Journal d'un collabo

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1944 : Antoine Sartori, sous-officier à la retraite de 65 ans, poursuit son journal (voir la première partie dans Journal d'un collabo). Anti-communiste, antisémite, il déborde de haine à l'égard des anglo-américains, des gaullistes et des maquisards. Parfaitement aveugle sur l'issue du conflit, il reste fidèle au Maréchal et croit en la victoire allemande. Peu à peu, à sa grande stupéfaction, il découvre les activités résistantes de sa cousine Angèle (dont il est amoureux) et de son petit cousin (résistant de la dernière heure ?).
Publié le : lundi 1 janvier 2007
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EAN13 : 9782296429345
Nombre de pages : 137
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ISBN : 2-296-01968-3 EAN : 9782296019683
20 janvier 1944
Aujourd'hui, je peux me lever et, quoique faible, vaquer à mes occupations. La fièvre m'avait cloué au lit ces derniers huit jours. Si la concierge ne m'avait pas monté du bouillon, à midi et le soir, je me serais laissé crever. À quoi bon vivre ! mes bien-aimées sont au cimetière et cette garce d'Angèle n'est même pas venue prendre de mes nouvelles. Quant à la concierge, hier, sans aucune gêne, elle attendait son pourboire : 940 F. Je lui ai donné 940 F ! c'est exagéré, cinq fois plus que ce qui aurait été décent. Pourtant elle a ricané. Pourquoi a-t-elle dit : « Ma soupe, au moins, ne vous aura pas empoisonné ! » À onze heures, elle m'a apporté mon journal, du pain et de la margarine. Je lui ai annoncé qu'à l'avenir, je pourrais me passer de ses services. Elle a pincé les lèvres, puis elle m'a jeté : « La petite n'est pas là, l'appartement doit vous sembler vide ! » - Il vaut mieux pour elle qu'elle soit à la campagne. - À la campagne ? vous croyez ? Pauvre enfant ! - Que pouvais-je faire, Mme La Caz ? - Ça, c'est votre affaire, moi je n'en sais rien. J'ai dit que je souhaitais m'allonger pour l'obliger à partir. La petite ? Que pouvais-je faire d’autre ? Je n’allais pas la garder chez moi ! Elle-même ne le souhaitait pas !
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Cette petite Juive a empoisonné ma vie comme ses coreligionnaires ont empoisonné la France, et je n'ai pas de comptes à rendre à Angèle non plus qu'à Mme La Caz. Hier un attentat terroriste sur la voie ferrée, provoqué par le déboulonnement d'un rail à quelques kilomètres de Tarbes, a occasionné la mort de 25 malheureux Français et fait en outre 50 blessés. Aujourd'hui, 9 h 37, un nouvel attentat a été commis de façon identique sur la ligne Compiègne-Soissons, quatre voitures se sont écrasées sur la locomotive renversée. On a déjà retiré de l'amas de ferraille 16 morts et 25 blessés. C'est le commencement de la libération, qu'ils disent !
21 janvier
Toujours aucune nouvelle d'Angèle. Il y a maintenant neuf jours que j'ai reçu sa misérable petite cartelette en réponse à mes vœux : « La famille va bien, je te remercie. Pour moi, la santé est bonne. Je souhaite que Dieu te garde malgré tes agis-sements. Pace e salute ! que les alliés enfin vont, j'espère, nous apporter. » Prie toujours, pauvre niaise ! En attendant les Alliés nous envoient sur la gueule. Aujourd'hui, le bombardement par les pourritures yankees de plusieurs communes de Normandie n'a fait qu'ajouter à la désolation de nombreux Français. On déplore 11 morts et je ne sais combien de blessés. Une exposition de photos de la Waffen S.S. est annoncée au 42 avenue des Champs-Élysées. J'irai.
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24 janvier
Je me suis rendu rue Béranger à 10 heures, j'apportais ma viande (il n'y en aura pas la semaine prochaine) et de la compote de pommes. J'ai sonné sans succès. J'ai attendu une demi-heure et puis je suis reparti. Je ne crois pas qu'elle ait été absente, je suis persuadé qu'elle m'avait vu par la fenêtre de sa chambre, et qu'elle m'a laissé volontairement poireauter dans le froid. Pourquoi ? Mystère ! ou plutôt non, elle a pris parti pour la petite juive. C'est évident. La cause des Juifs est son nouveau cheval de bataille, cela essentiellement pour me contredire et m'humilier. C'est une race que je déteste comme tout Français soucieux de l'avenir de son pays, mais quand bien même je l'eusse aimée, aurais-je eu le courage de garder l'enfant et d'être dénoncé ?
Du courage au feu je n'en ai pas manqué dans ma jeunesse, maintenant je suis vieux et malade, et je suis cerné par des ennemis sournois, les autres locataires, Bourasseau qui, pris de vin, peut raconter n'importe quelle sottise, et même la concierge qui se dit gaulliste. Et puis, tout compte fait, il était préférable que cette fillette rejoigne ses parents dans un camp de regroupement, ou encore qu'elle soit envoyée dans une espèce de colonie de vacances avec ses congénères. Angèle, qui ne lit que les faits divers des journaux, me prédit un drame. Elle se délecte à décrire des situations horribles, un « lamentu » combien vulgaire ! Qu'elle s'obstine donc dans sa rancune imbécile, je vais à mon tour lui écrire qu'en cas de décès tous mes biens iront à « zìa Pipina » sa cousine qu'elle déteste.
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Le débarquement anglo-américain en arrière du front allemand est annoncé mais, Dieu merci ! les contre-mesures sont en cours : la Luftwaffe a attaqué avec succès la flotte de débarquement coulant quatre péniches de 12 000 tonnes et endommageant huit unités assez impor-tantes. Nouveau bombardement du Nord de la France. Les aviateurs Anglo-américains ont attaqué une dizaine de communes de Normandie, dans l'une d'elles, l'église et le presbytère ont été détruits. Le curé, sa gouvernante et sa nièce ont été tués. Ces sauvages ne respectent rien, ce qui n'est pas étonnant, il n'est que de se rapporter à l'histoire des États-Unis, leur population, au cours des décennies, s'est formée de toute la pègre de l'Europe. Quant aux Noirs, ils n'ont qu'à obéir s'ils ne veulent pas retourner à leur condition d'esclaves. Deux cannellonis sans plus ont composé mon déjeuner. Qu'est-ce qu'on se mettra sous la dent l'année prochaine alors que nos chers alliés incendient nos fermes et nos récoltes ? J'ai terminé la réparation de l'égouttoir de Mme Giraud. Elle se dit gaulliste, mais elle n'hésite pas à user de mon ingéniosité de bricoleur. J'ai pris aussi rendez-vous avec une des Mères de la rue Antoinette qui doit me faire une série de piqûres pour mes points au cœur.
4 février
Nouveau bombardement de Toulon par ces charognards d'anglo-américains. Les dégâts sont plus considérables encore que ceux du 24 novembre. On compte de nombreuses victimes : 36 morts et 200 blessés environ. Le cuirassé Dunkerque a été détruit au bassin. Le vieux port
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