derrière, se saisit de son arme.
Sans réfléchir, il se met à faire feu dans tous les sens. Il tue
deux guérilleros et en blesse deux autres dont le chef
luimême, à la jambe, avant d'être abattu à son tour.
Le chef des guérilleros récupère la sacoche bourrée
de billets de banque que le postier portait en bandoulière et
quitte les lieux avec ses acolytes vivants, laissant leurs morts
derrière.
13A cet instant précis, poussé par une haine subite, la
phase révolutionnaire de ma vie vient de naître avec
plusieurs années d'avance, et surtout avec une idée fixe: tuer
le méchant qui a ôté la vie à notre aimable maîtresse.
Pour mes douze ans, j'ai la taille normale d'un
garçon de quinze, bien nourri. On est plutôt grand et agile du
côté de mon père. Je suis parvenu à l'âge où les enfants
croient qu'ils sont des génies et que les adultes ne sont pas
bien malins. Pourtant, mes yeux peu enclins aux larmes,
refusent de sécher quand je pense à Mademoiselle Gladys.
Mon chagrin dure pendant plusieurs jours, durant
lesquels j'essaye d'enterrer ma vie d'enfant. Et je deviens
bien vite un homme!
Je cours sur la tombe de Gladys que j'appelle
dorénavant ainsi pour me la rendre plus proche de mon cœur.
Je lui fais le serment de la venger. Instantanément, un vent
siffle dans mes oreilles. C'est elle qui m'approuve. J'en suis
convaIncu.
Je prends donc contact avec une poignée de jeunes
délinquants que j'évitais auparavant. Nous nous comprenons
dès les premiers mots, car beaucoup ont fait la guerre et
veulent y retourner pour donner un sens à leur vie, faute de
mIeux.
Le soir-même, ils me présentent à un de leurs
anciens chefs devenu cul-de-jatte pour avoir sauté sur une
mine antipersonnelle. Celui-ci me regarde de bas en haut,
puis arrête son regard sur mon visage:
As-tu déjà tué? me demande-t-il, les yeux
rouges d'avoir trop fumé de l'herbe.
Non, pas encore. Mais je sais par qui
commencer, je lui réponds, la mâchoire serrée.
Par ton père qui ne sait que grimper sur ta mère
par ce temps de misère?
Non.
Ce n'est pas non plus ta mère qui ne sait que
pondre?
14Tu n'y es pas. Il s'agit d'un être abject, un
monstre.
L'expression de mon visage devient terrifiante.
Holà! du calme, dit-il. Qu'est-ce qu'il t'a fait,
ce bonhomme? Il t'a pris ta femme?
C'est tout comme.
Il rit aux éclats en montrant toutes ses dents
nOIrcIes.
Puis, je lui raconte mon histoire. Il m'écoute avec
compassion et me dit:
Ne t'en fais pas, on l'aura. Et avec lui tous les
autres.
Après quelques semaines de prise de conscience de
ce qu'on attend de nous, notre troupe est envoyée sur une
base d'expérimentation. C'est une région tranquille et boisée
où la mentalité de ses gens n'a pas encore été pervertie par la
politique. Les habitants vivent leur misère en vase clos, et ne
réclament rien à personne.
Notre présence parmi eux les intrigue. Nos activités
belliqueuses les rebutent, et ils préfèrent nous voir bien loin
de chez eux.
Nos moyens d'entraînement sont limités et peu
variés. Nos difficultés financières nous obligent au départ à
faire des braquages plus ou moins réussis. Nous levons des
impôts dans la région au nom de la révolution. Ce qui
continue de ternir notre image auprès des honnêtes paysans
jusqu'au jour où, oh miracle! nous tombons sur un
important gisement de diamants. Aussitôt les ambitions
révolutionnaires de beaucoup de braves combattants
s'émoussent sans vergogne. On parle de partage. Les
tiraillements sont tels que nous risquons à tout moment de
nous entre-tuer, car notre organisation est un ramassis de
gens de diverses tendances politiques, qui n'ont en commun
que la haine de la dictature en place.
Les idéologies nous mènent la vie dure. Les échecs
constants de nos discussions font monter les tensions. Les
15extrêmes s'affirment. Puis, un beau jour, l'orage éclate entre
nous, faisant une dizaine de morts et autant de blessés.
Nos rapports avec les masses paysannes de ce fait,
changent, car l'avenir de la région se présente dorénavant
sous de nouveaux hospices.
Les habitants commencent à nous voir avec des
yeux moins chargés d'hostilité.
Nous nous investissons tellement dans nos projets
que nous négligeons l'essentiel: l'entraînement militaire.
Nous ne tardons pas à en payer le prix.
Un jour que nous rentrons à notre port d'attache,
après plusieurs jours de gros travaux effectués dans le village
voisin, nous tombons dans une embuscade. Aussitôt je sens
mon épaule gauche exploser. Une balle vient de s'y loger. La
douleur est si vive et si atroce que je sers très fort les dents
pour ne pas crIer.
Les balles continuent de siffler par-dessus nos têtes,
et chacun essaye dans un premier temps, de trouver un
refuge avant de localiser l'ennemi. Nous rampons sur le
ventre ou bien marchons courbés dans les hautes herbes
environnantes. Ma douleur devient de plus en plus
insupportable. Je commence à avoir le vertige et la nausée
quand, subitement, mon compagnon pousse un cri à fendre le
cœur.
Une rafale de mitraillette vient de l'atteindre dans
le dos. Il s'écroule sans vie sur moi, débitant un flot de sang
intarissable.
Je n'ose pas repousser son corps en raison de la
proximité de nos ennemis qui nous canardent. Alors, je fais
le mort. Quelques minutes après, je sens mon corps piétiné.
Je reçois des coups dans les côtes. Je ne bouge pas. Je ne
bronche pas non plus. Ceux qui donnent un quelconque signe
de vie sont achevés. Je crois que j'ai beaucoup de chance.
Quand je reviens à moi, le crépuscule est déjà là, et
il se met à pleuvoir. Je suis tellement épuisé par une perte
importante de sang, qu'après m'être débarrassé du corps
16pesant de mon camarade à qui je dois la vie, je m'assieds sur
un tronc d'arbre coupé. Mon regard vague sur l'étendue de la
forêt pendant que la pluie me mouille le visage et dissipe
mes larmes.
Comme dans un rêve, je vois s'avancer vers moi
deux silhouettes. Je suis dans le flou intégral. Je ne distingue
rien. D'ailleurs, je n'ai plus la force de résister à quoi que ce
soit. Advienne que pourra. Soudain j'entends:
John, c'est toi?
Je sursaute.
C'est toi, John? répète la voix.
Oui, c'est moi, mais toi, qui es-tu ?
Tia ... Tia Kutu, et mon compagnon c'est Izo,
m'informe-t-il. Pour l'instant, nous sommes une
poignée de survivants: toi, nous et quelques
autres blessés graves là-bas. Tu peux marcher?
J'ai perdu beaucoup de sang, mais il faut bien.
Essayons d'abord de nous abriter quelque part,
ensuite j'irai chercher de l'aide. Je suis le moins
touché de vous tous.
Soudain, j'éclate en sanglots malgré moi.
Sur une trentaine de personnes, on aurait pu
faire mieux! je gémis.
Ce sont des hommes des armées régulières.
Nous avons été trahis.
Après avoir dit cela, Tia nous quitte, confiant de
nous ramener du secours. Mais il n'est pas resté absent
longtemps. A peine une heure plus tard, il revient sur une
bicyclette, pédalant à tombeau ouvert par des sentiers
glissants à peine praticables de la forêt.
Le village! le village, crie-t-il, essoufflé.
Eh bien? je lui demande.
Il n'y a plus de village. Les flammes l'ont
emporté.
Diable!
17C'est sûrement les mêmes hommes qui nous ont
décimés.
Notre moral ne peut pas être au plus bas, car en ce
moment même, la nuit commence à tomber dru. De gros
nuages empêchent la lune de se montrer.
En raison de cette obscurité inopportune, nous ne
pouvons entreprendre quoi que ce soit. L'optimisme que
nous nourrissions tout à 1'heure, au départ de Tia, se change
à son retour en une détresse sans nom.
Nous grelottons toute la nuit durant dans le creux
de ces arbres gigantesques, accompagnés de temps à autres
par des cris rauques d'oiseaux nocturnes. Tout est sinistre
autour de nous. Mon sang avait cessé de couler. Mais cela ne
m'ôte pas les sensations de fatigue. Je vis avec une économie
de mouvements. Mais la douleur est là, omniprésente jusqu'à
ce que je sombre dans une demi-somnolence.
Je me réveille quelque temps plus tard dans un
monde différent. Une lumière très vive jaillit et m'inonde. Je
suis aveuglé; je n'ai pas le temps de m'émerveiller quand
Gladys m'apparaît. Elle se tient splendide devant moi,
souriante, les mains tendues vers l'avant. Je cours vers elle
en tendant les miennes aussi. «Gladys! Gladys» je crie de
toutes mes forces. Mais elle ne répond pas. M'entend-elle?
Je ne vois aucun écran de séparation palpable entre nous,
mais je ne peux pas la toucher.
Puis petit à petit, je la perds. Elle semble s'évaporer
graduellement jusqu'à ce que je ne voie plus rien d'elle.
Au petit matin, mon réveil est pénible. Celui de
mes compagnons ne l'est pas moins. Deux d'entre nous ne se
relèvent pas. La nuit leur a été fatale. Tia creuse un trou peu
profond dans le sol humide avec les moyens du bord et
enterre décemment nos camarades: nous ne lui avons pas été
d'une grande utilité.
Après quelques prières vite dites, nous reprenons
clopin-clopant le chemin du retour. Arrivés dans le village,
nous ne pouvons que constater l'étendue du désastre. Il y a
18des survivants. Beaucoup sont blessés moralement et
physiquement. Ils sont assis, résignés dans des débris épars.
Malgré ce cataclysme, je ne me sens pas une âme
de vaincu.
Nous n'avons plus d'armes ni de munitions. Nos
dépôts ont été saccagés et brûlés. S'ils décident de revenir,
nous sommes fichus. Mais, Dieu merci, ils ne le font pas.
Ainsi, deux mois plus tard, je récupère mon épaule. On dirait
du neuf.
Notre état-major en tire les conséquences. Il fait
venir de l'étranger deux mercenaires instructeurs, prêts à tout
pour ramasser le plus de diamants possibles, un mode de
paiement qui nous est plus commode et qui les avantage
grandement.
Ils ont pour tâche de constituer des troupes de choc,
autrement dit de développer la conception des commandos.
Nous débutons cette aventure par une marche
forcée à travers les bois. Les gazouillements des oiseaux
rythment nos pas. Nous abordons ces exercices avec un
esprit des plus positifs. La peur est bannie du programme.
Ma première nuit sous une tente me rappelle celle
que j'avais passée dans le creux d'un arbre tout récemment,
avec une épaule endommagée.
Tous ces cris et ces hurlements de bêtes sauvages
qui rodent autour du campement ne m'empêchent pas de
dormir.
Le lendemain, nous apportons quelques soins à
l'aménagement en construisant des cabanes en bois.
L'approvisionnement en eau est assuré en effectuant des
allers et retours à la rivière. Nous faisons nos besoins en
pleine nature, avec des feuilles jaunies et des petits morceaux
de bois pour se nettoyer le derrière.
Nous sommes dirigés comme dans un vrai camp
militaire. Nous nous levons avant le jour, dressons des
palissades et creusons des fossés. Nous tendons des câbles
entre deux arbres au-dessus des ravins profonds. Grimper,
19sauter, ramper et progresser à force des poignets et des
coudes nous donne parfois des crampes à l'estomac. Je sue,
suffoque parfois, mais je ne renonce guère.
L'instructeur qui est responsable de nous, est très
économe de ses mots. Son ton est net et précis. Il n'aime pas
se répéter inutilement, car pour lui le temps c'est du diamant.
J'ai plaisir à l'épater en dépit de mon jeune âge.
Au départ, nous ne possédons qu'un nombre limité
de fusils de bon calibre pour nous initier au maniement des
armes. Nous nous astreignons à faire avec, en attendant une
livraison prochaine.
Ensuite, il nous apprend à démonter les armes, à les
nettoyer, à les graisser et à les assembler. Du travail de
professionnel. Ceux d'entre nous, moi en tête, qui nous en
sortons le mieux, apprenons en supplément le maniement de
la dynamite.
Petit à petit d'autres enfants viennent grossir nos
rangs. La plupart d'entre eux sont les plus dissipés, les moins
assidus à l'école, et ceux qui n'ont plus d'attache familiale.
Beaucoup le font aussi, poussés par l'envie de cracher leur
bile sur la société des adultes. Et quel bonheur pour un
enfant de savoir qu'il n'a pas les bras trop courts pour faire
du mal à un adulte irresponsable!
Très vite mes aptitudes me font franchir sans
ambages les échelons de la hiérarchie avec plus d'entrain et
de certitude que la plupart de mes camarades. Non seulement
je suis loquace, mais je suis également volontaire, adroit,
attentif et spiritue!.
Cela me gêne un peu quand on me cite trop souvent
en exemple.
Mais, à vrai dire, j'ai toujours été secrètement
sensible à l'encouragement et à l'éloge.
Bien vite, je reçois sous mes ordres le poids d'une
quinzaine de jeunes soldats. Je m'efforce d'éviter les paroles
d'autorité qui blessent. Et la confiance s'installe aussitôt.
20Mais voler ne tient pas à l'aile. La petite libellule en sait
quelque chose.
Nous commençons à nous faire une idée formidable
de la puissance des commandos, et nous sortons souvent en
mISSIon.
Je garde un souvenir mémorable du jour du
baptême de ma troupe. Nous sommes sollicités pour mettre
un terme aux agissements de bandes de gueux pour qui Dieu
ou Diable, c'est du pareil au même.
Ces énergumènes se répandent dans les campagnes,
assaillant les petits villages, volant des troupeaux, tuant pour
le plaisir et incendiant tout ce qu'ils ne peuvent pas
emporter. Et tout ceci se perpétue avec une sauvagerie
inouïe.
Je prends cette mission très au sérieux, car, pour
moi c'est le prélude à de glorieuses futures expéditions.
Au moment où nous entrons dans le village, les
champs de semence alentour sont déjà en flammes. Les
artificiers, torches à la main, courent d'une maison à l'autre,
incendiant tout ce qui peut brûler.
Soudain, le ciel au-dessus des montagnes
environnantes se couvre d'énormes nuages gris-noir
jaillissant de nulle part. Je reste un moment bouche bée. J'ai
toujours entendu parler de miracle; en voici un, bien réel et
impressionnant qui se déroule devant mes yeux ébahis.
Les nuages prennent un aspect sinistre en se
déplaçant, puis ils commencent à former un couvercle
menaçant au-dessus du village. Sans crier gare, une pluie
fracassante s'abat sur la marmite. Les gens qui fuyaient la
première catastrophe font demi-tour et se hâtent vers leurs
maisons délaissées pour affronter la seconde. Les femmes
gémissent, affolées, tirant leurs marmailles par la main, ne
sachant plus à quel saint se vouer.
En moins d'un quart d'heure, tous les feux sont
éteints. Et personne ne comprend rien à ce qui vient de se
passer.
21Les envahisseurs, eux, pris de panique, tentent de
s'enfuir à qui mieux mieux. Mais beaucoup n'ont pas eu de
chance.
A peine sortis de là, nous débarquons dans un autre
village en feu.
La lumière du soir tire sur le jaune. Tout sent le
pillage et la désolation. Quelques maisons brûlent encore.
Nous pressons le pas. Au milieu de la place du
village, une séance d'exécutions bat son plein. Des gens
complètement dénaturés à force de viols collectifs, de
boissons, d'exactions de tout genre, sans compter les kilos de
haschich fumés, dansent autour d'un grand feu où ils jettent
de temps à autre des corps d'hommes, de femmes et
d'enfants atrocement mutilés.
Aussitôt, j'ouvre le feu sur les canailles. Mes
compagnons m'imitent. Pris au dépourvu, les malfaiteurs se
ruent sur les habitants et se servent d'eux comme de
boucliers. Ils menacent de les exécuter si nous obstruons leur
retraite. Soudain, un visage horrible que je connais déjà
émerge du lot des salopards.
Du coup, une sensation de chair de poule me fait
vibrer le corps tout entier.
Le monde est petit! m'écrié-je, en m'avançant
sur le porteur de cet horrible visage.
Il fait deux pas vers moi et me dévisage. Il ne me
reconnaît pas.
Ces gens sont des délateurs, accuse-t-il.
Je ne te crois pas, je lui réponds.
Il me regarde avec du venin dans les yeux.
Nous venons d'en brûler cinq qui ont confessé
leur crime.
Ça fait cinq assassinats de trop!
Pourquoi de trop?
Parce qu'ils sont aussi gratuits que celui d'une
certaine maîtresse d'école que tu n'as certes pas
oubliée?
22La stupéfaction qui se lit sur son visage est
épouvantable. Il a un déclic.
Qu'est-ce que tu racontes? suffoque-t-il.
Que tu es un fou sanguinaire. Que tu n'as pas ta
place parmi les humains.
Surveille ta langue, elle pend trop
dangereusement!
C'est moi qui ai ramassé les lambeaux de chair
de son corps déchiqueté.
La ferme! crie-t-il.
Assassin! je lui réponds.
Il adopte soudain une attitude de défiance.
Et alors? fait-il en appuyant le canon de son
arme contre la tempe de son otage.
Cela fait pas mal de temps que je te cherche
pour faire de toi du pâté pour chien.
Il éclate de rire dans un premier temps, puis se
raVIse:
C'était un accident, et tu le sais bien, si tu y
étais.
Je te tuerai quand même, je lui jure.
Puis, pour éviter le carnage, je les laisse partir.
On se retrouvera, me crie-t-il en riant
sauvagement.
A ta place, je ne dirai pas une aussi grossière
bêtise.
23CHAPITRE 2
La lutte armée gagne le pays tout entier. Celui-ci se
morcelle en fiefs contrôlés, respectivement par les partis
politiques dont nous sommes les bras armés. Moi, j'échoue
chez les Socialistes du Professeur Lotolo. En face de nous, il
n'y a pas que les militaires au pouvoir, mais aussi les
Nationalistes du Dr Gavey, les Républicains de Me Walla et
les Libéraux du milliardaire Batou. Les Communistes et les
Démocrates, encore peu nombreux, sont une minorité très
agissante.
Nous avons chacun notre programme et nous
organisons notre propre stratégie. Ce qui est regrettable, c'est
que nous partons chacun de notre côté à la bataille contre le
pouvoIr.
A côté de cela, il y a une multitude de bandes
dépenaillées qui se sacrent champions des razzias. Elles
terrorisent les populations, mènent des guerres larvées contre
des ethnies qu'ils détestent et des étrangers en particulier.
Au fur et à mesure que les luttes s'intensifient, les
chefs de file se portent ombrage et s'accusent mutuellement
de certaines atrocités commises çà et là. C'est à qui jettera le
plus de discrédit sur l'autre. Mais, malgré cela, nous arrivons
à déborder les troupes gouvernementales qui, pour s'ensortir, en appellent aux instances internationales. Celles-ci
envoient les forces africaines d'intervention.
Plusieurs opposants se joignent à nous pour mettre
à mal le crédit qu'on veut bien reconnaître à cette
organisation. Sa crédibilité, pour nous, balance d'une rive à
l'autre du doute. Elle est là, manifestement pour aider le
gouvernement militaire à se maintenir au pouvoir, car
beaucoup d'intérêts sont enjeu.
Le chef de ces forces, le général Bakouba, rappelle
le but de leur mission: empêcher qu'une faction s'impose
par la force; aider à la création des conditions favorables au
retour de la paix dans le pays. Mais quand on pense que la
majorité des ressortissants étrangers sont originaires du pays
qui fournit, à lui seul, la moitié de l'effectif des forces
d'intervention, y compris le général lui-même, on digère mal
l'expression de ses bonnes intentions.
Du coup, les manifestations deviennent de plus en
plus importantes et violentes. « Ecomog, go home»!
"Ecomog, dehors !", entend-on crier sur tous les tons. Ce qui
fait l'affaire des brigades anti-manifestations qui ne tardent
pas à prendre la répression à leur compte. Elles n'ont besoin
d'aucun prétexte, d'aucune excuse pour sortir bâtons et
gourdins. Et soudain, c'est la folie.
Comme nous le craignions, les soldats de l'Ecomog
ne restent pas longtemps impartiaux. Ils choisissent des
cibles qu'on leur indique et contre lesquelles des preuves
fabriquées se sont accumulées. Malheureusement, nous
sommes du nombre, une aberration difficile à accréditer.
L'Ecomog, après une enquête bâclée nous lance un
avertissement, puis quelque temps après, nous frappe
lourdement. Il nous dépossède de plusieurs villes et villages,
des bastions chèrement conquis et fortifiés.
Plusieurs de nos troupes sont défaites. Je suis arrêté
avec un grand nombre de mes compagnons pour subir des
interrogatoires. Ceci dure des jours interminables.
26Mon tour arrive enfin d'être appelé dans le bureau
du colonel chargé de notre affaire. Celui-ci pose un dossier
devant lui et se saisit d'un stylo à bille bleu.
Je t'écoute, me dit-il en levant le menton vers
mol.
Je n'ai rien à dire, je lui réponds.
Quoi ? Avec toutes ces charges qui pèsent
contre toi et tes bandes de voyous?
Je sais que votre dossier est vide de vraies
accusations.
Tiens donc! s'exclame-t-il.
Derrière lui, un officier élancé m'observe. Il a l'air
d'un sauvage mal apprivoisé. On sent qu'il est dans
l' expectative.
Eh bien, continue le colonel, ce n'est pas mon
rôle de faire parler des gens qui refusent de
coopérer.
Il se lève, hausse les épaules et sort de la pièce.
Aussitôt l'officier à moitié civilisé marche gauchement vers
mol.
Je sais que tu es un petit merdeux. Alors,
accouche, me dit-il.
Je ne suis pas enceinte, je lui renvoie en le
regardant dans les yeux.
Tu es exactement le type d'individu qu'il me
faut, me complimente-t-il, et mon visage vole
en éclats.
Après quoi, il s'acharne sur moi en multipliant les
sévérités.
J'ai tout mon temps, gémit-il tout essoufflé.
Vous ne seriez pas plus hargneux si vous aviez
perdu un parent dans cette horreur xénophobe.
Ce n'est pas un parent que j'ai perdu, c'est une
famille entière de commerçants paisibles, venus
vous apprendre à évoluer économiquement.
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