Josse

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Dans ce recueil de nouvelles, l'auteure se prmoène du Katanga à la Birmanie, en passant par Cracovie et Copenhague, se perd au Népal, jusqu'à errer dans le futur. Les repères spatiaux et temporels de ces histoires pleines de vie sont respectés, mais la liberté donnée à l'écriture mélange les codes et livre des fins improbables, suprenantes ou tristement évidentes.
Publié le : dimanche 5 juin 2016
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EAN13 : 9782140012556
Nombre de pages : 162
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l’écriture mélange les codes et livre des Ins improbables,
Josée Viellevoye
Josse et autres souvenirs détournés
Nouvelles
et autres souvenirs détournés
Josse et autres souvenirs détournés
Écritures Collection fondée par Maguy Albet Lévy (Odette),Les Derniers Feux du rayon vert, 2016. Vidal (Edgard),Arcanes dormants, 2016. Bodin (Véronique),La place des murmures, 2016. Lissorgues (Yvan),Manuelita, 2016. Hériche (Marie-Claire),Ferme la porte. Die Tür Zu, 2016. Danbakli (Yves),Le Festin des loups, 2016. Grellard (Jean-Mary),La Clé du Nil, 2016. Krassilchik (Irène),Jours intranquilles au paradis, 2016. Armand (Jean),Enfer et contre tous, 2016. Clos (Yvonne),Quand je serai une dame et que tu seras morte, 2016. Cladart (Thierry),Une bien étrange compagnie, 2016. Fontaine Kerbellec (Laurence),Carmencita ou l’aqueduc aux oranges, 2016. Renaud (Dominique),Le Voyage imaginaire, 2016. Schved (Jean-François),La Croix byzantine. Aïvali ou la mémoire des oliviers, 2016. Cervoni (Alain),La Voie de l’orphelin, 2016. * ** Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Josée Viellevoye Josse et autres souvenirs détournés
Nouvelles
Du même auteur L’Année zéro, Éditions Lux, 2000 ; réédition Edilivre 2010. Mon petit curé, Éditions ThoT, Grenoble, 2002. Le Rêve ombilical, Société des écrivains, 2006 ; réédition Edilivre, 2010. Sale Daddy, Éditions Eole, 2008 ; réédition Edilivre, 2012. Le Signe, L’Harmattan, 2012. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09484-7 EAN : 9782343094847
JOSSE
Quand on habite en brousse, les soirées deviennent vite pesantes. Jusquà devenir parfaitement insupportables. La nuit est chaude en ce début de saison sèche. Poisseuse. Latmosphère ne sest pas complètement vidée de son humidité et le feu de broussailles bouté par Oscar, le jardinier, diffuse encore des fumées âcres qui m’irritent la gorge. Je hais cette parcelle en fricheétendue boisée de une deux hectares qui n’a jamais l’air entretenue. Pourtant, Oscar s’y affaire tous les jours, méthodiquement. Armé de sa machette, il coupe à la volée une végétation touffue d’herbes sauvages et de jeunes pousses d’arbres,contournant le parterre de tournesols, les quelques papayers malingres plantés çàet là, on ne sait trop pourquoi, et les vestiges d’un potager qui abrite dans le désordre des plants de maïs jaune et de gigantesques pieds de tomate. Arrivé à la limite du terrain, Oscar recommence le travail, sans se lasser, fredonnant toujours la même mélopée. Un bruit sur la gauche. La nuit devient soudain inquiétante. Un craquement de branches. Lenvol dun oiseau nocturne ? Un bruissement rauque dans les herbes, ou est-ce l? Un animal à lherbe qui expire sa chaleur affût, quelquun peut-être ? Jai perdu lhabitude des bruits extérieurs. Je scrute la haie de bougainvillées, jexplore du
regard la profondeur du jardin, je jurerais avoir vu filer une ombre dans lobscurité. Mais non, pauvre idiot que je suis, il 1 ny a que Josse et moi sur la barza ! La nuit moppresse. Les palmiers frissonnent et lombre de leurs silhouettes déchiquetées attaque les marches décrépites de la terrasse. Quelques chauves-souris séchappent de la soupente du toit et remuent les frondaisons à la recherche dinsectes assoupis. De minces voiles nuageux, poussés par la lune, s’évaporent en lambeaux. La nuit joue avec mes nerfs. Elles’enroule autour du moindre bruit pour le délaisser plus loin, comme un écho venu d’ailleurs.Josse se tient derrière moi, immobile. Il doit avoir perçu mon anxiété et tentede m’en détourner: Regarde ! Sa main, longue et mince, gantée du gris de la nuit, se tend vers le ciel. Le bout rougeoyant de sa cigarette vacille comme un petit phare.Josse se sent obligé d’ajouter : La Croix du Sud. Chaque soir, Josse me montre cette constellation. Avant, moi aussi, jétais attiré par ces étoiles. Maintenant, elles m’agacent. Quatre étoiles anémiques aux pointes dun cerf-volant fictif, égarées dans le ciel austral. Dérisoires…Si mon frère entonne son habituel refrain sur les influences occultes des fétiches ou le pouvoir insoupçonné de la magie noireil prépare une publication sur le sujet, je ne le supporterai pas ! Cela me met en boule lorsqu’ilforce ainsi mon attention. Pour couper court à toute velléité de sa part, je m’éloigne, en geignant:
1 Au Congo belge, terrasse dune maison.
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Josse, je suis fatigué, la chaleur maccable. Je nen peux plus. Rentrons ! Il me suit à regret, trop soucieux de mon bien-être pour me contrarier. Dans la maison, les pales dun ventilateur poussif tournent irrégulièrement, brisant le silence de manière désordonnée, rythmant le temps selon une mesure improbable. Un monde à part où se sont réfugiés quelques fragments de quiétude, des chuchoteries interrompues depuis longtemps, des débris de répit, ce quil en reste encoreJosse me propose un soda : ? Ou bien,Avec des glaçons et une larme de citron préfères-tu un verre de bière ? Josse prévient mes moindres désirs. Là, debout devant la moustiquaire de la porte-fenêtre, sa ressemblance avec notre mère est frappante. Pourquoi nest-il pas né fille ? Cela lui aurait drôlement simplifié la vie… Il aurait fait une femme adorable, plus attrayante que jolie. Mais ce sont les plus attachantes il nest pas plus cruel quune femme laide, ni plus capricieux quune femme trop belle. Les tempes de Josse grisonnent. Elles lui confèrent une allure plus masculineambiguë, presque conforme. moins Je l’ai remarqué mardi dernier lorsquenous sommes allés acheter des chemises chez Novelty. Dans la boutique, deux jeunes femmes, probablement des épouses ayant rejoint leur mari à la colonie depuis peu, ont suspendu leur conversation pour détailler mon frère. Et la fille du patron, adossée au comptoir,l’a suivi d’un regard intéressé quand il est allé inspecter le dernier arrivage de polos. Hier soir, Josse a un peu forcé sur lalcool et ils’estconfié à moi, ce qu’il n’avait plus fait depuis des années.Je suis triste, a-t-il reconnuParce quévidemment il ny a plus grand-chose pour peupler ma vie maintenant ; des
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