L'anachorète

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Anachorétisme : choix de vie d'un moine ou d'un ermite faite de solitude et d'éloignement. Nous suivons dans ce récit le parcours initiatique de "l'anachorète" qui amène le lecteur à voyager à la fois dans l'espace (de l'Hibernie à la Mésopotamie) et dans le temps, à redécouvrir un grand penseur du Haut Moyen Age : Jean Scot Erigène, et à réfléchir sur la spiritualité.
Publié le : jeudi 1 juin 2006
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EAN13 : 9782296148925
Nombre de pages : 114
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L'ANACHORETE
Récit

Du même auteur Eonish, rêve d'Irlande (1991), Paris, L'Harmattan

Jean Aubégny

L'ANACHORETE
Récit

L'Harmattan

http://vvW\v.librairieharrnattan. com diffusion.hanl1attan@wanadoo.fr harmattan 1ai2wanadoo. fr

@ L'Harmattan,

2006

ISBN: 2-296-00744-9 EAN: 9782296007444

« J'ai préféré les mystiques aux dévots» Claude Bert

CHAPITRE I Le Banni

Engoncé dans sa robe de bure, l'anachorète était à l'écoute du silence. Quand il n'était pas en prière ou en méditation, c'était le seul plaisir qu'il s'accordait. Furtivement. Car, s'il était bien de Le prier et de Lui rendre grâce, il était osé d'écouter, comme Lui, le silence dans lequel se cachait l'harmonie du monde qui était Son domaine. Mais, ce soir-là, il était très fatigué et, entre veille et sommeil, insensiblement, il se laissait aller. Il écouta, longuement, mais ne perçut que le vide. Il se rengonça dans sa robe de bure, secouant dans ce mouvement les vermines qui peuplaient son cou, et reprit son écoute. Mais il n'entendit rien. Alors il se sentit vieux, sale et malade. Quelques corneilles mantelées vinrent tournoyer autour de sa cabane de rondins et de roseaux. Depuis longtemps les oiseaux et autres habitants de ce lieu savaient qu'ils n'avaient à espérer aucune provende de ce bipède loqueteux qui vivait sur leur territoire. Mais ils sentaient aussi qu'ils n'avaient rien à craindre de lui car il se nourrissait - et l'expression est peut-être exagérée - de racines et de baies sauvages qu'il consommait crues. Il n'avait jamais

allumé de feu ni manifesté le moindre geste de rejet envers la gent lacustre. Etre là. Dans l'ordre qu'Il avait créé. Ne rien faire qui pût altérer cet ordre. Se confondre avec lui. Et Lui en savoir gré. Infiniment. Telle était la règle à laquelle il s'était toujours tenu. Et il en retirait une prodigieuse sérénité. Mais, décidément, ce silence qu'il n'anivait pas à entendre, comme il en avait pris l'habitude, l'affectait plus profondément qu'il ne voulait se l'avouer. Il dut reconnaître qu'au fil du temps, il avait fini par considérer cette écoute un peu comme une reconnaissance de ses bien humbles mérites. De quelle suffisance il avait fait preuve 1S'attribuer le droit de penser que lui, le misérable ver de terre, eût pu être distingué et honoré par Lui! Qui était là avant tout début et qui le resterait après toute fin. Il rentra en lui-même et, du fond d'une enfance oubliée, il entendit la voix de sa mère qui lui demandait ce qui lui prenait à toujours bayer aux corneilles.

10

Avait-il jamais été jeune? Il n'arrivait plus à se le figurer. Il secoua une nouvelle fois les poux et les tiques qui avaient élu son corps pour garde-manger. Les bestioles réagirent mollement, sentant bien que ce mouvement brusque n'altérait en rien le bien-être de leur progéniture déjà solidement enkystée tout au long des veines saillantes qui parcouraient sa peau. Il ne prêtait aucune attention à ce petit monde qui vivait sur lui. Ou plutôt, il le considérait comme naturel. Tout comme lui mangeait des racines. Tout comme les lichens se nourrissent des arbres. La vie perdure en puisant dans la vie. Et cette vie, fût-elle élémentaire, est un témoignage de Son infinie bonté. Quelques bribes de son enfance remontèrent de sa mémoire rendue incertaine par toute une vie qui s'était écoulée hors du temps... Il se revit, dans la cour de la chaumine familiale, les pieds nus dans la boue, immobile, observant les oies et les canards qui fouissaient la terre à la recherche de quelque nourriture. Il pouvait rester là des heures, insensible au vent et à la pluie qui le traversaient. Sourd aux cris de sa mère qui, régulièrement, le houspillait vertement. Sourd à

Il

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