//img.uscri.be/pth/334747f94cb5e1415b6797b52f11a77762ea5675
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Kalahaldi. La patte de charognard

De
164 pages
Arrière-petit-fils d'un colporteur devenu imam et fils d'un père qui a perpétué cette fonction d'imam, Kalahaldi semble prédestiné à une carrière de prêche. Mais à la mort de son père, c'est tout naturellement que la chaîne est rompue. Être imam aurait été pour lui une corvée car l'homme est un bon vivant...
Voir plus Voir moins

Baba HamaKALAHALDI
Arrière-petit- ls d’un colporteur devenu imam et ls d’un
père qui a perpétué cette fonction d’imam, Kalahaldi
semble prédestiné à une carrière de prêche. Tout le monde KALAHALDI
sait cependant que Kalahaldi n’a pas longtemps usé ses
fonds de culotte à l’école coranique. Il est resté juste le
temps d’apprendre les sourates nécessaires pour accomplir
ses cinq prières. Par le plus pur des hasards, il se retrouve La patte de charognard
ensuite à l’école dite des Blancs, qu’il déserte en classe de
cours élémentaire première année.
À la mort de son père, c’est tout naturellement que la
chaîne est rompue. C’est le cousin de Kalahaldi, Abdoul
Aziz, qui prend le relais. L’honneur est sauf. Être imam Roman
aurait été pour lui une corvée, une croix dont il n’aurait pas
pu supporter le poids car l’homme est un bon vivant: il boit
de l’alcool en cachette et résiste rarement au charme d’une
femme. Bien qu’âgé d’une trentaine d’années, il s’est déjà
marié quatre fois et, par quatre fois, il a divorcé.
Pour gagner sa vie il choisit de vendre de la friperie. Le
retour des Worbè de leur exil lui offre l’occasion
d’assouvir ses ambitions. Kalahaldi aire, dans la tournure que
prend ce retour, une occasion de se mettre en selle. Mais
Kalahaldi est une véritable patte de charognard! Quand il
plonge dans une calebasse de lait, c’en est ni de la qualité
du breuvage!
Journaliste et écrivain, Baba Hama est né en
1959 à Dori dans la province du Sèno, au
Burkina Faso. C’est à l’École supérieure de
journalisme (ESJ) de Lille, en France, qu’il
achève sa formation en journalisme avant
de faire carrière à la Radiodiffusion
nationale du Burkina. Il a par la suite occupé de
nombreuses fonctions dans l’administration publique
burkinabè. Dans le domaine de la littérature, il a été plusieurs
fois primé au Grand prix national des Arts et des Lettres de
la Semaine nationale de la culture (éditions 1986, 1990 et
1994) dans les genres nouvelle et roman.
Illustration de couverture : Jorge Láscar (CC).
ISBN : 978-2-343-05193-2
16,50 €
L’Harmattan International, Burkina Faso
ENCRES-NOIRES_PF_HAMA_KALAHALDI.indd 1 05/12/14 23:22
Baba Hama
KALAHALDI







Kalahaldi
La patte de charognard


Encres Noires
Collection fondée par Maguy Albet et Emmanuelle Moysan

La littérature africaine est fortement vivante. Cette collection se
veut le reflet de cette créativité des Africains et diasporas.

Dernières parutions

N°377, Faustin KEOUA-LETURMY, Coupe le lien !, 2014.
N°376, Joseph Bakhita SANOU, Il était une fois aux
Feuillantines, 2014.
N°375, Marie-Ange EVINDISSI, Les exilés de Douma. Tempête
sur la forêt. Tome III, 2014.
N°374, Aurore COSTA, Folie blanche et magie noire. Nika
l’Africaine, tome IV, 2014.
N°373, Kouka A. OUEDRAOGO, La tragédie de Guesyaoba,
2014.
N°372, Kanga Martin KOUASSI, La signature suicide, 2014.
N°371, Ayi HILLAH, L’Exotique, 2014.
N°370, Salif KOALA, Le cheval égaré, 2013.
N°369, Albert KAMBI-BITCHENE, Demain s’appelle Liberté,
2013
N°368, Diagne FALL, Mass et Saly. Chronique d’une relation
difficile, 2013.
N°367, Marcel NOUAGO NJEUKAM, La vierge de New-Bell,
2012.
N°366, Justine MINTSA, Larmes de Cendre, 2012.
N°365, Ralphanie MWANA KONGO, La boue de Saint-Pierre,
2013
N°364, Usmaan PARAYAA BALDE, Baasammba maa Nibe
nder koydol, 2012.
N°363, Stéphanie DONGMO DJUKA, Aujourd’hui, je suis mort,
2012.
N°362, Néto de AGOSTINI, Immortels souvenirs, 2012.
N°361, Epi Lupi ALHINVI, Pays Crépuscule, 2012.
N°360, Elie MAVOUNGOU, Les Safous, 2012.

Hama Baba






Kalahaldi
La patte de charognard

Roman



























L’Harmattan International, Burkina Faso

Du même auteur

Lamordè, Roman,
Presses universitaires de Ouagadougou (PUO).
Encens et myrrhe, Nouvelle, uagadougou (PUO).

Blaise Compaoré, un artisan de la paix. Chroniques de
médiations salutaires, Essai, Editions Kraal.
Les amants de Larbou, éd. L’Harmattan, 2014.






























© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05193-2
EAN : 9782343051932


Première partie









Gourè. Un poste frontalier de l'État du Létougal. Au
milieu d'une plaine sablonneuse, une petite bâtisse
rectangulaire fait office de bureau pour trois agents de
douane. Un hangar de fortune sert d'abri à une vieille
voiture de marque Jeep, posée sur cale. Le sable charrié
par le vent s'amoncelle au pied de la maison au point de
donner l'impression que c'est la bâtisse qui s'enfonce. À
l'horizon, sous les dards d'un soleil impitoyable, le sol
crache des vapeurs qui font danser au loin les silhouettes
de quelques rares épineux survivants dans cette zone aride.
Rien d'habitude ne perturbe le calme de cette région de
Feddè, belle comme une image de carte postale.
Généralement désœuvrés, les douaniers de Gourè passent
le clair de leur temps à siroter du thé vert de Chine.
D'ailleurs, il n'y a que quelques voyageurs consciencieux
qui passent par là ou plutôt ceux qui n'ont rien à déclarer.
Les fraudeurs, et ils sont nombreux, préfèrent d'autres
passages le long de cette frontière poreuse.
La colonne des Worbè n'a rien d'une horde de
fraudeurs. Elle est arrivée en début d'après-midi avec armes et
bagages au propre comme au figuré parce que tous les
hommes portent, en bandoulière leur sabre. Les bagages
entassés devant le bureau de poste de douane sont le signe
d'un retour d'exil. Les Worbè reviennent justement d'un
exil qui les a conduits à Bily, le pays voisin du Létougal
qui les a accueillis lors de la grande sécheresse qui a
frappé leur pays : aussi haut que vole un oiseau, il revient
toujours sur terre. On ne résiste pas à l'appel de la terre où
a été enseveli son placenta. Ce qui intrigua les douaniers
9
de Gourè, c'était moins le retour des Worbè que les
conditions de ce retour. Un retour massif et sans crier gare.
Quand la colonne est apparue sur la crête de la dune qui
borde la frontière, les douaniers ont cru à une invasion.
Depuis des années en effet, l'Etat du Létougal s'est
toujours méfié de son voisin de Bily qu'il soupçonne
d'abriter de nombreux opposants à son régime. Mus par la
méfiance, les douaniers ont cantonné la colonne des
Worbè et entrepris une fouille méthodique de leurs
bagages. Le chef de brigade a d'ailleurs pris le soin
d'alerter l'escadron de gendarmerie de Wouro, bourgade la
plus proche et aussi chef-lieu de la région, pour obtenir
des renforts. Les fouilles des bagages se faisaient avec une
lenteur qui exaspérait les Worbè. Les plus impatients
enrageaient. Comment pouvaient-ils être traités de la sorte
par leurs propres compatriotes ? Le soleil commençait à
décliner vers l'ouest. La température n'avait pas baissé
pour autant. Les plus éprouvés par cette canicule, les
bébés notamment, criaient dans les bras de leurs mères qui
cherchaient vainement de l'ombre pour s'abriter. Peine
perdue, tout autour du poste de douane, il n'y avait aucun
arbre. Une seule solution restait : se mettre à l'abri dans les
silhouettes des hommes restés debout, et qui leur servaient
ainsi de parasols humains. Les plus avisées d’entre elles se
servaient de leur pagne comme d'une ombrelle de fortune.
Les Worbè venus en groupe entendent rentrer ensemble
à l'intérieur du pays et notamment atteindre Douwé, leur
principal point de chute, à quelques kilomètres de Wouro.
A peine une vingtaine de personnes a pu franchir la
barrière douanière quand le soleil disparut à l'horizon. La
nuit tombe vite ici. L'astre du jour fit donc place
immédiatement à une constellation d'étoiles accrochées à
un ciel noir. Habitués aux longues traversées, les Worbè,
qui ont compris qu'ils allaient devoir camper à ce poste
frontalier, s'organisèrent rapidement. En un tour de main,
10
des tentes furent dressées. Les hommes tinrent conseil
tandis que les femmes s'affairaient pour la préparation du
dîner. La petite colonie improvisa une organisation
interne. Bérro, la quarantaine révolue, fut nommé séance
tenante porte-parole du groupe. Durant tout le voyage qui
les a conduits de Bily à Létougal, il avait fait preuve de sa
connaissance des lieux et des hommes. Il parlait
couramment le français, ce qui est un atout. Bèrro n'osa
pas refuser l'honneur qui lui avait été fait.
— Bon ! Chers frères, je veux bien être votre
porteparole, mais pour cela il faut que je sache ce que vous
attendez de moi.
Sidi le plus âgé du groupe, considéré comme le
patriarche, se décida à parler.
— Il faudra d'abord que tu te renseignes auprès des
douaniers pour savoir pourquoi ils nous bloquent à la
frontière. Nous n'avons pour seuls bagages que nos
vêtements et les provisions que nous avons faites pour
subsister pendant la traversée. A part nos sabres et nos
coutelas, nous ne transportons aucune arme.
— Ils m'ont dit qu'ils devaient vérifier l'identité de tous
les membres de notre groupe, lui répondit Bèrro.
Une voix se fit entendre. C'était celle d’Omar. Un
adolescent visiblement nerveux :
— C'est un prétexte ! Ils nous prennent sans doute pour
des agents de Bily dont la mission est d'infiltrer le
Létougal. Le chef de poste de douane n'a pas hésité, vous
l'avez vu, à faire appel à la brigade de gendarmerie de
Wouro. Cela trahit la méfiance qu'ils ont vis-à-vis de
nous !
Sidi tenta de calmer les esprits :
— Il ne faut donc pas céder à la provocation. Restons
calmes. Nous comptabilisons plusieurs années d'exil loin
de nos villages d'origine. Alors, quelques journées de plus,
11
qu'est-ce que ça peut nous faire ? Mais vu la tournure des
choses, je propose que l'on envoie un émissaire auprès de
Ardo à Wouro pour l'en informer et lui demander
assistance. Rafiou a déjà été fouillé et ses papiers sont en
règle. Il se chargera de cette mission. Bèrro, explique cela
aux douaniers. Tout le monde attendra ici sagement le
retour de Rafiou.
Les douaniers, d'abord réticents à l'idée de laisser partir
Rafiou avant l'arrivée des gendarmes de Wouro, finirent
par accepter, Bèrro ayant insisté sur la nécessité de
rassurer les gens de Wouro et de Douwé qui s'inquièteront
de ne pas les voir arriver. En petits groupes, autour de
lampe-tempête, les Worbè partagèrent leur repas. Rafiou
fut invité à aller prendre un peu de repos afin d'être en
pleine forme le lendemain pour accomplir sa mission. Une
cinquantaine de kilomètres sépare Gourè de Wouro.
L'émissaire des Worbè se leva bien avant le soleil,
accomplit les deux rakaa de la prière du Sohb, remplit une
gourde d'eau et s'engagea sur la piste qui conduit à Wouro,
direction ouest. Le douanier de faction répondit à peine à
son salut. L'espèce de grognement qu'il émit ressemblait
plus à un bâillement étouffé qu'à un bonjour. Gourè et
Wouro sont les deux grandes bourgades de cette région du
Fèddè. Wouro en est administrativement le chef-lieu. La
piste qui relie Gourè à Wouro mérite bien son nom. En
fait, il n'existe pas de tracé fixe. Les passages praticables
changeaient au gré des saisons, particulièrement pendant
les saisons de pluies. Seuls quelques camionneurs
téméraires osaient s'aventurer sur cette piste. Ou l'on
s'embourbait ou on était pris dans une partie de patinages
dangereux. De nombreux véhicules avaient fait les frais du
mauvais état de la piste. Même les propriétaires de
charrettes à traction asine réfléchissaient par deux fois
avant de s'y aventurer.
12
Les habitants de Gourè qui se sentaient des
laisséspour-compte se demandaient pourquoi l'administration se
souciait peu de les désenclaver malgré l'importance du
poste de douane de Gourè. Certes, un important projet
sous-régional a prévu le tracé d'une voie bitumée qui
passerait par là, mais en attendant, cette piste ressemble à
un chemin de croix pour les usagers. Rafiou ne s'étonna
donc pas de ne pas rencontrer un véhicule allant dans un
sens ou dans l'autre entre les deux bourgades. Il caressait
néanmoins le secret espoir de pouvoir faire de l'auto-stop.
Les quelques rares personnes qu'il rencontrait étaient des
paysans venus à dos d'âne déverser du fumier dans leurs
champs. Leurs habitations n'étaient d'ailleurs jamais loin.
On devinait la présence de ces habitations par la fumée qui
montait au-dessus des cimes des arbres ou par l'écho des
coups de pilon cadencés de femmes qui pilaient le mil.
Rafiou s'arrêtait de temps en temps pour saluer ces
paysans avant de continuer son chemin. C'est la tradition.
Il est inconcevable dans cette contrée qu'un être humain
rencontre son semblable sans lui adresser la parole.
Qu'importe le temps que l'on perd ! Les relations humaines
sont plus importantes. Rafiou se sacrifiait volontiers au
rite avec d'autant plus de plaisir que cela lui permettait de
souffler. Une cinquantaine de kilomètres à parcourir à
pied, ça n'aurait pas été une épreuve quand il avait ses
jambes de vingt ans, mais aujourd'hui c'en est bien une,
surtout qu'il s'était à peine remis de la longue marche qui a
conduit la colonne des Worbè à Gourè. Il s'était cependant
mis dans la tête que la mission qui lui a été confiée était un
défi à relever. L'accomplir vite et bien ne ferait
qu'augmenter le capital de confiance dont il jouissait
auprès des siens. A l'heure de la prière de l'Ashr, les
premières maisons de Wouro apparurent à l'horizon.
Rafiou se décida à faire d'abord sa prière avant d'entrer
dans la ville.


** *
Wouro n'avait pas changé. Toujours les mêmes ruelles,
toujours les mêmes maisons aux toits en forme de terrasse.
Au fil du temps, certains murs en banco des concessions
étaient tombés, livrant l'intimité des occupants au regard
des passants. Les années successives de sécheresse avaient
décimé les arbres épineux qui ceinturaient jadis la cité.
Rafiou se dirigea sans peine vers la cour de Ardo. C'est
une vaste cour entourée d'un mur haut et épais. L'entrée
principale se présente comme une arcade qui donne sur un
vestibule que le visiteur doit d'abord traverser avant de
déboucher dans la cour proprement dite. Ce vestibule tient
lieu de salle de séjour où le maître des lieux reçoit les
visiteurs inconnus. Les plus intimes sont reçus sous une
immense tente à la forme conique dressée, au milieu de la
cour, entre deux maisons construites dans le pur style de
l'architecture soudano-sahélienne. La parfaite symétrie
entre les deux maisons et la tente traduit la volonté du
maître des lieux de matérialiser son équité entre ses deux
épouses Nafissa et Harbi.
Ardo était demeuré attaché à la tradition et la tente en
était tout un symbole. A ceux qui lui demandaient
pourquoi il ne se faisait pas construire une demeure digne
de ce nom en matériaux définitifs, il rétorquait que rien ne
valait le charme d'une tente richement décorée de peaux de
bêtes tannées. Les tapis de laine sur le sable fin sont, selon
lui, un délice pour la plante des pieds. Toujours
enturbanné, Ardo ne laissait voir de son visage que ses
yeux aux paupières mi-closes qui donnaient l'impression à
ses interlocuteurs qu'il avait l'esprit ailleurs. Il se redressait
rarement sur son lit quand il recevait de la visite, mais y
restait accoudé sur des coussins, les jambes allongées sur
15