Kouma, la route de la liberté

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Vingt années d'une vie d'esclave avec les souffrances et les injustices qui la jalonnent. Puis c'est la fin de la traite et la liberté retrouvée. Kouma, nouvel homme libre, veut entreprendre ce que jamais esclave ne fit. Il revient en terre africaine. Que lui réserve ce retour à son village?

Publié le : mercredi 1 octobre 2003
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EAN13 : 9782296336506
Nombre de pages : 161
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KOUMA LA ROIDE DE LA LIBER1E

Collection Lettres des Caraibes dirigée par Maguy Albet

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2003 ISBN: 2-7475-5209-8

@ L'Harmattan,

François KICHENASSAMY

KOUMA LA ROUTE DE LA LIBERTE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

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L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

DU MÊME AUTEUR
« Les aventures
Editions

de Chabin l'Espiègle» de Chabin »
(1996)

Caribéennes (1981)

« Les nouvelles aventures
Editions Caribéennes (1985) Réédités chez L 'H.A.RMAITAN

« La ~e

» (1984) de Titine la Mangouste»

« Les extravagances (1986) « L'histoire complète
(Compte d'auteur) (1989)

de Titine la Mangouste»

« Contes poor Petits et Grands»
(Compte d'auteur) (1994)

( Epuisé )

« Chabin au lycée ou la Trilogie bouclée» Editions L'H.A.RMAITAN (1997)

« Force... Champion» Roman(1998) (parution à compte d'auteur)
« Les contes à dormir debout» Editions L 'H.A.RMAITAN (2000) « Courants (Contes) d'Alizés»

« La saga des majors » (Roman) A Paraître

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Maquette de couverture M. José CECINA Case Pilote Martinique

CHAPITRE I

LE VILLAGE

MAKASSI était niché voluptueuseme~t au creux d'un large méandre du fleuve Sénégal. Autour du totem central, interminablement long et particulièrement hideux, les cases s'agglutinaient pêlemêle, comme un désordre architectural. Entre ce regroupement de cases et la demeure plus importante du chef s'étendait un espace de terre battue dont l'ocre violent tranchait avec le vert sale des parties herbues d'alentour. A côté de la case du chef, celle plus petite mais mieux décorée du sorcier. Le fleuve Sénégal courait nonchalamment dans les savanes environnantes, véritable paradis où le gibier abondait. Les habitants de MAKASSI n'avaient jamais souffert pour subsister. Ils avaient l'eau indispensable aux cultures de sorgho et de soja. Ils avaient le poisson du fleuve. Ils avaient le gibier abondant. Pourtant, en ce mois d'avril 1799, les habitants de MAKASSI se terraient souvent dans leurs cases. C'était comme si un mauvais génie était venu leur dire : « Ne sortez plus pour chasser, n'allez plus pêcher, ne cultivez plus les berges du grand fleuve ». Le village, de ce fait, paraissait vide et endormi. Deux semaines auparavant, quatre jeunes guerriers, partis tôt à la chasse dans la savane, n'étaient

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pas rentrés le soir. Ils avaient disparu, s'étaient comme envolés sans laisser de traces. Les battues organisées pour les retrouver n'y avaient rien changé. Les quatre jeunes n'avaient jamais été revus. Leur disparition avait causé douleur et chagrin, tout en jetant sur le village une chape de mystère et de peine. Malik, le sorcier, malgré ses incantations et ses gris-gris, n'avait trouvé aucune explication à cette disparition aussi inattendue que bizarre. . . Puis, ils étaient arrivés un après-midi. A l'heure où le chaud soleil obligeait tous à rechercher la fraîcheur des berges, ils avaient surgi, petite horde sauvage; une dizaine de cavaliers blancs avec trois gros nègres barbus (sûrement des commerçants de la côte) qui les accompagnaient. Avant que la masse des habitants n'ait compris leur manœuvre, les cavaliers avaient capturé deux jeunes, bien robustes, qui les avaient regardés venir sans aucune méfiance. Puis ils étaient repartis au grand galop, emportant leur gibier humain. Personne n'avait eu le temps de réagir, mais chacun avait compris sur l'heure pourquoi les quatre chasseurs n'avaient pas donné signe de vie. Ils avaient été capturés eux aussi. . . Depuis, la crainte de les voir reparaître avait rendu tout le monde prudent. Certes, les guerriers pouvaient défendre le village, mais que pourraient-ils vraiment contre les cannes tonnantes de ces hommes? Elles crachaient des flammes et faisaient tant de bruit à la fois! ...

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Kouma et Gkundé faisaient comme les autres. Ils se terraient eux aussi, mais ce n'était pas la peur des chasseurs d'hommes qui les clouait dans leur case. Ils ne voulaient pas faire pleurer d'inquiétude les grands yeux d'Abéla, leur mère. Elle ne voulait pas voir partir ses fils pour les habituelles longues parties de chasse. Elle aurait le cœur trop meurtri si par malheur elle venait à perdre l'un de ses garçons chéris. Déjà, Akidigou, leur père, s'était fait embrocher par les cornes d'un gnou hargneux. Il en était mort naturellement. . . Le soleil avait presque bouclé sa courbe céleste. Kouma et Okundé, assis près du foyer où rougeoyaient des restes de braises, se jetaient des clins d' œil complices. Abéla, pilait un peu de sorgho au fond d'une écuelle de bois. Elle travaillait nonchalamment, les yeux perdus dans le vague, comme si elle voulait deviner dans l'air, les intentions du temps à venir. Coupant le silence trop pesant, Kouma fit remarquer: « Man, il n'y a plus de viande. Demain on va chasser ». « Chasser! Tu n'y penses pas fils, il y a du sorgho et encore un grand morceau de poisson séché! » « De la viande fraîche! Il nous faut de la viande fraîche, Man! » Kouma s'entêtait. «J'ai surtout besoin de bouger», intervint son frère. « Ah ! C'est ça » s'emporta sa mère, vous voulez bouger, vous voulez vous rendre dans la savane pour que ces hommes blancs vous emmènent... Que vais-je devenir sans vous? » Elle s'était levée de toute sa taille de belle femme mandingue. Ses beaux yeux luisaient d'une peur

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réelle, gratuite mais bien réelle, comme si une prémonition enserrait son cœur de mère. Kouma eut un peu de peine et faillit flancher devant cette douleur maternelle, mais se reprenant il continua : « Man! Crois-tu que ces hommes blancs peuvent nous battre dans la savane? Les crois-tu capables de mieux la connaître que nous? Tu t'inquiètes pour rien. Demain, nous irons vers le soleil levant et tu nous verras revenir avec quelque gazelle que nous dépècerons dans la joie. Allons Man! Rassure-toi. » Ils se rassirent et le silence antérieur reprit possession de la case. Cette nuit-là, le sommeil des deux garçons fut légitimement troublé par de l'excitation contenue, cependant qu' Abéla, sur sa couche ne pouvait s'endormir.

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CHAPITRE II

LA CHASSE
Quand Kouma sortit de la case, le soleil n'avait pas paru à l'horizon. Un ciel vide de tout nuage annonçait une journée luniinèuse. Okundé émergea lui aussi de la case. Il semblait au moins aussi dispos que son frère. «Amène les arcs et les flèches », lui intima ce demier. Okundé s'étira un peu pour relancer ses muscles ankylosés, puis il rentra dans la case pour récupérer les indispensables armes. Kouma entre-temps avait plongé une calebasse dans l'eau fraîche contenue dans une immense jarre qu'une moitié de bambou alimentait depuis le toit. Il revint sur le devant de la case où son cadet avait posé arcs et flèches à même le sol. «Nous aurons peut-être besoin d'une corde» remarqua Okundé. Kouma, en guise d'acquiescement, attrapa une longue bande souple; des lianes qu'il avait coutume d'utiliser. Juste à cet instant, Abéla parut sur le pas de la porte. La belle mandingue semblait avoir pris un coup de vieux durant la nuit. Elle avait les traits tirés et sous ses yeux des cernes violacés attestaient d'une nuit d'insomnie. La mère contempla ses fils pendant que son visage exprimait une douleur indicible.

Il

Les garçons la fixèrent puis baissèrent les yeux. La peine de la mère les mettait mal à l'aise. Ils avaient assurément pleine conscience d'être la cause première de l'inquiétude maternelle. Pour se donner contenance et éviter les reproches qui allaient venir, Kouma alla "entourer de ses bras les épaules de sa mère. « Arrête de te faire du souci, nous reviendrons avant le milieu du jour ». « Fais-nous un peu confiance», l'appuya son frère. La mère soupira longuement en guise de consentement. Que pouvait-elle face à la détermination de ses fils ? ... Les garçons partirent et Abéla, résignée, regagna le fond de la case. Plusieurs pistes partaient des berges du fleuve pour quadriller çà et là l'immense savane. Parallèlement à son lit un sentier permettait de longer les bords du cours d'eau. Les garçons le suivirent sur plusieurs centaines de mètres. Le choix de ce parcours était guidé par le besoin de retrouver des traces fraîches d'animaux. Ceux de la nuit qui viennent boire se font facilement pister. Okundé fut le premier à relever les traces d'une gazelle. L'animal s'était désaltéré dans une petite crique puis il avait quitté les berges du cours d'eau par un sentier presque perpendiculaire et qui s'en éloignait en se perdant parmi les hautes herbes. Les deux Jeunes chasseurs s'engagèrent résolument, convamcus que, sous peu, ils pourraient

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lever la bête. Ils avançaient sans bruit en accélérant progressivement l'allure. La savane s'étendait à perte de vue, ponctuée çà et là par des bosquets d'arbres qui semblaient autant d'îlots plantés à la surface d'un océan verdâtre. Parmi ces herbes, les deux jeunes chasseurs étaient dans leur élément; ils s'y déplaçaient sans craindre les obstacles naturels comme ronces, serpents, scorpions et autres épines qui auraient pour sûr décourager les premiers venus. La piste de la gazelle était de plus en plus évidente, et la perspective de l'attraper dans un avenir immédiat enflammait nos deux chasseurs. Leur avancée se poursuivait, ponctuée de temps en temps d'un saut pour enjamber quelque mince filet d'eau ou d'un écart pour éviter un serpent, inutile adversaire qui ferait perdre du temps éventuellement. Le village était loin, nos deux chasseurs s'étant petit à petit éloignés du fleuve. Les herbes, tout en restant bien drues autour d'eux, se faisaient moins hautes progressivement. Ils contournaient un maigre bosquet d'acacias, quand ils aperçurent enfin la gazelle. Les oreilles aux aguets, le quadrupède broutait des tiges à cinquante pas d'eux environ. Ils étaient arrivés contre le vent, et l'animal n'avait pas encore capté leur odeur. Okundé choisit une flèche qu'il encocha à la corde de son arc. Kouma avait commencé une manœuvre tournante qui devait l'amener dans le dos de la proie, pour lui couper ainsi toute retraite...

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Ce fut à cet instant précis qu'ils arrivèrent. Fouettant furieusement leurs montures, la bande de chasseurs de noirs arrivait, petite horde sinistre, qui, tels des cavaliers de l'apocalypse, fondit sur le plus proche des deux frères. C'était Kouma en l'occurrence. Il n'était plus question de gazelle devant un danger aussi réel, aussi immédiat. Kouma s'était mis à fuir dès qu'il avait aperçu les cavaliers. Mais que peuvent des jambes humaines contre la vitesse de coursiers très rapides. Les poursuivants gagnaient du terrain. Il se sentit perdu. «Fuis tout seul mon frère! Sauve-toi de ton côté! » cria-t-il à l'adresse d'Okundé. Juste à ce moment, un filet lesté de plomb vint l'envelopper. Stoppé net dans sa course éperdue, le jeune mandingue alia bouler dans les herbes, ensaucissonné dans les fils qui lui interdisaient tout mouvement. Déjà quatre chasseurs avaient sauté de leurs montures pour venir encadrer leur proie. Kouma, les yeux horrifiés, tant par la fureur que par la peur du futur incertain, grommelait des imprécations furieuses; maudissant à l'avance ses bourreaux. On le souleva, et sans le dépêtrer du filet, on le jeta en travers du dos d'un cheval libre. Le funeste cortège s'ébranla, préférant ignorer le second nègre qui avait réussi à se coucher parmi les herbes. Okundé n'avait pas fui. L'instinct de conservation lui intimait de ne pas se faire voir. Il était capable de jugement pour comprendre qu'il ne pourrait rien pour son malheureux frère. Que seraient sa rage et sa force contre la détermination d'une bande sans foi ni loi, armée jusqu'aux dents de surcroît?

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Le drame était joué, il n'avait duré que quelques minutes. Mais la déchirure qu'il venait d'imposer à ces deux malheureux garçons était désormais inéluctable et indélébile. Kouma et la bande de ravisseurs étaient déjà loin. On n'apercevait plus leurs silhouettes au loin. A perte de vue, la savane semblait vide. Okundé repartit vers le village. Son cœur semblait peser autant que les grosses pierres au bord du fleuve. Une indicible douleur avait envahi la totalité de son être. Comme un automate, il s'obligea à mettre un pied devant l'autre. Le retour à la case ne s'annonçait pas des plus faciles. Comment annoncerait-il à sa mère la terrible nouvelle? « Pauvre de nous! » pensa-t-il.

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CHAPITRE III

LES PREMIERS PAS D'UN NEGRE CAPTIF

Kouma, dans sa posture bien inconfortable, subissait les effets de ce malencontreux voyage. Il recevait les chocs au rythme du déplacement de la bête qui le portait. Il avait fermé les yeux, les garder ouverts aurait ajouté à son infortune. Autour de lui, le groupe de cavaliers se déplaçait en silence, comme si entre ces hommes il y avait une recommandation de silence. Pas un mot, pas un murmure, le mutisme le plus complet. Kouma ne sut rien sur les intentions de ces hommes ni non plus sur la destination qui était la leur. Combien de temps dura ce pénible voyage? Il ne saurait le dire. Son corps de plus en plus ankylosé subissait les assauts d'un douloureux engourdissement. Déjà, il ne sentait plus ses mains. Sa tête bourdonnait car le sang, du fait de sa position, ne circulait pas bien. Il crut que ses malheurs immédiats étaient terminés lorsque le groupe s'arrêta dans une crique le long des berges du fleuve. Le groupe avait fait halte dans ce coin tranquille. Et on avait descendu le prisonnier sans le désentraver. On lui fit avaler deux gorgées d'eau à travers les mailles du filet. Cette maigre quantité eut pour effet d'augmenter la soif qui le tenaillait depuis de longues

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minutes. En revanche, il n'avait pas du tout envie de manger. L'horreur de la situation l'oppressait trop pour qu'il pût avoir faim. Kouma affalé entre ses fils, à même le sable et les graviers de la crique, avait fermé les yeux pour mieux réfléchir. La précarité de sa situation ne lui échappait point, mais il gardait l'espoir qui anime le cœur de certains désespérés. Il se raccrochait à l'idée que ses tortionnaires finiraient bien par le soustraire à l'empêtrement des fils et alors, qui sait si le ciel ne lui offrirait pas la possibilité de leur fausser compagnie. Hélas! pour l'heure, il ne pouvait que subir et espérer. Il n'avait aucune carte à jouer, sinon celle de la chance ou de la malchance d'ailleurs. Kouma pensa à Okundé, son frère, à sa mère Abéla qui à cette heure devait tremper dans un océan de larmes et de douleur. Son frère avait sûrement donné l'alerte. Mais les guerriers du village auraient-ils le courage et l'audace de se jeter sur les traces des ravisseurs? Kouma gardait les yeux fermés, poursuivant sa douloureuse méditation. Soudain, des éclats de voix se rapprochant, l'arrachèrent de l'horrible film. qu'il repassait dans sa tête. Il ouvrit les yeux. Sur le fleuve, plusieurs longues barques venant. de l'amont, se rapprochaient de la crique. A bord de chacune d'elles, de malheureux Noirs entravés par des cordes et reliés entre eux par un filin principal. Des hommes, ayant le même aspect que ses ravisseurs, encadraient les malheureuxl. Kouma nota, avec horreur, que les gardiens avaient posé leurs fusils et qu'ils tenaient chacun un long fouet avec des lanières
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Ce sont d'autres chasseurs d'esclaves avec l'air aussi sauvage et farouche que celui de ceux qui venaient de capturer Kouma.

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renforcées. Déjà, les embarcations étaient sur eux. Dans l'une d'elles, il n'y avait aucun nègre. Cette barque fut d'ailleurs la seule à toucher réellement le rivage. Alors des bras vigoureux soulevèrent Kouma et le jetèrent sans ménagement au fond de l'embarcation. Aussitôt, un grand escogriffe, avec une énorme balafre au front et les joues envahies de poils grisonnants, s'appliqua à débarrasser le jeune captif du filet qui le maintenait prisonnier. Kouma, au comble de la fureur, pensa un moment se débattre et s'échapper (la barque était encore près du bord), mais à peine eut-il un bras dégagé de l'emprise du filet, que ce membre libéré fut pris dans des chaînes fixées à l'armature même de l'embarcation. Ses derniers espoirs de fuite venaient de s'envoler. Kouma se laissa aller au fond du canot et ferma les yeux pour mieux résister à l'assaut du désespoir qui le submergeait. Le soleil tapait durement. Kouma finit par sombrer dans un sommeil pesant qui lui permit d'oublier quelque temps ses malheurs. Lorsqu'il émergea de nouveau, la barque voguait sur le fleuve. Il faisait déjà nuit. Les autres barques n'étaient pas loin car Kouma distinguait régulièrement le clapotis que produisait le mouvement des pagaies. De temps en temps, quelques maigres lumières, passant fugitivement, indiquaient à Kouma qu'on naviguait loin des berges, en direction de la côte. Le voyage dura toute la nuit mais Kouma ne dormit point. Au petit matin, la sinistre flottille avait atteint un gros village niché dans une crique profonde. Une espèce de quai en bois avançait dans le cours du fleuve. Kouma découvrit avec surprise l'espèce de gros cotre amarré contre le quai.

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