L'abominable mariage de Balbine

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Dans ce récit inspiré d'une histoire vraie, Balbine subit son mariage, survenu avant la fin de son enfance, comme une abominable punition, condamné à une tradition inique où la cupidité et la gourmandise prennent des proportions alarmantes pour dicter aux hommes leur conduite. Devenue vieille, elle constate, à travers l'aventure de sa petite-fille, que la cupidité continue de contraindre les filles à des mariages à but lucratif. Elle appelle les femmes à une véritable émancipation.
Publié le : samedi 5 mars 2016
Lecture(s) : 7
EAN13 : 9782140004018
Nombre de pages : 164
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Luc Gaétan FélixBENGONOKONO
L’ABOMINABLE MARIAGE DE BALBINE
Littérature et savoirs
L’abominable mariage de Balbine
Littératures et Savoirs Collection dirigée parEmmanuel Matateyou Dans cette collection sont publiés des ouvrages de la littérature fiction mais également des essais produisant un discours sur des savoirs endogènes qui sont des interrogations sur les conditions permettant d’apporter aux sociétés du Sud et du Nord une amélioration significative dans leur mode de vie. Dans le domaine de la création des œuvres de l’esprit, les générations se bousculent et s’affrontent au Nord comme au Sud avec une violence telle que les ruptures s’accomplissent et se transposent dans les langages littéraires (aussi bien oral qu’écrit). Toute réflexion sur toutes ces ruptures, mais également sur les voies empruntées par les populations africaines et autres sera très éclairante des nouveaux défis à relever.  La collectionLittératures et Savoirsun espace de est promotion des nouvelles écritures africaines qui ont une esthétique propre ; ce qui permet aux critiques de dire désormais que la littérature africaine est une science objective de la subjectivité. Romans, pièces de théâtre, poésie, monographies, récits autobiographiques, mémoires... sur l’Afrique sont prioritairement appréciés. Déjà parus Yves Alain SECKE,À la spontanéité des mots de tête, 2016. Moïse FEUNKAM DE TALLA,Brumes étincelantes, 2016. William OMER,Le cahier des éloges, lettres et illuminations, 2015. Sophie Françoise BAPAMBE YAP LIBOCK,La sonnette d’alarme,2015. Emmanuel MATATEYOU (ed),L’écriture du roi Njoya. Une contribution de l’Afrique à la culture de la modernité, 2015. Emmanuel Célestin MBARGA,La sacoche mystérieuse, 2015. Maboa BEBE,Ewande. Amour, peurs, espoir, 2014. TOMA de l’EAU,Soir au village ou Globalisphère, 2013. Léonard FOKOU,L’Aurore de l’Aurore, 2013. Germain DONFACK,La paix à tout prix, 2013.
Luc Gaétan Félix BENGONOKONO
L’abominable mariage de Balbine
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08652-1 EAN : 9782343086521
NOTE DE L’AUTEURL’abominable mariage de Balbine est un roman inspiré d’une histoire vraie. Balbine, le personnage central du récit était ma grandmèreet c’est d’elle que j’aireçul’essentiel de ce récit que je voudrais partager avec mes lecteurs. C’est pourquoi j’aiessayé de restituer les faits avec objectivité et un profond respect pour la mémoire des personnes ayant existé qui figurent dans ce texte. Les us et coutumes présentés ici ont également existé ou existent encore de nos jours. Toutefois, cet ouvrage n’est pasun traité d’histoire ou d’anthropologieselon les valeurs normatives de ces sciences que je préfère laisser aux experts. Malgrél’authenticitédes faits présentés, il faut considérer l’ouvrage dans son genre romanesque l’imagination vient quelquefois au secours de la mémoire pour conserver la cohésion du récit et le rendre agréable à liresans que l’essentiel des faits soit altéré.
Par ailleurs, je reste pour la défense de notre identité et la conservation de nos valeurs culturelles. Cependant, il me paraît important de repenser de façon permanente nos traditions pour les adapter à un environnement en perpétuelle mutation. Pour cela, il nous faut dénoncer les contrevaleurs que cette tradition a tendance à perpétuer, tandis que ses véritables valeurs sont en voie de disparition.
Je saisis donc cette opportunitépour m’élever contre la chosification de la femme qui est une contrevaleur que nous avons héritée de nos traditions et jem’élèveseulement non contre les violences faites aux femmes, mais aussi contre toute violence faite àn’importe quelêtre humain sous le prétexte
d’une quelconque traditionou pour toute autre raison moralement illicite. Je dédie donc tout naturellement ce roman à ma feue grand mère Balbine, à toutes les personnes qui ploient encore sous des traditions iniquesainsi qu’à tous ceux et celles grâce à qui j’ai apprisà lire et à écrire. Que Dieu, source de toute bonne inspiration, en soit également loué. Luc Gaétan Félix BENGONO KONO
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Au cœur de la grande forêt où se trouve le village Nlong, les jours se succèdent et se ressemblent depuis la nuit des temps. Ils ont tous sensiblement vingtquatre heures et obéissent toujours aux variations des saisons climatiques qui semblent ellesmêmes suivre un cycle répétitif donnant l’impression queles jours, les saisons et les années se répètent. À Nlong, il semble que la vie ellemême n’obéit qu’à une récurrence de faits où les événements se suivent et se ressemblent au point où les esprits les plus doctes ont déclaré qu’il n’y avait rien de nouveau sousle soleil, que la roue n’allait plus être réinventée et que les plus vieuxavaient déjà tout vu. Dans cet univers où l’Homme n’est rien sans son semblable, les humains ont apprisà œuvrer ensemble pour une commune survie. Ici, la pêche fait partie des moyens de subsistance et elle est principalement assurée par les femmes. Pour pêcher, toutes les femmes valides se regroupent et choisissent une section d’un ruisseau du village qu’elles isolent par deux haies boueuses renforcées par des branchages entremêlés pour avoir une meilleure étanchéité et la section du ruisseau ainsi isolée est momentanément vidée de son eau. À mains nues, elles peuvent débusquer les poissons terrés dans les cavités du ruisseau et remplir leurs calebasses en chantant. Dans ce petit monde, le chant tient une place importante. Il soutient l’effort dans le travail, évacue la mélancolie, réjouit le cœur et déclenche la danse. Le chant et la danse consolent les femmes qui protestent régulièrement contre la maltraitance des hommes. D’ailleurs en signe de protestation, elles chantent et dansent un rythme particulier en frappant les pieds au sol comme
l’indique l’expression littérale de ce rythme «bia kut si » qui deviendra plus tard «Bikutsi». C’est donc aux premières heures d’un de ces jours dans cet éternel recommencement que les femmes du village qui se précipitent vers le ruisseau pour une de ces parties de pêche, qui se suivent et se ressemblent, font la rencontre du chef Kono Edima qui revient de la forêt complètement mouillé par la rosée matinale, les mains chargées de feuilles et d’écorces. Ces femmes vont apprendre que Tsanga,l’épouse duchef, vient de lui donner un enfant. Un deuxième enfant, une fille cette foisci, après Max, son premier fils. Cette nouvelle tiendra lieu de principal sujet de conversation avant, pendant et après la partie de pêche. Dans ce village, les nouvelles officielles sont annoncées au son du tamtam, mais tout le monde sait que le moyen le plus rapide de répandre les informations, même celles supposées confidentielles, est de les confier à au moins une femme du village.
Dès lorsqu’une information est connue par une femme,elle passe de bouche à oreille etd’une femme àune autre, elle fait le tour du village à la vitesse de la lumière, au point où plusieurs personnes préfèrent ce mode de communication pour les informations les plus urgentesau lieu d’avoir recours au tamtam dont la lenteur est évidente puisqu’il répand ses informations à la vitesse du son, de loin inférieure à celle de la lumière.
Cependant, le mode de communication par « voie de femme », ou tout aussi bien « voix de femme », est sans doute le plus rapide, mais le moins efficace, car entrel’oreilleet la bouche d’unemême femme, le message se trouve très souvent altéré de façon volontaire ou non, de sorte qu’en passant de la bouche d’une femme à l’oreille d’une autre, la déformation de l’information devient plus importante.
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De plus, comme l’information par« voie ou voix de femme » se répand comme un arbre de parties, une femme pouvant en informer quatre et chacune quatre nouvelles femmes, on obtient au finalautant de versions qu’il y a de femmes au village pour le même fait. Dans ce mode de communication, les informations de quelque origine que ce soit, les faits réels ou supposés ainsi que les simples commentaires qui découlent d’une imagination prolifique, se confondent. Pourtant, tout le monde se renseigne dans ce réseau de communication, mais toutes les informations qui passent par ce réseau sont généralement accueillies avec la plus grande prudence, car très souvent, ces informations portent en elles mêmes leur propre démenti.Il s’agit parfois de« vérités » qui se confondent avec leurs « contrevérités » dans la même version des faits.C’est ainsi quedans un même récit, un personnage peut être un nain et un géant en même temps. De temps en temps, une information part d’on ne sait où et passant d’une femme à une autre, fait plusieursfois la ronde du village avec chaque fois une nouvelle tournure pour s’évaporer de la même façon qu’elle est apparue. Inutile de chercher à y comprendre quelque chose, les femmes de Nlong sontexpertes dans l’art du commérage,du colportage et du mensonge. Le chef Kono Edima sait donc bien qu’en confiant la nouvelle de la naissance de sa fille aux femmes qui vont à la pêche, il vient de choisir le moyen le plus rapide pour communiquer l’information àtout le village, mais il a choisi le moyen le moins fiable. Il sait tout aussi bien que s’il ne communique pas au son du tamtam pour donner la version officielle des faits, l’informationpourrait aller dans tous les sens, au point où l’on ne saurait plus combien de sexes il y aurait pour le même enfantni combien d’enfants pour le même accouchement, si
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