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L'accident

De
193 pages

Daniel Montvillard rentre de week-end avec sa femme et son fils lorsqu’un terrible accident, survenu dans de mystérieuses circonstances, brise sa vie.


Convaincu qu'un événement extérieur a provoqué le drame dont il est le seul survivant, il décide de tout faire pour retrouver le responsable.


Son enquête l'entraîne alors au coeur de la sombre forêt lozèrienne, dans l'univers inquiétant des romans de HP Lovecraft.


Il y découvrira un secret terrifiant qui menace l'humanité tout entière, le faisant sombrer peu à peu dans la folie...

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©2014–ISEdition
MarseileInnovation.37rueGuibal
1303MARSEILLE
www.is-edition.com

ISBN(Livre): 978-2-36845-053-6
ISBN(Ebooks): 978-2-36845-054-3

Directriced'ouvrage: MarinaDiPauli
Ilustrationdecouverture: ©Shuterstock

Colection«Sueursglaciales»
Directeur: HaraldBénoliel

Retrouveztoutesnosactualités
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constitueunecontrefaçon,auxtermesdel'articleL.35-2etsuivantsduCode
delapropriétéintelectuele.

JEAN-LUCESPINASE

L'ACCIDENT
A U XC O N F I N SD EL ' I N D I C I B L E

Avertissement

D’ordinaire,lesavertisementsaulecteurfigurentàlafindes
ouvrages.Donc,troptard.Carlorsquelemalestfait,nulne
peutrevenirenarière.C’estpourceteraisonquej’aipréféré
anticiper.Jetedoisceteatention,cherlecteur…
J’ai lu Lovecraft à vingt-cinq ans… Dévoré, devrais-je dire. Je
vivaisalorsauxAntiles,oùleshistoiresdequimboisetde
vaudou font intimement partie du folklore local. On y
entendait couramment parler de choses extrêmement
troublantesquiavaientpourtantlegoûtauthentiquedela
véritéet,souvent,onnesavaitguèrequelcréditdonneràces
histoires incroyables… Pour ma part, il faut croire qu’eles
avaientimprégnémonimaginationau-delàduraisonnable.
En lisant Lovecraft, j’ai été fasciné – comme bon nombre de
sesadmirateurs–parlemythegénialdu«Necronomicon»,le
livreocultedel'ArabedémentAbdulal-Hazred.Aupointque
jemesuissurprisunjour,àlabibliothèqueSchoelcherdeFort-
de-France,entraindechercherlelivremauditdanslesrayons.
Enfait,jecommençaisàmepersuaderdel’existenceréelede
cetouvrage.

4

C’estlàqu’agermél’idéedeceroman.
J’aiterminécelivreilyaquelquesjoursàpeine,dansungîte
delaLozèresauvageperduaumlieud’arbresimmenses.
Depuis, je suis inquiet… bizarementconscientdel’existence
deprésencestroublantesetindéfinisablesautourdemoi.
Lesdeuxdernièresnuits,j’aifaitdesrêvesétrangeset
malsains,peuplésdecréaturesimprobables.Enécrivantce
livre, je me demande… J’ai peur… d’avoir réveiléquelques
créaturesmonstrueusesquisommeilentsurleseuil.
Jeveuxtedonnerencoreunconseil,cherlecteur: situn’es
passûrdetaforcementale,neterisquepasàlalecturedece
livre; peut-êtren’ensortirais-tupasindemne…
Enfin,pourceuxquiconnaisentmalLovecraft,jetiensà
signaler que les pasraxtsitages en latieuqios se tn
intégralementdel’œuvredel’écrivain.

5

Prologue

EmmaKarelreposaladernièrepagesurlasurfacevitréede
sonbureau.Centvingtfeuiletsqu’elevenaitd’imprimeretde
liredanslafoulée.Untexteétonnammentdétailéetprécis,en
vingt-deuxpartiesprécédéeschacuned’unsigneétrangeet
difq seno’useD gap ért.endigée réanses dia ta ruorriupc
l’exaltationlaplusextrêmeparundément,uniluminéau
dernierstadedeladésespérance.
Pourtantcethomme,eliannoc el esaitbien.Depuis
quelquesmois,elepartageaitsespensées,sesdoutesetparfois
mêmesonlit.Cetémoignagepsychotiquel’avaitlaiséebrisée,
enproieàlaplusfoleinquiétude.
Eledécrochasontéléphoneetcomposalenumérodu
CommandantCyrielDiBorgieraàlabrigadecriminelede
Marseile.Sursonécran,lemailauquelletexteavaitétéjoint
étaitencoreafiché,commeuneexhortationultime:
2octobre201.«Situlisceslignes,c’estquej’auraisombrédansla
démenceouquejeneseraiplusdecemonde…Oubienquej’auraiété
aspirédanslesAbîmesduNéant! Briselesilence,transmetsmoncri,

6

difusemontémoignage.IlfautrefermerlesPortes,cloisonerles
Mondes… ou bien l’Humanité est perdue. Nodens ! Seigneur du
GrandAbîme! Protège-moidesShantaks…Sauve-nous! »

7

B

Toutacommencéilyadix-neufmois.Jerevenaisdewek-
end.Nousavionspaséquelquesjourschezdesamisprèsde
Clermont-Ferandetnousétionssurlarouteduretour.Au
volantdelaClio,jeroulaisverslesud,versl’Autoroutedu
Soleil.Noustraversionsunevasteétenduecouverteparla
forêt.Encedébutmars,ilfaisaitencorefroid,maisnous
avionsbaiséunevitrequilaisaitpénétrerdesodeursde
végétationunpeugrisantes.
Nous avions décidé de couper par une petite route
départementale.Karine,mafemme,etJunior,monjeunefils,
separtageaientlabanquetearière.Jen’aijamaisaiméavoir
unpasm io …aLp alecd ager à côté de. rtmou eivie Unle
habituded’avantlesairbagsàs ehc itreélt réususecide t ne aute
résistance.
Pardon,jem’apelileM novtniDa… elniDae lard.J’auraisdû
commencerparlà.Jesuisjournalisteetécrivain.

8

Çan’alaitplustropbienavecKarine.Onétaitentrainde
s’engueuler–commesouvent,sansprêtertropatentionàce
quepouvaitpenserJuniordenosacrochagesàrépétition–
pourtoutetpourrien.Danslerétro,jevoyaislelourdsemi-
remorquemetalonnerdepuisplusieurskilomètres.Ilme
ratrapaitetgagnaitduterainmètreaprèsmètre,lancéàune
viteseàpeineraisonnablesurceterouteétroitebouréede
nids-de-poule.Lanuitétaittombéeetl’obscuritéétaittotale,
renforcéeparlemanquedelumièrenatureledûàl’épaise
ramurevégétale.
Leroutiernes’étaitpasencoremisencodesetm’envoyait
sespuisantspharesenpleinefiguredanslerefletdumiroir.Il
alaitpeinerpourmedoublersurceterouteoùl’onpouvaità
peinesecroiser! Maisjen’avaispasl’intentiondeluifacliterla
vieenralentisantetenmeserantàdroite:ilfaudraitqu’il
patiente.Entoutcas,ilnem’auraitpasàl’intimidation.Karine
m’avaitmisd’unehumeurmasacrante–eleavaitcedon,à
présent–etceconnardensubiraitlesconséquences:ilalait
devoirralentirjusqu’auprochainélargisementdelachausée.
C’estàcemomentquej’aivulatêtedeJuniorexploser.
Jecroisquej’aicriéenmêmetempsquej’écrasaislapédale
defreindetoutmonpoids.Lecrisementdesfreinss’est
confonduuninstantaveclehurlementdeKarine,justeavant
quelenezducamionnepercutel’arièredelaClioquidevint
incontrôlable,propulséeparl’énergiemonstrueusedelamase
d’aciersoudéeauhayonarière.

9

Deboutsurlapédale,j’aivudansmesphares,commeau
ralenti,larangéedestroncsserésariverdroitsurmoi.Puis,la
roueavantdroites’estengagéedanslefoséetlavoitureest
partieentonneaux,poursuivieparlecamionincapablede
maîtrisersoninertie.
Choc brutal… Mon corps désarticulé rebondisantcomme
unebale.tôe s leoybrs…éee’L olpxnoisL’ab baelmonitid b ur
asourdisante.enmm… seanavlet dir uae Enif,nu enl eurui
noir.

10

C

Lachambredanslaquelej’aireprisconnaisanceétaittoute
blanche.Qu’est-cequejefaisaislà?Mavisionflouemelaisait
voirledosd’unefemmeenblancquis’afairaitsansbruit.Du
moins, je n’entendais rien… Enfin si : juste un siflement
persistantaufonddemonoreiledroite.
J’aimisquelqueslonguessecondesàsituermoncorpsdans
l’espace.J’étaisalongésurledos,latêteàpeinerelevéeparun
oreiler,lesbrasreposantbienàplatlelongdemoncorps.Ma
vues’éclaircisaitprogresivementetj’aivuquej’étaistorse
nu.Desfilsmaintenussurmapeaupardespatchsadhésifs
partaientdanstouslessens.J’aitournélatêtepourtenterde
suivre leur direction… Tout du moins mon cerveau a-t-il
esayéd’envoyercetordreauxmusclesdemoncou,maisilne
s’estrienpasé.Étais-jeparalysé?
Lapaniquem’asubmergéd’unseulcoup!J’aidûfaireun
bruit,respirerdiféremmentouproduireunsonininteligible,
jenesaispas.Jemesentaiscommedanscescauchemarsoù

1

l’onn’aruonrr tee’tsems fem, lalorsr… A à seircviap et eée
s’estaprochéedemonlit.Eleavaitlavoixclaireetforte,
celequelessoignantsréserventauxvieilardsàl’audition
défailante,avecletonrésolumentoptimismedesinfirmières
forméesàvousconvaincrequevousêtesenpleineforme,
mêmeàl’articledelamort.
«Vousvoilàréveilé,MonsieurMontvilard.Quelebonne
nouvele! LeDocteurSimonsseracontent! »
Jen’avaisabsolumentaucuneidéedequipouvaitbienêtrele
DocteurSimons,maiseleavaitunbeauvisageetunsourire
ausidouxqu’atentionné.Etsurtout,j’avaisdistinctement
entenducequ’elevenaitdediremalgrél’acouphènequi
continuaitàvrilerlefonddemonoreile.Çam’arasuré.Au
moins, j’entendais… et je comprenais ce qu’on me disait. J’ai
retentélecoup: nruotêt al resyeiralac e …tEvainte, la pcre te
foisçaamarché!J’aipucontemplerlamachineàlaquele
j’étaisbranché,avecseslumièresclignotantesetsescadrans
inquiétants. J’étaismanifestement dans unechambre
d’hôpital… mais pourquoi ? Que m’était-il arivé?
L’infirmièreavaitl’habitude.Cen’étaitpaslepremiercasde
réveil comateux qu’elaiiv Et. velà é iaéd’m a eermerg
doucement, avec les mots qu’il fallaui émietnsa ntda
soigneusementmesquestionspournepastorpilerlepeude
moralqu’ilmerestait.
Lesvraiesexplicationssontvenuesplustard,aportéesparle
fameuxDocteurSimons,celuiquiavaitréparélacase.J’avais
étévictimed’unacidentdelaroute.Grave.Trèsgrave.J’avais

12

été éjecté,asntta,c eminâri neropmtasiarmu: t moém
fracturesmultiples.Lavoitureavaitprisfeu.Aparemment,
j’avaiseubeaucoupdechance.Enfin,sionveut: j’étaisleseul
rescapédecetacidentmonstrueux.
JunioretKarineavaientététuéssurlecoup,etleurscorps
carbonisés.Ilnerestaitplusriendemafamile.Enaprenantla
nouvele,jem’étaisefondré.Jenevoyaisabsolumentpas
commentjepouvaismesortirdececauchemar,etalorsque
moncorpsreprenaitpeuàpeugoûtàlavie,monesprit
m’entraînaitdansunecoursemorbide,àlapoursuitedes
fantômesdemafemmeetdemonfils.
J’étaisrestépresquedeuxmoisdanslecoma; onnesortpas
indemned’unteltraumatisme.Lestoubibsavaientesayéde
m’expliqueravecdélicatesequejenedevaispasexcluredes
risquesdeséquelesphysiquesoupsychologiques: insomnies,
cauchemars,halucinationsmême.Onm’avaitfaitpaserune
batee ri tdetses m :iomé ,eroceriannsst,an dcecoe epnc
capacité de concentration… D’après eux, je devais m’en sortir
avecunebonneréducation.
J’avaisbesoindemerejouerlefilm,maisjen’arivaispasà
reconstituerlascène: lelourdcamionquimecoleaucul,puis
écraselavoiture. Ts.s uérsuéyorte slac énicunior, Karine… bJ
lecoup.Jerevoyaisenbouclelabarièred’arbresseprécipiter
vers mon pare-brise ; le bruit de tôles… Une demi-seconde
plustard,celuidel’explosion.Lafournaiseencorequelques
instants,avantletrounoir.oh ,'l lisPu ilverée reur.

13

Aucunautresouvenir.Jevoulaiscomprendre.Jen’imaginais
paspouvoirmereconstruiresanscomprendre.
Plusieursjourssontencorepasés,aucoursdesquelsj’ai
sombrédansunesortederetraiteintérieure.Lessouvenirsme
revenaientparvaguesetsereclasaientlaborieusementdans
l’ordrechronologique:larencontredeKarine,sescheveux,
sonrire;notrepremièreétreinte;lanaisancedeJunior;sa
premièrechuteàvélo; notrevietouslestrois; l’invitationde
BenetAliceàClermont-Ferand;leretourversleSud;le
camion… Le chaos.
Pourtant,j’avaisl’impresionqu’ilmanquaitunmailonàla
chaîne,commeuneimagesubliminaleimposibleàdéceler
maispourtantbienprésente.Jeneparvenaispasàl’identifier,
maisj’avaislesentimentlourdetprofondqu’uneautrevérité
secachaitderièrel’explicationoficieledemonacident.
J’aimisdutempsàacepterl’inaceptableetàmerésigner.
Karine, Junior… où étaient-ils ? J’ai su que leurs restes avaient
étéincinérésetquelesurnesavaientétéconfiéesàFrank,mon
frère.Ils’étaitocupédetout.
Estarivélemomentdequiterl’hôpital.Ilsnepouvaient
plusgrand-chosepourmoi.Jen’avaisplusrienàfaireici;je
devaisretrouverlavraievie,au-dehors.
OnaprévenuFrank.Ilalaitmerameneràlamaison.J’alais
avoirpasmalderéducale.m teatneqisy …eureaiPh. onti f à

14

D

Frankétaitleseulmembredemafamileprochequime
restait.Entoutcas,leseulaveclequeljem’entendaisbien.Il
étaitcélibataireetsansenfant.Onsevoyaitcinqousixfoispar
an,maisc’étaittoujoursdebonsmoments.
J’avaisausiunesœurquejecroisaisdefaçonplusépisodique
etqui,jecrois,sefoutaitpasmaldecequipouvaitm’ariver.
Quantàmesparents,ilss’étaienttuéshuitansplustôt,eux
ausidansunacrutiU …ef enlataé.itident de vo
Frankavaitbienpréparémonretour.Lefrigoétaitpleinetla
maisonfleuriedanstouteslespièces.Lesdeuxpremièresnuits,
ilétaitrestéavecmoi,veilantsurmonsommeilagité.Maisla
journée,jen’avaisrienpufaired’autrequ’arpenterseulnotre
apartementdésertenpleurantsanspouvoirm’arêter.Deux
journéesinsuportables,quineparvenaientpasàs’inscrire
normalementdanslachronologiedemonexistence.Eles
étaientcommedeuxparenthèses,unbugdanslecontinuum
espace-temps.Desjournéessanssignificationquin’étaientni

15

undébut,niunefin.Ilétaitencoretroptôtpourqu’eles
marquentledépartd’unenouveleexistenceoùleschosesne
seraientjamaispluscommeavant.Maiscesjournéesne
m’aparaisaientpasnonpluscommelesdeuxdernièresde
monanciennevie.e Ctefin-là,monséjouràl’hôpitall’avait
déjàécrite.
Ilfalaitquejemesortedecenoman’slandtemporel,etj’ai
finiparcomprendrequejedevaisvoirlesurnes.Franklesavait
conservéeschezlui.Ilestpasélesoir,aprèsleboulot,etme
lesaconfiéessanscérémonie,commeonrenddeuxvases
empruntésàuncopainpourunefête.Jel’aiserédansmes
bras,incapabledeprononceruneparole.Lorsquej’aipu
articulerquelquechosedecompréhensible,jeluiaidemandé
demelaiserseulafrontermesdémonsnocturnes.Ilfalait
bienquejerecommenceàm’asumer. lIm a’l iasé,inquiet.
Dansnotregrandesaledeséjour,j’aiposélesvasessurla
cheminéeetmesuisasisdevantsanspouvoirlesquiterdes
yeux.
Jemesuisendormidanslecanapéenmedisantquele
lendemain,jeferaismongrandretouraujournal.

Lerideaud’arbresm’arivaitenpleinefiguredansunralenti
majestueuxetjeforçaiscommeunebrutepourtournermon
volantcomplètementbloqué.Danslerétro,jenevoyaisplus
quelesyeuxterorisésdeKarine,etjustederièreele,la
calandredumonstrequinouspropulsaitversl’écrasement.J’ai
sentilavoiturepartirenvracetentamersasériedetonneaux

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pendantquematêteencaisaitdeschocsdeplusenplus
violentsetdouloureux.Lebrasierabrusquementlibérésa
fournaiseetjemesuisréveiléensueur,hurlantcommeun
damné.Commechacunedesnuitsprécédentes.
Lelendemain,jesuisretournéaubureau.Là-bas,toutle
mondeétaitaucourantdecequim’étaitarivé:Frankles
avaitprévenusdèsquej’avaisétéadmisàl’hôpitaletlesavait
tenusaucourantdemesrécentsprogrès.J’aieudroitàun
acueilréelementchaleureux;quelquesacolades,pasde
questions,beaucoupdecompasion.Ilsm’ontremisensele
toutdesuite,commes’ilnes’étaitrienpasé,maisenme
surveilantducoindel’œilavecunegentileatention.J’ai
senti une vraie solidarité et je leur en ai été vraiment
reconnaisant.C’estcommeçaquej’aiparticipéàmapremière
conférencederédactiondepuisl’acident.Unerenaisance.
Leschosessepasaientplutôtbien.J’avaisesayédeme
remetredanslebaindel’actualitédepuisquej’étaisrentré.
Maispasmaldesujetsm’échapaientencore,etjemémorisais
commejepouvaislesévènements,leslieuxetlesnomsqui
faisaientlesgrostitresdepuishuitjours.Çafaisaitdubiende
sentirmoncerveauseremetreàfonctionneràpleinrégime.
Jusqu’àcequelavoixdemonrédacteurenchefsemeteàme
parvenirsoudaincommesieletraversaitunmatelaspur
coton.Etçaaétéledébutdemesdivagationséveilé:les
arbresdanslepare-brise,lecamionànotrepoursuite,le
paysagetournoyantpendantquelavoiturefaitdestonneaux…

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Latêtedanslebrouilard,j’aifermélesyeuxetjemesuis
acrochéauborddelagrandetablesouslesyeuxinquietsde
mesconfrères.Leflashestvitepaséetj’aiprétextéunecrise
d’hypoglycémiepasagère.Maisjesavaisqueçaalaitrevenir.
Jemesuismisàrevivrelamêmescène,parfoisplusieursfois
parjouret–cequim’inquiétaitvraiment–deplusenplus
fréquemment. Avec à chaque fois cetrei pmesion lqu’i
manquaitunepièce,quemoncerveaubégayait.Oui,c’estça…
Ilétaitcommeunbèguequirépèteenbouclelesmêmes
sylabesets’acharneenvainàprononcerenfincelequiva
éclairerlesensdetoutesaphrase.
J’aimistoutçasurlechemindificiledudeuil.J’avais
l’intuitionqueretrouverlapaixdevaitcommencerparça.Il
falaitquejefasequelquechosepourfermercedosier.
Pourtant,jesavaisquemeséparerdecescendresseraitunacte
définitifetiréversible:JunioretKarinedisparaîtraientàtout
jamais… Serait-ce alors pour moi le retour à la paix ? Ou est-ce
qu’aucontraireilsn’alaientpashantermaviecommedes
fantômeserants?
Unmatin,j’aisuivimonimpulsiondumoment: jesuisaléà
laPointeRouge,oùsetrouvemonbateau.Le10 VC a
démart aiurtova’a fitren sans préF arknl boèlem;
régulièrementpendantmonabsence.J’ailibérélesamareset
cinqminutesplustard,j’aipasélapointedeladigueetfilé
verslelarge,versPlanier.Jemesuisarêtéunmileavant
d’ateindrelephareetj’ailaiséleCapCamaratdériver
doucementpendantquejedévisaislescouverclesdesurnes.

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Puisjemesuismissouslevent,tournéverslacôted’oùla
BonneMèresurveilaitmamanœuvre.Jevoulaisêtresûrde
pouvoirretrouverl’endroitprécis.J’aiprismesamers:sur
bâbord,lagrandetour«CMA-CGM»s’alignaitparfaitement
avecunautreimmeubletoutenhauteur,etsurtribord,je
voyais la pointe nord de Riou pile dans la calanque de
Marseileveyre.J’ailaisépartirlescendresdansleléger
mistral, puis j’ai immergé les deux urnes… Elesontcouléà
pic.
Jemesuissentipluslégerpendantletrajetderetour,comme
sij’avaisréenclenchéquelquechose:jen’étaisplusenroue
libre.
Cetenuit-làpourtant,lecauchemarestrevenu.Maispourla
premièrefois,l’imagesubliminaledemonrêve,lasylabe
manquante,s’estgliséeàsaplacedanslachronologiedu
film… Je me suis réveiléensueurettotalementbouleversé.
J’avaisvuenflashl’imagedeJuniordontlatêteexplosait
danslerétrojusteavantquejen’écraselapédaledefrein.

19

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