L'Abomination d'Innswitch

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Riche dilettante et fan de Lovecraft, à titre posthume puisque le maître mourut quelques années plus tôt, Foster Morley entreprend une tournée en bus à travers le Massachusetts, cherchant à mieux connaître les lieux qui inspirèrent le Maître.

Jusqu’à ce qu’il tombe sur Innswich, une petite ville côtière qui pourrait bien avoir inspiré à Lovecraft Le Cauchemar d’Innsmouth ! S’attardant en ville, il découvre que l’hôtel dans lequel il réside est le même que celui où le Maître a séjourné. De plus, un douteux photographe l’appâte en prétendant détenir une photo de l’écrivain, preuve incontestable de son passage en ville.

Mais pourquoi toutes les femmes de ce petit port sont-elles enceintes ? Quels rituels sinistres se déroulent au premier étage inaccessible de l’hôtel ? Et si Lovecraft ne s’était pas juste inspiré des lieux ? Certaines de ses créatures les plus grotesques sont-elles uniquement le fruit d’une imagination fertile ?

Edward Lee est l’auteur de quarante romans et de nombreuses nouvelles, dont Mr Torso, qui reçut le prix Bram Stoker. Il est traduit en Allemagne, en Grèce, en Roumanie et en Pologne, et maintenant en France.
Publié le : samedi 15 février 2014
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791093004419
Nombre de pages : 152
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Extrait
Le bruit de l’autocar me fournissait un fond sonore et me mettais en condition: je m’imaginais alors dans la peau du Maître et me plaisait à croire que, derrière les vitres crasseuses, je pourrais contempler la même chose que lui. Non pas des champs ordinaires et des arbres quelconques sous un ciel d’été typique de la Nouvelle-Angleterre, mais des visions beaucoup plus sinistres. Une lande foudroyée piquetant des prairies exsangues et des buissons agonisants, des arbres tordus portant des cicatrices laissées par la foudre, et un ciel lourd de menaces. Et là, enfin, par-dessus les ferronneries rouillées d’un vieux pont, m’apparaissait la rivière Miskatonic aux flots languides sous lesquels rôdaient Dieu sait quelles créatures bouffies par la mort ou des états pires encore. La vitre crasseuse du bus n’était plus un simple panneau transparent, mais un prisme, un miroir s’ouvrant sur des visions mystérieuses, des chasmes surnaturels et des rives poreuses entre des dimensions et d’insondables horreurs. Puis je clignai des yeux…

… et me laissai retomber sur mon siège, un sourire aux lèvres. Ce n’était que le cours rapide et familier de la rivière Essex et, de chaque côté, des forêts infinies de chênes et de pins. Non, bien que Dieu m’ait doté d’une soif inextinguible de connaissances, je n’avais pas même une irréductible fraction de l’imagination du Maître. Ce devait être la raison pour laquelle ses histoires me ravissaient. L’imagination était un don qui se révélait le mieux chez les authentiques scribes du surnaturel.
Des scribes tels que Howard Philip Lovecraft.
Je partageais la cabine du bus avec une demi-douzaine d’autres voyageurs, des hommes habitués aux durs labeurs, à en juger par leur apparence ; et j’osai me demander si Lovecraft lui-même avait jamais effectué ce même trajet. En ce cas : Quel siège avait-il occupé ? Par quelle vitre avait-il regardé afin de titillersa muse ? C’était presque drôle d’éprouver une telle révérence pour ce genre de fiction. Tout comme HPL était affligé d’obsessions diverses et variées, allant de l’ordonnance du cosmos à l’architecture coloniale, j’étais moi-même obsédé par son oeuvre.
Je m’appelle Foster Morley, je suis âgé de trente-trois ans, et j’ai des cheveux châtains et des yeux marron. J’imagine que Lovecraft me décrirait comme quelconque et transparent, mais qu’il s’amuserait certainement d’un tel parallèle. Comme la plupart de ses protagonistes, je viens d’une famille de la grande bourgeoisie anglaise — des gens plus qu’aisés dont j’ai hérité la fortune — et j’ai un diplôme de l’université Brown qui ne m’a jamais servi. J’occupe un manoir de cent quatre-vingts ans ans d’âge dans un quartier huppé de Providence, non loin de l’Anatheum, où mes ancêtres ont émigré avant la révolution. Une famille aujourd’hui défunte, et dont je suis le seul héritier. Ainsi, par la grâce du Créateur, mes jours sont de longues rêveries où je ne manque de rien, et lorsque je ne joue pas les philanthropes… Je lis. Je lis et relis Lovecraft, inlassablement, car jamais des mots couchés sur le papier n’ont eu la capacité de me transporter dans des univers aussi captivants. Ils n’ont rien à voir avec le nôtre, avec sa dépression économique et ses guerres insondables. Non, au contraire, le maître de Providence me mène à travers des mondes de merveilles effrayantes et de terreurs labyrinthiques.
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