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Avertissement Le récit qui suit est entièrement fictif. En revanche le cadre de l’île de Santorin, dans la mer Egée, a été dans l’ensemble scrupuleusement restitué – à quelques petites licences près. Une carte de l’île incluse au début du texte sera utile au lecteur qui ne s’est jamais rendu sur place. Quelques mots de grec ancien sont explicités en notes de fin de texte. Il en est de même pour certains termes techniques et pour trois ou quatre personnages mythologiques.
 Volcano
CHAPITRE 1 – L’AÉROPORT Lundi 5 juillet L’avion perdait sensiblement de l’altitude et s’engageait maintenant dans un espace bleu cristallin. Il amorça brusquement un virage sur l’aile qui nous rapprocha encore davantage de la surface de la mer. Quelques voyageurs étouffèrent un gémissement de crainte et de satisfaction. Je vis distinctement les vagues, vertes et molles, à quelque quarante mètres juste endessous de moi. Un délicieux vertige, à peine, gagnait l’ensemble des passagers. À ma gauche, le barbu rouquin qui ressemblait au Professeur Mortimer sembla un instant perdre son flegme, s’intéresser à ce qui se passe. Là tout en bas, une profondeur émeraude figeait maintenant tous les regards. Le pilote négocia un contrevirage autour de la grosse masse rocheuse qui constitue le point culminant de l’île. Soudain je me souvins distinctement de ce lieu, entouré début juin de grosses plantes jaunes parcheminées et coiffé en son sommet d’un bâtiment militaire truffé d’antennes paraboliques. L’hôtesse annonça un atterrissage imminent : il était 11 heures 38 et la température de 26 degrés centigrades. À l’idée que la vérité se dissimule dans cet abîme, entre ces rochers noirs et cette mer couleur de carte postale, entre ces chemins de chèvre et ces terrasses d’une blancheur inouïe, je me sentis vaciller comme si
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j’allais sauter en parachute. Il allait me falloir affronter à nouveau le secret de Poséidon. Quelques secondes encore et l’avion s’engouffra sur la piste d’atterrissage, freinant au maximum dans un vacarme épouvantable de turboréacteurs malmenés. On voyait des baraques blanches et des fils électriques, des opercules grillagés. Cela faisait cinq ans, presque jour pour jour, que j’avais pris congé de Santorin en pensant n’y jamais revenir. Sur la passerelle de délestage, les voyageurs étaient secoués par des rafales de vent chaud, qui soulevaient la poussière et enveloppaient toutes choses d’une lumière irritante, d’une pénétration bleugris où se confondaient la mer et la terre. Des papiers volaient entre deux fuselages, quelques plastiques restaient accrochés aux épineux en bordure de la piste d’où surgissaient de faux tamaris roses empoussiérés. Il y avait même un chien couleur de cendre qui circulait en travers du tarmac ! Je me suis dit qu’il fallait venir en Grèce pour voir ça. Le hautparleur annonça « Santorini, Santorini »  en rudes syllabes rocailleuses. Pour être tout à fait franc je ne parle pas un traître mot de grec moderne. Soudain j’eus l’impression de me trouver au bout du monde. Giovanni m’avait demandé de l’attendre le long de l’avenue à l’entrée de la salle des pas perdus. Giovanni, c’est mon vulcanologue de service, un
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