L'Appel, Les Gardiens de Lumière - 2

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Le Destin peut-il être changé ?

Toute ma vie a volé en éclats. J’ai le cœur brisé et me voilà emportée dans un ouragan qu’il m’est impossible d’arrêter. Le Consensus Temporis m’a confié une mission périlleuse d’une extrême importance. Je dois retrouver une ancienne relique que ma mère a cachée avant sa mort. Si j’échoue, cela signifiera notre fin à tous. Mais la seule chose que je souhaite, moi, c’est sauver mon oncle. Je ne laisserai rien ni personne se mettre en travers de mon objectif. Je ne sais pas si j’y arriverai, mais, c’est sûr, je donnerai tout ce que j’ai pour y parvenir.

« D’un côté, la lumière, de l’autre, l’obscurité. Indissociables. »


Publié le : mardi 26 mai 2015
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791094465103
Nombre de pages : 282
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Les Gardiens de Lumière
Tome 2 : L’Appel
Déborah J. Marrazzu
Note de l’auteur: Pour les besoins de mon histoire, j’ai pu présenter et imaginer des lieux qui n’existent pas dans le Morbihan et en Bretagne, ou en décrire d’autres en ajoutant des détails issus de mon imagination. Je remercie donc les habitants de cette région et les lecteurs de bien vouloir m’en excuser.
Je dédie ce livre à ceux qui pensent que notre route est déjà tracée et que notre destinée est déterminée à l’avance. Mais, parfois, il faut savoir combattre le destin pour imposer son propre chemin.
1 Entrez, Mademoiselle Callaghan, m’accueillit une voix de femme au moment où je pénétrai dans la salle. La lumière qui provenait d’un unique faisceau s’échappant du plafond m’éblouit et je dus plisser les yeux. La lourde porte se referma dans un bruit sourd derrière moi, me faisant sursauter. Mes pupilles s’accoutumèrent légèrement à l’obscurité ambiante. Je ne pouvais pas distinguer clairement les personnes présentes pour le Rituel, car elles étaient peu éclairées. Hésitante, je m’approchai, l’estomac noué. Les dernières paroles d’Aidan me hantaient malgré moi, « je resterai ton protecteur et uniquement ton protecteur», puis j’avais poussé cette porte. Je m’apprêtais à laisser ces gens sonder le plus profond de mon être, et cela de façon tout à fait volontaire. Même si je savais pertinemment que je risquais de perdre mon âme et de finir au tréfonds des limbes. Je n’ai pas le choix. Ma détermination reprit rapidement le dessus. Malgré mes sentiments pour Aidan, et mon cœur en miette, je devais me soumettre à leur volonté. Je devais les persuader que je n’étais en rien une menace. Le Rituel de Veritas me permettrait de me lancer à corps perdu dans la traque du responsable de la disparition de mon oncle. Xander, tiens bon, je t’en prie. Je te retrouverai où que tu sois. M’approchant lentement, je posai mon pied droit au niveau de la colonne de lumière. Soudain, des filaments s’étirèrent et partirent illuminer des lignes au sol. Mon regard papillonna tout autour de moi et je m’aperçus que les sillons formaient en réalité un pentagramme. Des silhouettes encapuchonnées se tenaient immobiles de chaque côté de deux rayons de l’étoile. Elles étaient quatre. Je réalisai brusquement que je me trouvais exactement au centre de ce symbole ésotérique. Une peur m’envahit, mais je me ressaisis immédiatement. Après tout, ils n’allaient pas me torturer. Il fallait que je me calme. Alyssa, la directrice du Sanctuaire dans lequel nous nous situions, m’avait expliqué que, plus on résiste à leurs venues dans notre esprit, plus la douleur s’intensifie. Je m’efforçai tant bien que mal de faire le vide en moi, cependant mes pensées restaient toutes tournées vers Aidan. Pourquoi avait-il fallu qu’il me dise cela juste avant mon entrée ? Allez, Lanna, reprends-toi ! J’expirai bruyamment. Seule la femme qui m’avait intimé d’entrer semblait active. Les quatre autres membres me paraissaient comme figés ou plongés dans un profond sommeil. La femme, de taille moyenne, me transperçait de son regard. Je ne discernais pratiquement rien, sauf ses yeux qui semblaient briller dans la pénombre, m’hypnotisant de leur violet intense. Sa longue chevelure blanche dansait autour de son visage malgré le fait qu’il n’y ait aucun courant d’air. L’atmosphère changea soudainement et un froid glacial me frappa. Je frissonnai tandis que les poils sur mes bras se hérissaient. Était-ce le froid ou ma peur qui me procurait cette sensation ? Probablement les deux. Bonjour, Alanna, reprit la femme en ôtant sa capuche. Je me présente, je suis Kayla et je préside ce Rituel. Je suis la seule qui te parlera. Je te rassure, tout va bien se passer. Sa voix résonnait au travers de la salle et son écho se perdit au loin. Kayla souriait chaleureusement, cependant ça ne suffisait pas à m’ôter cette sensation d’oppression. Je hochai machinalement la tête à ses paroles, essayant de me persuader que je n’allais pas souffrir. Peine perdue ! En réalité, tout ça me terrifiait. Comment en étais-je arrivée à laisser des êtres surnaturels me sonder ? Comment en étais-je même arrivée à côtoyer des êtres surnaturels ? Mon monde avait basculé à la lisière de celui des humains, où se trouvait une multitude d’autres univers peuplés par des créatures dignes des plus grands films fantastiques. Même si je savais que
cela faisait partie intégrante de ma nouvelle vie, une autre part de moi en avait peur. Ma mère m’avait caché ma véritable nature durant mes seize premières années. Ce n’était qu’après sa mort que j’avais appris qu’en réalité je n’étais pas totalement humaine. J’appartenais à la race des Luxos, autrement dit desGardiens de Lumière, comme elle, comme mon oncle et comme toutes les personnes de ma famille. Je faisais partie d’uneLignée de Sang. Nous étions chargés de protéger le monde des ombres et des ténèbres. Seulement mon père restait un humain, ce qui faisait que j’étais liée à deux mondes. Xander, mon oncle, m’avoua que je possédais des pouvoirs stupéfiants, ce qui augmentait mes craintes. Depuis ces révélations, toute mon existence avait changé. Plus rien ne serait comme avant, lorsque je pensais n’être qu’une adolescente banale. Ce nouvel univers dans lequel je venais de pénétrer recelait d’innombrables secrets. Et c’était pour cette raison que j’avais accepté de me soumettre à la volonté du Consensus Temporis. Pour pouvoir apprendre la vérité sur ma mère, sur une ancienne prophétie, et surtout pouvoir partir à la recherche de Kieran, le frère d’Aidan et le Léviathan qui avait emmené mon oncle au travers du Passage vers un autre monde. Kayla jeta un regard sur sa droite puis sur sa gauche avant de remettre sa capuche. Ils étaient tous vêtus pareil, portant de longues toges avec de grandes capuches couvrant la moitié de leur visage. Le seul éclairage présent provenait de cette colonne lumineuse, tout le reste n’était qu’obscurité. Cela me donna l’impression d’être une accusée à la barre d’un tribunal. Seulement ici, la peine serait capitale en cas de culpabilité : la perte de mon âme dans les limbes. Ne pense pas à ça, Lanna ! Très bien, nous allons commencer, m’informa Kayla, toujours en me souriant. Je sentis ma gorge se nouer à la perspective de ce Rituel. Toutefois, j’acquiesçai fermement, refusant de leur montrer mes craintes. Elle hocha la tête et chaque participant fut baigné d’une douce lueur, ce qui me permit de distinguer clairement tout le monde. Et ce que je vis me fit frémir. Les quatre autres intervenants se tenaient les bras croisés devant leur torse, tous vêtus d’une robe blanche brodée de symboles représentant une lune et une rune. Mais ce qui attira mon regard était les cicatrices en formes de croix à l’emplacement initial de leurs yeux. Je n’arrivais pas à m’empêcher de les dévisager. Avec une synchronisation parfaite, ils ôtèrent leur capuchon. J’étouffai un cri de terreur. Ils ressemblaient à des clones, en tout point identiques. Les faisceaux brillants se reflétaient sur leurs crânes rasés recouverts d’arabesques noires. Le spectacle qu’ils m’offraient était effrayant. Un silence pesant régnait dans la salle. Kayla les regarda tour à tour, avant de reporter son attention sur moi. Des chuchotements me parvinrent, mais je ne vis personne remuer les lèvres. Les voix s’insinuaient doucementà l’intérieurde mon esprit. Comment cela était-il possible ? Ils sont juste impatients de te sonder, déclara Kayla calmement. Je déglutis péniblement en imaginant la souffrance que ces êtres semblaient pressés de m’infliger. N’aie pas peur, Alanna, poursuivit celle-ci, ils ne te veulent aucun mal. La première chose qu’ils souhaitent savoir, c’est ce que tu sais sur ta mère. La question me désarçonna. Je ne m’attendais absolument pas à ce qu’il me parle directement de ma mère durant le Rituel. Comme chaque fois que je me la remémorais, les larmes me montèrent aux yeux et mon cœur se serra. Je clignai des paupières afin de chasser mon trouble avant de leur répondre. Je… hésitai-je, je sais juste qu’elle était une Luxos, comme mon oncle. Je ne sais rien d’autre, du moins en ce qui concerne sa nature de Luxos. Pour moi, jusqu’à très récemment, elle n’était que ma mère. Je vis les quatre hommes hocher la tête en même temps. Cette vision me donna la chair de poule. Très bien, répondit Kayla sans se départir de son étrange rictus. À présent, que sais-tu de ton oncle et de son travail ? Mon oncle… Xander est un archiviste et apparemment c’est un des cinq Conservatoris, leur répondis-je me remémorant tout ce que j’avais entendu à son sujet. Il est en charge de protéger des reliques, dont certaines sont… dangereuses.
J’avais hésité sur le terme à employer, ne voulant pas prononcer ces mots de peur d’attiser encore plus leur méfiance envers moi. Les quatre hommes commencèrent à s’agiter. Certains ouvraient la bouche pour la refermer aussitôt, d’autres, au contraire, bougeaient leurs lèvres si rapidement que je n’en voyais presque plus les contours, comme s’ils psalmodiaient. Je tournais ma tête de tous côtés afin de mieux les observer. Quel spectacle horrible ! Tous les muscles de mon corps m’intimaient de m’enfuir en courant de cette pièce pour ne jamais y revenir. Mais je restais figée sur place, refusant d’écouter mon instinct, me forçant à subir ce Rituel de Veritas en entier. Pour pouvoir retrouver mon oncle, me soufflait ma conscience. Tu le fais pour sauver Xander. Alanna, m’interpella Kayla me sortant de mes pensées, ils sont juste impatients et méfiants. Elle tentait vainement de me rassurer. Mais malgré sa voix douce et posée, mon angoisse ne cessait de grandir. Soudain, tout redevint calme. Plus un seul chuchotement, plus personne ne bougeait. Bizarre. Seule ma respiration haletante brisait ce silence. L’ambiance semblait de plus en plus étouffante. La pesanteur s’intensifia et mes paumes devinrent moites. Les hommes au crâne rasé décroisèrent leurs bras, toujours dans une parfaite harmonie. Puis ils placèrent leurs mains l’une derrière l’autre en les poussant en avant au niveau de leur torse. Je n’osai plus remuer la moindre parcelle de mon corps. J’étais tétanisée par ce que j’apercevais. Au milieu de leur paume se trouvait un œil. Chacun d’eux possédait ce globe oculaire, dont la pupille s’agitait dans tous les sens, comme avide de lumière. Je sentis mes tripes remonter. Je me retenais pour ne pas vomir, ici, dans ce lieu sacré. Je ne souhaitais qu’une seule chose effacer de ma mémoire ces images. Je fermai les yeux et respirai calmement. Allez, Lanna, un peu de courage ! Quand je les rouvris, leurs prunelles s’étaient arrêtées sur moi. Je déglutis péniblement, mais restai le dos droit et la tête haute.Je suis forte, j’y arriverai.n’avais pas le choix. Je Kayla m’étudia un instant. Je me concentrai sur son regard, le soutenant. Non, je n’étais pas faible. Non, je ne flancherais pas. Allez-y, je vous attends. Hum, commença-t-elle, je vois que tu es déterminée Alanna, c’est une bonne chose, car tu auras besoin de toute ta volonté pour atteindre ton objectif. L’aventure dans laquelle tu souhaites te lancer est périlleuse. Si tu n’es pas prête, il vaudrait mieux que tu y renonces maintenant. Personne ne t’en voudra, tu sais. Elle me testait. J’étais sûre qu’elle essayait juste de savoir jusqu’où je pouvais aller. C’était comme toute cette mise en scène. Un test, rien d’autre qu’un stupide test. Eh bien, soit. Mais je ne me raviserais pas.Pas maintenant. J’irais au bout. J’avais prêtéserment. Je suis prête, lui rétorquai-je sèchement. Je suis même plus que prête. Je la fixai, essayant de faire passer toute ma résolution au travers de mes yeux. Après quelques secondes de calme troublant, elle esquissa un sourire. Cependant, loin d’être chaleureux comme ceux d’avant, celui-ci semblait sadique. Elle me promettait silencieusement de la douleur et de la souffrance. J’en tremblai intérieurement. À présent, elle m’apparaissait sous son véritable jour. Ce n’était pas une femme douce et gentille, mais au contraire une créature avide de supplice et de désolation. Que faisait-elle dans un endroit comme le Sanctuaire ? Je pris note de le demander plus tard à Alyssa. Kayla leva les bras lentement et je sentis une énergie envahir la pièce. L’air semblait se mouvoir pour se concentrer tout autour de moi. Ses yeux violets devinrent blancs. Un vent intense se leva, faisant virevolter mes cheveux. De la main, je les dégageai de mes yeux, en essayant tant bien que mal de les caler derrière mes oreilles.Voilà, on y est, c’est parti.Un bourdonnement retentit, ma peur se renforça et je mordis ma lèvre inférieure afin de ne pas crier. Kayla souriait comme si elle y prenait du plaisir. Puis soudain, tout devint noir. J’haletai le plus silencieusement possible. Je ne percevais plus rien, nous étions dans l’obscurité la plus totale. Malgré leur présence que je ressentais fortement, je me sentais seule ici. Au bout de quelques secondes, ou minutes, je ne saurais dire, une légère clarté embrasa le pentagramme au sol. Unique éclat au milieu de ces
ténèbres. Le bourdonnement s’amplifia. Je ne ressentais aucune douleur pour l’instant, hormis un mal de crâne qui pointait le bout de son nez. J’abaissai mes paupières et me laissai aller. Je ne devais pas résister, je devais accueillir ces êtres terrifiants dans mon esprit afin de ne pas souffrir. Je les sentais tout proches. Je percevais leur présence autour de moi. Ils n’attendaient qu’une chose : pouvoir investir mon âme. Le voulais-je vraiment ? Bien sûr, sinon pourquoi serais-je ici ? Je m’efforçai de laisser s’effondrer toutes mes barrières, je m’appliquai à faire le vide dans ma tête. Des chuchotements résonnaienten moi. J’avais du mal à tout comprendre. Le son semblait tellement loin.J’entendais, mais les mots ne formaient rien de cohérent pour moi. Était-ce dû au fait qu’ils me sondaient ? Je n’en avais aucune idée. La sensation, plus dérangeante que douloureuse, restait largement supportable. Du moins pour le moment.« Elle fait partie de la prophétie, c’est elle, c’est elle, c’est elle, la Luxos, la gardienne, c’est elle, elle, elle… »Je suivais le cheminement de ces créatures en moi, avide d’en savoir davantage. « Mal, souffrance, peine, elle souffrira plus que de raison, elle nous trahira. La prophétie prédit notre perte, par sa main. »Quoi ?Non ! Impossible. Je refusais de croire cela. Malgré moi, je commençai à résister. Leurs paroles m’affolaient. Je devais réagir, mon esprit refusait d’entendre ça. Mon corps fut pris de soubresaut et une douleur fulgurante transperça mes tempes. «Elle nous résiste, elle cache un secret. L’amour interdit. La clé. La Boîte. Lysa. Cachée. »tête était prise dans un étau. Je faisais mon possible pour rester maîtresse de Ma mon corps, mais des images atroces se matérialisaient sous forme de courts flashs. Tout était si rapide que je ne visualisais que des fragments. Des créatures hideuses, des cercles de pierres, du sang. Beaucoup de sang. Une vision s’imposa plus que les autres ; le visage d’Aidan déformé par la rage et la tristesse. Ça recommençait, comme s’ils s’amusaient à zapper. Les images défilèrent si rapidement que je ne voyais plus qu’un enchaînement de couleurs. Bleu. Violet. Rouge. Bleu. Noir. Rouge. Noir. Rouge… Je sentis l’odeur du sang comme si j’en étais entourée. Je fus assaillie par un torrent d’émotions, si intenses que toutes se mélangeaient. Souffrance. Tristesse. Amour. Mort. Joie. Peine. Des larmes roulaient sur mes joues. J’avais l’impression qu’on m’enfonçait des dizaines d’aiguilles partout. La douleur était abominable. Chaque respiration me torturait. L’air que j’inspirais me broyait de l’intérieur. Je pris ma tête entre mes mains et gémis. Mais ils continuaient impitoyablement leur inspection.« Elle ne sait pas qui elle est, elle ne connaît rien de ses origines. »La souffrance devenait insoutenable. C’était comme si on enflammait chaque parcelle de mon corps une à une. La brûlure me consumait, se rependant à travers mes membres tel un virus. Je brûlais de l’intérieur. Maintenant seuls des mots me parvenaient ; «Liberium, Patiendo, Exitus, Amor, Daemon, Morior, ». Du latin, je reconnaissais ce langage pour l’avoir étudié durant trois ans. Combien de temps devrais-je encore supporter cette torture ? Je n’avais plus conscience de ce qui se déroulait autour de moi. Mon supplice prenait le pas sur tout. Je n’étais plus rien d’autre que souffrance et tourment. Mes jambes cédèrent sous moi et je me retrouvai à genoux, la tête toujours entre les mains. Je basculai en arrière en laissant échapper un cri. C’était trop.Beaucoup trop. « Infernus ». « Purgatorium ». « Clavis ». Tout tournait. Pourtant rien ne bougeait, j’en étais persuadée. Comme dans un cauchemar, je ne maîtrisais plus rien. J’avais l’horrible sensation de brûler et de me noyer en même temps. Ma peau, comme écorchée, m’incendiait. Je hurlai encore plus fort au diapason de ma souffrance. Puis plus rien. D’un seul coup, ma torture cessa. Prudemment, j’observai autour de moi, ouvrant un œil après l’autre. Le noir, rien que du noir. Me relevant, je fis quelques pas, mais je ne vis rien d’autre que le néant. Où étais-je ? Dans les limbes ? Où étaient-ils tous passés ? Je sentis des vagues de froid me frôler le bras, puis la jambe et la main. Je n’étais pas seule. La peur reprit le dessus. Je suffoquai. Le néant qui m’encerclait me donnait l’impression d’un vide. Que devais-je faire ? Je n’avais absolument aucune idée de l’endroit où je me situais. En quelques secondes la souffrance revint et me consuma entièrement, complètement. Si j’avais ressenti autre chose auparavant, je ne m’en souvenais pas. L’amour, peut-être un jour, oui… peut-être avais-je aimé avant… la douceur…. la chaleur… mais plus rien de tout ça n’existait ici. Ce lieu était celui de tous les châtiments, de toutes les peines. Depuis combien de minutes étais-je ici ? Je perdais le fil de tout. Le temps n’existait pas. Je hurlai encore jusqu’à ne plus avoir de voix. Ma chair s’enflammait et mes organes pourrissaient. Je ne comprenais plus rien. Je vis ma peau noircir et tomber en une pluie de cendre. Était-ce seulement réel ? Que faisais-
je ici ? Je ne me rappelai de rien. Qui étais-je ? Je ne me souvenais plus de mon nom. Me volaient-ils mes souvenirs ? Mon esprit était fragmenté, torturé, complètement déchiré. Tout me faisait souffrir. J’avais tellement mal. Une odeur de mort me parvint. Je ne sentais rien d’autre que la mort qui m’entourait. Hurlements. Sang. Feu. Glace. Lésions. Douleur. Déchirements. Tout s’enchaînait, tout tourbillonnait. Je n’étais plus qu’une ombre dans l’obscurité. Je savais qu’ils étaient toujours là, n’attendant que de se repaître de mon âme. Je les entendais murmurer au loin. Je ne tiendrais plus longtemps. Je me laissai faire, ne résistant plus. Ils s’immiscèrent dans chaque recoin de mon esprit. Je les devinais se frayer un chemin à travers les méandres de ma mémoire tels des serpents sous ma peau. Ma tête allait exploser en un millier d’éclats. Des dizaines de morceaux de moi-même se répandraient au sol et enfin ce serait la délivrance de mon âme. Des sons montèrent en sourdine. Très bas, une litanie me parvenait. Elle s’intensifiait et je me concentrai pour en saisir le sens.« Pandorum, Pandorum, Pandorum, Pandorum… »Le son finit par être assourdissant et je replaçai mes mains sur mes oreilles afin de l’atténuer. Je ramenai mes jambes contre moi. Le mot restait en suspens dans l’air, me hantant. Un cri déchirant se fit entendre, puis je sombrai dans les ténèbres.
2 Non, laissez-moi, sortez de mon esprit, pitié ! Lanna, chut, tu es en sécurité maintenant. Je me relevai, haletante, et ouvris les yeux. Une peur intense m’agrippait encore l’estomac et une goutte de sueur perla le long de mon dos. Où suis-je ? Que s’est-il passé ? J’examinai la pièce où je me situais. Des brancards alignés sur le mur gauche, des paravents tous les deux mètres et toutes sortes d’instruments médicaux disposés ici et là. Je devais me trouver dans l’infirmerie du Sanctuaire. J’observai le reflet du soleil qui projetait des ombres mouvantes sur les murs beiges, me demandant vaguement l’heure qu’il était. Mes yeux s’arrêtèrent sur ma tenue. Oh, mon Dieu ! J’étais habillée avec une de ces horribles blouses d’hôpital ouvertes à l’arrière. Instinctivement, je ramenai le drap sur ma poitrine et le serrai. À ce moment, une main se posa délicatement sur mon épaule. J’avais presque oublié qu’une autre personne se trouvait avec moi. Remontant le long de ce bras, je vis Alyssa me regarder tendrement. Calme-toi, Lanna, tout va bien, tu es à l’infirmerie, m’informa-t-elle. Je ne comprenais pas comment j’avais atterri ici. Je me sentais si perdue et vulnérable, juste vêtue d’un bout de tissu fermé par un crochet au niveau de ma nuque. Voyant mon air apeuré, Alyssa me sourit doucement. J’ouvris la bouche pour parler, mais je ne réussis qu’à produire un son à moitié étranglé. Je ramenai ma main sur ma gorge pour calmer la brûlure provoquée par l’air que je venais d’aspirer. Voyant mon geste, elle me tendit une fiole remplie d’un liquide turquoise. Obéissant à son ordre silencieux, je bus quelques gorgées et instantanément, la douleur commença à s’estomper. Bois-le entièrement, cela va apaiser la souffrance de ta gorge, m’ordonna Alyssa. Je m’exécutai sans réfléchir, puis reposai la fiole sur la tablette à proximité de mon lit. Merci, soufflai-je lentement en retrouvant peu à peu l’usage de la parole. N’essaie pas de parler trop fort pour l’instant, contente-toi de chuchoter, m’expliqua Alyssa. L’effet de ces désagréments s’estompera d’ici une heure tout au plus. J’acquiesçai pour lui signifier que je lui obéirais. Tu dois te poser beaucoup de questions, reprit-elle, je vais te dire ce que je sais. Mais pour commencer quelle est la dernière chose dont tu te souviennes ? Je me concentrai pour me remémorer les évènements. Tout était encore flou dans mon esprit, seules quelques bribes me revenaient comme des flashs. En revanche, je me rappelais très clairement ces monstrueuses créatures avec leurs yeux au niveau de leurs paumes et leurs cicatrices en X, qui me scrutaient. Ainsi que du froid glacial et de l’obscurité. Une noirceur telle que je n’en avais jamais vue. Mais ce qui résonnait encore en moi, c’était ces mots étranges en latin. Ils ne cessaient de me poursuivre. Je relatai mes quelques souvenirs à Alyssa, qui m’écouta attentivement, pinçant ses lèvres à certains passages. Quand j’eus terminé mon récit, elle se passa la main dans les cheveux en poussant un profond soupir. Dans ce geste, je sentis tout le poids des responsabilités qui lui incombaient. Je vois, commença-t-elle. Alors, les êtres que tu trouvais si monstrueux sont en réalité des Occulus, mais les humains les nomment cyclopes. C’est pour cette raison qu’ils ne possèdent qu’un seul œil et contrairement aux idées reçues, il ne se situe pas sur leur front, mais dans leur paume. De cet œil provient leur vision et leur habileté à communiquer avec l’esprit. Je pensais qu’Aidan t’avait prévenu des participants et du déroulement du Rituel de Veritas. Aidan.Mon cœur se serra, j’avais l’impression de ne pas l’avoir vu depuis des semaines. Les larmes me montèrent aux yeux, mais je me dépêchai de les refouler. Il était hors de question
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