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L'anniversaire

De

Les voisins venaient la voir, elle leur racontait la mort du chat. "II est mort, le pauvre animal, un an jour pour jour après mon pauvre malheureux... Il a eu une mort douce... Un an jour pour jour..."

Elle le répétait vingt fois par après-midi, et cette circonstance prit bientôt à ses yeux une importance extrême. "Un an, jour pour jour ! À présent, c’est mon tour. Je mourrai peut-être bien aussi un an jour pour jour après mon pauvre cat..."


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L’ANNIVERSAIRE André BEAUNIER Publié dansle Journal des débatsMai 1898 — Eh bien ! la maman Rosalie, voilà-t-il qu’on trotte, voil à-t-il qu’on trotte… — Marchez toujours, on n’a que faire de vous. Elle trotte, en effet, la vieille, sur les petits chemins glissants, sous la pluie fine, avec ses lourds sabots auxquels la terre s’attache. Elle est toute cassée ; elle s’appuie sur son parapluie vert d’une main, sur une canne de l’autre ; elle en frappe le so l à chaque pas qu’elle fait. La petite pluie, dense et continue, imprègne sa robe et l’alourdit : son bonnet noir à bavolet se colle sur son front ; il y a des traînées d’eau sur sa vieille figure. — Vous feriez mieux d’ouvrir votre parapluie. Ceux du village, épars dans les champs, lui parlent au passage. Mais e lle ne répond pas, ou bien elle les repousse durement. — D’où donc que vous venez, si matin ? — Bien mais vous ne savez-t-il pas que c’est l’anniversaire de mon pauvre malheureux et je ne peux-t-il pas aller à la messe sans votre agrément ? Elle ne s’arrête pas. Le vent souf fle et la pluie la cingle au visage. Elle glisse sur la terre détrempée, ses pieds s’embarrassent dans les bruyères fanées. Elle est lasse et plus cassée que jamais. — Du beau temps pour la mi-août, maman Rosalie. — Oui, du beau temps pour les grenouilles ; marchez toujours. Elle trotte, elle trotte. Et voilà qu’elle arrive chez elle. Elle tire son loquet, elle ouvre sa porte et la referme hâtivement ; elle ne veut pas qu’on la suive, elle veut être seule. — Aïe, mon Dieu, c’est triste ! Elle met dans un coin bien soigneusement son parapluie et son bâton ; elle allume son feu, de minces planchettes qui flambent joyeusement dans la cheminée haute. Et puis elle s’assoit dans son grand fauteuil de bois tourné. Elle ne semble plus voûtée quand elle est assise, et sa vieille figure de quatre-vingt-cinq ans a de petites fraîcheurs de jeune fille aux pommettes ; la bouche un peu déformée et ridée aux coins est encore fine ; mais les yeux sont abîmés, éteints et rouges dans les paupières lourdes ; la grande coiffe noire cache le front, les cheveux et les oreilles. — Aïe, mon Dieu, mon pauvre malheureux ; c’est triste ! Elle essuie ses yeux de ses grosses mains gourdes. — Viens-t-en, mon pauvre bêta. Viens-t-en sur mes genoux. Elle appelle son chat, son vieux matou au po i l ras, aux yeux tristes, qui rôde sous les meubles...